‹ Mémoires de Jacques Casanova de SeingaltChapitre 231 sur 235 · CHAPITRE xxvm · texte numérisé non relu

CHAPITRE xxvm

— VonsTou8 trompez. La mère M. M-, aux*" de Muran, est oertainement plus belle.

— J'ai entendu parler d'elle et je l'ai vue une toia ; mais je ne crois pas qu'il puisse dtrë possible àe se la procurer àprixd'ai^ent. '

— Je crois que si, me dit-U en sourlàat ; et qdElnd je crois quelque chose c'est à bonne enseigne.

— Vous m'étonnez. Malgré cela, je gagerais qU'on tous a trompé.

— Vous perdriei. Comme vous ne l'aTcz vue qu'une fois, vous ne la reconnaîtrez peUf-être pas & son portrait î

— Pardon, car sa figure m'a tait beaucoup" d^mpi^s-

^^ Attendez.

n se lève de table. Sort, et revient une minute après avec une boîte qui contenait huit oif dix portraits en miniature, tous dans le même costume. C'étaient destétes & cheveux flottants et à. gorge découverte. — Voilà, lui disje, de rares beautés dont sans doute vous avez fiCit connaissance deprôâf

— Oui; et si vous en reconnaissez quelques-uiies, soyez discret.

— N'en doutez pâa. En voilft trois que je connais. Celleci ressemble A M. M.; mais convenez qu'on peut vous avoir trompé, & moins que vous ne l'ayez eue dans le couvent même ou en la conduisant dehors en personne; car enfin il j a des femmes qui se ressemblent.

— Comment Toulez-Tous qu'on ni'ait trompé? Je l'ai eue ici même, yétue en religieuse, et j'ai passé toute une huit avec elle. Ce fut ft elle-même que je remis une bourse qui contenait cinq cents sequlns. J'en donnai cinquante 6. l'honnêta pourvoyeur.

— Vous lui aurez, j'imagine, EaJt des visites au parloir après l'avoir vue ici?

— Non, jamais, car elle craignait que son amant en titre ne vint â le savoir. Vous savez que c'est l'ambassor deur de France.

— Mais elle ne le recevait qu'au tiarloir.

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— Elle allait chez lui habillée en séculière i;pates les Uns QU*il le désirait. Je le sais du même homme qui me Ta amenée ici.

— L'avez-Tous fait venir plusieurs fois ?

Une seule fois, et cela sufSt ; mais je puis Tavoir qaand )e veux* pour cent sequins.

— Tout cela doit être exact; mais je gagerais cinq cents flequins qu*on vous a trompé.

— Je TOUS répondrai dans trois jours.

Je le répète, je ne doutais pas que toute cette affaire ne fût une insigne tromperie ; mais j*avais besoin de m'en assurer, et je fiîssonnais quand je venais à penser que la chose pourrait être vraie. C'eût été un crime qui m'aurait délivré de bien des obligations ; mais je portais en moi une forte persuasion de son innocence ; enfin, si je devais la trouver coupable, ce qui était dans les choses possibles, je me résignais volontiers à perdre cinq cents seqains pour prix de l'horrible découverte qui allait ajoutera mon expérience. J*étais dans une inquiétude déchirante, le pire peut-être des tourments de l'âme. Si cet honnête Anglais avait été victime d'une mystification ou plutôt d'une friponnerie, l'honneur de M. M. m'ordonnait impérieusement de trouver un moyen de le désabuser sans la compromettre, et c'esi bien ce que je me proposais. Voici comment la fortune me favorisa.

Trois ou quatre jours après, M. Murray dit au docteur qu'il désirait me voir. Nous allâmes le trouver, et il m accueillit par ces mots : — J'ai votre fait; pour cent sequins je suis sûr d'avoir la belle nonne.

— Eh bien ! va mes cinq cents sequins, lui dis-je»

— Non, pas cinq cents, mon cher, car j'aurais honte de vous gagner â coup sûr, mais les cent qu'elle doit ma coûter. Si je gagne, ce sera vous qui payerez mon plaisir; si je perds, je ne lui donnerai rien.

— A quand la solution du problème?

— Mon mercure m'a dit qu'il faut attendre un jour de mcLsques. Il s'agit à présent de savoir comment nous ferons pour acquérir l'un et l'autre la conviction nécessaire,

CHAPITHE XXVin.

car sans cda nous ne pouvons ni vous ni moi noi obligés da payer la gageure; et cette conviction ble difficile, car mon honneur ne me permet pas Téritablmnent M. M., de lui laisser soup^nnei trahi son secret.

— Non, ce serait une noirceur impardonnabh mon projet; il pourra vous satisfaire égalemi après l'exécution nous noua trouverons cot d'avoir, trâs-loyalement, gagné ou perdu.

Aussitôt que tous serez en possession de la n vraie ou fausse, vous la quittn'ez sous quelque p et TOUS viendrez merejoindredans un lieu dont n viendrons. Nons nous rendrons ensemble au coii je ferai descendre M. M. Lorsque vous l'aurez vu vous lui aurez parlé, serez-vous convaincu que c vous aurez laissée chez vous n'est qu'une friponne

— Oui, très-convaincu, et de ma vie je n'aurai gageure plus volontiers que celle-là.

— Je vous donne la inëme assurance. Si, quand appeler M. M. au parloir, la converse nous dit qi malade ou occupée, nous partirons et voua aurez vous irez souper avec la beUe, et moi j'irai autre j

— C'est à, merveille. Mais cela ne pouvant arri dans la nuit, il se peut, que quand tous la ferezapj touriôre TOUS réponde qu'à cette'heure-làellenefeit personne.

— J'aunu perdn également.

— Voua êtes donc sûr que si elle est dans le elle descendra?

— C'est mon affaire. Je vous le répète, sî toi parlez pas, je me déclare convaincu d'àToir pei sequins, et mille si Toua le voulez.

— Ou ne peut parier plus clair que 5a, mon cl et je vous remercie d'avance.

~ La seule chose que je vous demande, c'e exact A l'heure, et qu'elle ne soit pas trop indue couvent.

— Une heure après le coucher du soleil, cela i

F\/! VÉMOIRES DE CASANOVA.

— A merveille.

— Je fais anssi mon affaire de faire rester le masque là où je le tiendrai, qaand bien môme ce serait la yéritabie M. M.

— Elle n*aara pas longtemps à attendre, si vous pouvez vous la faire conduire A un casino que j^ai moi-même à Muran, et où je tiens au secret une jeune personne dont je suis amoureux. J'aurai soin qu'elle n'y soit pas ce jour-là, et je vous donnerai la clef du casino. J'aurai môme soin que vous trouviez sous la main un souper froid et délicat.

— C est délicieux; mais il faut que je puisse indiquer Fendroit au mercure.

— C'est juste. Je vous donnerai à souper demain, et le plus grand secret sera observé entre nous. Nous irons à mon casino en gondole, et après souper nous sortirons par la porte de la rue : do cette manière vous apprendrez à y aller par terre et par eau. Vous n'aurez besoin de montrer au conducteur que la rive et la porte, et le jour où il devra vous la conduire vous en aurez la clef. Vous n'y trouverez qu'un vieillard qui loge en bas, qui ne verra ni les entrants ni les sortants Ma petite ne verra rien et ne sera point vue, et tout, vous pouvez m'en croire, sera pour le mieux.

— Je commence, me dit l'Anglais enchanté de tout cet arrangement, à croire ma gageure perdue ; mais n'importe, je vais au-devant de la perte ou du gain avec toute la gaieté de mon âme. Nous nous donnâmes rendez-vous pour le lendemain, et nous nous séparâmes.

Le lendemain matin, je me ren dis à Muran pour prévenir Tonine que j'irais souper avec elle et que j'amènerais deux de mes amis ; et comme notre cher Anglais était aussi ami de Bacchus que de l'Amour, j'eus soin de remettre à ma petite ménagère plusieurs bouteilles d'excellent vin. Enchantée du plaisir qu'elle aurait de faire les honneiH*s de la table, Tonine ne me demanda autre chose sinon Il mes deux amis partiraient après souper.

' - Oui, ma chère.

l 'ette réponse la rendit joyeuse : elle s'attendait au àen-

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