CHAPITRE m
-- Il s*agit donc, reprit le père, de me faire acheter à crédit le fourreau indispensable, car je n'ai point d'argent comptant pour le moment. Vous pouvez hardiment endosser mes lettres de change ; et si vous connaissez le magicien, vous pouvez être de moitié avec lui.
— Ce magicien est tout prêt : c'est moi ;. mais si vous ne commencez pas par me compter cinq cents sequins, nous ne ferons rien.
— Je n'ai pas d'argent.
— Yendez-moi donc le couteau.
— Non.
— Vous avez tort, car, actuellement que je l'ai vu, je suis le maître de vous l'enlever. Cependant je suis assez honnête homme pour ne pas vouloir vous jouer ce tour-là.
— Vous êtes le maître de m'enlever mon couteau? Je voudrais en être convaincu, car je n'en crois rien.
— Vous n'en croyez rien? Fort bien : demain vous ne Faurez plus ; mais une fois en mon pouvoir, n'espérez pas que je vous le rende. Un esprit élémentaire que j'ai à mes ordres me l'apportera à minuit chez moi, et le même esprit me dira où est votre trésor.
— Faites qu'il vous le dise, et je serai convaincu.
— Qu'on me donne plume, encre et papier.
Je me mets à interroger mon oracle, et je lui fais répondre que le trésor était à côté du Rubicon.
— C'est, leur dis-je, un torrent qui fut jadis un fleuve. Ils vont interroger un dictionnaire, et ils trouvent que
le Rubicon passe à Césône : je les vois ébahis. Voulant leur laisser la liberté de mal raisonner, je sors.
L'envie m'était venue, non pas de voler cinq cents sequins à ces pauvres idiots, mais d'aller à leurs frais les déterrer chez l'autre sot, à Césône, et de me procurer à rire à leurs dépens. Il me tardait de jouer le rôle de magicien. A cette fin, en sortant de la maison du risible antiquaire, je me rendis à la bibliothèque publique, où, à l'aide d'un dictionnaire, j'écrivis ce morceau d'érudition bouffonne : « Le trésor est à dix-sept toises et demie sous terre, depuis six siècles. Sa valeur se monte à deux millions de sequins;
lES DE CASANOVA.
jans nue caisse, la même qae Qo '& k Mathilde, comtesse de Tos- Toulut aider l'empereur Henri IV re cette princeaae. Elle fut entera où elle se trouve encore, avant e. Grégoire VII, qui était grand i caisse était enterrée, s'était déreren personne, mais la mort vint )rè6 la mort de la comtesse Mae qui préside aux trésors cachés ,rdiens. Dans une nuit de pleine int pourra faire élever le trésor en se tenant dans le cercle
chez moi le père ou le âls, et je les ain matin. Après quelques propos me ce que j'avais composé & la u trésor enlevé à la comtesse Ma-
décidé à recouvrer le trésor et }e pourvu qu'ils se déterminassent à ;aine. A cela, j'i^oute la menace de
i, me dit le commissaire, qnandje
leur, & vous le faire voir demain,
) séparâmes, tons fort contents les
aine propre au couteau merveilidée la plus bizarre à la terme h forme du couteau dans la tête, et, de produire quelque chose de bien invenable & l'objet, je vis dans la ■este d'une belle botte de cavalier,
B semelle, je la fais bouillir et j'y lans laquelle le couteau devait in-
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faîllibletnent entrer. Ensuite je la rogne dans tous les sens pour la rendre méconnaissable ; je la frotte avec une pierre ponce, arec de rocre et du sable; et je parviens à lui donner une forme antique si bouffonne que je ne pouvais m'empécher d'en rire. Quand je la présentai au commissaire, et qu'il y eût mis le couteau, qui y allait parfaitement, le bonhomme resta émerveillé. Nous dînâmes ensemble, et, après dîner, nous conclûmes que son ffls m'accompagnerait pour me présenter au maître de la maison où était le trésor; que je recevrais une lettre de change de mille écus romains sur Bologne & Tordre de son fils ; mais qu'il ne la passerait au mien que lorsque j'en aurais extrait le trésor, et que le couteau dans la gaine ne passerait entre mes mains que lorsque j'en aurais besoin pour faire la grande opération : 'usqu'à ce moment, son fils devait toujours ravoir sur lui.
Ayant adopté ces conditions, nous nous engageâmes par un écrit, et nous fixâmes le départ au surlendemain. Au moment de notre départ, le père donna la bénédiction à son fils, et me dit qu'il était comte palatin, me faisant voir le diplôme que lui avait fait délivt^er le pape. Je l'embrasse en l'appelant M. le comte, et je prends sa lettre de ebange.
Après avoir dit adieu à Marine, que je laissais maîtresse favorite du comte Arcorati, et avoir pris congé de Baletti, que j'étais sûr de revoir à Venise avant un an, j'allai souper avec, mon ami O'Neilan.
Le matin nous nous embarquâmes ; et, après avoir passé par Ferrare et Bologne, nous arrivâmes à Césène, et nous nous logeâmes à la poste. Nous étant levés de bonne lieure, nous allâmes en nous promenant chez Georges Franzia, riche paysan, maître du trésor. Il demeurait à un quart de mille de la ville, et notre arrivée inattendue le surprit agréablement. Il embrassa Capitani, qu'il connaissait; et, me laissant avec sa famille, il sortit avec mon compagnon pour aller parler d'affaires.
Faisant mon métier d'observateur, je scrutai tous les mnoLbres de Ia fiBunille, et je jetai mon dévolu sur la fille
6S HËMOrnSS DE CASAHOTA.
aîn^. Sa sœur cadette était laide, et son Irâre ^H nn benêt. La mare paraissait être la maîtresse du logis, >is on quatre serrantes allaient et venaient dans le
fille ainée s'appelait GeneTiôTS, comme presque s les paysannes de Céséne. Dos que je sus son nom,
dis qu'elle devait avoir dix-buit ans ; mais, d'un air ■sérieux, demi-piqué, elle me répondit que je me tromioliment, puisqu'elle n'en avait que quatorze.
J'en suis charmé, mon aimable enfant, la lui rendit snn air serein.
maison était bien située, et isolée à quatre cents pas ut côté. Je vis avec plaisir que je serais bien logé ; je remarquai avec peine une exhalaison pnante, qui it infecter l'air, et qui ne devait pas plaire aux esprits 9 devais conjurer.
Madame Franzia, dis-je & la maitresse, d'où vient mauvaise odeur? |
Monsieur, c'est du chanvre que nous tenons en ma' !
ion.
jeaot qu'en éloignant la cause je n'aurais plus & souf*
e l'effet :
Pour quelle somme en avez-vous, madame} lui dis-
Ponr quarante écns.
Les voilà : le chanvre est & moi, et je dirai à votre
de le faire enlever de suite.
<n compagnon m'ayant appelé, je descendis. Franzia |
t tout l'hommage qu'il croyait dû au plus fameux màr ;
1, quoique je n'en eusse pas l'air.
us convînmes qu'il aurait un quart du trésor, qu'un
< quart appartiendrait à Capitani et le reste à moi.
»t que nous n'ellmes guère égard aux droits de Saint-
lui dis que j'avais besoin d'une chambre à deux lits
moi seul, et d'une antichambre avec une baignoire,
■ani devait loger au côté opposé au mien, et je devais
trois tables dans ma chambre, deux petites et une