‹ Mémoires de Jacques Casanova de SeingaltChapitre 38 sur 235 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

pour notre ddpart, que je hâtais de tous mes vœu^. Henriette n'ouvrait pas la bouche, que je ne lui trouvasse une perfection de plus, car son esprit m'enchantait bien plus encore que sa beauté. Iliiie semblait que le vieux capitaine voyait ayec plaisir que je na'occupasse d'elle, et tout semblait n^'assurer qu'Henriette voyait avec plaisir les attentions que je lui témoignais; enfin il me paraissait évident qu'elle ne serait point fâchée de changer son vieil amant contre naoi. J'avais d'autant plus lieu de m'en flatter que je possédais au physique tout ce qui peut constituer un amant parfait, et que j'avais l'air fort riche, quoique je n'eusj^e point de domestique. Je lui dis que, pour avoir le plaisir de ne pas en avoir, je dépensais le do jible ; que me servçint moi-même, j'avais toujours la satisfaction d-êtré servi à mon gré, et que j'avais l'avantage de n'avoir point d'espion à mes trousses ni de voleur privilégié à redouter. Henriette entrait parfaitemei^t dans mes idées, et cela mo rendait encore plus amoureux.

L'honnête capitaine hongrois voulut absolument me remettre d'avance le montant des postes jusqu'à Parnie. Après dîner, nous partîmes après une dispute de politesse sur les places : il voulait que je me naisse près d'Henriette dans le fond, mais le lecteur doit sentir combien la place en face nae convenait mieux; aussi, tout en y trouvant mon compte, j'insistai pour me placer sur le strapontin, et j'eus le double avantage de m'en faire un mérite de politesse et de me mettre à même d'avoir constamment et sans gêne l'objet charmant que j'adorais placé sous mes regards.

Mon bonheur aurait été trop grand, si je n'avais eu aucune peine à endurer. Mais où trouver des roses sans épines? Lorsque cette charmante Française disait de ces choses plaisantes qui sortent si naturellement de la bouche des femmes ie son pays, et que la saillie m'excitait à rire, la figure triste du pauvre Hongrois me faisait pitié, et alors, voulant lui fkire partager mon plaisir, j'entreprenais de lui traduire en latin les belles phrases de' la spirituelle Henriette ; mais au lieu d'y réussir, je voyais son visage

^'allonger comme si ce que je lui disais lui eût paru mausli. 9

HÉMOtRBB DB CASANOVA.

ime forçait & convenir avec moi-même que je ne is aussi bien le latin qu'elle le fiançais ; et cela , Dans toutes lances, la derniôre chose qu'on en st l'esprit; or, cet esprit n'est jamais si saillant la plaisanterie. Je n'ai commencé à rire é la I Térencfl, de Plante et de Martial, qu'ft l'Âge de

e chose s'étant dérangé & la voiture, nous arré- P'orli ponr la faire réparer. Après avoir soupe nent, je passai dans ma chambre pour m'aller maie plein de l'image d'une femme cbarmanto iptivait de plus en plus. Henriette, pendant tout I, m'avait paru si bizarre, que je ne voulus point lans un second lit qui était dans la même chamraignais que cette allé n'eût l'idée de quitter son narade ponr venir se mettre près de moi; et ja I pas comment le brave capitaine aurait pris ta rie. Je voulais, il est vrai, parvenir & la possesi charmant objet ; mais je voulais que tout se fit le, car j'avais an certain respect pour ce brave

eune fille n'avait que l'habit d'bomme qui la coula moindre nippe de femme, pas même une chee en changeait avec celles du capitaine. Cette était si nouvelle pour moi, qu'elle me paraissait {ue.

! ft Bologne, et animé pendant le souper et par chère et par le fen qui s'allumait de plus en plus 1 cœur, e lui demandai par quelle aventure sinle était devenue l'amie de ce brave homme, qui beaucoup plus fait pour être' son père que son i vous désirez le savoir, me répondit>*lle en riant, is raconter toute l'histoire par lui-même; mais le ne rien omettre. Je n'y manquai pas ; et le boQ , après s'être assuré par signes que ce récit ne ; pas a l'amaible Française, me parla ainsi : fScier de mes amis ayant eu une commission pour pris un congé de six mois et je l'y accompagnai.

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