‹ Mémoires de Jacques Casanova de SeingaltChapitre 8 sur 235 · CHAPITRE T · texte numérisé non relu

CHAPITRE T

trois amLs qod mon mariage était irréTocablement écrit dans le grand livre des destinées.

A mon apparition, je vis ces trois excellents hommes dans IWesse de la {oie; car, n'étant pas accoutumés à me voir trois jours absent, MM. Dandolo et Barbaro appréhendaient qu*ii ne me fût arrivé quelque malheur; mais M. deBragadin, d'une foi plus ferme, les rassurait en leur disant qu'ayant Paralis pour sentinelle, aucun malheur ne pouvait m'arriver.

Dès le lendemain je me décidai à faire le bonheur de Christine sans l'unir à moi. J'avais eu l'idée de l'épouser quand je l'aimiais plus que moi-même ; mais, après la jouissance, la balance s'était tellement penchée de mon côté, qaa mon amour-propre se trouva plus fort que mon amour. Je ne pouvais me résoudre à renoncer aux avantages, aux espérances que je croyais attachés à mon état d'indépendance. Malgré cela, j'étais esclave du sentiment. Abandon- Der cette fille naïve et innocente me paraissait une action si noire, que je la sentais au«dessus de mes forces ; la seule idée m'en faisait frémir. Je sentais qu'il était possible qu'elle portât dans son sein un gage de notre mutuel amour, et je Mssonnais de la possibilité que sa confiance en moi fût payée par l'opprobre et par le malheur de toute sa vie. Je pensais à lui trouver un mari à tous égards préférable à moi; un mari fait, non-seulement pour qu'elle me pardonnât l'affi^ont que je lui avais tait, mais pour qn elle en vînt â chérir ma tromperie et â m'en aimer davantage.

Cette trouvaille ne pouvait pas être difficile; car outre que Christine était un modèle de beauté et qu'elle jouissait dans son village d'une réputation intacte, elle avait une dot de quatre mille ducats courants de Venise.

Enfermé avec les trois adorateurs de mon oracle, la plume à la main, j'ai fait â Paralis une question sur l'altàirQ qui me tenait â cœur. Il me donna cette réponse :

— Appuie l'afilaire à Serenus.

C^était le nom cabalistique de M. de Bragadin, et ee brave homme se soumit de bon cœur â tout ce que Pa«

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