SECONDE PARTIE
En cette année i665, Son Altesse royale fit sa seconde campagne. dans la compagnie et sous la conduite de M. de Turenne, le plus grand, capitaine de ce siècle et peut-être de tous les siècles, et qui n^était pas peu satisfait de voir un si illiutrepersonnagedeveninson écolier dans le métier de la guerre. Son Altesse royale, dans les mémoires écrits de sa main^ a rendu de cette campagne le compte suivant.
La campagne commença tard cette année des deux côtés , ce qui ne pouvait être autrement, si l'oi) cpnsidère combien la dernière avait duré long-tçmp». Cependant, bien que nous nous missions tard en campagw > et qu'une bonne partie de nos troupes eût pris ses quartiers d'faîver
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(latis le Poitou^ TAnjoa/ la Marciie et àûlres |>roymces éloignées ,- notre armée. &t Ténnie en c&mpagne à la fin de juin , et nous mîm^s le siège ^eva^it Rethel avsnt que Tarmée espagnole- se *£it rassemblée hors de ses quartiers d'hiver» Cette ptâee étak fort i^nportante par sa sttaaftion sut la rivièi^ d'Aisne , et donnait eatrœ dans la Champagne dont elle fait partie; en sorte que^e là on pouvait faire des excursions jus^'aux portes de Paris et lever des contributions dans son voisinage. Le prince de Condé l'avait prise environ neuf inols auparavant , et l'avait remise aux mains des Espagnols lors de son alliance avec eux. 11 peut sembler étrange qu'une place de cette importance, et que, selon toute probabilité, les Français devaient attaquer la première, ri'^t pas été pourvue d'une garnison suffisante pour la défendre. Bien qu'elle eût pour gouverneur iè marquis de Persan , très-bon officier, M. de Turenne, sans se donner la peine de faire une ligne de circonvallation , fît^ dès. le preraieÉ' soir , donner l'assaut aux ouvrages extérieurs, qtfîl einporta sans une grande perte. Ce qui fit qii'îU lui donnèrent si peu de peine, c'est que, bien qu'ils fussent entourés d'un bon fossé, et d'ailleurs assez élevés, comme ils n'étaient que de terre et n'avaient point de palissade ailleur* que fittr le parapet, les Français se décidèrent plus aisémettt à s'y aventurer ; et , une fois stir lés rempatts , ils
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coinbattaietit Tenneimsur uo terrain ëgal^ et alors le noœbse devait nëcfifisairemeut l'emporter»
Ce succès éleva tellenient le courage de nos geas^^ct abaUît lellemeftt les ennemie^ cjiie la y'àh eUe^-mêmc, doni la principale force ëtait dans les ouvrages extérieurs y >fut bientôt forcée de capituler; car, à la faveur des ouvrages que Doas avions emportés, nous finies en très*peu de temps à&ax brèches suffisantes dans le mur, qui tt'àait pas des plus forts. Il M fall«t pour chacune qu'une seule attaque; cela obligea les assi^'s à entrer en pourparler dès le 8 juillet, et le lendemain ils rendiiHipt la ville ^ d'où ils sortirent avec arnics et bagages pour se rendre à leur phis prochaine garnison. Après l'exécution des articles , ncrtre armée s'affréta un jour ou deux pour réparer les brcekea, «i après avoir pourvu la place de toutes les choses nécessaires > et y avoir laissé une gurnison sulfisamte, nous marchâimes vers Guise, sur la vis que nous reçûmes que le rendez-vous général des ennemis se trouviMt près de cette ville.
Dans notre route, étant campés près d'un village appjelé Noircourt , nous reçûmes du gouverneur 'de Rocroy l'avis qu'une portion de l'armée ennemie^ en marche vers lerelides-vous, se trou« vait logée en plusieurs villages dans les environs de Chiihay , Treinon et Glajon, de l'antre côté de la forêt des Afdennes. Sur cet avis, nos généraux I. i5
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résolurent de marcher a^ee toutes leurs troupes et un petit nombre de pièces de campagne ^ laissant seulement cinq ou six cents iuMnmesi lagarde du bagage, et de traT^rser ces. grands boîa, e^ pérank surprendre l'enoeoii 'dans ses quartiers avant qu'il put étse averti de noire umrche. U se trouvait que c'était le tour de M. de Turenoe de. commander l'avant-garde. U fit toute la diligence possible ; mais, après avoir dépassé une certaine abbaye ^ appelée Bucilly , et être arrivé avec l'avant-garde à Nost, presque à l'extrémité de \sL foret > nous apprîmes par un petit parti qui ramenait quelques prisonniers que les ennemis étaient avertis de notre approche. Yoyaat donc notre projet découvert, nous retournâmes sur nos pas, et vînmes le.i4 retnouver notre baga^ que nous avions laissa ^ Noiraourt* Gelte expédition avait duré trois jours. De là, nous marchâmes le 17 à Haris, et ensuite à Saint- Algis, oii le roi de France ^t le cardinal Mazarin vinrent nous trouver.
Le 25, nous campâmes à Ribep^nt, et en même temps l'armée espagnole, forte au moins de trente miljie hommes, s'assemblait sur la frontière près derArlure de Guise, et menant aveceUe une.artillerie et des vivres proportionnés à sa force^ elle se mit en marche pour entrer en France. lieJEloi en reçut la nouvelle, et on discuta dans IciConseil, devant lui et le cardinal, ce qu'il y avaitde'mieux à
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faire, ayant en tête un si puissaat ennemi, et notre armée n'ëtant'qne de six mille hommes d'infanterie et un peu plus de dix mille chevaux. Quelques uns furent d'avis de jeter toute notre infanterie» «xcepté un millier de mousquetaires, dans les -villes frontières avec quelque cavalerie pour lui faire escorte, et d'employer ce \>m d'infanterie qui resterait en dehors, ainsi que toute notre cavalerie, à côtoyer i'aritiee ennemie pour l'inrcommoder et la fatiguer, autant que nous pourrions, en tombant sur ses fourrageurs et interceptant ses convois pour Tempêcher d'attaquer aucune de nos places.
D'autres pensaient qu'il ne fallait pas séparer nQtre armée , mai& tâcher, avec toutes nos forces réunies, de défendre le passage des rivières, dans le cas où l'enoenài s^avapearait dans le pays ; «car Bordeaux tenant toujours pour lui,ils regardaient comme très -dangereux de leur laisser libre la route de Paris, reniis depuis si peu de temps sous l'obéissance du Roi.
Mais M., de Turenne ne fut ni de l'un ni de l'autre avis: « car, dit-^il, si nous divisons notre u armée. et mettons la plus grande partie de « notre infanterie et quelque cavalerie dans les « garnisons, il nous restera si peu de monde que u les .ennemis nous forceront aisément à nous « retijper en telle partie du pays qu'il leur'con- « viendra. Après quoi ils seront les maîtres de
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fi rerenir sur leurs pas pour assiéger nos villes et «r auront tout le temps qu'il leur faudra pour se t< retrancher avant que nous puissions réunir nos if forces dispersées : et quand nous j parviens t< drons, ils auront tellement avancé leurs travaux « que nous ne serons plus à temps d'assiéger de (V notre côté aucune de leurs places ; car avant que ri nous eussions fait des progrès un peu importans^ ic ils auraient pris une vilfe et viendraient tomri her sur nous. Ainsi nous serions silrs^ en suite vant celte marche , de perdre une de nos plate ces sans prendre une des leurs ^ même de rf moindre importance. D'un autre côté 9 si en « conservant notre armée réunie nous nous te- « nous derrière les rivières, pour empêcher les u ennemis de les passer et de pénétrer dans fc le pays « not|s manquerons certainement notre (c but ; car ils nous surpassent tellement en inu fanterie, qu'ail serait trop difficile de défen- (c dre contre eux aucun passage de rivière; et si (c nos soldats se voyaient chassés de leur poste , u non -seulement cela les découragerait beau- <K coup y mais produirait un très-mauvais effet w à Paris et dans les provinces. » Ainsi donc, en considérant de près la chose , M. de Turenne fut bien d'avis <le tenir notre armée réunie, mais de nous en servir pour observer les raouvemens de l'ennemi , nous tenant sur ses derrières ou sur UA de ses flancs, aussi près qu'il nous serait possible
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sansnouseiposeràétreforcësd'enTeAirauxmains^ lorsque nous ne ie pourrions a^ec «Tantage* Ea suiyanl cette méthode , it espei^ait^ dk-il^ être* en état de les empéeher d'assiéger aucune place importante, ee qui les obligeait de diviser leurarmée. II était bien difficile qu'ils s'y risquassent lorsqu'ils le sauraientsi près d'euxf qu'avant qu'ils, eussent pu se retrancher et avoir établi leur-point (le eoRfimuoication, nous tomberions sur eux. par le point que nous voudrions choisir. Il ne croyait pas d'ailleurs Cfu'ils &'enfonf âssent beaur^ coup dans le pays; ^ar, s'ils le faisaient^ nous pourrions intercepter tous leurs convois sans lesquels il leur était impossible de subsister longtemps dans le coMr des possessions françaises.
Ces raisons y et d'autres* présentées par M. de Turenne, d^idèrent 4e-^5ftifKlitij|l ^^ et par coiwéqaeat le Roi et le conseil* On donna donc des ordres et les mesurés furent prises pour continuer la caiilpagne s après quoi la cour se retira de Farméc
Cependant l'ennemi , ayant réuni toutes^ ses forces, pénétra en France entre les rivières de Somme et d'Oise, et se campa à Fousommes et Fervaques, d'oii il costiniiia sa route le premier août et passa à notre vue le même jour, mardiant vei«Ham , la Somme à sa droite. Il campa ensuite aux environs de Saint<-Simonet de Châtres où il employa un jour entier à passer les défilés.
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A son approche, nous nous mimes en bataille, et^ ToyaDt qu'il ne Tenait pas à ' nous et continnairt sa lioute, oous allâmes ce jour cdtoyant la ritière à un village nomme May6t , à peu de dîlstance de La Fère. Nous y passâmes tout le lendemain à faire des ponts pour notre infanterie et des passages pour notre caralerie , dans intention de traverser la' rivière en cas que Tennemi s'avançât davantage dans le pay^ , ainsi que nous en<eûmes avis le lendetùaîn matin par les partis que nous avions envoyés en campagne. Cependant M. deTurenne, qâi ne voulait pas exposer soir armée en la faisant marcher avant d'être ceHain de la route que prêndraifent les ennemis , partit lui-même au point du jour avec mille chevaux; et^ reconnaissant que les renseignemens qui lui avaî^n* été apportés étaient vé- FÎtablës ', il envoya oixlré à son arniée de veiiir le joindre. Lorsqu'elle fut arrivée, nous marchâmes ie long de la rivière, et campâmes le 5' août à Fargnier^ couverts par les bois qui nous garantissaient aussi-bien qu'eût pu le feire une rivière. Nous apprîmes que Tennemi s'était avancé jusqu'à Roye, qu'il avait pris et pillécette viUe qui^ n'avait d'atitre défense que ses habitans : ceux-cci , bien qu'ils n'eussent pas de troupes aveô eux, avaient laissé dresser des batteries et avaient atteadtt qu'elles tirasseat sur eux avant de se rendre. Nous arritâmes le S à Noyon où nous ap-
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primes la prise de Roye. Nous avançâmes le 9 jusqa'à Magny^ qui, bien que de l'aatrecdté des bois , était dans un pays si coupe que nqus n'y courions aucun danger. D'ailleurs nous ne toulions pas nous tenir trop loin de Fennemi*
De là y M. de Schomberg fiit envoyé avec les gendarmes au nombre d'environ deux cent cinquante chevaux et cent fantassins se jeter dans Corbie. £n marne temps on envoya à JVfronne trois œnts hommeade pied : ce fnfrent là les seules troupes que l'on tirât de l'arinée pour les envoyer.dans les places. Apprenant que l'ekitiemi se dirigeait sur la Somme à peu distance de Corbié , nous primjes position le 10 août à Éperneville tout près de Ham.
Nous n'y <^fûûies pas plutôt arrivés que nous apprîmes que le comte .dâJISfgen, à là tête d'en-* TÎron trois mille liommes, devait sortir de (aiIu^ braile ioffié^main pour escorter un grand convoi de vivres et de toutes les choses nécessaires à un sie'ge^ beaucoup de prisonniers et des munitions de toutes sortes. Son' projet était de se diriger sar la Somme entre Péronne et Corbie où il de-^ Tait reûconti«r le convoi et prendre alors de nouvelles mesures- Sur cet avis , nous nous mimes en marche un peu avant le coucher du soleil et passâmes la Somme à Ham dans Tintention de tomber sur ce convoi que nous espérions ren^ coatrer dans la plaine auprès de Bapaume. Pour
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aller plus vite^ nous primes les devanf&aTec notre cavalerie. Nous laissâmes seuleitteat ea arrière quelques cavaliersqui deTaient dous saÎTre avec rinfanter ie^ l'art il 1er le et le bagage^ et a va ieo t o^dre de faire toute la dili^nce imaginable. Arrivés au point du jour à Péronne avec notre cavalerie, nous y prîmes toute J'infanterie ^'on y avait envoyée de Tarmée et de plus tout ce qu'on put no«$ donner de la gamiaon , et nous GootînuÂmes notre marche veiis Bapauine. A deax ou trois lieues de cette ville, nous fîmes halte pour laisser reposer nos chevjaux^ et envoyâmes des partis à Cambrai pour s'informer de la marche du convoie Vers midi, iUnous rapportèrent qu'il avait en effet commencé à sortir de Cambrai, mais qu^averti de notre approche*, il était nenîré dans la ville. Après avoir reçu ce reusai^piement, comme nous apprîmes en même temps que l'armée ennemie était arrivée sur la Somme près de Bray, nous retournâmes sur nos pas^ et le i". au soir retrouvâmes notre infanterie^ notre artillerie et notre bagage .à Manancourt, village situé à la source d'un petit ruisseau qiii coale de là vers Mont Saint-Quentin et va rejeter dans la Somme > près de Péronne.
Ce fut en cet endroit que nous campâmes ce soir-là. Ayant appris le lendemain que rennemi jetait des ponts sur la rivière le long de laquelle il campait ;i on jugea prudent de se retirer un \>en
eïl arrièi^, et nous l'ëtrogradâmes le même jour vers Aliaines^ autre TÎllajge sur le métiîe ruisseau, prèis de Mont Saint-Quentin; résolus cependant, en cas que TeiiBemi passât la Somme, à prendre position un peu au-dessus de Manancourt , dans un Heu que nos demz maréchaux avaient reconnu, et où ils avaient arrêté de ranger l'armée en bataille à la première nouvelle de l'approche des ennemis. Mais cette détermination, prise de concert, fut ciîangée par l'un des deux sans se donner le temps de consulter l'autre. Le lendemain matin 1 5, M: de Turenne, accompagné de quelques personnes , étant sorti de ses quartiers selon sa coutume ^'au lever du soleil^ alla d'abord visiter les postes de cavalerie placés de Tautrc côté du ruisseau , et de là , n'apercevant rien et ne recevant aucune njouvdle ibes^ pai»tl£an& qu'il avait envjoyés pendant la nuit pour observer les mouvemens de l'ennemi , il se rendit à Péronne pour en mettre d'autres en campagne le long de l'autre rive de la Somme, afin d'essayer si l'on pourrait découvrir quelque chose de la marche des Espagnols, ne croyant pas qu'ils pussent venir à nous sans que nous en eussions été avertis , soit de Bapaume, soit par quelques uns de nos partisans. Cependant il en arriva autrement : car l'ennemi marcha avec une telle diligence que son avant-garde avait dépassé Bapaume avant la fin du jt)ur. Ils forcèrent nos partisans de s'y réfugier j en sorte que
ni eux ni personne de la ville ne put nous avertir, les Epagnois se trouvant entre eux et nous. Le premier avis que nous eânïes de leur approciie , notto vint du poste de cavalerie de M. de La Fertë, place à la source du petit ruisseau. M. de La Ferté prit si chaudwnent ralarihe qu'au lien de marcher pour s'emparer du terrain comme on en était convenu la veille , attendu qu'il avait l'aile gauche et se trouvait f^us près de l'endroit désigné^ il retourna vers Péronne; traversant notre aile droite qui, selon les ordres qu'elle avait reçus la veille^ commençait à se ttettre en marche vers le lieu convenu , où die devait se ranger en bataille.
Nous étions dans ce désordre, lorsque. le maréchal de.Turenne revint de Péronne, et voyant que M. de La -Ferté avec l'aile gauche cotumeaçaît à se retirer sur Mont Saint-Quentin , il alla trouver ses trqupes destinées à former l'aile droite, leur fit joindre l'aile gauche, car.il était trop, tard pour nous emparer du terrain, cbnt l'a vautgarde était déjà proche. .
U résolut d'attendre l'ennemi à l'endro^l: ou nous nous trouvions. Celui-H:i arrivait pleiji de. joie, connaissant l'avantage qu'il avait sur no^, soit paie le nombre, soit par la nécessité où. il nous avait mis de l'attepdre sur un terrain uni, où nous ne pouvions ni nous retirer, ni éviter de combattre, s'il lui plaisait de nous y obliger: et
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je pense bien certainement que^ sî noQs n'eussions pas change de position ^ nous étions infailliblement battus; car^ outre que les ennemis nous étaient fort supérieurs en nombre , disposés comme nous l'étions ^ il nous était impossible y vu la nature du terrain ^ dé faire le moindre nouvement. D'après le nouveau parti qu'on avait pris notre ordre de bataille était fort bien entendu : notre seconde ligne était placée à une distance convenable deirière la première 9 et avait encore derrière elle une réserve de douze escadrons de cavalerie ^ et de 'deux bataillons d'infanterie ; notre aile gauche fut appuyée sur Mont Saint-Quentin. Cependant la gauche était dans un danger évident ^ car notre dernier escadron de ce coté était à portée de pistolet du pied d'une petite colline^ ^er«Jaquelle l'ennemi était alors en marche , et d'où il nous aurait foudroyé en (lane avec ses canons et sa naousqueterie^ avant de la descendre pour nous charger; en sorte que nous étions 9 cmnme je l'ai dit y évideminentr battus 9. si on eii venait aux mains , car il était beaucoup trop tard .pour changer de position. La cfiose était claire^ non-seulemisnJ; pour M. dfe Turenne , mais encore pour nous , qui étions à l'àile droite ; et je peux dire que je n'ai jamais vu de ma vie une telle consternation ni des signes aussi évidens d'une» prochaine défaite^ qu'on le pouvait lire alors sftr le visage
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des soldats* M. de Turenne ne s'en fut pas plus tôt aperçu qu'il courut à toute bride en avertir M. de La Ferté et lui dire que si nous demeurions dans cette position notre déroute était infaillible ; qu'il était bien résolu de montei^ la colline et d'y aller à la rencontre de l'ennemi ; ' car nous ne pouvions nous y trouver postés plus désavantageusement que nous Tétions^ et d'ailleurs il ne restait pins d'autres moyens pour ranimer le coura^ des soldats. Après l'avoir instruit du parti qu'il allait prendre , et Favoir prié de nous suivre ^ il revint en toute hâte nous trouver, et se mit à notre tête pour monter la colline. En arrivant avec le premier escadron , il envoya en avant M. de Yarennes ^ ancien et kabUe officier, qui 'avait été capitaine de ses garderdans toutes ses guarros d'Allemagne , et en qui il avait une grande confiance pour reconnaître le terrain sur lequel nous devions passer. Nous n'avions pas fait plus d'un mille que M. de Yarennes revînt vers le général, et lui dit que> s'il voulait venir avec lui, il lui montrerait un terrain où il était sûr qnt- nous serions postés avantageusement , et qui n'était pas éloigné, M. de Turenne poussa en avant pour le reconnaître à son tour, et trouva , à sa grande satisfaction , une position ffui nous mettait à l'abri de tout danger, car nous avions à droite le i^isseau qui descend de Roisel , et tonilDc ensuite dans la Somme, un peu
DE JACQUES IL aSy
au-dessus de Péranne, à notra gauche une colline escarpée et si inaccessible que ni cheTal ni homme ne la pouvait gravir y et entre deux un espace où Ton pouvait «tendre plus de vingt ou trente escadrons; devant nous était une petite vallée^ et à Fendroit qui s'approchait du ruisseau / un petit ravin qu'il aurait été très-difficile de traverser , surtout pour des chevaux.
Telle fut la position où nous nous établîmes. Nous n'y fûmes pas plus iôt que toute ta contenance de l'armée fut changée. La figure de nos soldats avait repris sa gaieté ordinaire ^ et je suis sûr que si l'ennemi nous eût attaqués en ce lieu , nous l'aurions battu; car, bien que son nombre fât presque le double du nôtre , comme nos troupes étaient très-bonnes et bien postées , nous avions un grand avantage.. Pour assurer ^core mieux notjre position et rendre l'approche plus difficile y nous nous mîmes aussitôt à construire cinq redaus ouverts par derrière et. capables chacuu de contenir cent mousquetaires. Entre ces redans ^ nous plaçâmes nos canons , qui étaient environ au nombre de treize. 11 aurait fallu que l'ennemi essuyât tout le feu avant de parvenir seulement à apercevoir nos troupes placées derrière, et ensuite une charge de cavalerie et d'infanterie à notre choix. Derrière nous,* le terrain était si étroit que la portion de l'armée sous les ordres de M. de Turenne , qui se
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composait de Taile droite et de la moitié de Tiofanterie , fut obligée de se ranger en quatre ou cinq ligues l'une derrière l'autre. Quant à M. de La Ferté ^ il rangea son corps d'armée compose de l'aile gauche et de l'autre moitié de l'infanterie Le long du sommet de cette colline dont j'ai parlé, qui couvrait notre aile gauche ^«t faisait face à la route de ce coté. Ainsi, en cas que nous eussions été attaqués de front ^ il lui edtété aisé de Tenir à notre secours.
Il était plus de midi lorsque notre premier escadron arriva sur la position dont je parle. Ce fut, autant que je m^a souviens^ eatre deux ou trois heures 9 que nous vîmes toute l'armée espagnole marcher en bataille autour de l'extrémité du bois et venir directement à nous. Le bots s'étendait jusqu'à portée de mousquet de nos redans et sur la hauteujr de la colline située à notre gauche 9 ce qui fortifiait encore le terrain, que les ennenns étaient obligés de traverser pour nous approcher* Ils pensaient nous attaquer sur-rlechamp; mais, arrivés à un mille et dejni de nous ou environ y ils firtot halte , et alors la .plus grande partie de leur infanterie descenditau bord de la rivière pour se désaltérer^ car ils étaient extrêmement fatigués de leur longue marche et étranglaient presque de soif, n'ayant pas trouvé d'eau dans leur route depuis qu'ils avaient quitté )a Somme : tellement que leurs officiers furent
DE JACQUES IL aSg
obligés de leur permettre de boire et de se rafraîchir.
Le prince de Cendë ^ ainsi que je le sus depuis^ "voulait nous attaquer le i3 du nu>is d'août; mais le comte de Fuensaldagoe s'y oj^sa à cause de la lassHude des soldats^ particulièrement de l'infanterie ^ el lui représenta qu'après une ai longue marche , par un temps si chaud , il n'était pas raisonnable de leur rien demander jusqu'au lendemain matin , sans compter qu'il serait trèsdiffisile , pour ne pas dire impossible , de les retirer ce 8oir«là des bords di^ la rivière; qu'un léger délai ne pouvait être préjudiciable à l'entreprise^ puisque nous étions en leur p<mvoir , et qu'il n'y a^aitpas moyen que nous pussions leur échapper; qu'une bonne nuit ranimerait le cœur et les fi>rces de leiirs soldais ; qu'ils auraient tout le jour devant eux; que peur nous^ pris de près comme nous l'a- Tioos été, nous ne pouvions guère ajouter grand' chose aux précautions auxquelles nous avions eu recours pour notre sûreté , et qu'eux^ de leur côté, profiteraient du reste de la soirée pour reconnaître noire position et examiner le terrain qa'il$ avaient à traverser pour Venir jusqu'à noué.
Ces raisons persuadèrent si bien le prince que toute pensée de nous attaquer fut ce jour-là mise de côté 9 et que l'ennemi campa en bataille à l'endroit où il se trouvait» Le lendemain '^ quand le prince et ses généri^ux eurent examiné le terrain.
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ils recoDRureoi les avantages de notre position. Us abandonnèrent alors l'idée de nous y attaquer, et les deux armées demeurèrent en présence l'une de l'autre pendant trois ou quatre jxmrs sans qu'il se passât rien de remarc^uable ^ mais seulement de nombreuses escarmouches. Il arriya cependant une chose qui , bien q^e peu importante > mérite qu'on en fasse mention^
Il y avait , dans un régiment de cavalerie , un lieutenantnomméBellebhassaigne^quîsortaitsatis cesse en partisan^ et qui désira essayer s'il pourrait entreprendre quelque affaire considérable daiis le camp même de l'ennemi. S'étant mis cela dans la tête 9 il demanda à M. de Turenne la permis^ ^on de sortir avec un petit parti. Rf . de Turieone le lut permit. Il choisit uûecfuînzainede braves gens ^, et entra avec eux dans le beis dont j'ai parlé j et qui s'étendait de nos redans jusqu'au camp ennemi. Là , il ordonna à ses soldats de se déguiser; et ^ à la faveur du bois et de l'obscurité de la nuit^ de s'introduire un à un dans le camp où ils devaient se réunir à minuit vers un endroit fort remarquable > et qu'on apercevait du nôtre. Là y ils devaient recevoir ses ordressur ce qu'ils auraient à faire. Ils se séparèrent dooCy arrivèrent, sans être aperçus^ jusque dans le camp des ennemis , et s'y réunirent au lieu et à l'heure désignés. De là y ils se rendirent en corps à la tente d^un des majo^-généraux ou maA^chaux
arap du prince de Conde' , nommé Ravenel , projet de le prendre dans son liteldeTemmene^M[ec eux. Ils l'avaient choisi , parce que sa tente V|it favorablement placée pour ce dessein y et Bavait point de sentinelle à l'entrée comme e Ant tous les officiers-supérieurs. Quelques uns Monc des gens de Bellechassaigne desceodirentVe leurs chevaux , entrèrent dans la tenfe^ et déRils s'étaient emparés de deux ou trois de ses domvttiques ; mais y au moment où il allait le prendre au- même ^ un des prisonniers s'échappa de «rs mains et donna l'alarme^ ce qui força BelKhassaîgne à laisser Ravenel pour s'échapper le nus vite qu'il put : ce qu'il fit, emmenant deiSchevaux et les prisonniers dont il s'était empaiMi'àbord. II aurait pu tuer- Race pays ils ne font pas la ent; et je n'ai jamais vu un commis par les Français ou t tout le temps que j'ai servi
veûel; mais d guerre si bruti acte d^inhuman les Espagnols dt
avec eux.
Pour revenir eut ainsi de de nous y L entendimfc^fès selle et
terie , e^
comme
mime
on récit, lorsque Tennenii
trois ou quatre jours en face
lit, vers le point du jour, nous
trompettes sonner le boute-
ambours battre la marche de l'infan-
jour venant à paraître, nous les vîmes
r à se mettre en mouvement. Nous nous
Ssitot sous les armes, et M. de Tûrenne
en personne^ à la tête de deux escadrons des gardes^ s^aTança vers leur camp pour mieux s'assurer de quel côte ils dirigeraient leur marche ^ et conjecturer par là devant quelle place ils comptaient aller mettre le sie'ge, A moitié chemin environ entre leur camp et le nôtre, il laissa en arrière un de ses escadrons ^ et continua d'avancer avec l'autre. Arrivé un peu plus loin, il s'arrêta lui-même, et nous enyoya, M. de Castelnau et moi, accompagnés d'environ douze oiEciers ou volontaires , tous montés sur d'excellens chevaux, avec ordi^ d'aller aussi près que nous pourrions, mais de ne pas nous engager et de revenir si nous nous trouvions trop pressés; nous entrâmes donc dans le cajnp des ennemis , et poussâmes jusqu'aux baraques de l'infanterie. L'arrière-garde de la cavalerie n'était pas encore sortie du camp. Nous iimes halte en cet endroit et vîmes parfaitement leur armée tout entière ; après quoi nous avançâmes jusqu'à portée de pistolet de leurs derniers escadrons, sans faire mine de les insulter, ni eux nous. Quand nous eûmes bien vu ce que nous voulions voir , et fûmes assurés qu'ils se dirigeaient sur Saint-Quentin , nous retournâmes vers M. de Turenne , qui revint sur-le-champ droit à son camp, et dépêcha M. de Beaujeu^ un de nos lieutenans- généraux, avec douze cents chevaux et six cents fantassins, et l'ordre de se jeter dans Guise, qu'il pensait qtie l'ennemi voulait assië-
ger^ ou dans la place quelconque devant laquelle il paraîtrait devoir s'arrêter. Beaujeu fit une telle diligence qu'il entra dans Guise précisément à l'instant oïl la tête de leur cavalerie paraissait en Yue de cette ville pour Tinveslir. L'ennemi s'en étant aperçu y et voyant aussi quelle diligence ayait fait notre arme'e dans le même but^ renonça à cette entreprise; et, après avoir demeuré quelques jours dans le voisinage, il retourna sur ses pas et campa sur le même ruisseau à GoUancourt, à une lieue de l'abbaye de Vermand , et deux de Saint-Quentin, à moitié chemin de cette ville et de Péronne.
Aussitôt après le départ du détachement de M. de Beaujeu, l'armée se mit aussi en marche. Nous fîmes passer avant nous notre bagage, et il traversa la rivière à Péronne, le seul endroit de ces environs où on la puisse passer. Lorsqu'il fut de l'autre côté , nous nous niimes aussi en marche avec l'armée , également à travers la yille, quand nous vîmes l'ennemi assez loin de nous pour ne pas craindre .qu'il revînt sur ses pas et qu'il .tombât sur notre arrière- garde avant que nous eussions pu gagner l'autre bord de la rivière. La ville est longue, et il n'y a qu'un seul pont sur la Somme: cependant, comme il commençait à faire nuit, M. de Turenne marcha avec Pavant-garde jusqu'à Gollancourt, à une grande lieue de Ham : notre arrière-garde, à la vérité.
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n'arriva que le lendemain matin ; ftiais pour l'ennemi ce fut comme si l'armée entière y eût été , car ses partisans , qui nous avaient tu passer la rivière, lui rapportèrent que nous y étions tous. Aipsi donc, comme je l'ai observé, ce ne fut pas seulement la marche de Beaujeu, mais notre diligence, qui empêcha l'ennemi d'assiéger Guise. Je me souviens que quelques uns de ceux qui entouraient M. de Turenne lui représentant que, vu la longueur de la route et la promptitude de la marche, il était impossible que la moitié de l'armée arrivât cette iiuit sur le même point que lui , il répondit que la remarque était juste, mais que, s'il pouvait atteindre ses quartiers cette nuit seulement avec son avant-garde, cela produirait le même effet que si toute l'armée était en présence, parce que, commet nous étions couverts par la Somme , les partis ennemis ne pourraient juger de notre nombre que par les feux qu'ils verraient, et que , les voyant en grand nombre, ils seraient trompés sur nos forces; et certainement jamais général, non-seulement dans ce cas , mais dans tous les autres, ne combina mieux ses marches et ne devina mieux leb desseins de l'ennemi.
Le lendemain matin , lorsque nos troupes furent réunies, ayant reçu de Guise avis que Fennemi , qui avait manqué son entreprise , ne savait que faire, nous pensâmes qu'il était prudent de
demeurer où nous étions sans nous /avancer davantage. Le danger auquel nous venions d'échap^ per nous avait bien avertis. L'ennemi donc étant venu à Caulaincourt^ nous demeurâmes à Goilan* court pour observer ses mouvemens.
Tandis que nous y étions^ M. de Turenne^ averti par nps pa^rtisans que les fourrageurs ennemis avaient coutume de passer le ruisseau derrière lequel nous campions et de se diriger sur Ham , soutenus seulement d'une faible escorte^ ordonna à M. de Castelnau de prendre un millier de chevaux et d'essayer contre eux sa fortune dans le cas où ils sortiraient le lendemain pour aller aux fourrages. Vers le soir les dix escadrons eurent Tordre de partir, et dès qu'il fil nuit M. de Castelnau marcha à leur tête à Ham. Etant arrivé., au lieu de traverser la ville comme il aurait dû le faire pendant l'obscuri lé, il demeura dehors jusqu'au point du jour; puis, traversant la ville avec quelques uns des siens, il envoya deux partis pour savoir si les fourrageurs étaient en campagne, mais laissant toujours le gros de sa cavalerie de l'autre côté de Ham. Lorsqu^enfin ses partisans lui eurent rapporté que les ennemis étaient aux fourrages, il cinvpya ordre à sa cavalerie de venir le trouver. Elle y vint en effet ; mais, lo^rsque nous eûmes traversé la ville, et que nous commencions à marcher vers les ennemis, ço.us les vîmes presque tous retourner ù leur
camp sur l'alarme que leur avaient donnée les partis que nous avions envoyés à la découverte ; en sorte que , bien que nous envoyassions quelque cavalerie courir après eux, nous n'en pûmes ramasser que vingt ou trente au plus. Ainsi ^ ce qu'avait si bien combiné M. de Turenne manqua totalement par l'incapacité de celui qui nous commandait; car, bien qu'il fût parfaitement brave d'ailleurs , bon officier d'infanterie , fort entendu à bien conduire un assaut, il ne connaissait rien au commandement de la cavalerie ; ' ce qu'il montra non-seulement dans ce que je viens de dire, mais par sa conduite ultérieure à cette occasion. Aussi beaucoup de gens pensaientils que ce qu'il pouvoit savoir était plutôt' le résultat de l'expérience et d'un long service dans l'infanterie que d'aucun talent naturel. Toute la conduite de cette affaire ne fut qu^un enchaînement des fautes les plus graves; car, après celle qu'il avait commise, au lieu de retourner sur-lechamp au camp , ce qui était son devoir puisqu'il avait manqué son entreprise , il marcha droit au camp ennemi sur une plaine découverte; et, s'étant avancé jusqu'à la distance d'une demi-lieue, fit halte, et demeura là j'en suis sûr près d'une heure; ce qui était la plus grande folie qu'on puisse imaginer, car il nous exposait ainsi infailliblement à être mis en déroute si l'ennemi était sorti de son camp comme il le devait faire. Il n'y
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ayait presque pas un officier ni même un simple soldat qui ne TÎt et ne. redoutât les conséquences de cette manière d'agir^ car le pays était si plat et si découvert que Tenncmi pouvait porter sa vue au moins à une lieue et demie derrière nous y et reconnaître que nous n^avipns personne pour nous soutenir. Quant à nous, il pouvait nous compter un à un 9 et le ruisseau qu'il avait à passer pour venir à nous était tellement sous le feu de tout son camp qu'il nous était impossible de Tempé-^ cher de le traverser. Après être ainsi demeuré en place tout le temps que j'ai dit à regarder l'ennemi sans que cela pût servir à rien , M. de Castelnau nous fît retirer, et s'en retourna au camp, laissant dans Un petit village une embuscade d'environ cent chevaux j ce qui fut aussi ridicule que tout le reste , car l'ennemi était trop circonspect pour permettre ensuite à un de ses hommes de passer le ruisseau.
Cependant M. de Turenne , inquiet pour nous lorsqu'il vit que nous demeurions si long-temps , et craignant qu'à notre retour nous ne fussions trop vivement pressés, sortit lui-même de son canïp à la tête de quatre ou cinq escadrons de cavalerie et de trois ou quatre cents fantassins. Il traversa la ville, passa la rivière, et s'avança un peu au-delà , plaçant ses gens de manière à ce qu'ils pussent nous servir de refuge en cas que nous fussions poursuivis ou forcés à une retraite
précipitée. Il n'y était pas depuis long-temps lorsqu'à sa grande satisfaction il nous vit revenir^ mais non pas comme il l'avait craint*
Nous demeurâmes en ces quartiers jusqu'au premier septembre : alors l'ennemi décampa le premier^ et deCaulaincourt se mit en marche pour assiéger Rocroy^ où il nous fut impossible de faire entrer aucun renfort, bien que nous sussions que la garnison était faible, et que l'ennemi marchait de ce côté; car , en quittant Caulaincourt^ il avait envoyé un gros corps de cavalerie l'investir de manière à empêcher qu'aucun secours y pût pénétrer; et la situation de la ville est telle au milieu d'une petite plaine entourée de bois^ que le premier arrivé peut aisément interdire le passage aux autres. Nous essayâmes cependant d'y faire entrer des secours, mais sans pouvoir y parvenir.
Aussitôt que nous sûmes que l'ennemi marchait de ce côté, nous nous mîmes en mouvement, et, passant TOise à La Fère, nous nous dirigeâmes sur Mouzon, laissant Laon à notre droite. Nous logeâmes à Eppes, et de là nous allâmes à Condé-sur-Aisne, à peu de distance de Château-Porcien , puis à La Chesne , et ensuite à Remilly, à une lieue ou deux de Mouzon. Le lendemain, 17 septembre, nous passâmes la rivière au-dessou§ de cette place, et nous prîmes nos quartiers, M. de Turenne au-
dessous (le la ville , et M. de Jaa Ferté au-dessus. La cavalerie de M. de Turenoe se pprta sur la ligBls qui s'ét^d depuis le voisinage 4e la rivière jusqu'au sommet de la collipe^ à un peu plus de portée de canon de la vil^e. Quant à lui^ il campa avec son infanterie et ses gendarmes dans une petite valle'e , environ à d^mi-portee de canon de la place; et^ trouvant une autre vallée encore plus étroite et plus proche de la ville ^ il Y logea le régiment d'York et celui de Guienne , ttle même soir, sans plus de retard, fit ouvrir k tranchée à l'endroit oii il avait plaida les deux régimens* Eu même temps M. de La Ferté commença ses approches; mais ni lui, ni ses soldats ne se logèrent si près de la ville que ijous l'avions fait II est ne'cessaire de donner ici , avant d'aller plus^liQin, une courte description de la place.
Mou9^on est située sur la Meuse , environ à moitié chemin entre Stenay et Sedan. Il y a sur la riifière un pont défendu par un ouvrage a cornes. ï^a ville est fortifiée d'un bon mur de constructiop ancienne, bien flanqué de tQurs rondes, dont quelqiaes unes sont assez grosses, surtout une placée du côté de la colline. Elle a au«i un bon fossé sans eau, presque partoiit bien palissade dans le milieu. Les parties extérieures des fossés sont revêtuiçs en pierre^ ce. qui np sert pias peu à fortifier une place : .et çquimo ce côté de la v)Ue, qui se trpuve le plus élcjigrié
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de la rivière^ est, eii quelque sorte ^ commande par une colline au pied de laquelle elle se trouve située 9 on y avait formé une enveloppe ^ d'un demi-bastion et de trois ou quatre bastions entiers; et des deux côtés, jusqu^à la rivière, il y avait plusieurs demi-lunes et d'autres ouvrages extéjcicurs. Quant à la garnison de Mouzon , elle se composait , d'après ce que je peux estimer , de quinze cents hommes d'infanterie et de deux à à trois cents chevaux. Le gouverneur, nommé Wolf , était un vieux colonel allemand : ce qui faisait que cette garnison était si nombreuse , c'est que l'ennemi , lorsqu'il avait formé le projet d'assiéger Rocroy, avait envoyé le comte de Briol à la tête d'un corps de troupes pour renforcer les garnisons de Mouzon , de Stenay, de Clermort et de Sainte-Menehould, ne doutant pas* que jiôus ne fissions le siège de ces places aussitôt que nous les saurions occupés à assiéger Rocroy. Briol, nous voyant marcher de ce côté, se contenta de mettre dans IVfouzon ce qu'il fallait pour porter la garnison au nombre que j'ai dit, et garda le reste en réserve afin de s'en servir à renforcer d'autres places appartenant au prince de Condé , an service duquel il était. ^
Après avoir ainsi rendu compte de l'état de la place et de ses moyens de défense, je passe au récit du siège. La première nuit> comme je l'ai dit, de notre arrivée devant la ville, nous dommen-
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çâmes nos approches et les poussâmes très-loin. Nous ëleYames aussi une batterie de cinq ou sit pièces , ce qui fut exécuté avec peu de perte par le régiment de Picardie, le premier des vieux réginiens; car c'est la coutume dans l'armée française que le premier régiment a toujours l'honneur d'ouvrir la tranchée dans tous les sièges, tant qu'on en fart durant la campagne. La nuit suivante, les régimens de La Feuillade et de Guienne inrent de tranchée, et poussèrent les travaux assez loin sans beaucoup de perte. En même temps un régiment d'infanterie, logé dans quelques mai* sons voisines du pont, eut ordre d'emporter l'ouvrage à corne qui le couvrait, ce qui fut exécuté avec peu ou point de perte; car l'ennemi ne jugea pas à propos de le défendre , et se retira dans la ville à mesure que nos gens avançaient. La troisième nuit, ce fut le tour du régiment de Turehne, et il poussa la tranchée si avant, que la nuit suivante les régimens d'York et de Palluau la conduisirent jusqu'aux bords du fossé qui entourait les ouvrages extérieurs, et la même nuit, ayantbrisé les palissades des fossés , allèrent attacher le mineur en face du demi-bastion dé l'enveloppe dont j'ai parlé. Le mineur travailla jusque vers l'après-midi; alors il appela les soldats qui étaient à la tête de la tranchée, et leur cria qu'il lui fallait à boire et des chandelles, et qu'il cesserait son travail jusqu'à ce qu'on lui en
eût apporté : alors un sergent d'York eut ordre de lui porter ce qu'il demandait^ et pour assurer son passage on donna ordre à tous les soldats de tranchée de se mettre sous les armes , et à ceux de la tête de faire uuc décharge au moment où le sergent prendrait sa course vers le mineur : ceux-ci , et le reste de la troupe , devaient faire feu jusqu'à ce que le sergent fut en sûreté'. Cela se fit comme on l'avait ordonné^ et il traversa le fossé ppur aller trouver le ^li^^ur sans qu'on tirât un seul coup sur lui.
Cette nuit, le régiment de Picardie fut de nouveau de tranchée. Le lendemain, comme je me rendais avec M. d'Humières , ^• de Créqui et quelques autres à la tête des travaux, npus nous étions arrêtés un moment à la première batterie, lorsqu'il vipt de la ville un fort boulet qui passa entre trois barils de poudre sans y mettre le feu : s'ils eussent pris, tous ceux. qui étaient dans la batterie sautaient immanquablenxent; mais le danger vint si vite, et pas^a si promptei^xent , que personne de nous n'eut le temps d'y penser.
Le lendemain , arriva un bataillon du r^iment des gardes , composé de plus de six «cents hommes en dix compagnies et co^i^an.d,é par M. de Vautourneux. Il releva , comme c'était son privilège, le régiment. de Piçai^die et fut de tranchée cette nuit. Quand M. de Castelnau, alors le seul lieutepant-général de l'armée., vint
selon son usage dans les tranchées pour les commander ^ les compagnies des gardes refusèrent absolument d'obéir 5 pre'tendant ne devoir obéissance qu'au général. M. de Turenne en étant informé 9 vint pour accommoder l'affaire^ et trouvant Vautourneux très-obsjiné et positivement décidé , il pria M. dfe Castelnau de se retirer dàhs sa tente et de s'y reposer de toutes les fatigues qu'il avait eues sans avoir presque dormi la nuit précédente. Il ajouta qu'il se chargeait de ses fonctions et veillerait pour lui dans la tranchée. Castelnau pbéit , et M. de Turenne le fit cemme il l'avait dit : et au fait il le fallait bien pour ne pas prolonger la dispute sur un point qu'il ne voulait pas prendre sur lui de décider ; mais il dépêcha sur-le-champ un exprès à la cour pour l'informer de ce qui se passait^ et les gardes reçurent l'ordre positif d'obéir au lieutenant- général. Cet ordre arriva avant que leur tour revînt de monter la garde, dans la tranchée, et la dispute ne fut pas renouvelée; mais cet incident fut très-avantageux au service, car les. gardes crurent leur honneur intéressé à avancer très-fort les travaux cette nuit; ils y furent d'ailleurs encouragés par la présence du général et fort aidés dé ses habiles directions. Us firent donc non-seulement une blinde tout le long du fond du fossé qui environne l'enveloppe, servis en cela par la palissade qui
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s^étendaît directement jusqu'à la grande tour, et construisirent aussi un logement depuis Fendroit où le fossé de l'enveloppe rejoignait celui de la ville jusqu'à une demi-lune située à notre droite et que l'ennemi avait aussi abandonnée. JNous comptions entrer parla dans le fossé de la ville et y loger notre mineur.
Nous y étions arrivés très-promptement; mais quand il fut question de descendre dans le fossé de la ville, nous trouvâmes plus de difficultés que nous ne l'avions attendu; car, la nuit suivante y ayant essayé de continuer comme nous- avions commencé 9 en faisant un logement contre les palissades élevées au milieu du fossé, bien que nous poussassions ce travail avec beaucoup de vigueur , au moment où il était presque achevé, l'ennemi chassa nos gens en jetant sur eux une grande quantité de grenades , de pots à feu et même de feu en telles sorte qu'il fut impossible d'y tenir plus long-temps et de terminer l'ouvrage. Cependant, sans nous décour.ager par le peu de succès de cette première tentative , nous y retournâmes les deux nuits suivantes, poursuivant obstinément le projet de nous loger contre la palissade. Nous terminâmes bien notre ouvrage ; mais l'ennemi nous en chassa encore en jetant sur nous une si énorme qufintité de pots à feu et de matières cooibustibles que tout ce que nous avions fait fut consumé.
Nous cherchâmes alors quelque moyeu d'à- Tancer plus sûrement notre travail , et le lendemain nous tâchâmes de descendre dans le fosse en ouvrant une tranchée depuis le haut où nous nous logeâmes jusqu'au bas en ligne oblique le long de la paroi; car l'ennemi avait un flanc bas dans lequel se trouvait seulement une petite pièce d'artillerie et qui était placée tellement au-dessous de notre batterie que nos coups n'y pouvaient porter ni la démonter^ et que^ quand nous descendions dans le fossé ^ elle tirait de ni- Teau; de plus^ lorsque nous fûmes à moitié chemin^ nous trouvâmes le mur dont j'ai parlé et qui aurait suffi pour nous arrêter quand la pièce de canon ne nous aurait pas incommodés. Mais 9 aussitôt qu'il fit jour ^ cette unique pièce suffit pour détruire toutes nos blindes. Nous fûmes donc forcés d'avoir recours à l'ancienne méthode de creuser un puits à partir des logemens que nous avions dans le fossé de la demi-lune et d'arriver par là :a4i fond de l'autre fossé. Nous nous mîmes à l'ouvrage avec toute la diligence possible et tâchâmes aussi d'attacher le mineur au mur de la ville au moyen de madriers, épais de neuf pouces au moins , couverts d'étain ou de peaux fraîche^ , ou de tous les deux pour mieux résister à l'action du feu. On les porta et on les établit contrejie mur sous lequel le mineur se mit à travailler , garanti de chaque côté de la mous-
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qtteterîe des tours du flanc au moyen de tonneaux remplis de terre en même temps que les madriers le préservaient dést grenades , des pierres et dû feu qu'on faisait continuellement pleuvoir sur lui avec une grande violence^ mais sans audun effet; en- sorte que les assiége's se convainqtiirent que s'ils ne trouvaient pas d'autre moyen de le déloger 5 nous aurions bientôt poussé la mine as** sez avant sous le mur et qu'il ne leur resterait plus d'espoir de salut. Voyant aUssi que, bien que le fossé fût sansêaù, nous avions fait le long dû bord des logemens assez considérables poui^ qu'une sortie leur fiât inutile, ils in vctitèrenf • tin autre moyen plus sûr, (|ui fut de suspendre par une chaîne une bombe ou une grèfnade tout contre les ihadriers. En éclatant , elle les fit tous sauter et alors ils jetèrent tant de matières cotn* bustibles qu'ils brûlèrent le mineur dvtns son ti*ou. Le mineur placé de Pautre côté de la^ville n'eut pas plus de succès; car M. de La Ferté vttolanl de même hâter les travaux avait attaché le mineur au corps de la place avant d'avoir fait un logement sous le mur. En sorte que l'ennemi s'en étant aperçu, l'étouffa à force de funlée, car il était trop enfoncé pour sentir 1-atteinte duifeu.
Pendant ce siège., nous fûmes extrêmement dérangés par des pluiefe perpétuelles et des' ouragans si viôlens que très-souvent ils emportaient nos blindes, et que la pluie délayait et faisait
retomber ,1a ieri» de nos traochëes, qui trègsoanf^eat^ co plusieurs «ndroits, étaient remplies d'eau; citr il était rare que le ciel fût serein trois heures -de suite* Ce qui m'engage à rappeler ce fait plus parlitulîèreinent , c'est qu'un matin, de Irès-boaue iieurë , m'étant rjendu atec quelques autres «ur les travaux ^ lorsque bous entrâmes dans le fossé die l'ienYeloppe qui allait droit à la grande tour et était la seule route par ou nous pitôsiooSAOus rend re au logement où nous travaillions au puits do«it j'ai parlé , nous nous tenions très^^ès de la palissade où aurait du être la blinde , .et quoiqu'il a'esi restât que le commencement^ car tout !« «este avait été emporté par le Tent 9 nous étions tous si occupés à choisir rendrait oà poser nos pieds dans ce fossé plein de boueet d'eau, que personne ne s'aperçut que la blinde :était déti^uite et que par conséquent nous éiionâ entièrement à découvert. Lorsque nous fiâmes arrivés à moitié chemin , quelqu'un de ila compagnie le remarqua et proposa de s'en retoui?uer* jJe me^rappelle que je n'y voulus pas CQusentkj obaerv^nt qu'arrivés où nous étions, il y avait chutant de danger à s'en retourner qu'à pm^rsu^vire. Nous continuâmes donc^et gagnâmes k tête d^ travaux ^comme noos en avions Je projet, uolus étonnaot beaucoup que, -pendant tout le temps quetuous savions été ainsi eiposés, on n'eât f^ iîîné aur oous un seuLooup; maiâ lorsqu'eni. 17
suite la ville fut reûdùe , le gouyerueur nous apprit que se trouvant en ce moment sur le mur et me reconnaissant à mon étoile ^ il avait défendu à ses gens de tirer sur nous ^ marque de respect fort ordinaire de l'autre côté de la mer. Mais il n'eut pas les mêmes égards pour ceux qui vinrent ensuite réparer la blinde; car l'officier de garde aux tranchées , averti par moi de l'état où elle était^ ayant donné ordre qu'on la rac*" commodât^ plusieurs dé ceux qu'on employa à ce travail furent tués et d'autres blessés.
En même temps à peu près que nous commençâmes à creuser notre puits dans la demi-lune, nous logeâmes aussi le mineur au pied de la grande tour sous un abri de madriers. Celui-ci fut plus heureux que le premier^ et perça le mur. Arrivé à l'endroit oii il voulait s'arrêter, mais avant qu'il eût commencé ses chambres, il fit dire h M. de Turenné qu'il entendait les ennemis travailler à une contre-mine , et qu'autant qu'il en pouvait juger^ ils seraient arrivés à lui en quelques heures , et avant qu'il eût pu achever son travail. Alors M. de Turenne ordonna qu'on mit sur-le-champ quelques barriques de poudre dans le trou déjà fait, et qu'ensuite on le fermât aussi solidement que possible, comptant seulement par là ruiner la contre-mine et tuer les mineurs des ennemis, car il savait bien que cela ne suffisait pas pour faire sauter la tour ; et , comme né^
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cessairement l'effet de la poudre devait porter extérieurement 5 il fit retirer ses gens de toutes les parties»qui se trouvaient voisines de la tour ou exposées aux effets de l'explosion. Il alla se placer avec quelques antres à la première batterie dressée à demi^portée de mousquet de la tour^ et , sous cet abri , attendit l'effet de la mine. On y mit le feu, elle ne fit qu'élargir le trou qu'avait fait notre mineur, et', comme nous rapprîmes ensuite, tuer ceux de l'ennemi. Elle jeta à une grande distance plusieurs grosses pierres avec autant de violence que si elles eussent été lancées par un canon. Quelques unes de ces pierres frappèrent contre la batterie derrière laquelle nous étions. Sitôt que la fumée de l'explosion fut dissipée, M. de Turenne, après avoir vu ce qu'elle avait produit , renvoya le mineur dans le trou qui se trouvait élargi , et envoya aussi pour le garder un sergent et six hommes qui purent aisément s'y loger à l'abri des feux de l'ennemi.
Tout ce qui avait rapport au jeu de la mine se passa durantlejour. Dès qu'il fut nuit, nous^ jugeâmes qu'il était temps d'ouvrir le puits que nous avions creusé, et qui se trouvait alors aussi basque le fond du fossé de la ville; car s'il avait falla pousser sous terre jusqu'au mur, cela nous aurait tenu pLus de temps que nous ne pouvions en donner à ce travail ; sa profondeur nous mettait à l'abri de la grosse artillerie et de la mous-
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queterie^ et nous croyions n'avoir rien à crainiire que les grenades > les pots à fisu et les matières tn^ flammées; maïs à peine Tavions-nous ouvert, que l'ennemi 5 l'ayant découvert à la lumière des feux qu'il avait allumés, £t rouler de dessus les murs, au moyen de deux fortes pièces de bois liées ensemble, une bombe qui vint éclater à la bouche du puits et tua quatre ou cinq de nos gens qui y travaillaient : en même temps elle ébranla d'une si terrible manière le logement qui était audessus, et dans lequel se trouvait M. de Turenne ainsi que moi, quelques officiers et plusieurs To-* lontaires, que nous crûmes qu'il allait être mis en pièces. Cependant il se rassit, mais il se passa plus d'un quârt-d'lieure avant que le nu»ge de fumée et de poussière qui s'était élevé permit de retourner à l'ouvii'age ; et l'ennemi continuait à accabler cet endroit de grenades, dîd feux, de pots à feu, et de temps en temps il faisait tomber une bombe : mais aucune ne fut adressée aassi juste que la première. Malgré cela nous poussâmes notre trancbée ji^squ'à la palissade qui était au milieu du fossé; mais Cette grêie enflammée que l'elmemi faisait pleuvoir sur nous nous obligea de la recouvrir de planches et de fiiscines avec delà terre par-dessus afin de mettre nos^ens à l'abri. Lorsque oous fûmes arrivés à la palis^ sade , il nous fallut de nôuvecru iravailler sous terre à cause de cette quanti t^é de bois et de iha^ tlères combustibles dont l'ennemi ne cessait de
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nou$ accabler^ etpou^ ëtioos alovs si ]Hrès du mur que aou& ae pouvions plus avancer que de €• côteV
De cette luaqière nous parvinmes à attacher notire mineur au corp^ de la place. Cette nuit4à Q0U3^ perdime^^ beaiu:oup de mondev La Femllade exjtt la léte cassée d'une grenade ; M. d'Ilnmières. |dt ^ussi fra^ppé d'upe baU« sur un des cotés de la tête : \^ bp^^lle traversa d'abord le logement , et y aprè^ avoir 7eboxMli3U? W t6tQ> alla traverser la janibe d^mi pHwmÀQr^ çt viot frapper le bout du pied de ma botte 9 niais sans, me faire aucun mah M,^ dç Tureane demeura toute la nuit sur les tra-^ Taax> et je suis coAvaiocu que ss^ns cela l'ouvrag^r a'eùt pas été fini^
Bpns 1^ même temps M. de La Ferté i^v^ît taulr stys^ncé d^ son edte% quç sa min^ était prête à jouer le lepd^maia* En efiet^ on la fit jouer l'aprésumer. M. de Turçpqe vint avec pl^içîçurs d^^ ses officiers, çt yoloqtaires vpir l'effet qu'elle pço-^ dttirait ;: mais ii pe descendit pas dans la tranchée>^ car il n'était là q\ie «Q;nm(» curieux. La mipe était pratiquée dans l'angle d'une tour et d'un mur attenant > et destioée à fairç sauter non-seulement; l'ange ^ mais encore l^s portions de ja tour et dix ipi^r qui s'en trouvaient le plus rapprochées; Lorsqu'elle eut jpwé, et que U fumf?? fut dissipée , nous vîmes qu Qlle i^' avait produit l'effet 4j^'sifé
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que sur l'angle iet le mur^ mais que la tour était toujours debout : seulement il y avait une gràâde crevasse qui la traversait de part en part; et lorsqu'on y eût envoyé une volée dé six canbns placés sur le bord du* fossé ^ cette portion de la tour attenante à l'angle tomba aussi à notre grande satisfaction.
J'ai ouï dire par quelques personnes qui se troùvaientdans la batterie avec M. de La Fer té, que lorsqu'il vit que cette portion de la tour qui tenait à l'angle n'était pas tombée avec le reste, il entra dans une grandefureur contre le chevalier de Glerville, l'ingénieur qui avait été chargé de tous ces travaux de la mine, le menaçant avec violence de punir sa négligence et soii ignorance. Ce pauvre homme en fut très-èffrayé , et craignit un traitement fort rude de la part du maréchal; mais , voyant la portion demeurée debout déjà ébranlée, il pria qu'on tirât contre la tour une volée de six coups de canon à la fois, disant que probablement cela suffirait pour l'abattre. La chose arriva comme il l'avait prévu , ce qui lui sauva les étrivières. '
La brèche était fort large; nos hommes s'y logèreiit la même nuit. Nos deux mines de l'autre côté de la ville se trouvant en même temps prêtes à jouer, le gouverneur pensa qu'il était grand temps d'entrer en négociation pour la reddition de la place. Le lendemain matin il demanda à parle-
meoter^ et envoya en même temps des officiers pour traiter. Les articles furent bientôt d'accord. Oa convint que la garnison sortirait le lendemain de la place , et serait conduite jusqu'à Montniédy, ville voisine de la frontière occupée par une garnison espagnole.
Ce fut ainsi que nous nous emparâmes de Mouzon après. dix**sept jours de tranchée ouverte. Nous n'y perdîmes pas beaucpup de monde^ et nous n'eûmes à regretter aucun officier de marque ou. volontaire de qualité, si ce n'est le vidame de Laon , neveu de M. de Turenne , et second fils du comte de Rossy : il fut tué d'un coup de feu dans la tranchée entre MM. d'Humières et de Schomberg en se rendant comme eux aux travaux. Notre plus grande perte tomba sur les chevaux , dont beaucoup moururent par suite du mauvais temps et pour avoir campe dans la boue.
Je pense qu'il ne sera pas hors de propos de faire ici une courte digression sur quelques uns des procédés employés en France pour la conduite d' un siège y ainsi que les soins et les peines extraordinaires que prennent toujours les officiers généraux: ce que je regarde comme la cause principale de la pron^ptitude qu'ils mettent à prendre les villes. Us ne se fient qu'à eux-mêmes pour reconnaître le terrain et faire leurs observations. M. de Turenne alla en persoone examiner les alentours de Mouzon , accompagné de M«,de.Cas^
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telDfltt^ ttffid» que, daas une autre armée ^ j'di Ta les généraux s'en rapporter sttr ce point à titi sergent de bataille ou à qfielque autre officier inférieur, de manière qu'ils étaient guidés et se gouvernaient en quelque sorte par lés yeuit et Topinion d'autrui ; mais M. de ÎTurentie ne s'en rapportait qu'à son propre jugement siir le lieu où il fallait outrir là tranchée et la direction qu'il fallait lui donner» La nuit arrirée , il assistait à l'ouverture, et demeurait sur le terrain jusqu'au joun Durant le siégé , il eut pour itié«thode cobstante dé se rendre aui traticbées matin et soit* : lé matin ^ pour voir si l'ouvrage était bien fait; le soir, pour régler l'ouvrage de la nuit. Il était acConipàgbé dan^ cette dernière tîsite du lieutenant-général et des principaux officiers chargés cette nuit'-là de commander dans la tranch^e^ et il les instruisait sur ce qu'il v&llait faire. 11 y rétournait après souper pour voir cd-minencër lés travaux^ et y demeurait plus ou moins, selon que le deniatidaiént les projets arrête's.
Je me rappelle qû^Ube fois, étant au siégé de MouÉob, ilarrivà en màprésence un singulier aècident que je rappoi'te ici quoiqu'il ne tienne pas à mon sujet. Un capitaine du régioàent de Guyenne nouvellébiént arrivé au Slége , et dont le régiment était alors de ti^anchéé , s'approcha de M. de Turenne pour le Saluer. Au moment oit il baissait la tête 9 Une balte venue de la ville lui atteignit
le crâna ot le renyevsa mort aux pieds du gênerai* Â ToccasieD de ce malheoMax ac(Ment, qaelqQMfisa prëleodiaent y par une raillerie déplacëe, que si le capitame eàt été mieux étevé il aurait échappé à la balle qui ne Tayait atteint que parce qu'il ne Minait pas son général assez bas*
Four revenir à ce que je disais ^ dans l'armée française la vigilance du général en chef oblige tous les officiers in^rienrs à se montrer fort exacts dans leuVs diverses fonctions. A ce siège de Mouzoïi en particulier nous n'eûmes pas, du côté oà' commandait M. de T^arenne» un seul ingénieur , et je n'en ai vu faire usage dans aucun autre siège , si ce n'est pour inspecte!* les travaux y la plupart des officiers s'entendant très-bien à conduire une tranchée et à faire un logement* Quant aux mines , on a. un capitaine de mineurs chargé de les faire ^ëcuter^ quand le général a déterminé le lien ou elles doivent s'ouvrir*
Et je suis tout4-Àit d^opinion ^ non-seulement d'après mes {Mropres observations , mais diaprés d'autres personoea ayant plus d'expérience et ayant vu la guerre plus que moi , qu'aucun général ne doit s'en fier entièrement à un ingénieur pour la conduite d'une tranchée ; car il n^est pas raisonnable de penser que celiii^-oi ^ toujours sur lesteav^uxy s'expolera autant que des officiers qui n'y Tiennent quechncunà leur tour, et qu'une
mutuelle émulation engagera les pousser lé plus vivemetrt qu'il leur sera possible. D'ailleurs les offiqiers sont par là beaucoup plus à portée de s'instruire dans ce genre de travaux qu'ils ne le feraient autrement. La preuve en est que dans Tarméç hollandaise , où tout se détermine par le général j d'après ses cpnsultationFS avec les ingénieurs et les inspecteurs, et où les officiers ne sont changés que de défendre les tranchées et les travailleurs , et dé commander le feu à leurs soldats , mais ne répondent-en rien des progrèjs^ de l'ouvrage, peu d'entre eux entendent quelque chose à la conduite des travaux; car , à moins qu'il ne s'en trouve un naturellement actif et animé du besoin d'apprendre, ils n'acquièrent en ce genre que très-peu de connaissance. J'avoue, au reste , que ce que je dis ici sur la manière dont se conduisent les sièges en Hollande n'est pas d'après mot, mais que je l'ai- ouï dire à des personnes sur le jugement et la véracité tlesqUell^ je crois raisanbablétnent pouvoir me fier. Ce que je peux dire seulement*, -c'est que jjB connais bien peu d'hommes de quelque pays que ce soit , qui ait acquis beaucoup de connaissance en servant dans celui-4à^ tandis que ce' que j'y ai connu de bons officiers avaient acquis ailleurs leurs talens et leut expérience.
On 3ne fit poiqt kce siège de lignes de circonvdUation. Outre que nous craignions qu'uff pa-
ml travail ne tious prît trop de temps et ne donnât à ^ennemi le' loisir de -finir ce qu'il avait entrepris , et de prendre Rocroy avant que ncius fassions maîtres de Mouzon , auquel cas nos lignes ne nous auraient pas servi de grand'chose, la rivière de Chîers qui nous couvrait iltf côte de Lusembourg et allait ensuite se jeter dans la Meuse entre nous et Sedan nous suffisait pour empêcher qu'on n'introduisH des ranforts dans la Tille; car nous avions dé petits postes avancés sur tous les passages decette rivière; en sorte qu'il ne pouvait rien venir de ce côté que nous ne le découvrissions et ne ftisâions à temps de nous y opposer. D'ailleurs l'ennemi était si entièrement occupé du siège de Rocroy, qu'il ne pouvait penser à aucmne entreprise pour secourir Mouzon.
Le 37 sreptetnbre , jour de la reddîtirfh de cette yWle, nous mairchàmes sur Âmblemont, nous dirigeant sur Rocroy^ dans Fintention de faire ce quevous pourrions- pour le secourir; mais^ eu arrivant à YarnicoHr^ nous apprîmes que la pkcer était rendue.
Apc^s ces deux- sièges 9 le reste de la<;ampagne fut peu actif ; car, outre que la saison était trop avamcée' pour entreprendre aucun siège important, l'armée espagnole avait beaucoup plus souffert âr Rocroy que nous à Mouzon. Cette raison ; et notre très-proche voisinage, empêcha les eanemis de rien tenter cette année-là , dans la
crainte«que nous jae fissions échouer tout ce qu'ils pourraient entreprendre. Ils employèrent le^r temps en marches et contre-marches au-^elè de la Somme ^ consommant ^out le fouri^ge sur leur frontière > ainsi que nous le fknes de l'autre côté de la rivière en observant leurs mouTemeoB.
Tad4is que nous les tenions ainsi en écheo sur ce points la cour ayant rassemblé quelcpxes troupes , sans compter les régimens des gardes y cavalerie et infantjsrie , qui.raccompagnent toujours^ et clont on détacha quelques hommes 9 on entreprit le siège de Sainte^Meneho^uld 9 qui fut d'abord conduit par troi» lieutenans-généraux : M. de Navaiiles^ à la tête des troupes qu'ayait fournies la cour^ M, de Castelnau^ à la téAe de celles qu'avQJit envoyées Af^ deTurenne^ et M. d'Uxelles, qui commandait celles qu'^n avait tisses de Tarmée de M* de La Ferté. De ces trois officiers, deux étaient aussi capables^qn'il y en eilt en France dans tous les genres de servîees ; et le troisième > M. de Castelnau , quoiqu'il ne ^'efk^ tendît pas aussi bien aux affaires de plaine > ,éteit aussi habile que personne pour la conduite d'un siège; mais , revêtus tous trois d'une égale uutorila , ils cooduisirept l'affaire si mal et Vi^yuncèrent si peu qne le joardinal fat obligé d'envoyer le maréchal du Plessis-Praslin pvenrfit le ^om-mandement en cbef , après quoi le liégc avança plus proniptement. • ' « ^
Quelques jours après le commencement de ce
«tëge, M. de La Ferté^ a¥ec la plusgracide partie
de sa cavalerie, vint prendre ses quartiers aux
eoTiroDS de pour en^pddher qu'il n'entrât
aucun secours dans la place ; car le. duc de Lor* raine arrivait de ce 'côlë avec une armée. £û même tetàps M. de Turenne se logea avec ses troupes derrière la- Somme ^ entre Roye et Cor^ bie. Jugeant f)eti probable qu'il se fit rien de ce coté 9 je demandai à M. de Turenne la permission de me rendre au siège de Sainte*Mene* hould . Obligé de passer par ChilDns^ur-Marae, oix était alors la;'coiir ^ j'y fus retenu très-kmg^emps^ tantôt sous un prétexte et tantèt sous liu autre. Un jour ^ parce qu'on manquait d'escorte, un autre jour, parce que le Roi devait partir bien« tôt,, en sorte qu'on était obligé de les garder toalesi Ainsi, malgré mes continuelles instances pour qti*on me donnât les moyens de partir, la ville de Sainle-Menèhoùld avait demandé à capituler le jour où j'accompagnai le roi de France & Hom , à deux lieues de Sainte-Menehould , de ma- QÎère que je né pus voir le siège* Le lendemain , j'allai avec Sa Majesté pour examiner les travaux et la brèche qui avait été faite dans le corps de la place avant qu'elle par'Iât de se rendre.
ici'fitlit la l^'làtionde cette campagne, donnée par Son Altesse royale. La Tour de France étant