‹ Mémoires de Jacques Casanova de SeingaltChapitre 66 sur 235 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

me di^elle, mon unique ami, ne t'informe jamais de moi, et, si par hasard, tu viens jamais à me rencontrer, fais semblant 'de ne pas me connaître.

Elle me donna ensuite une lettre pour M, d'Antoine, our bliant de me demander si je retournais à Parme ; mais , quand bien même je n'en aurais pas eu l'intention, je m'y serais résolu sur-le-champ. Elle me pria aussi de ne partir de Genève qu'après que j'aurais reçu une lettre qu'elle m'écfirait du premier endroit où elle s'arrêterait poui* changer de chevaux. Elle partit à la pointe au jour, ayant Avec elle une femme de compagnie, un laquais sur le siégo et un qui la précédait en courrier. Je la suivis des yeux aussi longtemps que je pus apercevoir sa voiture, et j'étais immobile à la même place longtemps après que mes regards ne voyaient plus rien ; car toutes mes pensées étaient concentrées sur le cher objet que je perdais ; l'univers ne me semblait plus rien.

Rentré dans ma chambre, j'ordonnai au sommelier do n'entrer chez moi que lorsque les chevaux qui menaient Henriette seraient de retour; et je me nais au lit, espérant que le sommeil viendrait au secours de mon âme accablée que mes larmes ne pouvaient point calmer.

Ce i^e fut que le lendemain que le postillon revint; il avait été jusqu'à Châtillon. Il me remit une lettre dans laquelle je ne trouvai que le triste mot Adieu! Cet homme me dit qu'ils étaient arrivés à Châtillon sans aucun accident et que madame avait de suite pris la route de Lyon Ne pouvant partir de Genève que le lendemain, je passai seul dans ma chambre une des plus tristes journées de ma vie. Je vis sur une des vitres ces mots qu'elle y avait tracés avec la pointe d'un diamant dont je lui avais fait présent : Tu oublieras aussi Henriette. Cette prophétie n'était ■pas faite pour me consoler; mais quelle étendue donnaitelle au mot oublier? Elle ne pouvait entendre par ce mot sinon que le temps cicatriserait la plaie profonde qu'elle avait faite à mon cœur, elle n'aurait pas dû l'augmenter en me faisant cette espèce de reproche. Non, je ne l'ai pas oubliée ; car, la tète couverte de cheveux blancs, son sou-

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