‹ Mémoires de Jacques Casanova de SeingaltChapitre 232 sur 235 · CHAPITRE XXVin · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVin

aert. En la quittant je me rendis au couvent, où je pass une heure au parloir avec M. M. Je vie aTce plaisir q^u'ei ' recDUTTait chaque jour sa santé et sa beauté, et, apr^ 1 en avoir fait compliment, je retournai A Venise^ Le aai mes deux amis ayant été exacts au rendez- vous, nous no pendîmes à Inon petit casino h deux heures après Je eo cher du Boleii,

Notre petit souper fut délicieux, et maTonlne j déplo; an maintien et des grâces qui me ravirent. Que) plais . pour moi de voir Rv^hellini enchanté et le résident mu d'admiration 1 Quand j'étais amoureux, moa ton n'enco rageait pas mes amis & ciyoler l'objet de monamour; ma j'étai'j plein de complaisance quand le t«mps ariùt attié' -(non ardeur.

A minuit à peu près nous noua sépai'&mes, et, apr r .avoir conduit M- Murraj jusqu'à l'endroitoù je devais l'i ; tendre le jour de l'épreuve, je rentrai pour faire an charmante Tonine les complunents qu'elle méritait. El jue ât l'éloge de mes deux amis, et ne savait trop m'expi ;;mer sa surprise d'avoir vn notre Anglais sortirfrais et di ~f os quoiqu'il eût vidé & lui seul six bouteilles de mon me: ,4eur vin. Murraj avait l'air d'un beau Baccbua peint pi ,g;iEubens.

Le jour de la Pentecôte, Ri^hellini vint me dire que! «linistre d'Angleterre avait tout arrangé avec le prétend r^^uercuredeM. M. pour le surlendemain. Je loi remis l .:{lefs de ma demeure de Muran, et je lui dis de l'aasun 7 jue je serais exact au rendez-vous.

L'impatience me causait des palpitations de cœur exti^ ti-'^ement pénibles, et je passai les deux nuit^ sans pouvo 'fermer l'œil ; car, mal^ la certitude où j'étais que M. Ti jtait innocente, mon inquiétude était extrême. Mais d'( p.ne venait donc mon inquiétudeî Elle ne pouvait naiti :]ue de l'impatience de voirie résident désabusé. M. ft hîlevalt être aux yeux de cet homme une véritable prost ^,>uée, et l'instant où il se verrait forcé de s'avoa< ,rompé par dea fourbes rétablirùt cette religieuse dai ,out son honneur.

520 ICÉSrOTRES db casakova.

— Qae Dieu m'en préserve, mon cher ami ! Je tiens beaucoup & ces cent ducats. Allons.

Nous nous présentons au tour, je îais demander M. M., et la tourrière me rend la vie en me disant que j*ëtais attendu. J'entre au parloir avec mon cher Anglais et je le vois éclairé par quatre flambeaux. Je ne pois me rappeler ces moments sans chérir la vie! Je ne reconnus pas seulement à cela rinnocence de ma noble et généreuse amante, mais j'y vis avec admiration la pénétration de son esprit. Murray, sérieux, ne riait pas. M. M., brillante de grâce et de beauté, entre avec une sœur converse, tenant toutes deux un martinet à la main. Elle me fait en très-bon finançais un compliment très-flatteur; je lui remets la lettre, elle en regarde l'adresse et le cachet, puis elle la met dans sa poche. Après m'avoir remercié, elle me dit qu'elle allait y répondre de suite, et, se tournant vers mon compagnon :

— Je suis peut-être cause, monsieur, que vous avez perdu le premier acte de l'opéra, lui dit-elle.

— L'honneur de vous voir un instant, madame, vaut tous les opéras du monde.

— Il me semble que monsieur est Anglais f

— Oui, madame.

— La nation anglaise est aujourd'hui la première du monde, car elle est libre et puissante. Messieurs, je suis votre très-humble servante^

Je n'avais jamais vu M. M. si belle que dans cemomentlà, et je sortis du parloir brûlant d'amour et dans une joie dont l'espèce m'était encore inconnue. Je m'acheminai à grands pas vers mon casino sans prendre garde au résident, qui n'était pas pressé de me suivre ; je l'attendis à ma porte.

— Eh bien, lui dis-je, ôtes*vous maintenant convaincu que vous avez été trompé?

— Taisez- vous ; nous aurons assez le temps d'en parler« Montons.

— Que je monte?

— Je vous en prie. Que voules^vous que jô fasse quatre

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