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fraîchir son armée » surtout Finfanterte y qui était harassée des longues et pénibles marches qu'il lui avait fallu faire ^ et qui alors man-* quait de pain; car Pennemi , en précédant l'ar-* mée rayale^ avait dévoré le pays^ les caissons étaient entièrement vides y et il était impossible aux commissaires des vivres de se procurer du pain.
En arrivant à Saint-Mihiel , M. de Tureâne enroya demander à la ville qu'dn lui apportât un peu de pain pour la nourriture de son infan-* terie : comme on faisait difficulté de lui obéir , et qa'oji prétendait ne pouvoir fournir en un seul jour tout ce qu'il deniandait^ il trouva qui'il n'a-* vatt d'autre moyen pour sauver la vie à ses pau-* vrès soldats .que de les loger dans la ville: Il y entra donc avec son infanterie^ ses gendarmes et ses canons^ logeant sa cavalerie dans les vil-^ lages voisins. Le séjour de Farmée dans cette ville fut très-court ; mais il servit à rafraîchir et reposer les soldats. Cependant le maréchal de La Ferté , dans le gouvernement duquel se trouvait Saint-Mihiel y ne sut pas plus tôt que Tarmée y était entrée , qu'il fut très-irrité de ce que M. de Turenne y avait logé ses soldats. Il était arrivé en grande hâte de Nancy ^ situé à dix ou douze lieues^ pour prier M. de Turenne de sortir. Cela occasiona entre eux une brouillerie qui ne put être de long-temps entièrement apaisée, et qui
fut exoessÎTement préjudiciable au service du Roi /comme oo le Terra dans la suite. Le 2 décembre^ lendemain de Tarrivëe du maréchal de Ia Ferté , l'armée^ à sa sommation , sortit de la ville ; mais il fut si enragé de ce que quelques soldats avaient outre-passé la permission , et pris dans leurs logemens autre chose que des alimens^ qu'an moment où ils sortaient il tomba , à la tête de ses gardes, sur les traineurs, frappant d'estoc et de taille^ comme si c'eût été des ennemis; en sorte que lorsqu'il aiTiva près du quartier des gendarmes qui n'étaient pas encore en marche ni même entièrement rassemblés ^ un des cavaliers du comte de Bristol , nommé Manwaring, le voyant frarpper en furieux^ et ne le connaissant pos, le* prit lui et ses gardes pour rennemî, et, dans cette idée, marchant sur lui, lui tira à bout portant son pistolet sur la poîïrîniB. Heureusement pour tous deux , le pistolet fit long feu. Ce fut ainsi que le maréchal échappa au danger d'être tué. Le cavalier ^ renversé par ses gardes, reçut cinq ou six blessures dont il guérit ensuite. Il pensa en arriver autant à Charles Berkley , alors cornette de cette même compagnie de gendarmes ; car ^ ayant entendu le bruit que faisaient le maréchal et ses gardes, et se tenant pour dît, comme l'avait fîiit Manwaring , que l'ennemi était dans la ville, il arriva le pistolet à la main au coin de la rue par où il venait; mais là, recon-
naissant le merëchal^ il ne^fît qu'un même mou^ yement pour remettre son pistolet et ôter son chapeau; en sorte qu'étant .connu.du maréchal ^ il en échappa à meilleur marché que son cavalier.
L'armée- logea cette nuît-là à un village nommé Villotle, et le lendemain marcha, à Tronville, située eiitre Bar et Ligny. Le même soir, M. de Turenne envoya un parti de cavalerie, et d'infanterie, du canon et tout ce qui était nécessaire pour attaquer Ligny. Ou se mit aussitôt à l'ouvrage , et, sans plus de cérémonie , on dressa une batteiie à «moins de demi-portée de mousquet de la ville. On fit de chaque cêté de la ville une tranchée pour mettre à couvert l'infanterie, et derrière cette . tranchée , environ à une portée de mousquet de la place ,.un épaulement à l'épreuve du canon pour la cavalerie. Tout cela fut achevé le lendemain matin avant le lever an soleil, et la batterie commença à jouer. Le soir^ un peu avant le coucher du soleil , on avait fait une brèche praticable. La seule difficulté était de passer le fossé dans lequel iLy avait de l'eau , et qui était assez profond et est même si large que les;ruines du mur ne l'avaient pas rempli»^ Cependant, à l'aide de planches et, d'échelles et de longues perches, que les soldats portèrent avec eux en allant à l'assaut, ils passèrent le fossé sans beaucoup de peine, et arrivèrent à la brèche que
rennemi abandonna , après une faible résistance^ poup se retirer dans le château^ qui était mieux fortifiée
Le lendemain y M* de Turenne, à la tête de ses troupes .y marcha vers le faubourg de Bar-le-Dnc« M. de La Ferté demeura avec les siennes à Ligny pour Élire le siège du château ; et le duc alla avec M. de Turenne à Bar. Le soir même-de leur arrivée ^ ils commencèrent à dresser une batterie contre la y il le basse y ce qui fut exécuté le plus facilement du monde à la faveur de quelques maisons bâties fu*esque sur le bord du fossé dont dies n'étaient séparées que par un étroit sentier.
Le matin venii^ les canons commencèrent à jouer 3 et bien qu'on en eût peu y et qu'ils fussent très-petits pour des pièces de siège y car on n'en avait que deux de douze ^ un de huit^ et deux autres seulement de six y cependant ^ comme ils étaient renforcés, ils se trouvèrent suffisans; on leur fit porter double charge y et M. de Champfort , lieutenant de l'artillerie y les fît tirer si vivement ^ qu'au coucher du soleil ils avaient ouvert une bonne brèche. C'était au régiment de Picardie y comme le plus ancien, à donner l'assaut; et à M. de Tott, le plus ancien et mêm$ le seul lieutenant-général s^lors dans cette arm^e y à le commander. L'endroit où l'on avait fait la brèche était à droite de la porte de la ville, et tout contre; elle n'était flanquée d'aucun ou-
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vrage important , si ce n'est d'une dès tours rondes de la- porte. Oh avait cÉioisi tet endroit pour dresser la batterie , parce que dans tout autre on aurait eu. Outre la peine de faire une brèche, celle decomblerle fosse, oequi aurait prL beaucoup plus de temps qu'on n'en roulait mettre avant de donner l'assaut, et qu'en cet endroit on poiivait passer le fossé sur le pont de la ville y et qù^en sautant en bas sur le pont-levisdu guichet, delà on allait à couvert derrière le mur, jusqu'à la brèche , qui n'était pas fort éloignée. Les. choses ainsi préparées pour l'assaut, M. deTurenne fit envoyer deux ou trois volées de canon à la tour, le seul ouvrage considérable qui se trouvât coTnmander la brèche, afin de la renverser et de rendre la besogne de ses gens plus aisée ; ensuite il donna le mot à M. de Tott pour Tdàsaut. Celui*ci obéit; mais, au lieu d'ordonner d'abord à ses gens d'attaquer et de rester de sa personne avec le corps d'armée , M. de Tott > le seul officier de l'armée française que le duc d'York avait jamais vu ivre durant tout le temps qu'il y demeura, ayant *bu plus que ne le devrait jamais faire un homme chargé de commander, marcha lui-même en avant avec le sergent , et, comme il sortait d'une petite porte pratiquée dans la fausse porte placée à l'endroit oîi Fon passait du pont sur le pont-leviâ , il fut renversé mort d'une balle. Ce malheur n'arrêta point ses gens , qui passèrent
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tous un à un par cette petite porte et arrivèrent à la brèche comme on Ta dit. L'ennemi se défendit courageusement. Le canon ne put même le dé-* loger de la tour ronde de la porte. Cependant les soldats de M. deTurenne entrèrent parla brèche^ et non-seulement s'en rendirent maîtres^ mais encore chassèrent Tennemi des barricades qu'il avait faites en travers des rues y et le repoussa dans la ville haute.
Il arriva au gouverneur ^ nommé Despiller , un accident qui aida beaucoup à la prise de la ville basse. Il parait que y voyant qu'il était si tard 9 il avait cru qu'on ne donnerait pas l'assaut ce soir-là y et était demeuré , pour cette raison , dans la ville haute y lorsque le bruit de l'attaque l'ayant averti de se rçndre à son devoir , il descendit à la tête de deux cents hommes pour aller renforcer ceux qu'il avait laissés à l'attaque de la brèçlie; mais y dans la descente de la ville haute à la ville basse y son cheval tomba et lui cassa la jambe y tellement qu'on fut obligé de le rap^ porter dans la ville haute. On a cru que sans ce malheur qui lui arriva la ville n'aurait pas été emportée si aisément. IjCS assiégeans n'éprou* vèrent pas une grande perte dans cette attaque; car, à la réserve de M. de Tott, il n'y eut aucun homme de qualité de tué y si ce n'est le marquis d'Angeau, volontaire. Parmi les blessés^ furent M. Poliac, le premier capitaine de Picardiie,
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qui commandait ce régiment en l'absence des officiers supérieurs y et un autre capitaine dii même régiment^ nommé Godonvilliers. Le premier eut un coup de feu dans l'épaule^ le second dans le ventre \ .mais tous deux guérirent.
Après s'être rendu maître de la ville basse , M. de Turenne tourna toutes ses forces contre la ville haute et le château. Le jour où la ville basse fut prise, le cardinal Mazarin arriva à l'armée et^amena avec lui plusieurs renforts : on les avait tirés de plusieurs places, et ils étaient comman* dés par le duc d'Elbœuf et le maréchal d'Aumont. Le cardinal était présent à la prise de la ville basse. Les troupes , lorsqu'elles y furent entrées , reconnurent qu'elles ne pouvaient rien faire contre la ville haute par ce côté4à. Cependant il avait été nécessaire de s'en emparer afin que l'infanterie pût être logée dans la ville, car la saison était trop avancée pour qu'il fîilt possible de camper. Le froid était même alors extrêmement rude; en sorte qu'on n'aurait jamais pu continuer le siège sans se loger dans la ville basse. Les soldats y trouvèrent non-seulement un abri, mais des celliers bien garnis de vin et des greniers bien fournis de blé , ce qui fut un rafraîchissement très-bien venu dans cette rigoureuse, saison. Quant à la cavalerie, elle fut logée commodément dans les villages adjacens , aussi près de la ville qu'il fut possible.
Cependant ce temps-là n'arrêta pas le prince de Condë ; il l'encouragea au contraire à venir au secours de la place. Les royalistes ayant été avertis à temps de sà*marche ^ il fut résolu par le cardinal ^ les généraux et le maréchal de La Farté qu'on prendrait la plus grande partie de la cavalerie et environ deux ou trois mille fantassins avec six pièces de canon pour aller au«-devantde l'ennemi et le rencontrer sur la route, laissant le duc d'Elbœuf et le maréchal d'Anmont avec le reste de l'infanterie et quelque peu de cavalerie pour continuer le siège. Le duc accompagna M. de Turenne ; le cardinal vint aussi avec l'armée^ mais ne logea pas dans le même village^ et resta un peu en arrière. Apprenant alors que l'ennemi arrivait par Vaubecourt , bourg situé à environ cinq lieues de Bar ^ l'armée marcha à sa rencontre^ M. de Turenne conduisant l'avant-gardc. 11 s'avança jusqu'à Condin^ qui n'est qu'à une lieue de Vaubecourt. Au moment ou .la tête de ses troupes arrivait au logement ^ on apprit^ par un parti qui revenait amenant quelques prisonniers , que le prince de Coodé venait d'entrer à Vaubecourt^ comptant s y loger cette nuit, et ne sachant pas les royalistes si près de lui.
M. de Turenne envoya aussitôt avertir le maréchal de La Ferte et lui manda en même temps qu'il était d'avis de marcher sur-le-chanip et
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de tomber sur, le prince de Conde' qu'ils troa- Teraîent certaioement en grand désordre ^ car le lieu où U s était arrêté était aboodamment pourvu de y in et de toutes sortes de vivres; en sorte qu'il serait très* difficile aux officiers de tenir leurs gens réunis 6t ensuite de leur faire re** prendre les armes et de les faire monter à cheval* Leur surprise d'ailleurs serait si grande de voir arriver l'armée du Roi qu'ils croyaient bien loin , que les royalistes obtiendraient probablement une victoire aisée. Le maréchal de La Ferté , au lieu de consentir à cette proposition , vint en personne trouver M. de Turenne et lui dit qu'il ne jugeait nullement convmiable d'entreprendre une chose si importante sans l'aveu du cardinal quand il se trouvait si près d'eux. Il fut donc d'à* vis qu'il fallait d'ailleurs l'en instruire et rece* voir ses ordres avant de s'engager dans cette entreprise. M. de Turenne fut bien obligé à contrecœur de céder à son opinion. Ils dépêchèrent un exprès au cardinal pour l'instruire de vive voix de la victoire qu'ils tenaient , pour ainsi dire entre leurs mains. Le cardinal ne Teut pas plutôt appris qu'il fit repartir en toute hâte le messager avec son approbation; mais ^ bien que le cardinal ne fût qu'à la distance d'une lieue ou deux tout au plus y avant que l'approbation fût arrivée , l'occasion avait échappé ; car au mo* ment où l'armée se mettait en marche^ un autre
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parti des royalistes vint annoncer que le prince de Condé avait délogé k ce qu'il croyait , car le bourg était en feu et la ^tde à cheval qu'on avait vtie de l'autre côté était retirée. Les armées > en arabçant un peu plus , purent s'assurer par elles*mêmefc delà vérité de la première partie de l'avis; elles aperçurent aisément ^ dans l'obscurité de la nuit 9 les flammes qui s'élevaient du bourg* Ou fbt informé par un autre petit parti que le prince uvattdélogé avec une précipitation eitraordinaire. Alors ftes troupes du Roi retournèrent dans leurs quartiers y ne jugeant pas dèrôir s'éloigner davan^tage de Bar. Le lendemain , quelques habitans de V^ubecourt apprirent au^ royalistes d'oà venait le fetr qu'on avait vu s'élever de leur bourg* Le prisée deCond^vyantsu que l'armée royale s'app^dcha-it > aVait aussitôt ordonné à ses trompet<)es de soutfer le boute -**selle; et^ voyant que ses gens ti'étaient pas plus pressés qu'il ne fallait de q^tter des logemens si bien fournis » il avait ffttt mettre le feu à quelques maisons de chacun des coins dû faubouig pour les obliger à sortir <ei à s'apprêter à marcher*
il est certain que jamais le prtnoe ne fut plus près d'une défaite; et il se le tint si bien pour dit'^u^'il ne jugea pas devoir demeurer plus los»§itbti^h dans ces environs oi!i l'armée royale était assez nombreuse pour continuer deux sièges et T^Éir en nvême temps le chercher avec la moitié I. i4
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I de ses forces. Il quitta donc le pays et laissa Tar-
mee du Roi continuer tranquillement ^ comme elle l'avait commencé, la réduction de Bakvle^Duc et des autres villes du duché de Bar. Il put rendre grâce à M. de La Ferté de son salut; car il est certain que si celui*ei ne se fût opposé à la pro* position de M. de Turenne, le prince ne pouvait éviter d'être surpris. M. dé La Ferté ne manquait cependant ni de jugement ni de ceonaissances militaires, et était capable de reconnaître l'importance de la proposition quilui était iàiie ; mais son humeur contre M. de Turenne pour avoir logé ses troupes- à Saint-Mihiel était telle, qu'il ne s'nnquiéta pas du tort qu'il disait aux affaires de son maître en empêchantM.dë Turenne d'exécuter une chose si importante > et songea seulement à lui ea ôter l'honneur. Ce fut certainement pour cette raison et non pour aucune autre qu'il envoya demander l'assentiment du cardinal , comptant que le cardinal viendrait lui-même ou que du moins on dirait que M. de Turenne n'avait agi que par ses ordres. Et il est très-probal>le que si tout autre que lui eût commis une faute pareille à celle-là, qui sautait aux yeux de toutlemonde» on la lui aurait fait payer cher,* mais ses corn*mandemens et ses relations en faisaient un fersonnage si considérable que jamais le cardinal ^ ne lui en dit un mot.
L'armée royale demeura à Condin jusqu'au
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premier décembre ; et là , apprenant que le prince s'était entièrement retire ^ M. de La Ferlé retourna à Bar avec la plus grande partie de rioÊmtarie et de la cavalerie , et M. de Turenne^ avec le reste ^ alla prendre ses quartiers à Contrisson et dans le^ fieux euvironnans cotoimé Aë^i^ gnjr-^aux-Vaches et autres^ à la distance de quatre lieues de Bar ^ où les soldats trêuvaient le couvert pour euY , des fourrages pour leurs chevaux et étaient à portée toutes les fois qu'en avait besoin d'eux. Quant au cardinal y il se logea à un village appelé Fains^ àonelieue de la ville du même côté> et j demeufa^tout le temps du s Wge qui ne dura pas long-temps après la retraite du .prince de Condé^ Cependant les assiégés ne «e rendirent que lorsK qu'on eut fait deux brèches à leurs murailles. La première^ faite dlËns un endroit oui l'on avait cra qu'elle serait praticable^ se trouva à l'épreuve tout autre qu'on ne l'avait dm ; car ^ lorsque les soldats furept montésà Fassàutyilsdécouvrirënt qu'ils seraient obligés de santer à une trop grande pro«fondent^ àttentltt que le terrain était ai enfoneé qu'il y avait du haut de la brèche ea bas du mur toate la longueur d'une pique ^ «e qui ne s'apercevait pas du dehors. Les soldkts furent 'donc forcés de se reliret^ non sans-quelque perte. Âlws on dressa une nouvelle batterie contre le châ-^ toaù, et, lorsque la brèche fut grande, l'ennemi commença à capituler, et fut enfin obKgé de
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lirrer la Ytlle haute et 1^ château , et de se rendre prisonnier de guerre. Cela se passa yers le milieu du mois de dëœmbre.
On ne peut se dispenser de rapporter ici une remarque que fit le diic à cette occasion ^ur l'accident de terrain qui rendit innfile la première brèche. Le commandant chargé de défendre une yillepeut^ dit-il , apprendre dé là k faire. par art ce qu'avait fait en cet endroit la nature ; car si le mur est suffisamment fert et que les 'fondations en soient bonnes^ on doit avoir le tMif^ jde creuser au pied à l'endroit où l'ennemi commence à battre e» brèche et lui rendre aimi cette brèche aussi inutile que le fut aux royalistes ceUe dont on vient de parler:
Il se trouva à Bar -le -Duc ^ parmi les antoes troupes qu'y avait laissées le duc de Lorraine , un régiment d'infanterie irlandais qui , se voyant prisonnier«de guerre et destiné , selon toute ))robabilité à le dem«uïw long-^temps^ attendu que le colonel éUit mort le jour deJa reddition tie la fiace et que le lieutenant-coloitel s'était sauvée fit offrir ses. services au duc , au cas que Son Altesse royale pàt obtenir du cardinal qu'on 'iui rendtt la liberté. Le cardinal y consentit suns pnue^'et ce régiment^ consistant en dix compagnies, fut' incorporé 4ivec tous ses officiers dans le régiment du duc et envoyé au siège de Ligny oti il était alors.
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Bar une fois pxis^ les troupes du maréchal de La F^rté eurent ordre de se rendre à Ligny et de presser la prise de ce château contre lequel on Q^aTait rien tenté d'important pendant la durée de l'autre sîége. Le maréchal commença à le bat*tre; mais^ ayant que la bi'èche fôt rendue praticable^ on manqua de boulets pour l'acheter; ce gui donna aux assiégés le temps d'élever sur la brè* cheune-palissade.Le maréchal y fit attacher un mineur^ qu'il fiit aisé de fixer dans les ruines du mur; de sorte qu'en peu de temps la mine fut faite , chargée et remplie^ et qu'on pouvait y mettre le feu. Le maréchal ordonna donc aux régimens d'York et Douglas de se tenir prêts à attaquer au moment d^ l'explosion de la mine. Il ordonna à son régiment, dont c'était le tour d'aller à l'assaut^ de se tenir prêt à soutenir les deux autres^ Les choses préparées de cette manière 9 on mit le feu à la mine; et, au milieu de la fumée et avant qu'on pût distinguer l'efiet qu'elle avait prodi^it^ U comte d'Ëstrées qui commandait l'attaque , donna ordre de monter à l'assaut. On passa donc sar la glace le fossé qui était fort large; mais en arrivant à la brèche, on s'aperçut que la mine n'avait pas rempli ce qu'on s'en était promis ; ear elle n'avait emporté du mur extérieur que jusqu'à l'endroit oùl s'étendait la palissade des Ciuiemis , en sorte qu'il n'était pas possible de naionter à la brèche. 11 Êillut donc se retirer; notais
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tandis qu'oti repassait le fesse ^ la glace se rompit et plusieurs des assiëgeans tombèrent dans le fossé f et cet accident donna à l'ennemi le temps d'en tuer beaucoup. Ainsi, faute d'un moment de patience pour veir l'effet qu'ara it produit la mine, le rëgiii»ent d'York perdit quatre capitaines , qualités lieutenans et 'enseignes, et euTiron une centaine de soldats. Le régiment de Douglas per* dit deux capitaines et cinquante soldats, sans compter plusieurs capitaines et ofiGu:iers blessés. Cette même nuit , on attacha le mineur , et le lendemain^ 22 décembre , la gamiso'n du château commença à parlementer. On la reçu1>aux mêmes conditions que ceux de Bar.
Ces deux plaees rendues, le cardinsd désira que l'armée s'avançât et prît Saintè-Menehould. On laissa quelques troupes dana les deux places dont on venait de s'emparer ^ et , lea brèches aussi bien réparées que le permettait un aussi court espace de tenaps et la saison de l\innéé, le 27 les troupes marchèrent de Contrisson à Doucey, et arrivèrent à Somme-Yevre, où elles demeurèrent jusqu'au 5o. Pendant toute cette marche l'armée fut logée dans les villages, la rigueur de rhiver ne permettant pas de camper; car le temps était si rigoureusement froid , que ni hommes ni chevaux ne pouvaient demeurer dehors. Le jour où l'on arriva à Somme-Yevre, qui était le 28, il gelait si fort que tous les
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cavaliers furent obligés de descendre de cheval et de marcher à pied ^ conduisant leurs chevaux pour' se rechaùfier par lé mouvement , et qu'environ trente où quarante soldats moururent misérablement ce jour-là par l'excès du froid; car aussitôt qi^'un décès malheureux, qui n'étaient pas très-chaiidemènt vêtus^ se sentait fatigué et s'asseyait pour se reposer, 1e froid lé pénétrait ^ et il ne pouvait plus se relever. Le duc vit plusieurs de ces pauvres gens mourir ainsi giéléis , et il y en aurait eu davantage sans les soins que prirent les officiers pour l'empêcher j car, dès qu'ils voyaient quelqu'un de ces pauvres malheureux près de tomber de fatigue , ils les faisaient mettre sur (tes chevaux et porter au premier logement, où, au moyen d'eau-de-vie et d'autres cordiaux, on parvint à en sauver quelques uns. Ce qui rendait la rigueur du froid plus cruelle pour les troupes, c'est qu'elles ne rencontraient pas le moindre abri. Elles traversaient alors les vastes plaines ouvertes de la Champagne; et dans ce pays plat rien n'arrêtait le vent nord-est qui leur soufflait directemeut dans la figure et augmentait l'inclémence de la saison. L'arnrée souffrit si cruellement dans cette journée de marche , que ce fut une des raisons qui empêchèrent d'assiéger Sainte - Menehould. M. de Turenne alla trouver le cardinal , et lui représenta une seconde fois la difficulté de mettre le siège devant une telle ville dans une
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saisoa si rigoureuse. Il lui fit comprea4£9 qi^e les troupes ne trouveraient p^s là les commo^ dit^ qu'elles avaient eues à Bar et à Ligay ; que les villages voisins ne leur offriraient pas 4es asiles pour les hommes ni des fourrages pour les chevaux 9 et qu'il n'y avait pas, comme à Bar 9 une ville basse qu'on pdt prendre sans faire de tranchée; que cette place , par sa force et le grand nombre de ses défenseurs , demandait un siège en forme .^ et que le pays d'alentour, de'voré par l'ennemi quand il avait dernièrement pris Sainte-- Menehould y ne fournirait plus de fourrages ; et qu'ainsi , au liçu de profiter des succès qii'oa avait eus pour terminer heureusement la campagne , on risquait de perdre l'armée et de lever honteusement le siège.
Ces considérations étaient si fortes et si évidentes qu'elles convainquirent le cardinal , qui se laissa persuader de renoncer à l'idée de prendre Sainte-Menehould. L'armée marcha donc vers Kethelpar Minecourt et Grivy,et le premier janvier i655 prit ses quartiers à Attigny, située sur Ij^ rivière d'Aisne, à trois ou quatre lieues environ au-de$sus de Rethel. Le lendemain elle passa la rivière et logea ce soir^là à Sauces-aux-Bois. On trouva que le siège de Rethel serait, comme celui de Sainte-M enehould , une entreprise trop difficile pour cette saison de l'année ; on passa 4onc k côté , et on alla attaquer Ghâteau-Porcien ,
place située à environ deux lieues au-dessous de Ketbel, sur la même riyière^ et où Ton trouvait pour le siège les mêmes commodité» qu'où avait trouvées à Bar-rle^Duc. On était certain de s'em* parer dès le premier soir de la ville, qui était suffisante pour loger la plus grande partie de Fin- Êinterie y autant du moins qu'il en fallait pour le siège. Il n'y avait que le château qui fut tenabie.
La chose ainsi résolue, M. de Turenne, que le duc accompagnait toujours , se logea , avec la plus grande partie de sa cavalerie et quelque peu d'infanterie , à Son, où l'on arriva le 6 janvier, et dans les villages voisins , à la distancé d'une lieue et demie de Chàteau-Porcien. Ce li/su était le plus avantageux pour empêcher qu'on amenât aucun secours à la ville. On confia à M. d'Elbœuf et à M. d'Âumont le soin de pousser le siège. Le
maréchal de La Ferté se logea à avec sa
cavalerie , pour le même motif que M. de Turenne à $on; et le cardinal se logea à Balham.
On ne rapportera pas ici les détails de ce siège , où le duc ne fut pas constamment présent, mais seulement ce qui se passa dans les quartiers extérieurs où se trouvait Son Altesse royale , et où l'on eut fort à faire durant tout le siège, à cause de l'approche de quelques troupes des ennemis et du prince de Condé lui-même , qui vint essayer s'il serait possible de secourir la ville. Mi de Turenne , pour éviter d'être surpris dans
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ses quartiers et se tenir en mesure d'^içpécher le prince de passer à côté de lui , et d'aller la liuit introduire des secours dans la ville, or-<donna à toute la cavalerie logée dans les villages autour de son camp de s'y* rendre tous les spirs et d'y demeurer toute la nuit , retournant ensuite dans leur qua]:tier après le Jever du soîleil. La cavalerie du maréchal de La Ferté^ distribuée dans les villages autour de lui , en fit autant^ et ce pénible service continua tout le temps du siège , qui > à la vérité , ne fut pas long j les assiégeais une fois mitres de la ville., il ne fut pas difficile d'attacher le mineur au château. Lorsque la mine fut chargée et prête à jouer, le gouverneur, nommé Dubuisson, promit de se rendre dans quatre jours si , à cette époque , il n'était pas secouru.
L'ennemi , averti de cette capitulation , vint jusqu'à Chaumont pour essayer s'il ne serait pas possible de les secourir; et le dernier jour, un peu amnt le terme fixé, les royalistes crujrent qu'on allait se battre. Leurs partisans vinrent leur dire que l'ennemi s'avançait. Alors l'armée fut rangée en bata-ille au-dessus du château , à l'endroit par où l'ennemi devait passer pour aller secourir la place. L'armée royale attendit ainsi jusqu'à midi, qu'on sut que l'ennemi se retirait. Une heure après, le château fut remis conformément aux conventions. Les assièges obtinrent le&
conditions ordinaires , savoir ^ d'être cooduito avet armes et bagages à la plus prochaine yiUe de garnison ^ car on ne jugea pas qu'il valût la peine d'attendre pluâ long-temps, vu la rigueur de la saison,' pour* faire la gamieon prisonnière de guerre , comme à'Bar-le<>Duc et à Ligny. L'armée royale avait déjà tellement souffert, qu'on se trouvait satisfait d'avoir le château à quelque prix que ce fût. L'infanterie surtout était dans une cruelle détresse. Le pays était entièrement rainé> en sorte qu'il était impossible de fournir régulièrement des rations de pain ; car le com^missaire aux vivres n'en avait point et il ne se trouvait de magasins de vivres dans aucune des villes voisines; en sorte que plusieurs soldats étaient forcés, pour ne pas mourir de faim, de manger de la chair de cheval , et les choses les plus dégoûtantes . et ies plus malsaines, et entre antres choses des tronçons de choux qu'on appelait le pain du cardinal.
Ghàteau-Porcien pris, non-seulement les soldats, mais même les officiers se flattaient d'entrer surrie-champ en quartiers d'hiver. Us par-* tirent dans cette confiance le 1 3 janvier, passèrent l'Aisne et logèreut cette nuit à Poilcour et dans les villages environnans. De là ils continuèrent leur marche jusqu'à Poilly, située entre Reims et Firmes, très- près de la Vesle. Ils y demeurèrent deux ou trois jours; 'mais, au lieu d'aller
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chercher leiarà quartiers d'hiver , le cardinal lauv ordonna deretourner sur l'Aisne 9 qu'ils passèrent le so à Pontayaire pour reprendre Vervins^ yilte peu forte et qui n'était entourée que d'un mur. Les Espagnols s'en cftaient empares l'été pré-^ cèdent 5 et y avaient laissé une garnison. Quoi-que cette place ne pût soutenir le siège contre une armée , c'était un bon quartier d'où l'on aurait pu fort incommoder le pays adjacent: c'était pourquoi le cardinal désirait que les troupes du Roi ne terminassent pas cette campagne sans s'en être rendues maîtresses. Jamais marche n'excita plùsdemurmures parmi iessoldatsetméme parmi les officiers^ tous harassés et succombant sons la fatigue de ce long service. Elle fut, au fait, excessivement pénible, car la gelée avait recommencé ; en sorte que dans ce terrain montagneux et ces terres grasses qui se trouvaient entre Pontavaire et Laon , les chemins étaient défoncés et impraticables pour le bagage; quoique ensuite on marchât dans un pays plus ouvert et plus uni, on trouva les chemins également rompus. Dans cette marche, l'armée perdit la plus grande partie de ses bagages et de ses chevaux uniquement par le mauvais état des chemins; car elle ne ren-* contra pas d'ennemis qui pussent l'attaquer. Le 25 f on arriva à Voulpain, à environ une lieue de Vervins.
Pp ce lieu , le ducftit bien près de tomber entre
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les mains de rennemi. Comme il sVtait ayancé à cheTàl ayee M. de Torenae pour examiner là TiUe^ Son Altesse royale et un autre gentilhomme s'étant approcha un peu plus près pour mieux faire leurs obsenraiians , furent renconteës pair un petit parti de cavalerie sorti de Vervins , et qu'ils prirent pour être des leurs. Ils étaient arrivés i portée de pistolet sans s'apercevoir de Imir erreiu' y et si Fennemi n'eût pas tiré sur eux^ ils y donnaient iufailiibiement y et auraient eu ensuite beaucoup de peine à s'en délivrer.
Le leademaii^^ environ miiie fanta3sins et deux cents dtievaux'^rent tiréadesdifférens quartiers pour commencer l'attaque de la ville ^ dont la garnison était de six cents hommes de pied et troi^ cents chevaux commandés par M. de Bassecour^ colonel et très-brave gentilhomme. Le premier soir^^les^^oldats se logèrent sous l'âbri de quelques maisons et jardins placés hors de la ville , tout contre le miur; et le soir suivant, ils y firent une batterie : ce que voyant l'ennemi, il demanda à capituler, et le 28 janvier il sortit de la ville avec armes et bagages.
L'armée n'éprouva , dans ce siège si court, que peu ou point de pertes; mais, malgré sa brièveté, les soldais murmurèrent suffisamment contre le cardinal de ce qu'il ne les avait pas envoyés directement de Château-Porc ien en leurs quartiers d'hiver; en sorte que lorsque, selon sa coutume>
ha2 MEMOIRES
l'ennemi , du haut des murs de Yeryins^ commença à invectiver contre lui ^ les soldats ^ an lieu de prendre sa défense ^ se contentèrent de répondre Amen f et le mot servit de refrain à toutes-ies imprécations des Espa^ols^
Le oS janvier au matin , M. de Turenne se rendit à Vervins pour voir BassecoUr sortir de la place avec ses soldats ^ et ^ après en avoir pris possession , il reprit avec son armée la route de Crecy*sur-Serre ^ et de là à Laon , d'où les troupes furent envoyées en leurs différens quartiers d'hiver^ Le duc ^ le cardinal , les généraux et tous les gens de qualité partirent poui^ Paris > où. ik arrivèrent le 5 février.
Aipsi finit cette longue campagne > durant laquelle 5 par sa conduite et ses conseils ^ M. de Turenne 5 à son immortelle gloire, sauva plu- ^eurs fois la monarcliie française*
Son Altesse royale^ en arrivante Pai*is^ eut la satisfaction non-seulement de rendre ses devoirs à la Reûie sa mère ^ mais encore d'y trouver son frère le duc de Glocester et son cousin le prince Robert. Le premier, après une longue dé^ tention entre les mains des sanguinaires ennemis qui avaient fait périr son père, avait été mis enfin en liberté ^ non par aucun principe d'humanité , mais uniquement pour épargner là dépense de son entretien; l'autre, que Ton arvait tenu pour mort , après avoir échappé sur la mer
DE JACQTJBS IL aaS
à milie dangers pendant T-espace de quatre années > était aussi .revenu à Paris dans le liiâmé temps ; mais Son Altesse royale ne fait pas men-^ tion dans^ses mémoires de ce qui arriva pendant son séjour à Paris , car son «sprit était alors tellement préoccupé de la guerre y qu'il tenait peur perdu letemfis qu'il passait ailleurs qu'en campagne^ et ne jugeait pas qu'il valût la peîoed'ett rendre compte'.^