CHAPITRE XXV
éaiTe id^ de te déguiser en Pierrot, je n'aurais pu sa qui ta étais, car mes compagnes ne se seraient pas resséas & ton sort. J'ai été ravie d'aise en apprenant tu n'es pas patricien, comme je le craignais ; car, s l'étais, il pourrait à la longue ni'arriver quelque aventure désespérant*.
Je savais fort bien ce qu'elle devait craindre; mais. .fiant l'ignorant :
— Je ne conçois pas, lui dis-je, ce que tu pourrais c: dre si j'étais patricien.
— Mou cher ami, je ne puis te parler ouverte! qu'autant que tu me donneras ta parole de faire ce qi te demanderai.
— Quelle difficulté, ma chère, puis-je avoir ft te IbI plaisir que tu pourras désirer, pourvu qu'il ne con mette pas moc honneur? Tout maintenant n'est-il pas i mnn entre nous ! Parle, mon cœur, dis-moi tes raisoi compte sur ma tendresse; elle te répond de ma com Bance pour tout ce qui pourra te faire plaisir.
— Fort bien. Je te demande A souper dans ton ci avec mon ami qui meurt d'envie de faire ta con: «ance.
— Et, après souper, je prévois que tu t'en iras luiî
— Tu sens bien que le masque des convenances l'e)
— Et ton ami, sans doute, saitdéjâquije suisî
— J'ai cru devoir le lui dire, car, sans cela, il n'ai pas osé se promettre le plaisir de souper avec toi et tout chez toi.
— J'y suis, et je devine que ton ami est an min: étranger.
— Mais je puis espérer sans doute qu'il me fera 1'. neur de ne point garder son incognitot
— Cela va sans dire; je te le présenterai dans to les formes en déclinant son vrai nom et ses qualités pc ques.
■ — C'est à merveille, mon cœur, et. avec ces aisj
404 MÉMOTUBS DE CASANOVA.
lions pouvais-tu me supposer difficile à Raccorder ce plaisir, quand tu ne saurais toi-même m*en faire un plus grand? Fixe le jour, et compte que je t'attendrai avec impatience.
— J'aurais été certaine de ta complaisance si tu ne 'avais accoutumée à douter.
— Je mérite cette pointe. ,
— Mais j'espère que tu ne feras qu'en rire. Maintenant, je suis contente. Notre ami est M. de Bernis, ambassadeur de France. Il viendra masqué, et dès qu'il aura levé son masque, je te le présenterai. Songe que tu ne dois pas ignorer qu'il est mon amant, mais tu dois croire qu'il n'est pas à part de notre tendresse.
— Ainsi le veut le masque des convenanceà, et tu seras, je l'espère, contente de mon urbanité. Ce souper me charme en idée, et j espère qu'il me ravira en réalité. Ta avais bien raison, ma chère amie, de redouter que je fusse patricien ; car, dans ce cas, messieurs les inquisi* teurs d'État, qui, trop souvent, ne cherchent qu'à faire parade de leur zèle, n'auraient manqué de s'en mêler, et je tremble à l'idée des aflfreuses conséquences que cela aurait pu avoir. Moi sous les Plombs, toi déshonorée, l'abbesse, le couvent : juste ciel ! Oui, si tu m'avais communiqué tes idées, je t'aurais dit qui j'étais; et puis je l'aurais pu d'autant mieux que ma réserve ne venait que de la crainte que j'avais d'être connu, et qu'alors le père de C. C. ne la mit dans un autre couvent. Mais peux-tu me
ire quel jour le souper aura lieu? j'ai une véritable imatience de le savoir fixé.
— C'est aujourd'hui le 4, eh bien I dans quatre jours.
— Ce sera donc le 8?
— Précisément. Nous nous rendrons chez toi après le second ballet de TOpéra. Donne-moi les renseignements les pius exacts pour que nous puissions trouver ton casino sans interroger personne.
Je me mis à son bureau et je lui donnai tous les renseignements nécessaires pour aller par terre ou par eau. Heureux de cette charmante partie, je priai mon amante
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d'aller se coucher ; mais je lui fis observer qu'étant convalescent et ayant soupe de bon appétit, il serait possible que j'offrisse mes premiers hommages à Morphée. S'arrangeant à la circonstance, elle mit le réveillon à dix heures et nous nous couchâmes dans Talcôve. Dès que nous fumes éveillés, TAmour réclama sa part, et il n'eut pas à se plaindre ; mais vers le minuit nous nous endormîmes sur le fait, bouche à bouche, et nous nous retrouvâmes dans la même position, le matin, au moment de nous séparer. Cependant, quoique le temps pressât, nous ne pûmes nous résoudre à nous dire adieu sans faire encore une libation a Vénus.
Je restai au casino après le départ de ma belle nonne, et je dormis jusqu'à midi. Dès que je fus habillé je retournai â Venise, et mon premier soin fut d'aller prévenir mon cuisinier pour que le souper du 8 fut digne des convives et de moi.