CHAPITRE Vin
mais n augmente pas ta douleur en pensant à la mienne. Soyons assez sages pour nous imaginer que nous avons fait un agréable songe, et ne nous plaignons pas de notre destin ; car jamais songe délicieux n'a été aussi long. Vantons-nous d'avoir su nous rendre parfaitement heureux pendant trois moils de suite : il n'y a guère de mortels qui puissent en dire autant. Ne nous oublions jamais, et rappelons souvent à notre esprit les instants heureux de nos amours pour les renouveler dans nos âmes qui, quoique séparées, en jouiront avec tout autant de vivacité que si nos cœurs palpitaient l'un sur l'autre. Ne t'informe pas de moi, et, si le hasard te fait parvenir à savoir qui je suis, ignore-le toujours. Je te ferai plaisir en t'informantquej'aisibienmis ordre à mes affaires que je serai pour le reste de mes jours aussi heureuse qu'il peut m'être donné de l'être, privée de toi. Je ne sais pas qui tu es ; mais je sais que personne au monde ne te connaît mieux que moi. Je n'aurai plus d'amants de ma vie ; mais je souhaite que tu ne penses pas m'imiter. Je désire que tu aimes encore et même que ta bonne fée te fasse trouver une autre Henriette. Adieu, adieu. »
Je revis cette femme adorable quinze ans après : le lecteur verra comment quand nous en serons là.
Rentré chez moi, insouciant de l'avenir, absorbé dans une tristesse profonde, je m'enferme et je me couche. Mon accablement me donnait une sorte d'assoupissement. La vie ne m'était pas à charge, mais parce que je n'y pensais pas, et j'y aurais pensé si j'en avais pris le moindre soin. J'étais dans un état de coïiaplôte apathie. Six ans plus tard je me trouvai dans une situation pareille ; mais cette fois ce n'était pas l'amour qui était l'agent de ma peine, c'était la fameuse et horrible prison des Plombs à Venise. Je n'étais guère mieux en 1768, quand on me logea à la prison de Buen-Retiro à. Madrid; mais n'anticipons pas sur les événements.
Au bout de vingt-quatre heures mon épuisement était très-grand, mais je ne le trouvais pas désagréable, et, dans la situation d'esprit où je me trouvais, l'idée qu'en
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augmentant il poarrait me faire mourir avait.des charmes
pour moi. J'étais bien aise de voir que personne ne vint
m'importuner pour m"offrir à manj^er, et je me félicitais
gédié mon domestique. Au bout de vingt-quatre
ires, ma langueur équivalait & une inanition
ftns cet état, lorsque de la H&ye vint frapper k Je n'aurais pas répondu si, en frappant, il ne 3 dit qu'on avait absolument besoin de me pai^ I ouvrir, me soutenant & peine, et je reviens
ranger, me dit-il, qui a besoin d'une voiture, ;heter la vôtre.
veux pas la vendre.
ez m'excuser si je vous ai dérangé; mais vous - malade.
'ai besoin qu'on me laisse tranquille.
i est donc votre maladie f 'oche, me prend la main et me trouve le pouls me débilité, ez-vous mangé hier!
Dieu merci, depuis deux jours, ant la vérité, il e'alarme et me conjure de bouillon. Il met tant d'onction et de bonhomie ollicitations, que, par faiblesse autant que par e laissai persuader. Puis, sans jamais me parette, il me fait un sermon sur la vie à venir, té du monde que cependant nous préférons, et isité de respecter nos jours, qui ne nous apparus
9 sans répondre, mais enân j'écoutais ; et de la ircevant de cet avantage, ne voulant point me lonna un petit dîner. Je n'avais ni la force ni la résister, et dés que le dîner fut servi je pris )se. Mors mon de ta Haye cria victoire et ne né de la journée qu'à m'égayer par de joyeux
main nouvelle afffùre. car ce fut moi qui le