‹ Mémoires de Jacques Fauvel. Volume 3Chapitre 7 sur 23 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Divers changemens de situation.

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Peu de jours après, je me promenais dans le jardin avec Roland; nous causions, nous nous rappelions gaïraent la manière dont nous avions fait connaissance à Limoges. On vint m'annoncer qu'un de mes chefs d'atelier, homme fort habile , quittait ma maison pour passer chez Anselme.

À cette nouvelle, Roland entra dans une grande fureur. Quand il se fut un peu calmé , il m'apprit qu'on avait fait près de lui des tentatives , qu'on lui avait proposé une somme considérable s'il voulait porter son talent dans une autre fabrique ; oit s'était gardé de la lui nommer, mais il la

II e PARTIE. — CHAPITRE XVIII. 53 devinait. Il ajouta qu'il ne m'avait pas parlé de ces offres , tant il les dédaignait. Puis , se livrant à son exaltation habituelle : « Sont-ils assez fous , s'écria-t-il , de s'iraa- « giner que moi, moi Roland, je tract vaillerais à de simples métiers de manu- « facture par tout autre motif que celui « de l'amitié ? Si un savant me disait :

« Roland , j'ai besoin que ton génie vienne « à mon secours , je répondrais : Très vo- « lontiers ; la nuit je travaillerai pour vous , « mais le jour est à mon ami Fauvel. »

En me parlant ainsi , il me tendait la main avec cordialité ; je l'embrassai , et je pensai comme lui que cette basse machination ne pouvait partir que d'Anselme.

Le lendemain , à l'heure où l'on ouvrait la manufacture , trois ouvriers entrèrent dans mon cabinet, et d'un air résolu, d'un ton presque menaçant , me déclarèrent , au nom de leurs camarades assemblés dans les ateliers , que les travaux ne commenceraient pas si je n'accordais sur-le-champ une augmentation de salaire.

Je regardai les hommes qui me parlaient ',

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je reconnus en eux trois nouveaux venus assez mauvais sujets, ce Fort bien , leur « dis-je. Vos camarades vous envoient; « je vais leur répondre , suivez-moi, »

En approchant des ateliers, j'entendais beaucoup de tumulte ; j'entrai. A ma vue, quelques ouvriers parurent très honteux ; d'autres fort animés se parlaient , me parlaient avec chaleur. J'élevai la voix; je leur imposai silence $ et désignant les trois envoyés : a Voilà , dis-je , des hom- « mes peu habiles , peu laborieux ; qu'ils « se présentent à la caisse , on va leur « compter ce qui leur est dû : je cesse « de les employer. » Us voulaient répliquer, et cherchaient autour d'eux des secours. « Vous n'avez plus ici de cama- « rades , ajoutai-je ; vous n'avez pas le a droit d'y rester ; sortez. » Je parlais d'un ton si ferme qu'ils obéirent, a Mes « amis, » continuai-je en m'adressant à tous les autres, « M. Dumarsy n'a-t-il pas pour « vous la bonté d'un père? et moi, suis-je et un maîlre dur, avide ? Pensez-vous que, « s'il était juste d'augmenter vos salaires,

II e PARTIE. — CHAPITRE XViII. 55 « j'eusse altenduvotredemande?Nesonimes- « nous pas déjà de vieilles connaissances ?

« Je vois parmi vous des hommes qui ont « travaillé courageusement avec moi dans « celte nuit fatale de l'incendie : qu'ils « disent si les bons sujets ne sont pas « sûrs de me trouver en toule occasion.

« Soyez donc laborieux , paisibles , comme « il convient à de bons pères de famille , « à d'honnêtes jeunes gens. Je puis encore a effacer de mon souvenir un événement « qui m'afflige, parce qu'il vous fait peu « d'honneur ; mais j'exige que sur - le- « champ vous alliez à vos métiers. » Confus , silencieux , tous se mirent à l'ouvrage. En traversant Je jardin , je rencontrai M. Dumarsy, qui accourait fort inquiet.

On venait de lui annoncer que les ouvriers étaient en révolte. Je le rassurai ; mais cet événement lui laissa une impression profonde. C'était la première fois qu'il avait à se plaindre de ses ouvriers ; il regardait les manœuvres qui nous avaient enlevé un chef d'atelier comme la cause de celle mutinerie; et, sortant de son caractère si

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calme, si doux , il s'emportait contre Anselme, et le traitait d'homme abominable.

Ce fut depuis ce moment que mon beaupère parla plus sérieusement de se retirer à la campagne. Madame Dumarsy, ne pouvant se consoler d'avoir été humiliée par ceux qu'elle avait recherchés, saisit avec passion ce projet, qui, peu de semaines auparavant, l'effrayait. A l'en croire, elle avait toujours eu du goût pour la retraite ; le repos et la liberté n'existaient que hors des barrières de Paris i elle peignait avee délices les plaisirs de la vie champêtre, et n'imaginait pas de sort plus heureux que celui d'une dame de château. Je l'engageais à réfléchir, à ne pas imiter ces jeunes filles qui, dans un instant de dépit, s'exposent aux longs ennuis du cloître.

Louise , affligée , cherchait à retenir ses parens; mais M. Dumarsy fut confirmé dans ses idées par les médecins qui lui conseillaient les voyages, ou au moins l'air de Ja campagne; et ma belle-mère assura qu'elle resterait fidèle à son antipathie pour le grand monde.

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