CHAPITRE XXVI
Je soupe en tiers a?ec M. de Bernis, ambassadeur de France, à mon casino. — Proposition de M. M. ; je l'accepte. — Suites. — G. G; me devient infidèle sans qne je puisse m'en plaindre.
La partie que j'avais arrangée avec ma chère M. M. me comblait de joie, et il me semble que j'aurais dû être heureux. Je ne l'étais pas cependant; mais d'où venait l'inquiétude dont j'étais tourmenté? D'où elle venait? de ma fatale habitude de jouer. Cette passion était enracinée en moi : vivre et jouer étaient deux choses identiques ; or, ne pouvant point tailler, j'allais ponter à la redoute et j'y perdais maltin et soir, cela me rendait malheureux. On me demandera sans doute :
— Pourquoi jouiez-vous, n'en ayant pas besoin, puisque vous ne manquiez de rien et que vous aviez tout l'argent que vous pouviez désirer pour satisfaire vos fantai* siesl
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Cdtte question serait embarrassante si je ne mMtais fait une loi de dire vrai. Eh bien ! messieurs les curieux, si je jouais avec la presque certitude de perdre, quoique personne peut-être n*ait été plus que moi sensible aux pertes faites au jeu, c*est que j*avais en moi le démon de Ta varice ; c*est que j*aimais la dépense, la prodigalité même, et que le cœur me saignait quand j'étais obligé de dépenser d'autre argent que celui que j'avais gagné au jeu. C'était la un vilain défaut, lecteur, et je ne m'en défends pas. Quoi qu'il en soit, pendant les quatre jours d'attente, je perdis tout l'or que M M. m'avait fait gagner.
Au jour ardemment attendu, je me rendis à mon ca^ sino, où, à l'heure convenue, je vis paraître M. M. et son ami, qu'elle me présenta dans toutes les formes aussitôt qu'il eût ôté son masque.
— Il me tardait, monsieur, me dit l'ambassadeur, de renouer connaissance avec vous depuis que madame m'a' dit que nous nous étions connus à Paris.
Tout en parlant ainsi, il me regardait avec attention comme pour se rappeler quelqu'un qu'on a perdu de vue. Afin de le mettre à son aise, je lui dis que nous ne nous étions point parlé, qu'ainsi il ne m'avait pas assez regardé pour pouvoir se rappeler mes traits,
— J'ai eu, lui dis-je, l'honneur de dîner avec Votre Excellence chez M. de Mocenigo; mais vous fûtes constamment occupé de milord Marschal, ministre du roi de Prusse, et je n'eus pas l'avantage d'attirer un instant votre attention. Comme vous deviezpartir pour venir ici quatre jours après, vous fîtes hâte, et presque immédiatement aprôs le dîner vous prîtes congé. Je n'ai plus eu l'honneur de vous voir depuis.
— Je vous remets actuellement, me dit-il, carjemo souviens d'avoir demandé à quelqu'un si vous n'étiez pas le secrétaire d'ambassade. A compter de ce jour, nou^ ne nous oublierons plus ; car les mystères qui nous unissent sont de nature à établir entre nous une intimité du* rable.
Le rare couple ne tarda pas à se mettre à l'aise ; et bien-^