CHAPITRE XXV
l'expression de leur crainte sur ma santé et des vœ ardents pour mon rétablissement.
Siî jours après, me trouvant bien, j'allai au casino Muran, où la concierge me remit une lettre de M. '. EUe me disait qu'elle mourait d'impatience de me sav< rétabli et en possession de son casino avec tous les dro qne je devais y conserver toiyours. Marque-zaoi, je t supplie, me disait-elle, quand tu crois que noua ne reverrons, & Muran ou & Venise, à ta volonti!. Comp ajoutait-elle, que partout nous serons sans témoii Je lui répondis de suite que nous nous reverrions le surb demain au lieu même où j'étais ; car c'était au même ( droit où je l'avais offensée que je devais recevoir son am< reuse absolution.
■ JsbrClIais de la revoir, car j'avais honte d'avoir pu éi injuste â son égard, et il me tardait de réparer mes tor Connaissant son caractère et réfléchissant dans le caln il me paraissait évident que ce qu'elle avait fait, bien le d'être un indice de mépris, était un effort raffiné d' amonr qui n'avait pour objet que moi-même. Depuis qu'e avait découvert que j'étais l'amant de sa jeune amie, pc Tait-elle se figurer que je l'aimais uniquement? De mêi que l'amour qu'elle avait pour moi ne l'empêchait pas d'él complaisante avecl'ajnbassadeur, elle supposait queje pc vaisTêtreavecC. C.EUenepensaitpasàlaconstitutiondil rente des deux sexes et aux privilèges dont jouissent I femmes.
Aujourd'hui que les ans ont blanchi mes cheveux amorti l'ardeur de mes sens, mon imagination plus cali me fait penser différemment ; et je sens bien que ma be nonne péchait contre la pudeur et la modestie, qui sont plu3 beaux apanages de la plus belle moitié du genre 1 main : mais si cette femme, vraiment unique ou au mo. rare, avait ce travers qu'alors je taxais de vertu, moins était-elle exempte de ce venin affreux qu'on nom jalousie : passion malheureuse qui dévore l'être infortu qui en est atteint et qui dessèche l'objet quila fait nai et sar lequel elle se déverse.
Deux jours après, le 4 février 1754, j'eus le bonheur de me retrouver tête à tête avec mon ange. Elle était vêtue en religieuse. Comme nous nous croyions réciproquement conpables, dôs que nous nous aperçûmes, par on mouvement spontané, nous tombâmes à genoux Tun aux pieds de Tautre ou plutôt genoux contre genoux. Nous avions tous deux maltraité Famour, elle en le traitant en enfant, mol en Tadorant en janséniste. Mais quel langage aurait pu convenir aux excuses que nous devions nous faire, aux pardons que nous devions obtenir I Le baiser, ce langage muet et expressif, cet attouchement délicat et voluptueux qui fait circuler le sentiment dans tontes les veines, qui exprime tout à la fois ce que sent le cœur et ce qu'arrange Tesprit; ce langage fut le seul que nous employâmes, et sans avoir articulé une syllabe, lecteur, ah! que nous fûmes bientôt d'accord I
Au comble de l'attendrissement, impatients de nous donner des preuves de la sincérité de notre retour et du feu qui nous dévorait, nous nous levâmes sans nous dessaisir, et^ tombant en groupe sur le sofa voisin, nous y restâmes jusqu'à l'arrivée d'un long soupir que nous n'aurions pas voulu arrêter quand nous aurions su qu'il dût être le dernier.
C'est ainsi que s'opéra l'heureuse réconciliation ; et la tranquillité que laisse à l'âme la satisfaisante persuasion, ayant pour ainsi dire doublé notre bonheur, nous partîmes ensemble d'un éclat de rire en nous apercevant que j'étais encore en manteau et en haute. Après avoir bien ri, je me démasquai, et je lui demandai s'il était bien vrai que notre réconciliation n'eût pas eu de témoin.
Elle prit un flambeau, et me prenant par la main : — Viens, me dit-elle. Elle me mena dans la chambre, où était une grande armoire que j'avais déjà jugée dépositaire du grand secret. Elle l'ouvrit, et, après avoir poussé une planche â coulisse, je vis une porte par laquelle nous entrâmes dans un joli cabinet muni de tout ce qui pouvait être nécessaire à quelqu'un qui voulait y passer plusieurs heures. A côté du sofa se trouvait une planche mouvante, M. M. la tira, et, par vingt trous à quelque distance les