CHAPITRE xxir
plius de ton amitié que de ton amour, et, pour le présent, je dois être content que ton amour soit dominé par ton amitié ; mais j'ai tout lieu d*être fâché que ce sentiment soit aussi celui de M. M. Je Faime sans pouvoir Tépouser ; me comprends-tu, mon ange? Quant à toi, certain que tu seras ma femme, je suis sûr de notre amour, que la fréquentation fera renaître. Il n'en est pas de même de celui de M M. , qui ne reviendra plus. N'est-il pas humiliant pour moi de n'avoir su lui inspirer qu'un sentiment passager? Quant à toi, tu dois l'adorer. Elle t'a initiée dans tous ses mystères, et tu lui dois une amitié et une reconnaissance éternelles.
Il était minuit et nous continuions à perdre notre temps en propos de ce genre, quand la prudente concierge vint d'elle-même nous apporter un excellent souper. Je ne touchai à rien, j'avais le cœur trop gros; mais ma chère petite femme soupa de bon appétit. Je ne pus m'empécher de rire en voyant une salade de blancs d'oeufs, et C. C. trouva plaisant qu'on en eût ôté le jaune. Innocente, elle ne devinait pas l'intention de celle qui avait ordonné le menu. Pendant qu'elle soupait, je ne pus m'empécher de la trouver embellie et formée. C. C. était une beauté parfaite ; cependant je demeurai froid. J'ai toujours cru qu'il n'y avait pas de mérite à se conserver fidèle À l'objet véritablement aimé.
Deux heures avant le jour, nous nous remimes devant le feu ; et C. C. , me voyant triste, eut les égards les plus délicats pour ma situation : nulle agacerie, nulle position qui ne portât le caractère de la décence ; et ses discours, tisndres et mêlés d'un certain abandon, n'exprimèrent jamais l'ombre du reproche que j'aurais pu mériter par ma froideur.
Vers la fin de notre long entretien, elle me demanda ce qu'elle dirait à son amie quand elle serait de retour au couvent. — Ma chère M. M. s'attend à me revoir joyeuse et pleine de reconnaissance pour le généreux présent qu'elle a cru me faire de cette nuit; mais que veux-tu que je lui dise?
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— Toute la vérité. Ne lui caclie pas surtout un mci, do notre entretien, autant que ta mémoire te le retracera, et dis particulièrement qu'elle m'a rendu malheureux pour longtemps.
— Non» je lui ferais beaucoup trop de peine, car elle t*aime tendrement, et elle chérit le médaillon qui contient ton portrait. Je ferai au contraire démon mieux pour raccommoder cette brouillerie ; et ce ne sera pas long, car mon amie n'a aucun tort, et tu n*es que piqué, mais sans raison. Je t'enverrai ma lettre par Laure, à moins que tu ne me promettes toi-même d'aller la prendre chez elle.
— Tes lettres me seront toujours chères ; mais tu verras que M. M. ne voudra pas en venir à une explication. £Ue te croira sur tout, si ce n'est pourtant sur un article.
— Je le pense, et c'est sur la constance que nous avons eue de passer toute une nuit ei^emble aussi innocemment que pouxraient le faire un frère et une sœur. Si elle te connaît comme moi, cela lui paraîtra impossible.
— Dans ce cas, dis-lui, si tu veux, tout le contraire.
— N'y compte pas. Je n'aime pas le mensonge, et certes, je n'en ferai pas un de cette nature : ce serait par trop mal à propos. Je ne t'en aime pas moins, mon ami, quoique dans cette nuit tu n'aies pas daigné me donner une preuve de ton amour.
— Crois, ma douce amie, que je suis malade de tristesse. Je t'aime de toute mon âme, mais je me trouve dans une situation...
— - Tu pleures, mon ami, toi? Oh! je t'en supplie, épargne mon cœur. Je suis au désespoir de t'avoir dit cela ; mais sois sûr que je n'ai pas eu l'intention de te faire de la peine. Je suis certaine que dans un quart d'heure M. M. pleurera aussi.
Le carillon s'étant fait entendre, et, n'espérant plus alors que M. M. parût pour se justifier, j'embrassai O. C; et, après lui avoir remis la cjef du casino pour qu'elle la rendit de ma part à M. M., je me remasquai et >e sojctis. naon amie devant retourner à son couvent.
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