II
438 MÉMOIRBS DB CASANOVA.
cette réserve envers elle» mais je ne le suis point du tout que Toos tous aimiez réciproquement. Je vous plains seulement de tout mon cœur de vous avoir forcés de faire Tamour au travers d*nne affireuse grille : que je voudrais de bon cœur, mon ami, pouvoir te céder ma place ! je ferais en un instant deux heureux & la fois. Adieu. »
Je lui répondis qu'elle avait deviné, que le médaillon de son amie était un présent que je lui avais fait et quil contenait mon portrait; mais qu*elle devait garder le seeret et être bien certaine que mon amitié pour M. M. ne préjudiciait en rien au sentiment qui m'attachait pour la vie. Je ne me dissimulais pas que je tergiversais, que mon allure n'était pas franche ; mais je cherchais à me tromper moi-même, tant il est vrai qu'une femme, cet être si faible, en impose plus par le sentiment qu'elle inspire que ne pourrait le fledre l'homme le plus vigoureux. Quoi qu'il en soit, j'avais la £eiiblesse de chercher à nourrir une intrigue que je voyais toucher à son inévitable dénoûment par l'effet de l'intimité qui s'était établie entre ces deux amies rivales.
Laure m'avait appris que tel jour il devait y avoir un bal dans le grand parloir du couvent, et m'étant déterminé à 7 aller en masque, mais déguisé de façon que mes deux amies ne pussent point me reconnaître, je me masquai en Pierrot, déguisement qui cache le mieux les formes et l'allure. J'étais sûr que mes deux charmantes maîtresses seraient & la grille et que j'aurais le plaisir de les voir et de les comparer de près.
A Venise pendant le carnaval on permet cet Innocent plaisir dans les couvents de religieuses. Le public danse dans le parloir et les sœurs se tiennent dans l'intérieur, à leurs amples grilles, spectatrices de la fête. A la fin du îour le bal finit, tout le monde sort et les pauvres recluses sont longtemps heureuses du plaisir des yeux. Ce bal devait avoir lieu le même jour où je devais souper avec M. M. au casino de Muran; mais cela ne m'empêchah pas d'aller au bal, j'avais besoin de voir C. C.
J'ai dit que l'habit de Pierrot est de tous les déguise-