CHAPITRE vni
lité de parent, il doit me mettre à Tabri de tout afiront. Il ne fera rien que de concert avec moi; et 8*il pensait À s'écarter des lois que je lui dicterai, je n'irai pas en France, et je te suivrai où tu voudras pour te consacrer le reste de mes jours. Cependant, cher ami, songe que des circon- . stances fatales peuvent nous faire envisager notre séparation comme le meilleur parti, et nous devons nous assurer assez de force pour le prendre, pour espérer de n'être pas malheureux. Fie-toi à moi, et sois sûr que je saurai prendre mes mesures pour me ménager la portion de bonheur dont il peut m'étre donné de jouir dans la privation du seul homme qui jamais ait eu toute ma tendre affection. Tu auras, jel'attends de ta grande âme, le même soin de ton avenir, et je suis certaine que tu réussiras. En attendant, éloignons de nous tous les tristes pressentiments qui pourraient obscurcir les instants qui nous restent.
-- Ah I que ne sommes-nous partis après la rencontre fiineste de ce malheureux favori?
— Nous aurions peut-être très-mal fait; car il aurait été possible que M. d'Antoine se déterminât alors à donner àma famille une preuve de son zèle en faisant des perquisitions pour nous découvrir, et m'exposer alors & des violences que tu n'aurais pas souffertes, et qui nous seraient devenues également funestes.
Je fis tout ce qu'elle voulut ; mais, dès ce moment, notre amour commença à devenir triste, et la tristesse est une maladie qui finit par le tuer. Nous restions souvent une heure en face l'un de l'autre sans nous dire un seul mot, et nos soupirs se confondaient malgré les efforts que nous faisions pour les comprimer.
Le lendemain, à l'arrivée de M. d'Antoine, je suivis exactement l'instruction qui m'avait été donnée, et je passai seul à faire semblant d'écrire six heures des plus assommantes.
Ma porte était ouverte et la glace de ma chambre nous mettait à même de nous voir réciproquement. Ils passèrent ces six heures à écrire, s'interrompant de temps en
temps pour parler je ne sais sur quoi, mais leurs discours n. êM
devaient être déoisifs. Le lecteur peat aisément se figurer les tourments de cette longue torture ; car je ne pouvais rien augurer que de destructif de ma félicité.
Dès que ce terrible d'Antoine fut parti, Henriette vint me trouver, et, voyant qu'elle avait les jeux gros, je fis un soupir auquel elle s'efforça de répondre par un sourire.
-^ Veux-tu, mon ami, que nous partions demain!
— Oh ciel ! oui, je le veux. Où veux-tu que je te mène!
— Où tu voudras, mais il faut que nous sojons ici dans quinze jours.
— Ici? Fatale illusion I
— Hélas ! oui. J'ai donné ma parole d'être ici pour y recevoir la réponse à une lettre que j'ai écrite. Sois certain que nous n'avons aucune violence à craindre ; mais je ne puis plus me souffrir ici,
— Hélas ! moi, je maudis l'instant où j*y ai mis le pied. Veux-tu que nous allions à Milan!
— Fort bien, à Milan.
— Puisque nous avons le malheur de devoir retourner, Gaudagna et sa sœur peuvent venir avec nous.
— A merveille.
— Laisse-moi faire Ils auront une voiture à part et ils porteront ton violoncello. Il me semble que tu devrais faire savoir à M. d'Antoine le lieu où tu vas.
— Il me semble, au contraire, que je ne dois lui en rendre aucun compte. Tant pis pour lui s'il peut douter un moment que je manque h ma parole.
Le lendemain matin, après avoir pris les effets nécessaires pour une absence de quinze jours, nous partîmes* Nous arrivâmes à Milan sans gaieté et sans rencontre, et nous y restâmes quatorze jours vis-à-vis de nous-mêmes, sans voir d'autres étmngcrs que l'hôte de l'hôtel, un tailleur et une couturiùro. Je û$ k mon Henriette un présent qui lui fut bien cher; c'était une pelisse de loup-oervier d'une grande beauté.
Henriette, par délicatesse^ ne me fît jamais aucune question sur l'état de ma bourse ; je lui en savais gré ; mais aussi j'eus soin de ne lui laisser jamais soupçonner qu'elle