CHAPITRE vn
Le lendemain de la clôture de l'Opéra, Dubois, après avoir dîné avec nous, nous dit quil donnait à dîner le lendemain aux deux premiers acteurs, homme et femme, et qu'il ne tenait qu'à nous d'entendre les plus beaux morceaux qu'ils avaient chantés sur la scène. Ils chanteront dans une salle voûtée de ma maison de campagne, parfaitement propice au développement de la voix. Henriette le remercia beaucoup ; mais elle lui observa qu'ayant une santé très-délicate, elle ne pouvait s'engager à rien d'un jour à l'autre, et fit rouler la conversation sur d'autres matières.
Dès que nous fumes seuls, je lui demandai pourquoi elle ne voulait pas s'aller amuser chez Dubois.
— J'irais, mon cher ami, et avec bien du plaisir, si je ne craignais d'y rencontrer quelqu'un qui pût mé reconnaître, et qui par là vînt détruire le bonheur dont je jouis.
— Si tu as quelque nouveau motif de crainte, tu as raison ; mais si ce n'est qu'une appréhension vague, mon ange, pourquoi veux-tu te priver d'un plaisir réel et bien mnocent? Si tu savais la joie que je ressens quand Je vois que tu as du plaisir, surtout lorsque je te vois comme en extase en entendant quelque morceau de bonne musique!
— Eh bien, mon cœur, je ne veux pas que tu me croies moins courageuse que toi. Nous irons chez Dubois de suite après dîner. Les chanteurs ne chanteront pas avant. Outre cela, mon ami, il est probable que, ne comptant pas sur nous, il n'aura pas invité quelque curieux de me parler. Nous irons sans le lui dire, sans qu'il nous attende, et comme pour lui faire une surprise d'amitié. Il nous a dit qu'il sera à sa maison de campagne, et Caudagna sait où elle est.
Son raisonnement était dicté par la prudence et l'amour, deux choses qui vont si rarement ensemble. Je ne lui répondis qu'en l'embrassant avec autant d'admiration que de tendresse, et le lendemain, à quatre heures après midi, nous nous rendîmes chez M. Dubois. Nous fûmes surpris