CHAPITRE vm
république en était en possession comme Tempereur d'Autriche ; ce dernier réclamant le ju^ eligendi, on en avait fait arbitre Benoît XIV. Il était évident que, le pape n'ayant pas encore prononcé, la république aurait eu la plus grande déférence pour sa recommandation.
Pendant qu'on traitait cette affaire et qu'on attendait à Venise une lettre par laquelle nous aurions appris l'effet de la recommandation du souverain pontife, il m'arriva une petite aventure comique dont je ne dois pas sevrer mon lecteur.
Au commencement du mois d'avril, parfaitement guéri (le ma dernière blessure et rendu à ma première vigueur, allant tous les jours avec mon convertisseur aux églises, ne manquant pas un sermon, j'allais aussi avec lui passer la soirée au café, où nous trouvions toujours assez bonne compagnie d'officiers. Il y avait parmi eux un Provençal qui divertissait la compagnie par des fanfaronnades et le récit de ses exploits militaires qui l'avaient distingué au service de plusieurs puissances et principalement en Espagne. Comme il amusait, afin de le tenir en haleine, tout le monde faisait semblant de le croire. Comme je le regardais attentivement, il me demanda si je le connaissais.
Parbleu ! monsieur, lui dis-je, si je vous connais I Ne nous sommes-nous pas trouvés ensemble à la bataille d'Arbella (1)?
A ces mots chacun éclata de rire ; mais le fanfaron, sans se déconcerter, dit avec vivacité :
- Ehl que trouvez- vous donc de risible à cela, messieurs? J'y étais, et monsieur peut m'y avoir vu ; et il me semble en effet le reconnaître. Et, continuant à m'adresser la parole, il me nomma le régiment où nous servions ; et, après nous être embrassés, nous finîmes par un compliment réciproque sur le bonheur que nous avions de noua retrouver à Parme. Après cette plaisanterie vraiment comique, je me retirai accompagné de mon inséparable convertisseur.
(4) D'Arbellet.
Le lendemain j étais encore à table avec mon compagnon lorsque le Provençal fanfaron, chapeau sur la tête, entre dans ma chambre en disant :
— Monsieur d'Arbella, j ai quelque chose d'important à vous dire : dépêchez- vous et suivez-moi. Si vous avez peur, prenez avec vous qui vous voudrez : je suis bon pour une demi-douzaine.
Pour toute réponse je me lève, je m'empare d'un pistolet, et, le couchant en joue :
— Personne, lui dis-je d'un ton ferme, n'a le droit de venir troubler mon repos dans ma chambre; sortez, ou je vous brûle la cervelle.
Mon homme alors tire son épée et me défie de lassassiner; mais, au même instant, de la Haye se jette entre nous en frappant fortement du pied sur le plancher. L'hôte monte et menace l'officier d'envoyer chercher la garde s'il ne partait à l'instant.
Il part en disant que je l'avais insulté en public, et qu'il aurait soin que la satisfaction que je lui devais fût publique comme l'offense.
Quand il fut parti, voyant que cette affaire pourrait prendre une tournure tragique, je raisonnais avec de la Haye sur les moyens d'y remédier; mais nous n'eûmes pas longtemps d nous creuser la tête ; car, une demi-heure après, un officier de l'infant duc de Parme vint m'ordonner de passer de suite à la grand'garde, où M. de Bertoian, major de la place, avait à me parler.
Je j>riai de la Haye de m'y accompagner en qualité de témoin tant de ce que j'avais dit au café que de ce qui s'était passé chez moi.
J'arrive chez le major, auprès duquel je trouve quelques officiers, dont monsieur le fanfaron était du nombre.
M. de Bertolan, f|ui était un homme d'esprit, fit un petit sourire en me voyant ; puis, avec le plus grand sérieux, il me dit :
— Monsieur, puisque vous vous êtes moqué de cet officier en public, il est juste que vous lui donniez uno satisfaction publique qu'il exige ; et comme major de la place,