CHAPITRE XXVm
Sulle du pNcédsnt. — H. H. tt Téublit. — Ja retaunie 1 Veniu. —Toi me console. — Affaiblissement de mon amoar poar M. H. — Le doi'i KJghelliDi. —Singulier entretien que j'eus avec lui. — Saitedeeeteu lien relatif ï H. H. — U. Marraj désabusé ei nagé.
Tonine avait ce qu'on appelle du tact et dujugeme et jugeant que mon état exigeait des ménagements, ellu comporta avec beaucoup de délicatesse, ne se coucha ji qu'après avoir reçu mes lettres et s'être assurée que je n'av plus besoin d'elle, n'entra plus chez moi que décemm< vêtue, et je lui en sus gré. Pendant quinze jours de su M. M. se trouva si mal. que je m'attendais & chat] instant & recevoir la nouvelle de sa mort, Lejourdu ma gras, C. C. m'écrivit que son amie n'avait pas eu la foi de lire ma lettre et qu'elle allait recevoir l'extrême-onetic
Cett^ AoSTeUe me consterna an point qa*il me fat impossible de me lever. Je pi^39ai la journée àp}^arer et& écanre, et Tonine ne me q^ittit qii*& minait. Il me fat impossible 4e feroier ÏOaû. Le miitin des Cendres, je reçus ane lettre 4an» laquelle G. 0« me disait 400 le médecin 4^e8pécait de son amid et qn*il ne lui donnait qn*ane quinzaine de jours A vivre. Une fièvre lente |a eonsumait ; elle était d*ane extrême fetiblesse, pouvant à peine avaler un peu de bouillon et ajant le malheur d être harcelée par son oonfesseur, qui lui disait éprouver à Tavance toutes les terreurs de la mort. Je ne pouvais soulager ma douleur qtt*en écrivant, et Tonine prenait de temps en temps la liberté de me faire observer que je nourrissais ma douleur et que je serai cause de ma mort. Je sentais mm-méme que j*aigris8ais ma douleur, et que le lit, le défaut de nourriture et la plume finiraient par me rendre fou. J'avais communiqué mon affection ft cette pauvre fiUe, qui ne savait plus que me dire, et dont remploi principal était de m*essuyer les larmes. Elle me faisait pitié.
Quelques jours plus tard, après avoir assuré C. G. que si notre amie mourait je ne lui survivrais pas, je la priai de lui dire que, ppur que je prisse soin de ma vie, il fallait qu'elle me fît promettre de se laisser enlever si j'avais le bonheur qu'elle se rétablit.
— J'ai, lui disais-je, quatre mille sequins et ses diamants qui en valent six mille; cela fera un capital suffisant pour nous assurer une existence honnête par toute TEurope.
G. G. m'écrivit le lendemain et me dit que mon amante, après avoir entendu la lecture de ma lettre, était tombée dans une espèce de délire convqlsif, qu'elle avait eu le transport au cerveau, et que pendant trois heures entières elle n'avait cessé de tenir un vaniloque eh français qui aurait fait fuir toutes les reli|^ieuses présentes si elles l'avaient compris. J'en fus au désespoir, et peu s'en fallût sans doute que je h'extravagasse comme ma pauvre nonne. Son délire dura trois jours^ et, dès quelle commença à recouvrer l'usage de ses sens, eUô chargea sa
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jeune amîe de m*écrire qu'elle éteit sûre de guérir si je |ui promettais de lui tenir la promesse de V^nlever ^dès ^ue sa santé lui permettrait de supporter les fatigues d'un lopg voyage. Je ne manquai pas de lui répondra qu'elle deyait d'autant plus y compter, que ma vie teu^^iJ; à rexécijtipn de ce projet.
Ainsi trompés tous deux de bonne foi, nous guérîmes, car chaque lettre de C. C. qui m'annonçait les progr^ de \a convalescence de M. M. me mettait du baume dans le sang. A mesure aussi que mon esprit reprenait son calme, mon appétit reprenait son cours ; et ma santé s'améliûrp,nt chaque jour, bientôt, ^ mon insu, je pris plaisir aux païretés de Tônine, qui s'était mise sur le pied de n'^^ller .se coucher que quand elle me voyait endormi.
Vers la fin du mois de mars, M. M. m'écrivit elle-mâme
qu'elle se croyait hors de danger et que, mojrennatit lin boii
égime, elle espérait pouvoir sortir de sa chambre après
âques. Je lui répondis que je ne qùitt^ais Muran qu'après ue j'aurais eu le bonheur de la voir à la grille, où, sans
ous presser, nous nous concerterions pour l'exécution de
être projet.
Il y avait sept semaines que M. de Bragadin ne m'avait vu ; il devait être inquiet sur mon compte, et je résolus d'aller le voir ce même jour. Après avoir. dit à Tonine que je ne rentrerais pas avant dix heures du soir, je partis pour Venise, sans manteau, car m'étant rendu à Muran en masque j'avais oublié d'en prendre un. J'avais passé quarante-huit jours sans sortir de ma chambre, je les avais passés en grande partie dans les larmes et le phagrîn, et j'en avais passé plusieurs sans dprmîr, sans prendre aucune nourriture. Je venais de faire une expérience qui flattait beaucoup mon amour-propre ; car j'avais été s^rvi par une fille jeuue, et qui dans tous les pays de l'Eurgpe passerait à juste titre pour une beauté ; elle était douce cpmme un agneau, prévenante et délicate, et, sans courir le risque d'être taxé de fatuité, je pouvais me flatter, sinon qU'elîe fut amoureuse de moi, au moins de la trouyer en tout disposée a me plaire : malgré cela, j'avais su résister à la II. »
606 HÉMOIRES DE CASANOVA.
puissance de ses jeunes attraits, et j*en étais Tenu ft peu près à ne plus craindre leur ascendant. L*habitude de la Toir avait dissipé les sensations de Tamour, et ramitié et la reconnaissance semblaient avoir pris le dessus sur tout autre sentiment; car j*étais forcé de reconnaître que cette charmante fille m*avait prodigué les soins les plus délicats et les plus assidus. Elle avait passé les nuits entières sur un fauteuil près de mon lit, me soignant comme si elle avait été ma mère, et ne m*avait pas donné un seul motif de plainte.
Jamais je ne lui avais donné un baiser, jamais je ne m*étais permis de me déshabiller en sa présence, et elle n'était jamais entrée dans ma chambre, la première fois exceptée, sans être décemment vêtue. Malgré cela, je savais que j'avais combattu, et je me sentais glorieux d'avoir remporté la victoire. Une seule chose me déplaisait dans tout cela, c'est que j^ét^is à peu près certain que ni M. M. niC. C ne voudraient jamais croire la chose possible, si elles parvenaient à le savoir, et que Laure elle-même, é, qui sa fille avait dû tout confier, n'y aurcût ajouté aucune foi, lors même que par bon procédé elle aurait £Bi.ît semblant de le croire.
J'arrivai chez M. de Bragadin au moment où l'on servait ia soupe. Il me reçut en poussant des cris de joie, et riant d'avoir prévu que je les surprendrais ainsi. Outre mes deux autres vieux amis, il y avait à table de la Haye, Bavois et le médecin Righellini. — Comment ! sans manteau? me dit M. Dandolo.
— Oui, lui dis-je: car, étant parti en masque, je n'eas pas la précaution d'en prendre un en partant. On rit, et, sans me déconcerter, je m'assis. Personne ne me demanda où j'étais resté si longtemps ; car il était entendu que cela devait venir de moi. Cependant de la Haye, crevant de curiosité dans sa peau, ne put s'empêcher de me lancer quelques brocards. — Vous êtes, me dit-il, devenu si maigre, que le monde malin portera sur vous un jugement sinistre.
— On ne dira pas, j'espère, que j'ai passé mon tempi chez les jésuites?