CHAPITRE X
infaillibilité, n*empêchera pas que les persécutions ne donnent à la franc-maçonnerie une importance qu'elle n'aurait peut-être jamais acquise sans elles. Le mystère est dans la nature de Thomme, et tout ce qui se présentera à la foule sous un aspect mystérieux piquera toujours la curiosité et sera recherché, quelque persuadé que Ton soit du reste que le voile souvent ne cache qu'un zéro.
Au résumé, je conseille à tout jeune honame bien né qui veut voir le monde, de se faire recevoir maçon ; mais je rengage aussi à bien choisir la loge ; car, quoique la mauvaise compagnie ne puisse point agir en loge, elle peut cependant s'y trouver, et le candidat doit se garder des Maisons dangereuses.
Les hommes qui ne se font recevoir francs-maçons que dans l'intention de parvenir à connaître le secret de Tordre, courent grand risque de vieillir sous la truelle sans jamais atteindre leur but. Il y a cependant un secret, mais il est tellement inviolable qu'il n'a jamais été dit ou confié à personne. Ceux qui s'arrêtent à la superficie des choses pensent que le secret consiste 'en mots, signes et attouchements, ou qu'enfin le grand mot est au dernier degré. Erreur. Celui qui devine le secret de la franc-maçonnerie (car on ne le sait jamais qu'en le devinant), ne parvient à cette connaissance qu'à force de fréquenter les loges, qu'à force de réfléchir, de raisonner, de comparer et de déduire. Il ne le confie pas à son meilleur ami en maçonnerie; car il sait que, s'il ne l'a pas deviné comme lui, il n'aura pas le talent d'en tirer parti dès qu'il le lui aura dit à l'oreille. Il se tait, et ce secret est toujours secret.
Tout ce qui se fait en loge doit être secret; mais ceux qui, par une indiscrétion malhonnête, ne se sont pas fait un scrupule de révéler ce qu'on y fait, n'ont point révélé l'essentiel ; ils ne le savaient pas, et s'ils l'avaient su, certes ils n'auraient pas révélé les cérémonies.
La sensation qu'éprouvent aujourd'hui les profanes, c'est-à-dire ceux qui ne sont pas maçons, est de la même nature que celle qu'éprouvaient jadis ceux qui n'étaient pas admis aux mystères qu'on célébrait à Eleusis en l'hon*
neur de Cérôs. Mais les mystères d*£leusis îniéressalent toute la Grôce, et toat ce qu*il y avait d*éminent dans la société dealers aspirait à en faire partie ; tandis que la franc-maçonnerie, au milieu de grand nombre d*hommes de premier mérite, renferme une foule de gredins qu'aucune société ne devrait avouer, parce qu'ils sont le rebut de Tespôce humaine sous les rapports moraux.
Dans les mystères de Cérôs, on garda longtemps un silence impénétrable à cause de la vénération dont ils étaient Tobjet. Au reste, que pouvait-on révéler? Les trois mots que Thiérophante disait aux initiés; mais À quoi cela aboutissait-il? A déshonorer Findiscret, car il ne révélait que des mots barbares inconnus du vulgaire. J*ai lu quelque part que les trois mots sacrés des mystères d'Eleusis signifiaient : Veillez et ne faites pas de mal. Les mots sacrés des divers grades maçonniques sont à peu près tout aussi criminels.
L'initiation durait neuf jours ; les cérémonies étaient très-imposantes et la compagnie très-respectable. Plutarque nous apprend qu'Alcibiade fut condamné à mort et tous ses biens confisqués pour avoir osé tourner en ridicule, chez lui, les grands mystères, avec Polition et Théodore, contre les Eumolpides. On voulut même qu'il fût maudit par les prêtres et les prétresses; mais la malédiction ne fut point prononcée, parce qu'une prêtresse s'y opposa en disant :
— Je suis prêtresse pour bénir et non pour maudire! Paroles sublimes ! leçon de morale et de sagesse que lo
pape méprise, mais que l'Ëvangile enseigne et que le Sauveur du monde prescrit.
Bien n'est important ai\jourd'hui, comme rien n*est sacré pour une certaine classe d'hommes cosmopoUtes.
Botarelli publie dans une brochure toutes les pratiques des maçons, et on se contente de dire :
— C'est un coquin. On le savait d'avance.
Un prince, à Naples, et M. Hamilton, chez lui, font les miracles de saint Janvier, et ils en rient sans doute, et bien d'autres avec eux. Cependant le roi fait semblant de