CHAPITRE XXvn
trio, et, quoique le souper fût somptueux et délical n'y fîmes pas honneur. Dès qu'ilfut achevé, l'ambas partit eo me priant de rester:ce que je fia eans le moins du monde aux plaisirs d'un tête-â-tête, c mour ne saurait allumer son flambeau entre deux s dont le cœur est fortement préoccupé et en proie grande douleur. M. M. avait maigri, et l'état o( voyais excitait ma compassion en excluant tout aut timent. Je la tins longtemps serrée entre mes bras, vrant de baisers tendres et aff'ectueux; mais je ne raitre aucune intention de la distraire par quelqv Etants d'égarements auxquels son âme n'aurait pu p part. Elle me dit avant de nous séparer que je vei lui prouver que je l'aimais véritablement, et elle n avec une expression divine de réfléchir qu'elle n'ava de protecteur et ami que moi.
La semaine ensuite, nous étant réunis comme d tume, M. de Bemis appela le concierge un instant de souper, et me fit, en sa présence, un acte qu'i signer. Par cet écrit il mo transmettait tous ses dro tout ce qui se trouvait dans le casino, et lui ordo: me considérer en tout comme lui-même.
Nous nous promimes de souper ensembledeuxjouR pour nous taire nos adieux; mais en arrivant jet M. M, seule, debout et pâle comme la Mort on plutôt b comme une statue de marbre de Carrare. — Il est me dit-elle, et il me recommande à toi. Homme fatî je suis peut-être condamnée à ne plus revoir, et croyais n'aimer que comme un ami ! Maintenant qu perds, je m'aperçois de mon erreur. Avant de le coni je n'étais pas heureuse ; mais je ne me croyais ps heureuse et je sens que je le suis maintenant.
Je passai toute la nuit auprès d'elle, m'évertuai les attentions les plus délicates à calmer Ea douleui pouvoir y réussir. Le caractère de son âme aUssi portée pour le plaisir quand elle se croyait heureusi bandonnée à la douleur quand le bonheur lui échapp dévoila tout entier & mes regards pendant.cette Ion
pénible nuit. Elle me donna Theure à laquelle je devais aller au parloir le lendemain, et je fus enchanté en y arrivant de la trouver moins triste. Elle me montra une petite lettre que son ami lui avait écrite de Trévise, puis elle me dit que je devais Taller voir deux fois par semaine en me prévenant qu*elle descendrait tantôt avec une religieuse et tantôt avec une autre; car elle prévoyait que mes visites ne tarderaient pas & devenir la grande nouvelle du couvent, dès qu*on saurait que j*étais le même individu qui allait à la messe à leur église. Par conséquent elle me dit de m'annoncer sous un autre nom pour ne faire naître aucun soupçon dans la tête de la tante de C. C. Cependant, ajouta-t-elle, cela ne m^empéchera pas de venir seule quand j'aurai quelque chose de particulier à te dire. Promets-moi, mon ami, de souper et de coucher au casino au moins une fois par semaine, et écris-moi chaque fois une petite lettre, que la concierge aura soin de me remettre. Je n*eus pas de peine à lui faire cette promesse.
Nous passâmes ainsi quinze jours assez tranquillement, jusqu'à ce qu'elle eût repris son enjouement et que ses in* clinations amoureuses se fussent remises en vigueur. Pendant ce temps elle me donna une nouvelle qui me ât le plus grand bien, c'est que C. C. était hors de tout danger.
Toujours amoureux et n'ayant que l'irritante satisfaction de nous voir au travers d'une grille importune, nous mettions notre esprit à la torture pour trouver le moyen de nous voir seuls, en liberté et sans danger. — Je suis toujours sûre, me disait-elle, de la fidélité de la jardinière; je puis sortir et rentrer sans nulle crainte d'être vue : car la petite porte attenante au couvent ne peut être découverte d'aucune fenêtre ; d'ailleurs elle passe pour condamnée. Personne ne peut me voir quand je traverse le jardin pour arriver à la petite rive, que Ton croit impraticable. Il ne nous faudrait qu'une gondole à une rame, et il me semble impossible qu'à force d'or tu ne puisses trouver un barcarol dont nous puissions être sûrs.
Je pénétrais, dans tous ces propos, qu'elle me soup-