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mier à. me dire d'un ton amical qu*il espérait pourtant que je n'étais pas au lendemain de mes noces.
— On dit donc que je me suis marié?
— Tout le monde le dit et partout. Les clie^ mêmes du conseil le croient et ont raison de le croire.
— Pour avoir raison de le croire, il faudrait en être certain ; et ces messieurs ne le sont pas. Comme ils ne sont pas infaillibles, non plus que qui que ce soit, excepté Dieu, je vous dis qu'ils sont dans l'erreur. J'aime à faire de bonnes actions et à m'amuser au prix de mon argent, mais non pas au prix de ma liberté. Quand vous voudrez savoir mes affaires, c'est de moi seul que vous pourrez les apprendre, et la voix du public n'est faite que pour amuser les sots.
— Mais, dit M. Dandolo, tu as passé la nuit avec ce qu'on appelle ton épouse?
— Sans doute ; mais je n'ai de comptes à rendre à personne sur ce que j'ai fait cette nuit. N etes-vous pas de mon avis, monsieur de la Haye?
— Je vous prie de ne pas me demander mon avis ; car je n'en sais rien. Je vous dirai cependant qu'il no faut pas tant mépriser la voix du public. La tendre affection que je ressens pour vous est cause que ce qu'on dit me peine.
— D'où vient que ce qu'on dit ne peine point M. de Bragadin, qui bien certainement m'aime bien plus tendrement que vous ?
— Je vous respecte; mais j'ai appris à mes dépens à craindre la calomnie. On dit que, pour vous emparer d'une fille qui vivait avec son oncle, digne prêtre, vous avez payé une femme pour qu'elle se dît sa mère et qu'elle allât ainsi demander la force des chefs du conseil suprême pour vous la faire obtenir. L'huissier même du conseil jure que vous étiez dans la gondole avec la prétendue mère lorsque la fille y est entrée. On dit que l'acte en vertu duquel vous avez fait enlever les meubles de ce bon père, de ce digne ecclésiastique, est faux, et on vous blâme d'avoir fait servir le premier corps de l'État d'instrument à ces
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crimes. On dit enân que, quand bien même tous auriee épousé la fille, ce qui doit être immanquable, les chefs du conseil ne se tairont pas sur les moyens que vous avez osé employer pour parvenir à votre but.
— Voilà, monsieur, une fort longue péroraison, lui dis^ je froidement ; mais apprenez qu'un homme sage qui a entendu conter une histoire criminelle avec tant de circonstances absurdes, cesse d'être sage s'il répète ce qu'il a entendu ; car si l'histoire est calonmieuse, il devient alors complice du calomniateur*
Après cette espèce de sentence, qui fit rougir le jésuite, et dont mes amis admirèrent la sagesse, je le priai d'un air significatif d'être tranquille sur mon compte, d'être persuadé que je connaissais les lois de l'honneur, que j'avais assez de jugement pour me conduire, et qu'il devait laisser dire sur mon compte comme je le faisais quand j'entendais de mauvaises langues parler mal de lui.
Cette historiette amusa la ville pendant cinq ou six jours, ensuite elle tomba dans l'oubli.
Cependant trois mois après, n'étant jamais allé à Lusia, et n'ayant répondu à aucune des lettres que la demoiselle Marchetti m'avait écrites, ni remis aux porteurs l'argent qu'elle me demandait, elle se détermina à une démarche qui pouvait avoir des suites, mais qui pourtant n'en eut aucune.
Un jour Ignace, huissier du tribunal redoutable des inquisiteurs d'État, se présenta à moi au moment où j'étais encore à table avec mes trois amis, de la Haye et deux autres convives. Il me dit poliment que le chevalier Cantarini dal Zoffo désirait me parler, et qu'il se trouverait chez lui à la Madona de l'Orto le lendemain à telle heure. Je me levai, et lui dis en le saluant que je ne manquerais pas de me rendre aux ordres de Son Excellence • il partit.
Je ne pouvais pas deviner ce que ce haut personnage pouvait vouloir à ma petite personne, et cependant ce message était fait pour nous causer une certaine consternation, car celui qui me mandait était un inquisiteur
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d*Ëtat, sorte d*oiseaux de fort maavais aagare. M. de Bragadin, qui l'avait été durant qu'il était conseiller, et qui en connaissait les habitudes, me dit que je n'avais rien à craindre. Ignace, me dit-il, vêtu en habit de campagne, n'est pas venu comme messager du redoutable tribunal ; et M. Cantarini ne veut te parler que comme particulier, puisqu'il te fait dire d'aller le trouver à son palais, et non au sanctuaire. C'est un sévère vieillard, mais juste, et auquel tu dois parler clair et surtout convenir de la vérité ; car, en la niant, tu risques d'empirer l'affaire. Cette instruction me plut et elle m*était nécessaire. Je fus exact au rendez-vous.
Dès que je parus, on m*annonça, et il ne me fit pas attendre. J'entre, et Son Excellence, assise, passe une minute à m'observer en long et en large sans me rien dire ; ensuite il sonne et ordonne à son valet de chambre de faire entrer les deux femmes qui étaient dans la chambre voisine. Je sus de suite de quoi il s'agissait et ce fut sans la moindre surprise que je vis entrer la mère Marchetti et sa fille. Alors Son Excellence me demanda si je connaissais ces deux personnes.
— Je dois les connaître, monseigneur, puisque l'une sera ma femme quand, par sa conduite, elle m'aura convaincu qu'elle est digne de l'être.
— Elle se conduit bien, elle demeure avec sa mère à Luzia : vous l'avez trompée. Pourquoi diflférez-vous de l'épouser? Pourquoi n'allez-vous pas la voir? Vous ne répondez pas à ses lettres et voUs la laissez dans le besoin.
— Je ne puis l'épouser, monseigneur, qu'en ayant de quoi vivre, et cela viendra dans trois ou quatre ans d*ici, moyennant un emploi que j'aurai par la protection de M. de Bragadin, mon seul soutien. Dans cet intervalle, il faut qu'elle vive en honnête fille du fruit de son travail. Je ne l'épouserai que lorsque j'en serais convaincu, et que surtout j'aurai la certitude qu'elle ne voit plus l'abbé, son cousin au quatrième degré. Je ne vais pas chez eUe parce que mon confesseur et ma conscience me défendent d*y aller