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provisionnes de ce qui était nécessaire^ comme c'était la coutume des armées d'alors , cependant un corps aussi considérable que celui qui se trouvait dans leurs lignes ne pouvait se passer de quelques communications avec le pays d'où ils venaient; et soit qu'ils manquassent réellement dé poudre^ ou seulement par précaution; dès le premier jour que nous fûmes établis dans leur voisinage , ils envoyèrent des partis de cavalerie pour en cliercher. Ces partisans se rendirent à Douai^ Cambrai et autres villes où ils avaient des garnisons. Quelques unes leur envoyèrent de la poudre dont chaque cavalier rapportait un sac de cinquante livres sur la croupe de son chevaL Ces parti&étaient continuellement en route : il se passait rarement une puit sans qu'il en partît ou arrivât quelqu'un ; et , quoique nous en eussions de notre côté en campagne pour les surprendre^ nous ne fûmes jamais assez heureux pour en rencontrer aucun ^ car le pays était tellement découvert qu'à' moins qu'un accident ne les fît tomber au milieu de nos partisans ^ il était impossible de les intercepter. Cependant nous envoyions rarement moins de mille ou douze cents chevaux sous les ordres de quelque lieutenant-général qui sortait du camp dans la soirée. Ceux qu'on envoyait de l'armée de M; de Turenne se portaient entre le camp et Bapaume dans quelque vallée ou autre endroit où on ne pouvait
aisément les découvrir ayant qu'ils sortissent de rembuscade pour tomber sur l'ennemi^ car ils plaçaient autour d'eux de petits postes extérieurs pour les avertir de ce qui se passait : ils avaient de plus des sentinelles sur chaque route pour éviter d'être surpris. Ceux qu'envoyait M. de La Ferté se plaçaient entre le camp et Lens avec les mêmes précautions.
Mais quoique nos gens 9 ni ceux de M. de La Ferté, n'aient jamais rencontré un de ces convois de poudre > il s'en perdit un par un accident arrivé dans le convoi mêtase. Une nuit que nous étions avec M. de Turenne occupés à visiter les postes y nous aperçûmes une grande lueur soudaine et violente comme d'une explosion de poudre. Elle nous parut venir du camp de M. de La Ferté; mais, comme nous nous y rendions pour savoir ce que c'était, une sentinelle placée sur les hauteurs de Mouchy nous dit qu'elle ne venait p^s d'oîi nous pensions , mais de la plaine , fort loin de là du côté de Lens. Nous n'en fûmes que plus embarrassés à devinerce que ce pouvait être. Le lendemain nous sûmes qu'un corps de cavalerie composé de cent vingt hommes se rendant à Douai au camp ennemi, chaque soldat et cbaque officier portant en croupe un sac de poudre, et accompagnés d'environ quatre-vingts chevaux chargés de 'grenades que conduisaient des paysans k pied > avaient tous été emportés par
une explosion.; mais par quel accident^ c'est ce que ne put nous direaucun des prisonniers qu'on nous amena. C'était en vérité un douloureux spec-^ tacle que celui de tous ces pauvres gens qu'on amenait dans nptre camp^ le visage tout dëiîgtire% et le corps tellement brûle que peu d'entre eux guérirent. Plusieurs avaient été tne's sur la place. Ces prisonniers avaient été faits par quelques uns de nos partisans qui se trouvaient en campagne dec^ coté^ et qui^ voyant de loin cette lueur subite , s'étaient approchés pour en savoir la cause. Ils nous ramenèrent aussi quelques chevaux brdlés 9 deux tambours appartenant à ce régiment y et ranaasserent tout ce qu'ils trouvèrent sur ce lieu. Il m'arriva depuis en Flandre de m'entretenir avec un lieutenant de cavalerie qui se trouvait le seul homme en état de me rendre co^mpte des causes de cet accident. Voyant son visage cicatrisé debrûlures, je lui demandai comment ce malheur était survenu. Il me répondit qvte c'était par une explosion de poudre qui avait eu lieu alors près d'Arras. Comme je continuai à l'interroger sur Taffaire , il me dit que se trouvant sur les derrières du régiment^ il avait vu un des cavaliers portant à sa bouche une pipe allumée, qu'il s'était approché de Lui , la lui avait etée durement, l'avait jetée, et ensuite avait frappe le cavalier du plat de son épée. Celui-ci , qui était ivre, lui avait mis le pistolet sur la
poitrine; alors le lieutenant , pour éviter le coup, s était jeté en bas de son cheval. Ce cavalier ayant tiré an même instant , le coup porta sur le sac que portait le cheval du lieutenant. La poudre prit, sauta, et la flamme se communiqua auxautres tout le long du régiment. Le lieutenant , qui était à terre, s'en tira à meilleur marché que les autres; il eut seulement le visage, les mains et quelques parties du corps brûlées.
Cet accident m^a para si remarquable que je n'ai pu me dispenser de le rapporter, d'autant que ce fut le seul des partis ennemis auquel il arriva malheur. Nous ne les rencontrâmes même que deux autres fois. Une fois que le marquis de Richelieu eh rencontra un commandé par le comte de Lorges, l'avantage ne fut pas de notre côté, car le comte se fit bravement un chemin au milieu des troupes du marquis , les battit , prît trois ou quatre capitaines , et rentra dans son camp sans avoir rien perdu que douzd chevaux «chargé» de poudre. L'autre rencontre fut encore plus fâcheuse pour nous , car nous y perdîmes M. de Beaujev , le lieutenant-général qui commandait ce jour*là nos partisans. M. de Turenne Favait fait sortir à la tête d'un corps de huit cent» chevaux. Apprenant qu'un convoi arrivait
aux ennemis par la route de il prit cette route ,
et^vera le poimldu jour, rencontra un partiennemi eommacidé par le colonel Droot qui vendît du
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camp ennemi. Le nonibre était à peu près égal des deux côtés ^ mais l'ennemi ne comptait pas nous trouver là. Cependant il arriva que la plupart de nos gens avaient en ce moment mis pied à terre, attendant Tavis qu'ils comptaient recevoir sur la marche du convoi. On croyait qu'ils arriveraient par l'autre route. Il fut très-aisé à Droot de dçTaire les deux premiers escadrons avant qu'ils eussent le temps de monter à cheval. Quant à Beaujeu, son malheur voulut qu'il fût tué en allant pour mettre en ordre l'escadron suivant; en sorte que celui-là fut aussi défait, et que si le régiment de Beauvau n'eût pas tenu ferme, et n'eût pas arrêté la violence de l'ennemi , en battant à son tour le premier escadron qui nous avait fait tant de mal, notre troupe eût été entièrement défaite; mais il donna ainsi à nos gens le temps de se rallier et de recevoir la charge de l'ennemi qui ne fut pas vigoureuse, parce que Droot venait d'être blessé dans celle qu'avait soutenue le régiment de Beauvau; en sorte qu'on ne se fit pas grand mal des deux parts. Les .deux cori3s furent seulement mis en désordre , et l'ennemi, ne sachant pas certainement combien nous étions, et craignant que nous ne fussions plus nombreux, jugea prudent de se retirer. Nos soldats, de leur côté, après avoir perdu leur coimmandant , se . trouvèrent heureux d'échapper comme ils le firent, et ne pensèrent pas . à les
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poursaivre ; en sorte qu'on peut dire qu'en cette affaire tout le monde fut battu. Quant aux morts et aux prisonniers, il y en eut peu de chaque côté» si ce n'est la perte de notre lieutenant-gënéral.
Quant à moi^ Je sortis une fois à mon tour à la tête d'environ mille chevaux. J'étais posté dans une petite vallée à la tête de mes gens et mes sentinelles étaient placées sur tous les points^ lorsqu'un parti de cent chevaux venant du camp ennemi pour se rendre à Cambrai ^ surprit un caporal et deux sentinelles qu'il relevait en ce . moment. Ceux qui les avaient fait prisonniers leur ayant demandé notre nombre, le caporal répondit que nous étions à peu près une centaine et la plupart pied à terre occupés à faire manger nos chevaux. Ils le crurent et se précipitèrent en fureur sur nous au, grand galop , leurs trompettes.sonnant la charge ; mais arrivés à portée de pistolet , ils aperçurent leur méprise et qu'au lieu d'un petit parti qu'ils croyaient trouver pied à terre ils avaient affaire à plusieurs escadrons tous à cheval. Ils se retirèrent plus vite qu'ils n'étaient venus. J'hésitai un moment sur ce que j'avais à faire, ne pouvant supposer qu'ils fussent arrivés avec cette impétuosité s'ils n'étaient pas soutenus ; mais voyant avec quelle vitesse ils s'enfuyaient, je jugeai qu'il n'y avait que ce que je* voyais, et ordonnai à l'escadron à la tête duquel
jetais de courir après à la. débandade^ suiyant
inoi*méiiie. au petit pas à la tête du reste.
Mais ils allaient un tel traio que nos soldais ne purent les atteindre ; cependant ils n^ëchappèrent point , et tombèrent entre les mains dW antre parti des nôtres qui les prirent tous. Le même matin j'en pris un autre* Je retournais au camp lorsqu'un petit détachement de mes gens vint me dire qu'ils avaient va environ une centaine de chevaux ennemis se mettre en embuscade avant le jour dans un village voisin. Alors je marchai avec toute ma troupe et m^approcbai du village autant que je le pus sans être aperçu; puis j'envoyai en avant quelques cavaliers pour tirer les autres de kur embuscade , avec ordre , lorsque l'ennemi viendrait pour les charger, de se retirer vers le gros de la troupe. lU s'en acquittèrent si adroitement que les ennemis étaient tous sur nous avant de nous avoir aperçus. Us furent tous pris.
Tandis que cela se passait hors des camps ^ les ennemis ayant fini leurs lignes devant Arras, ouvrirent totttc leur tranchée la même nuit, poursuivant leurs travaux avec toute la diligence possible , et pressant la ville d'une si rude manière, que hien que le gouverneur, M. dcMendejeu, se conduisît en commandant expérimenté, *et que M. de Saint-Lieu, le chevalier d^ Créqui et le baron d'Eqûancourl , le secondassent
avec toute la valeur imaginable^ les Espagnols
gagnaient chaque jour du terrain; le ils
s'étaient rendus maîtres de la corne de Guîche , non-seulement à Textérieur, mais à l'intérieur, ainsi qu'on peut le voir par le plan , et ils continuèrent à pousser leurs travaux avec vigueur malgré la résistance qu'ils rencontraient; ce qui obligea le gouverneur à envoyer plusieurl^ messagers à nos généraux pour les informer de Tétat de la place : plusieurs arrivèrent jusqu'à nous.
Un d'entre eux avait avalé le papier qu'il apport tait enveloppé dans du plomb, afin que si on le pressait et qu'on le fouillât , on ne pût le trouver sur lui. Il arriva dans un moment où les généraux étaient très-impatiens des nouvelles de la ville; mais, malgré plusieurs purgations, il fut vingtquatre heures sans pouvoir se débarrasser du papier. Cela mtt les généraux dans une grande anxiété. M. de La Ferté criait, furieux : (cll faut éventrer ce coquin. » Le pauvre diable en eut tme telle frayeur que se trouvant précisément à la porte de la tente , il rendit' le morceau de plomb. L'avis qu'il contenait nous engagea à différer d'altequer les lignes de l'ennemi avant l'arrivée des troupes de Stenay , car nous sûmes par là que la ville n'était pas en aussi grand danger que notts avions eu sujet de te croire, d'aîprès quelques litres du camp ennemi q^e nous avions iutercepl^es sur la route de Flandre. Ceux qui
les avaient e'crites assuraient avec grande confiance qu'ils seraient les maîtres de la ville le jour de Saint-Laurent au plus tard, et en même temps les nouvelles de l'armiée devant Stenay nous apprenaient que le siège n'allait pas aussi vite que nous l'avions espéré; en sorte qu'il n'était nullement probable que les troupes du siège pussent nous rejoindre avant la Saint-Laurent. Nos généraux avaient donc résolu de ne pas les attendre et d'attaquer sur-le-champ les lignes. Chaque escadron avait eu ordre de se pourvoir d'un certain nombre de fascines et de fagots , parce que l'ennemi avait fait, à l'extérieur du dernier fossé de ses retranchemens , environ six rangs de trous d'un pied et demi ou deux de diamètre et trois de profondeur, pour empêcher notre cavalerie d'arriver aux bords du fossé extérieur; nous espérions, au moyen des fascines, pouvoir passer au-dessus des trous; mais, comme je l'ai déjà dit , toutes nos craintes furent dissipées par l'avis que nous apporta lei messager et par les bonnes nouvelles qui nous arrivèrent le lendemaia.de Stenay et qui nous apprirent qu'on serait bientôt maître de la ville. Nos généraux pensèrent donc qu'il était raisonnable d'attendre l'arrivée de ces troupes ; cependant nous continuâmes nos préparatifs pour attaquer les lignes ail moment ou on le jugerait à propos»^
Vers le d'août, M. d'Hocquincourt, à qui
la cour aTait abandonne le commandement des troupes qui venaient de prendre Stenay, car avant la prise de la ville elles étaient commandées par M. Fabert, gouverneur de Sedan; M. d'Hocquincourt^ ^lîs-je^ nous fit passer l'avis qu'il était à deux journées de marche de nous et désirait savoir s'il fallait qu'il vint nous joindre pour camper en quelque autre endroit ; on lui répondit que
M. de Turenne l'irait trouver à ^ à la tête
de quinze escadrons , et que si M. d'Hocquincourt voulait s'y rendre d^avance avec toute sa cavale^ rie^ ils iraient ensemble reconnaître une posi* tion sur le ruisseau du Crinchon près de Rivière où il pensait qu'il trouverait un campement avantageux , et qu'en se retranchant un peu , il serait en sûreté contre toute entreprise de la part de Teonemi.
M. de Turenne et M. d'Hocquincourt se rencontrèrent le 17 août à l'endroit désigné; mais au lieu d'aller , comme on l'avait résolu d'abord , reconnaître la position , ayant appris qu'un grand convoi arrivait à l'ennemi de Saint -Omer et d'Aire , par la route de Saint-Pol , commandé par M. de Boutteville, ils marchèrent de ce côté à la tête de leur cavalerie et mandèrent à Tinfanterîe, à l'artillerie et aux bagages de M. d'Hocquincourt^ alors aux environs de Ba paume ^ de les joindre le plus promptement qu^il serait possible à Saint-Pol en passant par Buquoy et mar-
chant le lûi>g des bois poui' s'en couvrir autant qu'ils le pourraieat , attendu qu'ils n'avaient pas de cavalerie pour se garder. Cependant^ lorsque nou$ arrivâmes à Saint-Pol avec la cavalerie^ nous apprîmes que le convoi ^ instruit de notre arrivée par ses troupes > «tait retopirné à Aire; en sorte que nousne poursuivîmes pas plus loin notre marche. Mais comme l'ennemi s'était empare de Saint*Pol et avait laissé pour le défendre quatre ou cinq cents cavaliers qu^on avait mis à pied^ nos généraux crurent à propos de s'y arrêter jusqu'à l'arrivée de l'infanterie > aiin de l'attc^quer; cskt c'était un poste important et qui avait été fort utile à l'enqemi : par là lui arrivaient la plupart (le ses convois» et c'était le lieu de halte entre son camp et les villes de garnison qu'il avait de ce côté du pays; en sorte qu'il était nécessaire de le lui enlever. Cela nous coûta peu de temps et de peine; car le 18^ aussitôt que notre artillerie fut arrivée et nos batteries dressées j U garnison capitula^ et^ autant que je m'en souviens^ elle fut faite prisonnière de guerre.
Le lendemain nous reprimes la route de notre camp^ et logeâmes à Aubigny. Comme nou$ y étions arrivés de bonne heure , M. de Turenne ^ selon sa coutume , prit avec lui deux escadrons de cavalerie > et s'avança du côté des lignes de lennemi» Il arriva à un ancien camp romain que les gens du pays appellent le camp de César ,
et sftiië dans -un endroit où un petit ruisseau vient se jeter dans la Scarpe. Il y trouva un poste avaDcë de cavalerie ennemie qui , à notre arrivée , se retira de l'autre coté idu ruisseau : par ce moyen M. de Tureniïe put à loisir reconnaître ce posté , qui n'était qu'à deux portées de canon des retranchemons de l'ennemi.
La position lui parut si avantageuse qu'il pro* posa à M. d'Hocquincourt de s'y établir comme meilleure et plus sùre^ sous tous les rapports^ que celle de la rivière. Ainsi donc le lendemain matin noiïs y marchâmes; et pour la rendre encore plus sûre M. d'Hocquincourt fit tracer une ligne de la rivière au ruisseau. Comme l'ennemi avait mis cinq cents hommes dans l'abbaye du Mobt Saint-Éloi^ située sUr l'autre bord de la rivière, il résolut d'attaquer l'abbaye le jour suivant , malgré la pi;t>ximité du camp ennemi, jugeant , lorsqu'il en serait maître, qu'il lui serait bien plus aisé d'empêcher les assiégeans de sortir de leurs retranchemens.
En conséquence le lendemain matin , de bonne heure, il traversa la rivière, qui est fort petite en cet endroit, et rangea toutes ses troupes entre l'abbaye et le camp ennemi , ne réservant que l'infanterie chargée de l'attaque de la place: L'ennemi fit d'abord mine de Touloir défendre le mur extérieur; mais à rapproche de notre infanterie il l'abandonna et se retira dans l'àbbaye,
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qni était environnée d'un bon mur de construction ancienne et fianfi[ué de tours rondes. Sitôt que nous fûmes les maîtres du mur extérieur , nous y fîmes dès embrasures pour nos canons^ et commençâmes à battre le mur de Fabbaye; mais voyant qu'à cette distance notre artillerie ne faisait pas grand effet , nous élevâmes en de* dans du mur une be^tterie légère , ou plutôt une blinde, et conduisîmes nos cations qui , en quatre heures, commencèrent à faire brèche. Tandis qu'ils s'occupaient de leur affaire, l'infanterie faisait la sienne : elle s'était approchée, à Tabri de quelques arbres de jardin , à portée de pistolet du pied du mur principal auquel on avait attaché le mineur, couvert par des madriers. Pour y parvenir, au moment où le mineur s'était mis en route avec ceux qui portaient des planches pour se mettre à couvert , notice in&nterie , jusqu'alors abritée par des murs de jardin , les avait quittés, et pendant un quart d'heure n'avait cessé de faire un feu aussi nourri qu'il était possible sur les meurtrières de l'abbaye, afin que le mineur se put loger plus en sûreté. Cela fait, elle s'était retirée de nouveau derrière les murs : c'étaient les Gardes Françaises et Suisses; et quoiqu'elles se fussent approchées de bien près et fussent demeurées à découvert des pieds à la tête tout le temps qu'elles firent feu sur l'ennemi , elles perdirent peu de monde en cette occasion. En même
temps le rëgitnent de la marine trouva le moyen , à la faveur d'une petite éminence , de se loger toiit près de la tour> que nous attaquâmes; en sorte qne la garttison de Tàbbaye jugea qu'il ëtaîtgrand temps de capituler : elle tiens rendit donc l'abbaye et se rendit elle-même prisonnière de guerre.
Cela fait 9 M. d'Hocquikicourt traversa le ruts* seati et k*entt*a dàu^ le camp de Gësar; et M', de Tùrenne le quitta pour retourner à son camp à la tête de ses quinze escadrons et de dent compagnies de dragons. Il voulut y dans sa route , reconnaître les lignes ennemies. Il marcha donc , de Mont-Sain l-Éloy> droit suf les lignes, jusqu'à ce qu'il en fût à demi-portée de canon , et continua à lés suivre à là mêm€ distance tout le long de celle qui se trouvait de ce côté de la Scarpe^ jusqu'à ce qu'il les eût pai^faitement observées. Pendant ee temps le CËinon des lignes tirait vi-^ gouréusement sur nous et non sans effet > car il n'y eut pas un escadron qui ne perdit deux ou trois hommes ; plusieurs en perdirent davantage > et il y eut aussi beaucoup de ohevaux de tués. Quelques uns des vieux officiers de cavalerie mur-*murèrent de ce qu'on les exposait de cette manière, et, à ce qu'ils croyaient, sans utilité. C'est la seule fois , pendant tout ce temps que j'ai servi dans ïàtùiée française , que j'ai entendu blâmer M. de Tiirenne pour avoir hasardé ses gens sans nécessité; mais, lorsque nous eûmes forcé I. 19
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les lignes^ ces mêmes officiers reconnurent qu'ils avaient eu tort d'accuser leur général ; car on vit alors clairement pourquoi il avait ainsi expose non-seulement ses troupes , mais encore sa personne à«un aussi grand danger^ et que c'était en ce moment qull avait choisi le plan de Taltaque. En effet ^ s'il ne s'était pas autant approché avec tout son corps 9 les postes de cavalerie ennemie ne se seraient pas retirés en dedans de leurs lignes; et alors il n'aurait pu les examiner avec autant d'exactitude. Nous approchâmes si près avec quelques cavaliers , que le cheval de lord Jérmyn fut tué sous lui d'une balle partie des retranchemens^ qui le traversa de part en part^ et frappa ensuite violemment son maître à la jambe placée de l'autre coté.
M. de Turenne put observer d'autant plus exactement la force des différens quartiers de I l'ennemi^ que toutes les troupes étaient sous les armes au moment où nous côtoyantes les retranchemeus. Il vit que le quartier de don Fernandde Solis était non-seulement le plus faible d'hommes^ mais encore le moins bien fortifié. Il se résolut donc d'y porter son plus grand effort. Tandis que nous marchions de Mont-Saint-Éloy vers les lignes > quelques uns de nos officiers prirent la | liberté de lui représenter l'extrême danger qu'il { courait en approchant de si près des lignes de I l'ennemi dans un pays tellement découvert qu'il I
pouvait nous compter^ et , instruit de nos forces^ sortir des lignes et venir n<^s attaquer sans aucun danger. Il avoua que cela se pouvait trèsbien , et que s'il s'était trouve du côté du prince de Condë au lieu d'être de c«lui des Espagnols, il ne s'y serait pas risque; mais, ayant servi avec les Espagnols^ il connaissait leur manière d'agir^ et était certain , disait-il^ qu'en nous voyant approcher de ses retrancheniens^ don Fer^nand de Solis n'oserait rien faire sans avoir en* voyé prendre les ordres du comte de Fuensaldagne, gouernador de las armas; que le comte se rendrait lui<-méme auprès de l'archiduc^ ou l'enverrait avertir; après quoi on ferait donner avis de la chose au prince de Condé , dont le quartier se trouvait de l'autre côté de la ville ^ le priant de se rendre au quartier de l'archiduc pour y avoir une junte et conférer de ce qu'il y avait à faire, etque, pendant cette junte, qu'il faudrait; accompagner de toutes les formalités requises, nous aurions; le temps de reconnaître les lignes et de nous éloigner eàsuite, sans avoir rien à craindre que l'artillerie des retranchemens : la chose se passa précisément comme il l'avait prédit. J'ai su depuis^ du prince de Condé en Flandre, que toutes les formalités avaient été exactement' observées>et qu'au moment où leur junte avait résolu de tomber sur nous, nous étions hors de danger et rentrés dans notre camp.
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Lorsque M. de Turenne eut fait ses observations , on pensa qu'il était temps d'entreprendre de délivrer la ville : d'autant qu'une lettre du gouverneur adressée à nos généraux leur apprenaît qu'il n'avait plus de poudre ;en sorte que s'il n'était promptement secouru:^ il serait forcé de capituler. Cela hâta la résolution d'attaquer les lignes : ce qu'on n'eût jamais fait sans M. de Turenne , uniquement occupé du bien public et de l'avantage du service du Roi; car la plupart des autres officiers généraux avaient leurs vues et leurs intérêts particuliers qui les portaient à se déclarer ouvertement contre la proposition d'attaquer^ et à s'y opposer par tous les argumens qu'ils purent imaginer. M. de La Ferté ne se souciait pas de courir le hasard de perdre autant de soldats qu'on lui en tuerait probablement dans cette attaque^ car son crédit h Ja cour étant appuyé sur le nombre de ses troupes ^ il tenait à ne les pas diminuer. M. . d'Hocquincourt était gouverneur de Péronne : Arras une fois pris , cette place devenait beaucoup plus frontière, et une partie des contributions appartenant à Arras tombait dans son lot. M. de Navailles , gouverneur de Bapaume , et M. de Bar, gouverneur de Doullens, tous deux lieutenans*généraux, avaient les mêmes motifs pour partager son opinion. La plupart des autres^ exQepté le comte de Broglie et moi , regardèrent la chose comme une tentative
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dés6&pél*ee et s'y opposèrent égalemeùt; car> ea empêchant l'eutreprise ^ ils mettaient leurs personnes en sûreté 5 et si «n la faisait, et qu'elle ne réussit pas , ils se réservaient l'ayantage de (lire qu'elle avait été tentée contre leur avis : et ce que j'avance ici n'est pas une pure conjecture, mais se laissa voir très-clairement, car M. d'Hocquincourt et ses ofiiciers jugeant le suc* ces impossible , proposèrent de faire une tentative, comme ils l'appelaient, ou plutôt une espèce d'offre de combart pour sauver notre honneur, mais sans aller plus loin. M. de La Ferté même , après que l'attaque eut été décidée, un jour ou deux avant celui qui avait été marqué, envoya son trompette à M. de Turenne, espérant, par le récit qu'il lui ferait , le décourager dé rien enti^prendre. Cela fut clair par la manière dont* cet homme vint trouver M. de Tupenne. Il entra dans sa tente, comme il était à souper avec -plusieurs ofliciers, et lui dit que son maître l'envoyait pour lui rendre compte de ce qu'il avait vu dans les retranchement des ennemis d'où il arrivait, et ajouta qu'il se croyait obligé en conscience de venir \e lui rapporter fidèlement. Il lui dit qu'ils avaient beaucoup fortifié leurs lignes; qu'ils avaient fortexhaussélesretranchemens,et même élargi le fossé ; que le fossé extérieur était trèsdifficile à passer, et couvert extérieurement par plusieurs rangs de trous entremêlés de pieux, et
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qu'il y avait sur les ligBes et les retranchemensun gmnd nombre de soldats pour les défendre. M. de Turenne se mit en colère , lui ordonna de sortir^ cft lui dît que sans le respect qu'il avait pour son maître , il l'aurait fkit mettre aux fers pour lui apprendre à parler de la sorte. Tl est certain qu'un tel discours, tenu publiquement , pouvait avoir le danger de décourager tous ceux qui Fentendaient , si l'on n'eût pas bien devîné que cette tragique relation avait été arrangée par M. de La Fertë.
M. de Turenne était d'un trop solide jugement pour se laisser prendre à de pareils artifices. Loin d'en être ébranlé , il en fit voir tout le faux , et convainquit ceux qui proposaient une fausse attaque, qu'ils se méprenaient complètement , et qu'au lieu de sauver leur réputation , elle produirait un effet tout contraire ; car ciette feinte, qu'il!» ne soutiendraient pas, donnerait à connaître à tout le monde que leur projet n'avait pas été d'aller plus loin , et attirerait sur eux le blâme d'avoir sacrifié pour rien deux ou trois cents hommes. Quant à la probabilité du succès dans le cas où nous attaquerions réellement là ligne, il représenta que nous tomberions sur une des faces du camp avec quinze bataillons, dont quelques uns ne trouveraient personne pour leur résister, ou tout au plus quelques hommes dispersés; qu'ainsi, n'ayant point contre
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eux de corps qui pût leur faire obstacle^ ils s'é«tabliraient^ sans aucun doute ^ sur la ligne ^ à l'endroit où ils auraient attaqué^ et que tout le reste de notre infanterie arrivant sur ce point, si elle n^ayait pas réussi dans les autres parties de l'attaque y ils devaient nécessairement, une fois maîtres du feu, chasser l'ennemi des retranchemens et ouvrir l'entrée à la cavalerie ; qu'en les attaquant la nuit, nul ne se risquerait à sortir de son quartier pour aller au secours des autres,' parce ' qu'ayant à redouter les fausses attaques, chacun craindrait pour soi-même et n^oserait abandonner son* poste pour allei* au secours de son voisin, jusqu'à ce que le jour vînt les éclairer , et qu'avant cela, nous aurions forcé le passage au travers de leurs lignes. Ce qu'il y avait le plus k craindre, c'était que quelque accident ou quelque dé-» sordre ne TÎi^t troubler notre marche; car il ne doutait pas qu'une fois arrivé , et en bon ordre, sur le point que nous voulions attaquer, nous ne fussions en état de l'emporter. Ce qui fortifiaces argumens, c'est que la cour était entièrement d'avis qu'on tentât l'entreprise ; elle fut donc résolue malgi^ tous les stratagèmes et la Féf>u*' gnance de ceux qui s'y opposaient.
On décida l'attaque pour la nuit du 24 août ,. veille de la Saint-Louis , et , bien que personne dans l'armée, si ce n'est les trois généraux, ne connût certainement le moment qu'on avait choisi ,.
toute l'ariuéô eut ordre de se préparer et de se pourvoir de fescines^ de fagots et de toutes les choses nécessaires pour une telle entrepriâe. On ne se borna point à ces préparatifs, mais on pourvut aussi à quelques autres également nécessaires. Pendant plusieurs jours on fit des prières publiques* à la tète de chaque bataillon et de chaque - escadron ; tous ceux qui le purent se con&ssèrent et reçurent le Saint-Sacrement , et je suis bien assuré qu'aucune armée n'a jamais doiu^é plus de marques d'une véritable dévotion que la nôtre à cette époque. Comme la nuit destinée à Tattaquo s'approchait,. M. de Turenne ne perdait aucune occasion de s'entretenir avec ses officiers sur la manière de s'y prendre^ sur la résistance que nou( devions probablement trouver , leur enseignant comment ils devaient se conduire ^ans les différentes occasions qui pouvaient se présenter , et les aceidens qui pouvaient survenir > et > sur toutes choses, il leur recommandait de tenir -leurs ^ps parfaitement en ordre quand une fois ils seraient entrés dans les retranchemens ^ et de prendre bien garde à ne pas les laisser avancer ti*op vite> car c'était le moment critique pour la discipline^ et il y avait beaucoup plus de danger d'être chassé alors^ que de risque à courir en entrant; car nous devions bien nous attendre à ce que toutes les troupes des autres quartiers vinssent
«lors* se réanir contre iiou$, et qu'il ne fallait pas pifpser à aUer diroil à la ^lle y mais mareher le long de la ligne et la nettoyer chassant toujours rennomî devant nous y avant de songer à aller trouver nos amis. Chaque jour il -s'entretenait de la sorte avec ses officiers^ selon que Toccasion s'en présentait dans la conversation^ d surtout avec les officiers généraux; tt je suhs porté à croire que c'est sur des entretiens de ce genre que les historiens ont composé les diseours qu'ils ont fait tenir à des généraux qui ne haranguèrent jamais leur armée sur le point de donner halaitle; car ces discours femitiers dont je vten^ déparier me paraissent beaucoup plus utiles que des harangues solennelles et npprétées qui ne peuvent être entendues que d'un pistit nombre sur cette plaine ouverte où les écrivains supposent d'ordinaire qu'île oat^'lé tenus f tandis que par des coitversations familières avee^ différens officiers^ le général les instruit mieux et beaucoup plus à loisir^ et p^ut en même temps répondre à toutes leurs objections et éclaircir tous leurs doutes. Je ne sais pas si aucun des deux autres généraux en a fait autant , mais je suis* témoin que M. de Turenne l'a fait.
Tout étant p»êt pour l'attaque , tout ce qu'il y avait à la cour de gens de qualité en âge de porter les armes se rendirent à notre armée pour parta^r l'honneur et les dangers d'une si grande
^igS MÊMOints
entreprise. Deux jours avant l'attaque y quelques uns d'eux se trofivant à dîner avec M. de Turenne et moi dans la tente du marquis d^Humières, désirèfent^ après dîner, aller voir les lignes de Tennemi. M. de Turenne monta donc à cheval avec tous ceux qui étaient là , et sortit de nos fignes , pi*ès de nos postes de cavalerie. Précise'ment comme nous sortions 5 nous yinaes un petit parti des nôtres poursuivant un parti ennemi qui e'tait tomlié sur nos fourrage'urs comme ils revenaient au camp. M. de Turenne nous ordonna d'essayer si nous pourrions nous placer entre eux et leurs lignes pour leur couper la retraite; en même temptf, il ordonna au parti de cavalerie de nous-'soutenir; mais, quoique nous fussions bien montes , ils atteignirent leurs postes avant que nous pussions les rejoindre, et 5 nous voyant approcher , rentrèrent dan« leurs lignes , laissant à notre merci quelques fantassins occupés à faire des fascines dans un petit bois , à environ demi-porte'e de canon de leur camp. Nous les fîmes prisonniers , et M. de Turenne prit cette occasion de reconnaître cette partie des lignes qu'il n'avait point encore observée.
M ais'il n'y demeura pas long-temps, car le canon des ennemis tirait rudement sur nous, et nous les voyions monter à cheval aussi vile qu'il leur était possible. Nous ne pûmes donc douter qu'ils ne se préparassent à venir sur nous; car^c'étaii
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le quartier du priDce deCondé. En conséquence , nous nous retirâmes sur un château appelé Neu- TÎlle^Saint-Vaast, éloigné environ d'une lieue, et dans lequel nous avions de Tinfanterie. Comme nous descendions de l'éminence sur laquelle nous nous étions placés, nous vîmes à une lieue à peu près l'escorte de nos fourrageurs , consistant en deux escadrons de x^^valerie commandés par M. de Lillebonne, lieutenant-général, qui retournait au camp.
En même temps , voyant que l'ennemi commençait à se former hors de ses lignes, M. de Turenne diangea un peu de route , marcha vers M. de Lillebonne , auquel il envoya l'ordre d'avancer de son côté le plus vite qu'il pourrait , dans l'espérance que si l'ennemi nous suivait, nous peurrions faire quelque chose. Notre nombre était augmenté^, ioutre l'escadron des gardes qui était avec nous , nous étions là soixante ou soixante-dix ofEciers et volontaires; mais l'ennemi ne nous poursuivit pas plus loin que le som^ met de la colline, à portée de canon de ses lignes. Le prince de Condé y vint lui-même avec quatorze escadrons^ de cavalerie. M. de Turenne, voyant qu'ils ne nous suivaient pas plus loin, fit dire à M. de Lillebonne de continuer sa route, vers le camp, renvoya l'escadron des gardes à son poste, et reprit avec les officiers la route du château dont j'ai parlé.