JO MÉMOIRES
retournée à Paris , le duc y rcviot aussi. Il arriva vers le commencement de de'cembre, et y passa rhiver. Ce fut vers la fin de cet hiver que le Roi son frère pt^it la reWntion de (Quitter la France à cause du traité d^alliance qui se négociait alors entre cette couronne et Olivier Crotnwell , récemment revêtu du titre de Protecteur: Le cardinal Mazarin ayant jugé nécessaire alors au salut de la monarchie française de vivre «n bonne intelligence avec cet usurpateur , le Roi partit pour l'Allemagne^ et son frère l'accompagna jusqu'à Chantilly. Là , ils prirent congé l'un de l'autre , espérant se retrouver dans des temps plus hetireùx.
Voici le récit dé la campagne suivante ^ tel qu'on le trouve dans les mémoires de Son Altesse royale.
L'armée française^ sous les ordres de M. de Turenne et du maréchal de La F^té , m fut pas rassemblée cette année d'assez bonne heure pour empêcher les Espagnols d'assiéger Ârras. Ils y mirent le siège le 5 juillet avec une armée de trente mille hommes^ bien pourvus de tous les objets nécessaires pour une entreprise aussi considérable. Ce qui les engagea surtout à entre-
pi^odre ce siège , lîit ce qu'ils apprirent de la faiblesse de la garnison^ qui n'était pas si nombreuse qu'elle aurait dû l'être , mais pas assez faible cependant pour que le gouverneur fût obligé d'abandonner aucun de ses ouvrages extérieurs 9 qui. étaient fort étendus. Nos généraux , qui sentaient l'inconvénient de cette faibtesse de la garnison ^.y envoyèrent environ mille hommes de cavalerie en trois corps, l'un commandé par le chevalier de Créqui , un autre par M. de Saint- Lieu , et le troisième par le baron d'Equancourt. La première eu seconde nuit après l'investissement de la ville, Saint-Lieu y entra avec environ deux cents chevaux , à travers les quartiers du prince de Condé. Le baron d'Equancourt y entra deux nuits après avec trois cents chevaux à travers les quartiers du duc de Lorraine ; et quelques jours après , le chevalier de Créqui passa de vive force au travers des Espagnols , dont les lignes n'étaient pas.encore terminées. Ce fut tout le secours que l'armée française put fournir à oette ville. Quant à l'infanterie , nous n'osâmes pas en envoyer, car le pays autour de la ville était si uni > qu'une fois l'ennemi campé autour de la place, il l'aurait aisément découverte et mise en déroute.
Ce qui engagea encore les Espagtiols à mettre le siège devant Ârras, c'est que nous assiégiens Stenay.Ils espéraient que cette place tiendrait assez
loiig-temps et eniploiralt assez de troupes pour lear laisser le temps d'acheter ieur dessein avant que le siège fût terminé ^ oa pour le moins en. même temps ^u'îl le ipourrait être y et que d4ir€uit ee temps notre aivnée ne serait pas de force à rien entreprendre centre eux. Cela n'était pas œ»l va 9 ear nous ^étions ^ en effets si faibles que dans la craintède nous engager si près d'une grande armée dans un pays si uni et sidécouvert^ nous ne bougeâmes pas des envircms de Përonne pour approcher de leurs lignes jusque vers le 16 juillet que nous appoimes ^qu'^Vles étaient à peu près "terminées.
Je rejoignis Tafinée près de iPérenne a^ant qu'elle se remit en nia^rcbe. J'y devais 'servir cette année sous. M. de Turenne len qualité de lieutenant-général, ^t jt pris mon tour conformément .à la date dfe ma neminartion comme le plus jeune de l'armée. Vers le 16, donc^ nous nous minoes en dotarcbe 'vers Atras; et nous campâmes dans un village rappelé Sains , près de SaMchy^Caucby, entre CambraietArras^ environ àxinq lieues de cette dernière ville. Le l^ndemain, nous marchâmes à Mouchy4e-Prenx. M. de Tnrenne tournant ainsi dans le puys afin d'être toujours k couvert derrière quelque ru^sesu^qui, dans le cas où i'ennen^ serait venu eur neas^ lui aurait donné le-moyen d'éviter de «e bfitllie; «t^il avançait avec, tant de circonspection^ que la
DE JACQUES IL ayS
▼eille du jour où il arriva à Mouchy-le-Preux. Lorsqu'il iut au bord d'un ruisseau qui coule à environ une demi-lieue de ce village , il rangea son armée en bataille, puis passa le ruisseau avec quelque cavalerie et quelques dragons pour examiner lui-même le terrain où il devait camper, et n'envoya que le soir à Farmee l'ordre de venir le rejoindre, demeurant tout ce tempslà sur le terrain pour ^oir si l'ennemi n'avait pas le projet de venir à sa rencontre; car, dans le cas où il aurait voulu tenter quelque chose , notre armée n'aurait pas marché en avant. Le soir venu , et l'ennemi n'ayant point paru, nous passâmes le ruisseau, mais il était si tard qu'il n'était pas vraisemblable que cette nuit on tentât rien contre nous.
Nos troupes ne furent pas plutôt campées qu'elles se mirent à travailler aux retranche-mens, chaque régiment, tant cavalerie qu'infanterie, se chargeant de la portion qui se trouvait devant lui. Cela fut fait avec une telle diligence que le jour suivant nous nous trouvâmes passablement en état de nous défendre : mais les lignes une fois terminées, nous nous regardâmes comme parfaitement en sûreté ; car le poste était trèsavantageux et n'offrait pas un front trop étendu pour la force de notre armée. Nous étions couverts -k. notre gauche par le ruisseau y à droite par la Scarpe; en sorte- que, quand même l'ennemi I. i8
serait venu noua attaquer la première fois que nbttd nous mimes en bataille dans cette position de M ouchy-lé-FreuXy et ayant que nos lignes ne fussent terminées^ nous aurions eu beau jeu à le com*battre malgré notre infériorité, car il ne pouvait nous dépasser ni nous prendre en flanc; et nous étions si sûrs de nous que nous ne refusions jamais d'en venir aux mains toutes les fois que nous n'avions pas à craindre d'être débordés.
J'ai depuis entendu enf Flandre et ailleurs reprocher beaucoup aux Espagnols de n'avoir pas marché contre nous le premier jour de notre ar^rivée à Mouchy^ ou bien lorsque nous vînmes prendre possession de ce poste. Quelques personnes ont idit que le prince de Condé Savait proposé aux Espagnols , mais je ne puis l'assurer^ et je ne me permettrai pas de les censurer pour ne l'avoir pas fait^ n'ayant pas su quels avaient été leurs motifs^ bien qu'on les puisse aisément soupçonner; mais^ qu'ils y aient pensé ou non 5 nous prîmes nos précautions comme si nous avions prévu qu'ils voulaient tenter quelque chose; et^ une fois dans nos positions^ nous ne perdîmes pas de temps pour nous retrancher. Il est certain que cette position de M ouchy est extrêmement forte ^ non-^seulement) comme je l'ai dit, parce que nos deux flancs étaient à couvert , mais de plus nos lignes couvraient le long d'une hauteur au milieu de laquelle était situé M ouchy.
ei CQmmandeiieDt des deux côtés 1^ ruisseau et Ia Scarpe; en sorte que si l'eimemi eût avatiâë sur nous de jour ^ cotre. canoD place es très^graude partie sur la hauteur de Mouchy l'aurait d'abord terribleiueot foudroyé» après quoi nous eussions continué d'avoir l'avantage du terrain.
Le quartier de M. de Turenne était à Mouchy ; il avait avec lui là plus -grande partie de son in<-fantetie ; sa cavalerie et le reste de riofanterie étaient campés sur deux ligats qui s'étendaient jusqu'au ruisseau. Le quartier de M. de La Fertc occupait toute la droite dé notre ligne le long de la Séarpe jusqu'à un village nommé Feule; une partie de son infanterie était campée près de nous y et le teste à Mouehy» et sa cavalerie était aussi sur deui lignes entre Mouchy et ses quartiers. Notre réserve était placée^ comme cela devait être, immédiatement derrière le quartier dé M. deTurenne^ établi au milieu. Ainsi notre campement figurait un ordre de bataille; seulement nous avions qu^lqtte infanterie à chaque extrémité de n€>s lignes, et au milieu de nos ailes de cavalerie, afin que les lignes fussent mieux défendues.
Ainsi postés, et nos lignes terminées, nous envoyions presque chaque nuit en campagne de forts partis de cavalerie pour empêcher l^s eonvois d'arriver au camp ennemi; et quoiqu'ils n'eussent mis le siège devant Arras que bien ap-