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de le trouver Beol avec une jolie fille qu*il nous présenta comme sa niôce. Je suis, nous dit-il, ravi de vous voir; mais, n'ayant pas osé m*attendre au bonheur de vous pot« séder, j ai changé le dîner projeté en un petit souper, et j'espère bien que vous daignerez Thonorer de votre pr^ sence. Les deux virttiosi ne tarderont pas à venir.
Nous nous trouvâmes malgré nous obligés de souper.
— Avez-vous, lui dis-je, invité beaucoup de mondet
-- Vous vous trouverez, dit-il d*un air victorieux, dans une société digne de vous. Je suis seulement fâché d« n*avoir pas invité des dames.
A cette observation galante et délicate qui s'adressait particulièrement & Henriette, mon amie lui fit une révérence qu'elle accompagna d'un sourire. Je vis avec plaisir Tair de la satis&ction peint sur son visage ; maiSf hélas ! elle commandait au sentiment pénible qu'elle éprouvait. Sa grande âme ne voulait pas se montrer inquiète, et je ne pénétrais pas dans son intérieur, parce que je ne croyais pas qu'elle eût rien & craindre.
J'aurais pensé et agi autrement si j'avais su toute son histoire ; je ne l'aurais pas laissée a Parme; je l'aurais menée à Londres, et elle en aurait été enchantée.
Les deux acteurs ne tardèrent pas â paraître s c'étaient Laschi et la demoiselle Baglioni, qui alors était très-jolie. Successivement tous les convives arrivèrent : c'étaient tous des Français et des Espagnols d'un certain âge. Il ne fut pas question de présentation, et j'admirai en cela le tact du spirituel bossu ; mais conune tous les convives avaient l'usage de la cour, ce manque d'étiquette n'empêcha pas qu'on ne fît â mon amie tous les honneurs, et elle les reçut avec cette aisance et cet usage du monde qu'on ne connaît qu'en France, et même que dans la meilleure société, à l'exception pourtant de quelques provinces où la noblesse, qu'on appelle â tort la bonne société, laisse un peu trop percer la miorgue qui la caractérise.
Le concert commença par une superbe .ymphonie; ensuite les deux acteurs chantèrent un dut avec beaucoup de goût et de talent. Vint ensuite un élève du célèbre
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Vandini qai donna un ooncèrtù de yiolonoello qui fut fort applaudi.
Leê applaudissements duraient encore quand Henriette se lève, s'approche du jeune artiste, et lui prend son vio* loncello en lui disant d un air modeste, mais assuré, qu^elle allait le faire briller davantage. Je tombais des nues. Ëllo 3e met à la place du jeune homme, prend le violoncello entré ses jambes et prie Torcheatre de rouloir bien reoom» mettcer le concerto. Voilà le plus protond silence quit*éta^ bht, et moi tremblant comme la feuille et prôs de me trouver mal. Heureusement que tous les regards étaient axés sur Henriette et que personne ne me regardait* Elle ne me regardait pas non plus, elle ne Tosait pas ; car si elle avait levé sur moi ses l^aux yeux, elle aurait perdu courage* Cependant, ne la voyant pas se mettre en posture déjouer, je commençais à me flatter qu'elle n'avait voulu faire qu'une aimable plaisanterie; mais, en lui voyant tirer le premier coup d'archet, j'éprouvai une palpitation de cœur si forte, que je me sentais mourir.
Mais qu'on se âgure ma situation lorsque, après le pre* misr morceau, les applaudissements bien mérités couvrirent totalement l'orchestre 1 Ce passage rapide d'une extrême crainte à une exubérance de contentement me causa une irritation semblable & la plus violente âèvre. Ces applaudissements ne parurent faire sur Henriette aucune sensation, et, Sans détacher ses yeux des notes qu'elle voyait pour la première fois, elle joua six fois de suite avec la plus rare perfection. En quittant sa place, elle ne re^ mercia point la société de sôs applaudissements -, mais, se tournant d'un air affable vers le jeune artiste, elle lui dit, avec un aimable sourire, qu'elle n'avait jamais joué sur un meilleur instrument. Se tournant alors vers la compagnie :
— Je vous prie, dit-elle, d'excuser la petite vanité qui m'a fait abuser de votre patience pençlant une demi* heure.
Ce compliment, À la fois si imposant et si gracieux, acheva de me mettre hors de moi, et je disparus pour aller pieu-
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rer dans le jardin où personne ne me rojait. Qni est done cette Henriette? me dJRais-je le cœur attendri et versant des larmes ; quel est donc ce trésor dont je suis en possession? Mon bonheur me paraissait trop grand pour que je m*en crusse digne.
Perdu dans ces réflexions qui redoublaient la volupté de mes pleurs, je serais resté longtemps dans le jardin, si Dubois lui-même ne fût venu me chercher et me trouver malgré Tobscurité de la nuit et de l'allée dans laquelle je révais. Il était inquiet sur la cause de ma disparition, et je le tranquillisai en lui disant qu*un petit étourdissement m'avait obligé de sortir pour respirer Fair frais.
Chemin faisant, j*eus le temps de sécher mes larmes, mais non de fedre disparaître la rougeur de mes jeux. Cependant il n*j eut qu'Henriette qui s'aperçut du fait, elle me dit :
— Je sais, mom ange, ce que ta es allé &ire dans le jardin.
Elle me connaissait; il lui était ûtcile de deviner l'impression que la soirée avait faite sur mon cœur.
Dubois avait assemblé chez lui les plus agréables seigneurs de la cour, et le souper qu'il leur donnait sans profusion était aussi délicat que bien choisi. Je me trouvais assis en face d'Henriette, qui seule attirait naturellement toutes les attentions ; mais elle n'aurait pu que gagner à. être entourée d'un cercle de dames qu'elle aurait certainement éclipsées sans avoir besoin d'autres brillants que sa beauté, son esprit et ses manières distinguées. Elle flt le charme de ce souper par l'agrément qu'elle répandit sar la conversation. M. Dubois ne parlait pas, mais il était glorieux d'avoir attiré chez lui une convive aussi attrayante. EUe eut l'adresse de dire À chacun quelque chose d'aimable et l'esprit de ne jamais rien dire de joli sans xae mettre de la partie. De mon côté, j'avais beau affecter la soumission, la déférence et le respect pour cette déité, elle voulut que chacun devinât que j'étais son oracle. On pouvait la croire mafenmie; mais, à mes procédés envers elle, il n'était pas naturel de la juger telle.