CHAPITRE XVII
Quelques scènes chez madame Dumarsy.
Il arriva bientôt à ma belle-mère un double bonbeur. Son mari, pour sa fête, lui fit cadeau d'un ëquipage; et presque en même temps elle fut nommée dame de
charité.
Sa fortune ne lui valut pas seule cette honorable nomination; les abondantes aumônes qu'elle répandait dans son quartier lui méritaient depuis long-temps l'estime et la reconnaissance des personnes chargées de veiller aux besoins des malheureux. On sait que les dames de charité sont choisies parmi les femmes les plus nobles ou les plus riches;
IP PARTIE. — CHAPITRE XVII. 3 9 Appelée à partager leurs touchantes occupations, madame Dumarsy s'en félicitait , beaucoup par zèle pour les pauvres, un peu par vanité pour elle-même.
Je me souviens qu'un jour, en revenant du bureau de charité, où elle était allée dans son carrosse, je la vis tout attendrie des projets qui avaient été arrêtés pour le soulagement de la classe indigente,' et toute joyeuse de ce qu'au détour d'une rue son cocher avait éclaboussé Anselme qui passait.
Les dames de charité étaient pleines de vertu et de dévouement; elles se faisaient quelques visites entre elles ; j'eus l'honneur d'en voir plusieurs chez madame Dumarsy.
Mais ces visites de simple politesse ou d'affaires avaient lieu dans la matinée, et n'ajoutaient point à l'éclat des nombreuses réunions de ma belle-mère. Son ambition était plutôt excitée que satisfaite. Ce qui l'avait frappée surtout dans les soirées de Divane , c'est qu'il y avait chez lui des gens de qualité , tandis qu'on ne voyait dans notre maison que des personnes qui appartenaient à la
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4o JACQUES FAUVEL.
bourgeoisie : à la haute bourgeoisie , il est vrai ; mais enfin ce n'étaient que des bourgeois.
En attendant qu'elle eût le bonheur d'avoir à son cercle des gens de haute distinction, madame Dumarsy ne pouvait se défendre de montrer une humeur un peu vaine. Bonne par caractère, elle recevait toujours avec amitié ses parens et ceux de son mari ; mais son amitié devenait quelquefois protectrice : on eût dit qu'elle s'essayait en famille à prendre des airs de qualité.
Cependant ses relations avec les dames pieuses qui s'occupaient du soin des pauvres lui firent connaître d'autres dames très distinguées aussi par leur naissance, mais plus jeunes , un peu frivoles. Parmi celles qui devinrent l'objet de ses invitations empressées, la première qui voulut bien embellir une de ses soirées fut la veuve du président de Juvignac. On lui prodigua les égards, les attentions , les petits soins. Une présidente ! c'est quelque chose; mais ce n'était encore que de la noblesse de robe.