‹ Mémoires de Jacques Casanova de SeingaltChapitre 226 sur 235 · CHAPITRE XXVn · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVn

connaît de refroidissement, et ce soupçon me cœur.

— Écoute, lui dis-je, je serai moi-même le 1 descendrai 4 la grève, j'entrerai par la petite ] me conduiras dans ta chambre, où je passer avec toi et même tout le jour suivant, si tu crc me caciiep,

— Ce projet, me dit-elle, me faitfrlsonner; je danger auquel tu pourrais être exposé. Non, je malheureuse si j'allais être la cause de ton malh puisque tu sais voguer, viens dans le 'bateau, fi voir l'heure le plus exactement possible, la fei se tiendra aux aguets, et je ne te ferai pas attei minutes. J'entrerai dans le bateau, nous irons d cbor casino, et là nous serons heureux sans app

— Je te promets d'y réfléchir.

Voici comment je m'y pris pour la satisfaire nn petit bateau, et, sans l'en prévenir, j'allai h seul faire le tour de l'île pour reconnaître les mi vent du côté de la lagune. Je découvris avec petite porte et je jugeai que c'était la seule p pouvait sortir; mais, pour aller de là au casir qu'il fallait faire de la moitié de l'île n'était p chose, car on était obligé de prendre au large, i une seule rame, je ne pouvais faire le tr^'et en j quart d'heure et qu'avec beaucoup de fatigue. ( certain d'en venir à bout, je communiquai i à ma belle religieuse, et jamais nouvelle n'i été accueillie avec plus de joie. Nous mimes ni d'accord et nous fixâmes notre rendez-vous au prochain.

Au jour fixé, nne heureavant le coucher du si rendis à Saint-François-de-Ia-Vigne, lieu oûjei bateau dans une cavane que je louais, et, aprâs pareille et m'être vêtuen costume do barearol.je ponpe et je portai droit à la petite porte, qui l'instant de mon arrivée. M. M. en sortit, et l'ayant refermée sur elle, enveloppée dans 80

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elle monta sar mon frêle esquif, et en un quart d*heure nous arrivâmes au casino. M. M. se hâta d'entrer; mais, moi, je restai pour amarrer mon bateau avec une chaîne et un cadenas pour le garantir des voleurs, qui, la nuit, S'amusent à en voler le plus qu'ils peuvent.

Quoique j'eusse ramé avec facilité, j'étais tout en nage; mais cela n*empêcha pas mon adorable maîtresse de me sauter au cou : la reconnaissance semblait défier l'amour, et moi, glorieux de mon exploit, je jouissais de ses transports.

N'ayant pas songé que j'aurais besoin de changer de lîïïge, je n'en avais pas pris; mais elle j trouva bien vite remède, car, après m'être déshabillé, elle m'essuja avec tendresse, ensuite elle me passa une de ses chemises, et je me trouvai â merveille.

Nous avions été sevrés trop longtemps de la jouissance de nous-mêmes pour penser â souper avant d'avoir abondamment sacrifié à l'amour. Nous passâmes deux heures, dans la plus douce ivresse, nos plaisirs nous semblant plus vifs que la première fois. Malgré mes feux, malgré l'ardeur de ma maîtresse, je fus assez maître de moi-même pour la tromper au moment du danger; car j'avais trop j)résent à l'esprit le tableau que notre ami m'avait fait. M. M., gaie et folâtre, me trouvant nouveau en barcarol, anima nos plaisirs par les saillies les plus amoureuses ; mais il était inutile qu'elle cherchât à ajouter à mon ardeur, car je l'aimais plus que moi-même.

Les nuits étaient courtes ; car elle devait retourner au couvent à six heures (1), et il sonnait quatre heures quand nous nous mîmes â table. Pour comble de malheurs, un orage survint pendant que nous soupions. Nos cheveux se dressèrent sur nos têtes I Nous n'eûmes d'espérance quo dans la nature de ces orages qui durent rarement plus d'une heure. Nous espérions aussi qu'il ne laisserait pas après lui un vent trop fort, ce qui arrive quelquefois ; car, quoique je fusse déterminé et vigoureux, j'étais loin

(t) EnviroD irçU bcaccs da matin.

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