II' PARTIE. — CHAPITRE XX
L'élonnemenl , le mépris , la pitié , se partageaient mon âme. Je relevai madame Sardan ; puis , m'adressant à son mari : « Parlez, expliquez-vous; je me « sens assez de présence d'esprit pour vous « entendre. — Monsieur, s'écria-t-il, vous
« saurez tout mais, au nom du ciel
« laissez-moi recueillir mes idées Je ne
« vous cacherai rien Oui, je veux tout
« vous dire.... » Enrayé de voir que cet homme allait s'accuser devant ses enfans et leur mère, je l'interromps, en disant à sa femme : « Retirez-vous , de grâce ; em- « menez vos enfans. » Elle voulait rester, elle m'implorait , elle jetait sur son mari des regards de surprise et de douleur.
« Retirez-vous, je l'exige : » et je la conduis rapidement jusqu'à une chamhre éloignée dont je ferme sur elle la porte à douhle tour.
« Nous voilà seuls , dis-je à Sardan ; « parlez avec franchise. — Monsieur , j'ai « commis une faute inexcusable....; mais je « suis un honnête homme.... » Fort trouhlé, il n'ajoutait rien. « Remettez-vous,
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■jii JACQUES FAUVEL.
ce parlez. Que de temps vous me faites « perdre, lorsqu'un soin si pressant ré- « clame ailleurs ma présence ! — J'ai été
« entraîné...., trompé Si vous saviez ce
ce que j'ai souffert depuis hier.... Je me
« proposais..., je voulais Un négociant,
ce mon ami d'enfance, qui m'a rendu les « plus grands services.... Hier, il est venu « à sept heures du malin... 11 était dans ce une espèce de délire ; il avait des ce échéances considérables à payer.... pour ce plus de cinquante mille francs. Il était « perdu, déshonoré si je ne venais secrèee tement à son secours... Il me promettait ce qu'aujourd'hui, à trois heures après midi, « tout serait rétabli dans ma caisse.... Je ce repoussai avec indignation sa demande.
« Il s'éloignait désespéré.... Je tremblais « qu'il n'attentât à ses jours ; je le retins, ce Malheureux que je suis ! pourquoi ne « fai-je pas laissé partir...? Vous le voyez, ce monsieur, ce n'est pas pour moi... c'est ce pour un autre... , c'est pour un homme ce que j'ai cru mon ami, que vous avez « long-temps estimé... — Eh! qui donc?
11° PARTIE. — CHAPITRE XX. 77 « nommez-le. — C'est Darnal, dont ce matin « vous avez appris la faillite et la fuite.
« Moi, je n'ai point songé à fuir. J'ai voulu « employer cette journée à chercher si « je n'avais pas quelque moyen de réparer « ma faute ; il n'y en a point. Mon parti « était pris ; demain, à votre réveil , je « devais me présenter à vous avec ma a femme et mes enfans, vous raconter ce « que vous venez d'entendre , et me re- « mettre à votre discrétion. »
Une foule de pensées s'étaient succédé dans mon esprit. « Combien , lui dis-je , « manque-t-il à ma caisse? — Quarante- « huit mille francs. — A combien se <( montent les rentrées d'hier et celles <( d'aujourd'hui ? — A treize mille deux « cents. — Retirez-vous , » lui dis-je en fermant la caisse et prenant la clef, a Demain « j'aurai vu ce que je puis faire pour a ne pas combler le malheur de votre « famille. »
Au même instant , la porte s'ouvre avec violence ; un inconnu furieux s'élance dans la chambre. C'était un homme âgé ,
qu'à sa tournure et à sou vêtement il était facile de reconnaître pour un ancien militaire. « Scélérat ! » s'écrie-t-il en voyant Sardan; et il se jetait sur lui si je ne l'eusse arrêté. « Juste ciel ! son père ! » dit Sardan saisi d'épouvante. « Je suis perdu ! » 11 restait debout, les mains étendues, la bouche entr'ouverle , l'œil fixe et les cheveux hérissés.
L'inconnu, que je retenais toujours, parlait en phrases entrecoupées , et me révélait l'odieuse vérité. Tout le récit de Sardan n'était qu'un tissu de mensonges; il déguisait ses vols, en arrangeant une fable avec la banqueroute trop connue de Darnal. Il avait séduit , corrompu la fdle de l'homme que je voyais devant moi. La veille , elle s'était enfuie par ses conseils ; et le lendemain il devait aller la rejoindre avec ce qu'il appelait de nouvelles ressources. Des lettres trouvées par le malheureux père attestaient ces faits ré voltans, a Ah ! misérable ! dis-je à Sardan , (C vous appeliez pour m'implorer votre ce femme et vos enfans, quand vous êtes