‹ Mémoires de Jaques II (volume 2)Chapitre 13 sur 15 · O MÉMOIRES · texte numérisé non relu

O MÉMOIRES

Cependant il n^avait pas fait encore beaucoup de chemin que nous tîme^ quelques» hommes ëpars descendre de la hauteur où était le prince de Condé et s'efforcer de gagner le sommet d'une autre élévation sur laquelle nous nous trouvions alors ^ afin de découvrir ce que nous pouvions avoir de forces derrière nous. M. de Turenné , comprenant leur dessein' et fie voulant pas qu'ils pussent gagner un terrain au-dessus de nous d'où ils auraient reconnu que nous n'avions personne pour nous soutenir^ ordonna à une dixaine de volontaires de s^y opposer. Dans le nombre étaient M. Jermyn ^ M. Charlos Berkley> Briscara^ Trigomar et d'autres dont je ne me rappelle pas maintenant le nom. En même temps nous nous formâmes en corps sur le sommet de ta colline et fîmes face à l'ennemi. Nos jeunes volontaires, non contens d'exécuter l'ordre qu'on leur aTaildonné^ suivirent ceuj -qu^lFs étaient chargés d'éloigner beaucoup plus loin qu'ils n'auraient dû le faire et descendirent jusque dans le fond qui nous séparait de la' cavalerie ennemie. Alors le prince de Condé ordonna au duc de Wurstemberg, avec un régiment de cavalerie, celui d'EstréeSjdedescendre à toute course sur nos -jeunes gens et de •tâcher de leur couper la retraite; ce qui obligea M. de Turennç d'ordonner à ce petit corps qui était près de lui d'allei' à la rencontre du duc de Wurslemberg et de le charger , afin de dégager

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nos amis 5 et il envoya de nouveau chercher pour nous soutenir M. de Liliebonne et l'escadron des gardes^

Ce fut tout ce nous pûmes faire que de sauver nos volontaires ; mais en les dégageant nous nous trouvâmes engagés nous-mêmes avec le duc de Wurstemberg que nous chargeâmes > et quoique nous* ne fciâsions pas à beaucoup près aussi forts que lui nous le mîme& en déroute^ et le poursuivîmes jusque dans un petit pre situe dans la val^ lée.De \k nous le suivîmes sur un petit terrain en friche ; mais en ce moment ses gens firent volte-face etnousenvoyèrentunedécharge de leurs carabines qui nous arrêtèrent un moment en abattant quelques uns de nos hommes et de nos chevaux. Alors l'ennemi reprit courage et nous chargea une seconde fois avec tant de vigueur qu'il nous força de reculer, et comme il continuait à nous presser, nous cammençàmes à tournei^J« dos. Au même instant > Fescadron des gardes qui , en s^ea retournant à son poste, avait vu le commencement de cette escarmouche, arriva à notre secours. M. de Joyeuse et moi fîmes aussitôt volte face, et nous nous mimes à la tête des gardes pour aller prendre l'ennemi en flanc; mais au moment oii nous exé<^ cutions cette mançeuvre, l'escadron s'enfuit et nous laissa tous deux engagés, n'ayant avec nous que deux ou trois de nos domestiques.

Presque au noême instant, un homniQ de qiîa-

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litë^ M. (l'Ârcy> eut son cheval tué sous lui. Nous tachâmes de le délivrer. Je lui criai de se sauver ; mais voyant un cheval qui avait perdu son maître^ il voulut s'en emparer, et cela lui prit tant de temps que , bien que M. de Joyeuse et moi fîmes tout ce que nous pûmes pour le dçgager^ nous ne pûmes en venir à bout. Cependant nous y passâmes nous-mêmes si long-temps et nous avançâmes à tel poiq.t que nous fûmes tous deux en danger d'être pris et n'échappâmes qu'avec beaucoup de peine. M^ de . Joyeuse eut le malheur de recevoir dans le bras un coup de £ea dont il mourut ensuite. Pour moi^ je m^en* tirai sans avoir reçu aucun m^l. M. Jermyn pensa être pris en voulant sauver un nommé Beauregard dont le cheval avait aussi été tué. Il l'aida à monter en croupe derrière lui; mais le cheval ne voulut pas porter double charge,, se cabra et le rejeta.. M. Jerrayn-lttî conseilla alors de se tenir ferme ^ïirrétrier; et, par ce moyen, il l'emmena quelque temps; mais à la fiû, pressé par l'ennemi, il fut obligé de le laisser, et Beauregard fut fait prisonnier. M. de Berkley tira d'affaire M* de Castelpau , dont Je cheval avait reçu cinq blessures ; de sorte qu!il était à peu près hors d'état de le porter plus loin. Alors Berkley mit pied à terre> lui prêta sqn cheval, en prit un autre que montait l'un des pages de M. de Castelnau, et s'échappa avec beaucoup de peine.

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L'ennemi noys poursuivit pendant près d'un mille et nous eût poursuivis plus long-temps si M. de Lillebonne, avec ses douze escadrons, ne fût arrive à notre secours ; en le voyant y ils se retirèrent assez «^ temps pour pouvoir le faire sans être obligés de presser le pas. Outre d'AFcy et Beaùregard , on nous fit encore quelques pri3onniers et l'on prit aussi presque tous les pages 'qui se trouvaient là avec les manteaux de leurs mai' très. Il y eut peu de monde tue et pas beaucoup de blessés; maisM. de Turenne fut piqué d'à voirreçu en personne ce petit affront et v^oulut prendre un peu sa revanche. Il crut en trouver l'occasion cette Duit-là même ; car, ayant reçu l'avis que l'ennemi avait coutume de sortir de ses lignes la nuit pour fourrager , il résolut de tomber sur eux. En conséquence, aussitôt qu'il fit sombre, il sortit en personne de son camp avec tout ce qu'il avait alors de cavalerie , ce qi» «e montait environ à quarante escadrons et prit avec lui trois ou quatre lieutenans^généraux, entçe lesquels il partagea sa troupe , lui-même marchant à la tête de tous; mais, soit que l'avis se- trouvât faux ou qu'avertis de notre projet ils eussent quitté avant notre arrivée l'endroit ou Ton nous dit qu'ils avaient coutume d'aller au fourjrage, nous n'y trouvâmes personne. Trompé dans son attente, M. de Tureupe fit de l'arrière-garde son avantgarde et retourna sur ses pas pour revenir au

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camp; mais la nuit était si excessivement obscure que nos guides se trompèrent de chemin ^ et au lieu de nous conduire à notre cainp^ nous menèrent aux lignes de l'ennemi.

C'étoit le quartier du prince de Condé que nous avions pris ainsi pour le nôtre. La sentinelle ayant crié qui va là ! on répondit Turenne! Elle répéta sa question demandant si ce n'était pas Lorraine qu'on voulait direj mais on répou'^ dit de nouveau Turenne^ sur quoi elle tira. QueU ques uns des nôtres y toujours persuadés que c'était notre camp, crièrent de ne pas tirer, que M. de Turenne était là en personne. Alors on nous tira quelques coups de mousquet et un coup dé canon qui nous détrompa tout-à-fait , mais nous mit dans le plus grand désordre qu'on puisse imaginer ; car nos soldats furent saisis d'une telle ter^reur panique, que je suis persuadé que âî en ce moment quarante ctcvaux tussent sortis sur nous, ils eussent ^uffi pour nous mettre en déroute. La principale ou plutôX Tunique cause de ce désordre était l'obscurité de la nuit qui forçait nos es^ cadrons à marcher si serrés de peur de perdre la file que, lorsque au premier coup de la sentinelle, le premier escadron fit halte subitement, ceux qui venaient derrière tombèrent les ^uns sut les autres et rompir^t leurs lignes. Lorsqu'ensuite on tira des retranchemens , le préwiier escadron ayant un peu reculé et changé de route sttrJe-

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champ pour retourner vers le camp, 1% désordre arrivaà tel pointquede dix escadronsqui devaient marcher derrière le mien y je n'en avais pas un durant' notre retour, et que je me trouvais faire l'arrière-garde. Mais toute cette confusion cessa bientôt; nous rentrâmes sains et saufs dans nos lignes» où revinrent aussi bien promptement les escadrons qui avaient perdu leur chemin.

Gela arriva 9 comme je l'ai dit, ua jour où deux avant l'attaque des lignes. Les fascines , fagots et autres choses ^nécessaires pour une telle tentative se trouvaient prêts. Les ^néraul résolurent d'attaquer avec toutes leurs forces les quartiers de don Fernand de Solisj qui étaient ' les phis faibles sous tous les rapports , et aussi les plus éloignés de ceux du prince de Condé. Ces quartiers commençaient au*dessus de la ville ^ sur le bord septentrional de la rivière , ei all«a«ni reîcindTe ceux du comte de Fuensaldagne..Pour fa* voriser cette entreprise , on ordonna trois fausses attaques sur trois autres points de la ligne. Le oioment désigné pour l'exécution fut fixé au nS août 9 une heure avant le lever dujoun

Le 24 9 ^^^ ^^ coucher du soleil , M. de Turenne et M. de La Férté commencèrent à faire passer la Scarpe à leurs troupes en sortant par Les quartiers de M. de lia Férié. C'était ce jourlà qjae M. de Tureone commandait l'avant-gaardej et nous avions beaucoup de chemin à faire avant

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d'arriver au lieu désigné pour l'attaque; mais tout fut si bien ordonné qu'il ne se mit aucun désordre dans les troupes pendant la marche. On avait construit plusieurs ponts sur la Scarpe, et pris tant de précautions qu'il ne survint aucune mésaventure. Chacun savait ce qu'il avait à faire. La première ligne d'infanterie passa sur le pont situé à la gauche de tous les autres ^ et le plus près des lignes de l^'ennemi. Sur U pont suivant^ en allant vers la droite^ passa la cavalerie destinée à soutenir cette première ligne d'infanterie; sur le pont^ d'ensuite, toute l'artillerie avec ce qui eh dépend : en sorte qu'avec une seule évolution à gauche , nous nous trouvions sur- le - chainp en batailleet prêts à attaquer. Chaque bataillon aTait ses pionniers et ses détachemens tout prêts et marchant en tête du bataillon., et chaque cavalier portail devant lui , sur son cheval , deux fascines pour les donner à l'infanterie quand elle en aurait besoin. Le bagage avait ordre de se tenir prêt et de ne point sortir du camp qu'il ne fît grand jour, parce que nous n'avions laissé personne pour le garder , et de venir ensuite nous trouver comme il pourrait.

L'ordre de marche fut suivi avec une telle exactitude que nous arrivâmes juste à l'heure convenue sur le point où nous devions trouver M. dllocquincourt et sa troupe. Nous ne fîmes halte dans la route qu'une seule fois, et pour

très-pen de temps j et nous arriva mes sans avoir donné le moins du monde l'éveil aux ennemis. Cependant si nos mousquetaires n'avaient pas observé avec soin Tordre qui leur avait été donné de cacher leurs mèches^ nous nous trouvions peudaht une grande heure de chemin exposés à être infailliblement découverts par l'ennemi. Je me rappelle qu'une fois durant cette nuit y curieux de savoir s^ils observaient leurs ordres, je côtoyai l'infanterie à très* peu de distance y et ne pus apercevoir une seule mèche allumée.

Il ne sera pas hors de propos de rendre compte de notre ordre de bataille et de la manière dont étaient postés nos oiBciers généraux; mais je ne rapporterai avec beaucoup de détails que ce qui concerne l'armée de M. de Turenne. Il partagea ses huit Heutenaos^généraux entre la cavalerie et rinfanterie> quatre pour chaque^rme. Il en attribua trois à la première ligne d^infanterie> Composée de cinq bataillons. Picardie et les Suisses 9 formant les deux bataillons de droite , furent commandés par le comte de Broglie. M. de CasteUiau commandait ceux de du Plessis et de Turenne placés à la gauche ; M. du Passage, celui de La Feuiliade au milieu.

Les vingt-quatre escadrons de cavalerie destinés à soutenir cette première ligne d'infanterie furent égalesQtent commandés par trpis lieuteoans^géné" rauxi Mi de Bar eut ceux de droite , derrière M. d«

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Broglie; moi^ «ceux de gauche^ derriène M. dt Carteln3u , et M. d^ElcliiiyiHiers ^ ceux du railiqvi* La réserve d'in&Dterie , campose'e de trois batailloos ,fut commandée par M. de Bioncberelles^ et celle de cATalerie, consistant en huit eseadrons, la fut par M. de Lillebonne. Tel fut l'ordre de bataille de M. deTuremie.

M. de LaFerté^ qui marchait à s^ gauche^ n'avait qu'une ligne 4'înfanterie composée de six bataillons 9 deux lignes de cavalerie derrière , et une réserve de cavalerie. M. d'Hocqnineourt ^ aussi à 1« droite ^ avait d'abord quatre bataillons d'infanterie ^puis une ligne deoavalerie^ et derrière y une seconde ligne d'infanterie j aussi de quatre bataillons, avec quelque cavalerie sur leurs ailes ,. et une petite réserve de cavalerie qui ne. passait pas trois ou quatre escadrons^ Noua avions aussi trois corps destinés à de fausses attaques. Le premier^ appartenant à M. de Turenne y était composé dedeux bataillons d'inÊinterie, York et Dillpn, et de six escadrons de cavalerie commandés par M. deTracy, qui avait ordre de s'approcher des quartiers de M. de Coudé 9 aussi près qu'il le pourrait sans être dé^ couvert; mais de ne point attaquer jusqu'à ce quHl entendît l'attaque commencer de notre café, et alors de marcher droit à la barrière qu'op lut avait moatrée quelques jours auparavant , et de s'efibroevparlà des'ouvrir un passage dans la vj14c.

Lft iaiisse attaque de TariMe de M. dé La Ferlé était ^eonmaiidée par M. de La Guiliotièie^ qui devait ^tomber sur les quartiers du comte dé Fuensaldagn^ ^ avec deux bataillons ^ six escadrons , deux compagnies de dragons et denx canons. La fausse fittaque de M. d'Hoequincourt notait pas considérable : il n'y avait que quatre escadrons et quelques rangs de cordes , où VoA ayaic attaché des mèches (i). Elle était comman^ d%e par M« de Saint-Jean , qui devait attaquer les quartiers da prince François de Lorraine.

M. de Turenne^ arrivé au lieu du rendez* vous, j trouva bien M. d'Hoequincourt; mais ses troupes n'y étaient pas encore, quoiqu'elles n'euftsent à faire t^u'un trajet très-court. M. d'Hocqtiin«oupt lui dit qne ses gens allaient arriver sar-le^-champ. tt le pria de les attendre pour attaquer ; mais M. de Turenne lui dit qdecc4d ne se pouvait pas , que nous étions si près des lignes que l'ehriemi ne pouvait manquer de nous dé* couvrir. Il le pria donc de faire toute la diKgedce qu'il lui serait possible pour venir attàqaeÉ* après lui) et, comme ses troupes étaient rangées, il se mit à cfaetal à leur tête pour les conduire à l'attaque des lignes.

(i) Probablement pour figurer àes lignes d'infanterie. Lés inoiisquets, comme on va le Voir, étaient enëore à nàahêî. ( Nûie de V Editeur. )

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Nou^ avions eu pour notre marche une tcès-r beHe nuit calme , et la lune qui se coucha: au monqient le plus fiivorable pour nous j e'est-à-dire précisément lorsque nous arrivâmes au lieu du rendez-vous. Quand elle fut descendue sous l'horizon ^ il s'éjeva ^beaucoup de Vent, et la. nuit deviat excessivement obscure, tellement que l'ennemi ne pouvait ni nous voir ni nous entendre , et fut extrêmement surpris quand la première pouvelle qu'il eut de notre arrivée fut de nous ;ipercevoir à demi-portée de canon. Je ne • me rappelle pas un plus beau spectacle que celui de notre infanterie, lorsque, rangée en bataille, elle commença à marcher vers les lignes,, tous nos fantassins découvrant à la fois leurs mèches allumées : cela formait la plus belle illumination , d'autant plus brillante que le vent les excitait et rendait leur lumière plus éclatante dans Pobscurité de la nuit. La brise tenant le charbon des mèches toujours extrêmement allumé ^ si quelques uns de nos mousquetait*es venaient à se heurter les uns contre les autres, le feu jaillissait deis mèches, et les étincelles répandues. tout jiutour par le vent , augmentaient encore l'éclat de ce spectacle.

L'ennemi ne nous eut pas plutôt découvert , qu'il nous tira trois coups de canon , fit des feux: on posa des fanaux tout le long de la ligne^ Notre infanterie attaqua sans perdre de tçipps. ;

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mais, sans la vigueur des officiers qui la commaodaient j et la cavalerie qui, placée tout contre derrière elle, obligea les soldats à faire leur devoir y ils ne s'y seraient pas portés comme ils le devaient, et comme jusques alors je les avais toujours vu faire; car jamais ils n^avaient mar^ ché aussi à contre-çœur. Cependant ils avancèrent sans s'arrêter jusqu'aux lignes, où ils ne trouvèrent paç autant de résistance qu'ils l'avaient craint; car, en très-peu de temps, nos cinq ba-<taillons se rendirent maîtres du point qu'ils attaquaient. On commença à pratiquer des passages pour la cavalerie. Chaque escadron arrivait jusques auprès des trous dont j'ai parlé , mettait à terre ses fascines que l'infanterie prenait pour en remplir les fossés ^^ et la cavalerie, faisant volte-face, s'allait ranger en bataille environ à quarante pas en arrière, attendant qu'on eût pratiqué les passages dont elle avait besoin.

3ur ces entrefaites, quelqu'un arriva à la gauche de l'attaque où j'étais avec la cavalerie , et me dit tout bas que M. de Turenne . était blessé, et que les affaires ne tournaient pas bien à la droite; alors, pour encourager l'infanterie et lui montrer combien nous étions près d'elle , je fis battre le tambour et sonner les trompettes de l'escadron de cavalerie à la tête duquel j'étais. Tout le reste de la cavalerie en fit autant : cela donna, en effet , du courage à notre infan-

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ter ie, mais un peu au préjudice de tnon escadron et de l'escadron voisin ; car le son des tambours et de& trompettes ayant indiqué a rennemi la place que nous occupions y la mousqueterîe commença à jouer sur nous d'un redan placé à gauche, et fit bientôt taire le tambour. Ce -fut le premier homme tué de fescadron qh je me trouvais.

Cela se passait an moment où M. de La Ferté commençait son attaque; car ses gens n'avaient pas été rangés aussitôt que ceuy de M., dfe Turenne. Soit que son infanterie oe fàt pas aussi heureuse que la nôtre , ou trouvât plus de résîs^ tance» quoique ses officiers eussent conduit avec courage leurs gens jusque dans le fossé , ils ne purent se rendre maitresxle la ligne, mais furent chassés et vinrent se réfugier en .foyaot au milieu de la eavalerie que je commandais. Le désordre était très-grand. Lçs officiers se plaignaient à haute voix d'avoir été abandonnés par leurs soldats^ et les soldats disaient qu'ils avaient suivi leurs officiers qui ne ^'étaient pas conduite comme ils le devaient. Je ne sais qui avait raison ; mais le fait est qu'ils étaient chassés , et que la cavalerie s'en trouvait fort mal; car leurs mèches allumées dirigeaient sur nous la ' mous^ queterie de l'ennemi avec beaticoup plus de justesse qu'auparavant.

Cependant sur noire point d'attaque l'infanteriç

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avait pratiqcté des passages poar notre cavalerie, et te régiment d'infanterie de M. de Turenne avait trouva une barrière qu'il ouvrit , et s'épargha ainsi la peine de faire un passage. Averti de cela , M. de Turenne ordonna que M. d'Eclinvilliers entrât le premier âTec quatre escadrons et que je le soutinsse. Il entni donc dans la ligne avec ses trois premiers escadrons; mais, au moment où le quatrième passait, le corps ennemi qui avait battu PinÊinterie de La Ferté arriva le long de la ligne jnsqu^à la barrière, et ne trouva que cet escadron qui entrait en ce moment , car l'infanterie qui s'était d'abord emparée de la barrière lavait quittée et s'était avancécf en dedans de la ligne un peu plus vers la drbite, ne jugeant pas nécessaire de demeurer pour défendit ce poste une fois que» la cavalerie y était entrée. Alors l'ennemi fit sur notre escadron une^dccKarge de mousqueterie , et y jeta* plusieurs grenades. Un nomtné Bodervitz, Allemand, fut jeté en bas de son cheval d'un coup de feu , quoique sans être tué. Son major fut aussi grièvement blessé, et leurs gens chassés par l'ennemi qui ferma la barrière.

Voyant que je ne pouvais plus entrer par là , je itoarchai h droite de la ligne jusqu'à ce que je trouvasse un autre passage par lequel j'entrai à la télé du régiment de cavalerie de M. de Tu-* r^enne, qui, en cette occasion, ne formait qu0

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deux escadrons. Je trouvai les baraques de Ten* oemi en feu-, tp qui nous fut d^un grand s^yan*tjige. Tai appris depuis que c'était un noninië Boutdebois^ lieutenan|-colonel de La Feuillade^ qui avait eu le premier cette idée. J'avançai audelà de ces baraques pour voie si Tennemi n'était pas rangé en baiaille derrière. Il y ayait encore laissé quelque cavalerie; mais il fai$9it si noir que je passai au miMeu d'elle avec les deux premiers escadrons sans en êtreupereu; mais le troisième, qui était le régiment de.Beaavau^ Fattaqua^ la mit en déroute, et fit prisonnier le n^arquis de ConQans qui is| commandait. Le jour commençait alors h poindre. Toujours avançant , j'arrivai à la ligne de circonvallation , et n'y trouvant ppint de passage pour aller à la ville, je la côtoyai jusqu'à ce que j'arrivasse à la rivière au-de^u$ de la ville à l'endroit où elle séparait le quartier de I^orraine de celui de don Fernand de Solis. Voyant qu'aucun des nôtres n'était encore entré dans le quartier de Lorraine, je changeai de projet, et jugeai qiie ce qu'il y avait de mieul à faire était d'y. entrer en traversant les ponts.

J'y entrai donc avec le seul régiment de Turenne qui, comme je l'ai dit , ne formait que deux escadrons. J'avançai sans obstacle jusqu'à la tente du prince François Ae Lorraine ; mais là je vi^ trois ou quatre escadrons ennemis rangés en b^?

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taille , à portée de mousquet^ sur pne petite ëminence^ en face.de celle où nous nous trouvions. Je jugeai devoir faire halte un moment, jusqu'à ce qu'il me fût venu un peu plus de cavalerie. Je rangeai mes deux escadrons sur une seule ligne qui remplissait précisément l'intervalle entre les retranchemens et les tentes* Ensuite j'envoyai séparément trois ou quatre personnes chercher la cavalerie dont j'avais besoin. Tandis que j'étais à l'attendre, le duc de Buckingham vint à moi, et me demanda pourquoi je ne poursuivais pas la victoire et ne chargeais pas cette cavalerie qui était devant moi. Je lui répopdis que je n'avais nulle envie de recevoir un affront et de m'exposer avec certitude d'être défait par cet ennemi que je voyais du double plps fort que nous, sans compter cequ'il pouvait y avoir encore derrière la hauteur; que, si nous avancions et étions battus, l'ennemi pourrait se rendre maître des ponts sur lesquels nous avions passé et les rompre* ce qui lai donnait les moyens de se sauver ainsi que tout le bagage qui pouvait se trouver en ce quartier. J'ajoutai que si l'ennemi venait à moi et me chargeait dans la position oii j'étais , je me battrais au moins à partie égale, car il ne pouvait me déborder, et j'avais l'avantage du terrain ; enfin, que j'attendais à tous momens un renfort de caya}eri^, et que, quand il serait arrivé, j'irais çi|

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avant et 'chargea aïs. Je résolus dôbe de rester ou

j'étais sans me rendre à ses instances.

Le renfort de cavaterie que j'attendais n'artri- ▼ant points Tennenit et nous demeurâmes ainsi quelque temps à nous regarder j niais ^ pendant 0d temps , quelques uns dé nos soldats séparée de leurs* corps vinrenf piller Ja tente du prince François de Lorraine oh se trouvait sa raisselfe et Pargént d'un mois ée solde pour son armée. Cet incident pensa nous coûter cher, car nos cavaliers, ayant entendu le bruit que faisaient lé^ pillards, quittèrent -tous leurs rarilgs Fun après Taiitre, sans que ni les ordres ni les menaces de leui^s officiers pusseht les retenir, et allèrent ptTendî*e part au pillage delà tente, en sorte que je restai seul avec les officiers et les douze cornettes. Je me trouvais alors en pleine Vue de retibemi, attendant le ihoment d'être chargé et mis en déroute. Comme j'étais datis cette pênpleisité , ne l'eceVant aucuhè nouvelle des différentes personnes que j'aidais envoyées chercher de la cavalerie, je jugeai devoir y aller moi-mênie; et, ayant recommandé à M. de Montolieu, lietitéjdànt-colonel du régimetit , de tenir jusqu'à mon retour sui^la hauteur, je tU'ên allai vers les ponts^ jet trouvai de railtre côté , marcharit vers la ville, lé second escadron de Vîltequièr, que j'artétai. Je nie n^is à sa tête et retourhài en avant; hiais à

peine la queue de Tescadron avait-elle passe le pont, et la tête était^elle descendue d'une petite chaijssee pour se remettre en rang, -que la eava-* lerie que j'avais laissée pour faire face à i'enneaii descendit la colline, fuyant vers moi dans un grand dësordre..L'escadiy)n que j'amenais en conçut une telle frayeur qu'il se mit aussi à fuir sans quMl fût possible de l'arrêter. Alors je repassai le pont avec le projet de prendre quatre escadrons que je voyais de l'autre côté, et de rentrer à leur tète dans le quartier de Lorraine. Mais avant que je les eusse amenés au pont, le maréchal d'Hocqaincourt y était arrivé et commençait à le passer à la tête de toute sa cavalerie et de plusieurs escadrons des deux autres armées.

Voyant cela , je pensai qu'il y avait assez de cavaleiûe de ce caté , et , au lieu de les suivre ^ je pris directement la route opposée entre La contre-* ▼allation et la ville pour me nendre au quartier du comte de Fuensaldagne* J'étais suivi de mes quatre escadrons , dont deux de gendarmes com* mandés par M. de Schomberg, les deux autrea étaient ceux du régiment de Gêvres sous les ordres de M. de Querneux. Arrivé sur une hauteur d'oii je pouvais voir au loin tout alentour, j'aperçus devant moi sur une autre éminence située entre les fleax lignes plusieurs escadrons de cavalerie rangés en bataille , et faisant face à l'endroit par lequel nous étions entrés. Je pensai d'abord que

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c'étaient les ennemis; mais^ voyant un de ces escadrons 6n rouge, je changeai d'avis et pris cet escadron pottr être des chevau-légers ou des gendarmes du Roi ; alors je marchai vers eux pour me joindre à eux avec mon corps, car, d'après leur position , je voyais bien qu'ils étaient en présence d'un ennemi, mais sans pouvoir reconnaître quel ennemi c'était , à causé d'un terrain élevé qui me coupait la vue sur Va gauche^

Comme j'arrivais au pied de la première colline et commeuçais à remonter l'autre, un officier vint vers moi de la part de M. de Turenne avec ordre de l'aller trouver sur-le-champ, et me dit que ceux que j'avais pris pour des amis étaient des ennemis, et que M. de Turenne était sur la calline opposée , où il avait grand besoin de renfort. Aussitôt , je retournai sur mes pas pour l'aller joindre et arrivai fort à propos avec mes quatre escadrons , car il n'en avait alors avec lui que trois et un bataillon , qui servait beaucoup plus pour la montre que pour aucun usage, car il était composé d'officiers et de soldats nouvellement ralliés après avoiir été dispersés par Tentiemi ou par le désir du pillage.

11 sera à propos de rendre compte ici de là manière dont M. de Turenne était arrivé en ce lieu, et comment il y était dans la situation oii je le trouvai. Il faut savoir que M. de La Ferté, re^ poussé sur le point qu'il avait attaqué^ était

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tentrë dans tes lignes par celui où nous avions ouvert le passage. Upe fois là , et désirant faire quelque chose d'extraordinaire, il se mit à la tête de dix ou douze escadrons de cavalerie ^ dont quelques uns appartenaient à son armée et d'autres à M. de Turenne. Il faisait alors grand jour; il s avança entre les deux lignes jusque vers le quartier du comte de Fuensaldagne,: en même temps s'avançait également l'infanterie des deux arméesi^ Dans cette infanterie était le bataillon des Gardes Françaises appartenant à i^armée de M. de La Ferté; mais il arrivait en désordre le long de la ligne de circonvallation. L'ennemi avait quelque cavalerie rangée sur une hauteur. M. de La Ferté l'ayant aperçue, descendit de la colline où il était alors pour aller la charger. Au momentoùilallait en venir aux mains , M. de Turenne arriva à l'endroit que venait de quitter M. de La Ferté. Fort troublé de le voir s'avancer de celte manière, il aurait bien voulu l'arrêter, mais il était trop tard. Tout ce quMl put faire fut de retenir autour de lui deux escadrons qui le suivaient, de les rauger sur la tauteur , et de rallier le bataillon dont j'ai parlée disant à ceux qui l'entouraient qu'il avait bien peur qu'ils ne vissent tout à l'heure M. de La Ferté battu, après quoi il aurait beau-* coup de peine lui-même à tenir sur la hauteur où il était en ce moment. Il en arriva comme il l'avait dit, car M. de La Ferté fut bien battu, et

Tennemiy en même temps qu^il le chargeait, envoya quelque cavalerie tomber sur l'iofanterie que nous avions en-dehors de la çirconvallation , en tailla en pièces la plus grande partie ^ et prit, si je m'çn souviens, plusieurs officiers auxGardes; mais il pe poursuivit pas son avantage., et ne fit pas mine non plus d'avancer vers ki colline où était M. de Turenne. Au lieu de cela , il retourna sur la hauteur d'où il était descendu pour charger M. de La Ferté.

Ce fut en cette situation que je trouvai les affaires quand je rejoignis M. deTurénne. Il m'ordonna aussitôt de me ranger en bataille en dedans des lignes à la gauche des escadrons qu'il avait déjà. Il m'apprit ce qui venait d'arriver et me dit qu'il craignait si Tennemi venait à rallier quelque infanterie qu'il ne marchât sur nous et ne nous donnât beaucoup à faire pour nous défendre ; car il n'y avait pas à compter sur ceux qui étaient avec nous. Ensuite il dem^anda où j'avais été et ce qu'était devenu son régiment de cavalerie. Je lui rendis compte de ce qui m^était arrivé à moi et aux autres dans les endroits où je m'étais trouvé.

En ce moment quelques uns de nos canons ^ sept je crois , entrèrent dans les lignes et vinrent nous trouver à notre gi^ande satisfaction. Nous fûmes aussi rejointe par quelques escadrons 4e cavalerie^ Notre canon commença à tirer sur la

cai^alerie ennemie et à faire un grand ravage daDsses rangs. Cependant M. de Turenne n'était pas sans quelque crainte sur révénement , redoutant fort que l*ennenii n'avançât sur nous avec son infanterie ; en effet , nos cavaliers gardaient si mal leurs rangs ^ et le pillage avait mis notre infanterie tellement en désordre qu'il n'y avait pas un corps entier rallié ^ si ce n'est celui qu'il avait avec lui : il avait donc grande raison de craindi'e^ s'il était chassé de l'endroit où il était, que la chance ne tournât entièrement contre nous. Mais ces craintes ne durèrent pas long-temps, car lorsque nos canons eurent commencé à tirer, soit que les ennemis s'en trouvassent trop incommodés , ou par quelque autre raison , ils ne jugèrent pas à propos de garder la position , et environ une demi-heure après la première décharge , ils commencèrent à se retirer. Un peu avant le moment où ils prirent ce parti, nous avions vu paraître quelque peu de leur infanterie, mais elle avait disparu aussitôt.

J^ai su depuis , de quelques personnes qui se trouvaient alors auprès du prince de Condé , car ce fut à lui qu'on dut tout ce qui se fit d'important du côté de l'ennemi , que s'il avait pu rallier deux bataillons d'infanterie, il serait venu nous charger comme M. de Turenne le pensait ; qu'une fois il était parvenu à les rassembler, et que c'était ceux que nous avions vu paraître;

332 MÊMOIAES

mais que sitôt qu'ils arrivèrent à portée de notre canon > il fut impossible de leur persuader d'avancer un pas de plus et qu'ils commencèrent à plier.

Ce qui est admirable^ c'est que ces deux grands hommes , sans être en aucune manière avertis mutuellement de leur présence ^ se devinèrent chacun de leur côté par la conduite qu'ils virent tenir à leur adversaire. M* de Turenne, affirma positivement que M. de Condé était sur l'autre colline et que sans cela il aurait pressé les troupes qu'il voyait beaucoup plus qu'il n'osa le faire. Le prince de Condé dit de son côté la même chose de M. de Turenne y et ajouta que si c'eût été tout autre que lui> il aurait certainement chaîné.

Ce fut par cette même raison que M. de Turenne^ quand le prince se retira^ ne le poursuivit pas et n'essaya point de le charger en queue. Il lui suffisait de ce qu'oa avait fait; il ne se souciait pas de risquer davantage la fortune lorsque la partie principale de son projet était accomplie.

Mais M. de Bellefeuds ne fut pas si prudent. Il voulut^ à la tête de quelque cavalerie^ entreprendre d'attaquer l'arrière -garde du prince an moment oii il passait la rivière pour se rendre dans les quartiers de l'archiduc > et fut reçu de telle sorte qu'il fut obligé de se retirer avec perte. Après quoi le prince poursuivit sa route

à son aiâe; car nos autres corps y avertis par ce qui était arrive à leurs camarades ^ ne se hasar* dèrent plus à le charger; et après aroir traversé notre abcien camp^ il commença à rallier derrière le ruisseau ses troupes dispersées et se relira sur Cambrai. Quant à Tarchiduc et* au comte deFuensaldagne^ ils se rendirent â Douai accompagnés tout au plus d'un ou deux escadrons. Ils passèrent à travers nos bagages. L'archîduc fut reconnu par quelques uns des gens de M. de Turenne, et si tious eussions eu là an escadron de cavalerie^ ils animaient probablement été pris. Je dois maintenant rendre éompte en peu de mats de ce qu'avait £iit M. d^HocquinCourt. J'ai dit au commencetnent de Cette relation qu'au moment 6h M. de Turenne avait attaqué , i! n'était pas prêt y et quelques uns de ses officiers m'ont dit qu'il n'avait attaqué qu'au point du jour. Il emporta la ligne à la droite de l'endroit par où nous étions entrés et ne trouva que peu ou point de résistance. En soifte que la grande affaire de son ÎÊffàdterie fut de faire un grand passage pour sa cavalerie 9 à la tête dé laquelle entra le maréchal lui-iïrémcl qtA se i^eridit directement au pont parkquel, cotnme je^ l'ai dît ailleurs, il entra dans le quartier de Lorraine après que j'en fus soni; Il métiait avec lui la pluâ grande partie de la Cavalerie des déni aiutres armées. Il ne rencontra point d'ofetàtfles jusqu'à ce qtt'il arrivât aU ruis-

seau qui sëparai|; les quartiers de Liorraine de ceux du prince de Condé. M. de Marsin, à la tête de plusieurs escadrons de cavalerie ranges en bataille de l'autre côté du ruisseau ^ Vy arrêta fort long- temps ^ au moyen de quelque . infanterie ou de quelques cavaliers mis à pied^ qui^ avec leurs carabines^ défendirent si long-temps le passage^ que toute l'infanterie qui se trouvait dans ce quartier eut le loisir de le quitter ; et lorsqu'un petit corps de cavalerie sortant de la ville obligea M. de Marsin à la retraite^ il la .fit en si bon ordre qu'il marcha hors du retranchement sans avoir rompu ses rangs ^ continuant à se servir de son infanterie ou des cavaliers qui lui en tenaient lieu^ comme il l'avait fait pour défendre le passage du ruisseau. Il les plaça derrière les retranchemens^ et^ pendant qu'il en sortait , ils tirèrent sur notre cavalerie qui n'était alors ni en aussi bon ordre ni si bien commandée qu'il aurait fallu qu'elle le tùl , et que ce feu obligea de se tenir à distance. Par ce moyen ^ M. de Marsin put sortir des lignes ^ et de là continua sa marche dans un ordre parfait jusqu'au moment où il rejoignit le prince de jCondé^ occupé alors> comme je Taidit^ à rallier ses troupes.

Vers le temps où M. de Marsin était occupé à se retirer des lignes^ M. de Montjeu, gouverneur d'Arras^ étant sorti de la ville ^ quelques uns de

DE JACQUES IL SaS

nos anciens officiers de cavalerie le prièrent de les remettre en ordre^ parce que ni M. d'Hocquincourt ni aucun des officiers généraux qui étaient là^ ne s'étaient acquittés, comme ils l'auraient dù^ de cette partie de leur devoir. Il s'y refusa absolament, disant qu'il n'était là que comme volontaire et qu'il n'était pas convenable qu'il prétendît partager en rien avec eux l'honneur de la journée; qu'il n'appartenait qu'à eux de mettre leurs gens en ordre; que, pour son compte, il s'était fait, par sa défense, autant d'honneur qu'il en TOttlait, et n'avait eu, en sortant de la ville, d'autre intention que de servir ceux qui l'avaient si vaillamment secouru.

Il me reste maintenant à raconter ce qui arriva dans nos fausses attaques. Celles de l'armée de M. de La Ferté et de M. d^Hocquincourt suivirent exactement leurs ordres , et il n'arriva à ces troupes rien de fort important , si ce n'est que celles de M. de La Ferté eurent la meilleure part du butin que l'on fit dans le quartier de M. de Fuensaldagne, qui était le point désigné pour leur fausse attaque. Celles de M. de Turenne n'eurent pas tant de bonheur. M. de Tracy, qui les commandait, suivit aussi fort exactement ses ordres; mais cela tourna tout autrement. On lui avait commandé de descendre sans bruit dans un fond situé à portée du canon de la ligne ennemie, et de s'y tenir caché saps attaquer, que

336 MÉMOini^S

quelque temps après qu'il nous aurait entendus commencer notre attaque. On supposait qu'il ne pouTait manquer de l'entendre. Cependant il n'en fui rien* Le yent portait de l'autre côtë^ et comme il sonfliait très-fort au moment où nous atta- <{uâmes les lignes , il qe parirint pas jusqu'à lui le moindre bruit. Enfin , au point du jour ^ n'entendant rien jp luj çt ,çes ^eAS^^Arent entièrement persuades que quelque accident avait empêcha IVtaque. Cependant il résolut de demeurer encore quelque temps où il était , et s'y tint, en effet , jusqu'au mom^Pt où il vit de la cayale^ rie sortir des lignes. Ilpen^a qu'on les envoyait à la découverte. Il vit aussitôt après sortir un eÂcadroo on ^eux qu'il prit pour la garde de la cavalerie qiii venait se mattre à son poste; mais voyant qu'il en sortait toujours, il crut i|ti'îl aviiit été découvert et qu'on venait Tattaquor. Aloi^ il doupa ordre à ses deux bataillons d iiir«iiUerie d aller se mettre à couvert dans le tlulu^au iloNeuvillc^t.-Vaast, qui était tout près ih \h ; rt pour lui , il prit y avec sa cavalerie ^ la n)iito i\v Oapaumtf U marcha long-temps de ce K*Mii aviitil de coimaitresa méprise; mais l'ini^n- Itrio qu'il avait laissée dans le dbàteau en fut |ilf*u plus t6t avertie, car la plus grande partie \h la va viilerie d« Lorraine , et beauwup de celle il H prtticf de Condé ayant passé ps^r là , ce qui ÀuU \^\ii^ roule pour se rendre à Cambrai^ les

aides- majors de nos rëgimens d'infanterie eai?ent ordre de prendre chacun cinquante hommes^ et d'frUer escarmoucher avec Fennemi sur son passage. Ils exëcutèrent cet ordre ; mais , à la fin ^ ils s'arancèrent si loin y que quelque cavalerie ennemie ^int se mêler parmi eux et les tua tous.

Je ne me hasarderai pas à donner exactement le nombre de ceux qui furent tués de chaque côté dans cette mémorable action; raais^ d'après ee que j'en ai tu de couchés sur leehamp de ba-* taille y je ne crois pas^ que tant amis qu'ennemis il y en ait eu plus de quatre cents» Il ne se trouva pasdans le nombre un officier général des nôtres ^ et je ne me rappelle qu'un colonel , M. de Puymarais^ colonel de cavalerie; C'était un brave jeune gentiliiomme , fils de M. de Bar ^ un de nos lieutenans-généraux; mais nous perdîmes trèspeu de capitaines. La perte la^ plus forte tomba sur cet escadron d'Eclinvilliers , qui s'était si mal conduit un jour ou^deux auparavant quand M. de La Ferté l'avait mené à la charge , et avait étébaltu. Il parut désirer de réparer le tort qu'il avait fait à son honneur. Us chai-gea en conséquence de si bonne grâce y que les autres ayant cédé le terrain beaucoup plus promptement, il fût le plus maltraité 9 et, ainsi que je l'ai appris depuis , la plupart des officiers furent tués sur la place.

Le nombre de nos blessés ne fut pas consiclé'*

rable. M. de Turenne eut une contusion ^ une balle dans son armure et son cheval tuë^ous lui. M. de La Ferté eut son cheval tue' ; maïs je ne me rappelle pas qu'aucun de nos officiers généraux ait été blessé y excepté le comte de Broglie, qui reçut une balle dans la cuisse. Il y en eut peu parmi les officiers inférieurs. Les volontaires échappèrent tous , excepté ceux qui étaient avec M. d'Humières. Ils reçurent si bravement une charge des escadrons ennemis^ que deux d'entre eux y le marquis de Brevanté et La Glotte y furent blessés mortellement et moururent bientôt après. Biscàra et plusieurs autres furent fort blessés j ainsi que le chevalier de Saint-Gé et plusieurs officiers de son régiment.

Du côté de l'ennemi , les officiers généraux s'en tirèrent à bon marché. Je ne me rappelle pas d'avoir ewtendu dire qu'aucun eût été blessé, excepté le baron de BrioUe^ un des maréchauxde-camp du prince de Gondé , très-brave et vieux gentilhomme. Bien qu'il eût le malheur d'être pris et blessé en combattant contre son roi^ il montra bien quelques jours avant qu'il ne mourût de ses blessures^ qu'il n'était point rebelle de cœur quoiqu'il le fût devenu par accident. Ayant envoyé chercher son fils, qui avait été fait prisonnier avec lui , il lui exposa , quelques heures avant sa mort, de quelle manière il avait été entraîné dans la rébellion, et lui recom-

DE JACQUES IL Sag

manda ^ s'il faisait cas de sa bénédiction , de ne se plus laisser séduire, sous quelque prétexte que ce fût, à porter les armes contre son souverain. Cet avis d'un père mourant détermina le jeune homme à se repentir sincèrement et à témoigner son obéissance à son père , et sa soumission à son prince : sur quoi il fîit mis en liberté.

Je ne dirai pas exactement le nombre des prisonniers ; mais, d'après le bruit commun, on en compta environ trois mille , et je suis porté à regarder ce calcul comme véritable ; car on prit à la fois quinze cents fantassins de Lorraine dans une enveloppe construite dans leurs quartiers. Nous . trouvâmes dans les vignes soixante-trois canons de cuivre de toutes les dimensions , et tout ce qui appartenait à un train d'artillerie assez considérable. Quant à leurs bagages , les ennemis les perdirent en entier. Nos soldats y firent un bon butin ^ car les officiers généraux dans ce pays sont servis en vaisselle d'argent, et chacun est obligé de se faire suivre d'un équipage trèsconsidérable , sans lequel il serait impossible de subsister dans de telles aj^mées; à tel point que, quelques jours après , lorsque notre armée passa l'Escaut au - dessous de Cambrai , on prétendit qu'on avait compté plus de sept mille charrettes et chariots à notre suite , quoique notre armée ne fût guère alors que de vingt mille hommes. Au moment où nous nous étions trouvés tous réu*

33o MEMOIRES

nis pour l'attaque des lignes elle était composée d^enyiron quatorze mille liommes d'infanterie , ODze mille de cavalerie et quatre cents dragons. Le lendemain du jour oh nous eûmes délivre la ville, je fus envoyé avec deux mille chevaux à Pe'roooe , oîi e'tait alors la cour , pour l'escorter jusqu'à Arras, où elle demeura quelques jours. Pendant ce temps, notre armée campa dans les relraucliemens de l'ennemi. Nos soldats se servirent de leurs baraques et consommèrent leurs fourrages. Le camp en était si bien fourni que nous n'eÂmes pas besoin d'en envoyer chercher durant tout le temps que nous y demeurâmes. Le dernier jour d'août nous marchâmes vers Cambrai, et campâmes à Sauchy-Caucfay : en même temps la cour retourna à Péronne. Le 5 septembre , nous marchâmes à Thun-^int-Martin , sur l'Escaut ; nous passâmes cette rivière sur des ponts que nous construisîmes. Ije lendemain^ nous avançâmes jusqu'à Saulzoir, à moitié chemin entre Cambrai et Yalenciennes. Le lendemain nous allâmes à Quievrain , à deux bonnes lieues avant Saint-Guillain. Le 6, nous retombâmes sur leQuesnoy, villesituée entre Valencîenneset Landrecies. Quoique cette ville eût un gouverneur, sa garnison était peu considérable. La ville n'était pas forte , les ouvrages extérieurs ayant été démolis à la manière espagnole, c'est-à-dire assez endommagés pour les rendre inutiles à la défense.

DE JACQUES IL 53i

mais assez peu pour qu'il fôt très-aise de les réparer de suite, et de les mettre bientôt dans le même état qu'auparavaut. Le lendemain du jour oii nous arrivâmes devant la place , elle se rendit , et nous n'en fûmes pas plus tôt les maîtres 9 que nous nous occupâmes à réparer les anciens ouyrages et à en faire de nouveaux là où il en était besoin. Peu de jours après y nous partîmes du Quesnoy, ou nous laissâmes une forte garnison, et marchâmes sur Bavay, et de là, le 1 1 , à Binche. Cette dernière ville est située à deux ou trois lieues au-delà de Mons, et à égale distance entre Mons et Bruxelles. Binche se ren* dit le jour de notre arrivée. Nous y demeurâmes jusqu'au 22 seulement pour manger le pays ennemi et donner à nos gens le temps de se fortifier dans le Quesnoy.

Burant cette marche. M, de Turenne, alors notre seul général, car les deux autres avaient quitté larmée au moment où nous partîmes d'Arras, donna aux lieutenans^généraux plus de besogne qu'ils n'étaient accoutumés d'eti avoir; car, avant ce moment, excepté celui dont c'était le tour, aucun n'avait autre chose à faire que d accompagner le général; mais il ordonna alors que le lieutenant-rgénéral de service marcherait à la tête de la cavalerie formant l'avant^garde; que celui qui venait d'être relevé marcherait à la tête de l'infanterie, et celui de l'ayant-veille , à

la tête de Faile de cavalerie formant l'arrièregarde; en sorte qu'il y avait chaque jour trois lieUtenans-gënéraux employés. Il se trouva si bien de ce nouvel ordre qu'il avait établi , qu'il le maintint tout le temps que je demeurai au service de France. Il ordonna de pltis que lorsqu'on arriverait à quelque ruisseau ou défile , ceux de derrière n'attendraient pas que ceux de devant fussent passés , mais se feraient un passage , soit d'un côté , soit de l'autre , ayant toujours soin de tenir l'avant-garde entre eux et le côté par où Tennemi pourrait arriver. Par ce moyen , il eut la possibilité de faire de plus grandes marches ; car ', en général ^ à compter de ce moment , d'après la niéthode qu'il avait ordonnée, nous passâmes les défilés en trois endroits à la fois. Durant cette marche , les cravattes dé l'ennemi nous harcelèrent fort , et on ne pouvait sans danger s'éloigner le moins du monde du gros de l'armée. Quelquefois ils arrivaient deux ou trois ensemble jusque dans l'armée, et, prenant leur moment; enlevaient l'un ou l'autre , qu'ils emmenaient avec eux. Il y en eut un qui pousisa la hardiesse jusqu'à se placer dans^ les rangs du premier escadron de l'arrière-garde, à là tête duquel je marchais. Je me rappelle qu'après avoir passé un défilé et quelques buissons qui se trouvaient ensuite , ayant entendu du bruit dans l'escadron qui me suivait, comme je me retournais

DEJACgOESII. 355

pour en demander la raison , quelques uns de mes soldats m'amenèrent un crayatte qui s'était placé dans le rang du milieu , comme s'il eût fait partie du régiment; mais^ pour son malheur ^ il s'alla mettre auprès du cavalier qu'il avait pris quelques jours auparavant^ et sur le cheval duquel il était alors monté. Il fut bientôt reconnu par le cavalier qui se prit à crier : (f Voilà l'homme qui m'a fait pritonnier il y a (( quelques jours : le cheval qu'il monte est le a mien. » Aussitôt il mit la main sur lui et me l'amena. Le drôle me confessa que lui et quelques uns de ses camarades s'étaient embusqués derrière les buissons que je venais de traverser dans l'intention de se séparer et de se mêler dans l'armée y et il était convaincu que s'il n'eût pas eu le malheur de se placer comme il l'a* vait fait, il aurait, avant la nuit, emmené un prisonnier au lieu de l'être lui-même.

J'ai su que durant la marche quelques personnes s'étaient étonnées qu'une armée aussi considérable que la nôtre n'eût pas entrepris cette année un siège important ; mais si l'on eût considéré que la saison était fort avancée, et que nous n'étions pourvus de rien de ce qui est nécessaire à une grande entreprise , il n'aurait pas paru étrange que nous nous contentassions de prendre le Quesnoy. Cette ville , bien que peu importante en soi, nous était avantageuse par rapport au plan de la

campagne prochaine ; car M. de Taredne préparait Tafiaire de TaDiie'e duirantè; et, quoique ce fût une entreprise hardie de prétendre défendre cette place située cotnme elle IVtait au milieu des garnisons espagnole» , cependant on:' la fortifia. M. de Turenne facilita beaucoup ce projet pour l'année d'ensuite , et en particulier la prise de Landrecies dont jeparlerai plus au long quand il en sera temps; en sorte qu'il nous ëtaît plus important de prendre etde tenir le Quesnoy^ qu'il ne Teûl e'té pour nous de nous emparer d'aucttne des villes dont il nous était possible de nous remire maîtres à une époque de l'année aussi araneée. Pendant notre séjour à Binche^ Tennemi rassemblait à M ons son armée en désarroi y à la faveur des murs de cette vîlle^ et de \h ses partisans tâchaient de nous harceler ; mais telle était la conduite et la v^ilance de notre générail , qu'ils ne nous firent que très'^peu de mal^ bien que les cravftttes fassent toujours autour de neus et nous tendissent plusieurs embuscades qui rétrsaisdafient rarement. Je me rappelle cependant qu'un jour il ne s'en fallut de guère qu'ils n'enlevassent un poste avancé de cavalerie placé du côté du camp qui regardait Mons ^ et consistait en quatre escadrons placés derrière un ruisseau ^ et en avant desquels on avait encore posté trente chevaux dttr nrse hauteur^ de l'atiitre côté du ruisseau. J'arrivai au moment oit on relevait les quatre escadrons^

et passai le ruisseau à la tête du corps qui allait relever les trente hommes. J'étais accompagne de M. d'Humières et de plusieurs autres officiers des gardes. Arrivé à ce poste ^ nous vîmes un parti de cavalerie ennemie à peu près aussi nombreux que le nôtre sortir du bois à notre gauche^ et s'avancer vers nous; mais environ à demi-portée de canon il tourna bride et s'éloigna comme craignant d'être poursuivi. Alors quelques uns des officiers me proposèrent de nous mettre à sa poursuite. M. d'Humières et quelques autres qui se trouvaient avec lui un peu en avant prirent aussitôt le galop pour lui donner la chasse; ce que voyant les autres y ils se hâtèrent de donner de l'éperon et me quittèrent sans attendre ma réponse. Je mis alors mon cheval à toute course et arrivai à la tête des premiers. J'eus toutes les peines du monde à les obliger de s^arrêter y et ils murmurèrent beaucoup de ce que je les empêchais de prendre tout ce détachement; mais je leur répondis que j'étais moralement sur ^ autant que de chose au monde ^ qu'en les arrêtant je les avais sauv^'s de quelque embuscade^ et que je ne pouvais croire que l'ennemi se fût avancé si près de nous s'il n'eût eu l'intention de nous attirer dansquelque mauvais pas. Mon opinion se trouva vraie ^ car je ne les eus pas plus tôt arrêtés que l'ennemi fit volte-face et parut encore vouloir nous attirer en escarmouchant; mais voyant qu'il

ne pouvait nous engager plus Loin 5 il reprît sa

route vers Mons. Aussitôt après 9 je vis deux cents

chevaux sortir d'un fond où ils s'étaient cachés

derrière un bois peu éloigné et vers lequel les

premiers qui s'étaient montrés avaient voulu

nous attirer. En les voyant , M. d*Muiiiières et*

les autres officieirs me remercièrent de les aYoir

arrêtés ; car , s'ils eussent été plus loin y il est

très- probable que la plupart d'entre eux eussent

été pris. Notre grand'garde^ postée de l'autre

côté du ruisseau^ n'aurait pu venir à temps pour

nous délivrer ^ car elle avait eu tant de chemin

à faire à travers le ruisseau^ et ensuite à travers

le village^ de' l'autre côté duquel était placé ce

dernier poste avancé , que l'affaire eût été finie

avant qu'elle fÙt arrivée à notre secours.

Après avoir passé environ dix jours à Bincbe; et avoir consumé tout le fourrage du pays environnant, M. de Turenne pensa qu'il était grand temps de retourner vers Iç Quesnoy avant la saison des pluies ; qui aurait rendu les chemins très-fâcheux pour notre canon et pour cette immensité de bagages qui suivait notre armée.

Cette résolution prise , il se décida à suivre la route de Maubeuge , parce que le pays situe entre Binche et cette ville était plus découvert et moins coupé de défilés que la route directe par Bavay. Outre cette raison , ce qui servit presque autant à le déterminer ^ ce fut le séjour de rariuée

DE JACQUES IL SSy

espagnole à Mons. S'il eût passé près d'eux ^ il eût trouvé sur sa route le prince de Condé devant lequel il ne fallait pas s'aviser de faire une fausse d«inat*che , et nous ne pouvions manquer*de l'avoir sur nos flancs au moment du départ y épiant l'occasion de saisir le moindre avantage.

En conséquence M. de Turenne, pour éviter de recevoir un affront durant le premier jour de sa marche j qui était le 2:2 septembre , fit partir d'abord tout le bagage au point du jour^ avec environ six ou huit escadrons de cavalerie et les dragons de M. de La Ferté , qui marchaient à la tête et sur les flancs des voitures, selon que l'occasion le demandait, et aussitôt qu'ils furent en route, il les suivit avec son avant-garde, et, afin d'être moins exposé , marcha plus serré qu'il n'avait coutume , comme on le peut voir par le pian (i). Cependant il disposa les choses de telle sorte, qu'il pouvait reprendre sur-le-champ son ordre de bataille accoutumé. Tout-à-fait à la droite marchait la première ligne de l'aile qui était ce jour- là à l'a vaut-garde, et à sa gauche , la mditié de la première ligne d'infanterie; plus à gauche encore , la seconde ligne de la cavalerie de l'avant-garde , et à gauche de celle-»ci l'autre moitié de la première ligne d'infanterie. De la même manière venaient à gauche de tout ceci

(1) Ce plan ne s'est pas trouvé.

l'autre aile de cavalerie et la seconde ligne d'in^ faiiterie;eûfin tout-à-faità lagaucheëtaitla réserve de Cavalerie } en sorte que nous marchions quatre bataillons et cinq escadrons de front. Chaque file composée de. . . . bataillons et de. « . . escadirons. Notre plus grosse artillerie était «n'ayant ^ et en arrière venaient quelques petites pièces. Lorsque nous traversions quelques passages ou défilés^ l'arrière- garde faisait feu de tous les côtés avec ses pièces de campagne pendant que Tavant-garde passait. Ensuite, elle se rangeait de Taull^e côté du défilé , faisant face également de tous côtés avec le soin de laisser assez d'espace pour que ceux qui suivaient pussent se remettre en ordre après avoir passé, llls demeuraient ainsi jusqu'à ce que tout eût traversé, et alors le corps entier recommençait à se remettre eu marche.

Nous avions fait plus d^nne lieue de cette manière , lorsque nous aperçâmes etiviron quarante escadrons de cavalerie ennemie venant à mitre droite. Le gros de la tronpe se tint hors de la portée du canon , laissant toujours entre elle et nous un, petit ruisseau. L'ennemi envoya seulement en avant ses cravattes avec un des deux escadrons de cavalerie pour les soutenir. Les cravattes n<ms approchèrent de si près que plusieurs de nos fantassins purent, en s'avançant un peu hors de leurs rangs, tirer sur eux à travers les

intervalles des chevaux , après quoi ils rentre-rent^ftDS les rangs. Ils nous côtoyèrent ainsi toujours ec^armoHchant^ mais sans nous obliger à nous arrêter. Ils «ous suivirent jusqu^à un de'filë peu éloigné deMaubeuge, espérant toujours trouver l'occasion de no«s causer quelque dommage; mais têts furent les soins de notVe général, et les précautions qu'il apporta dans sa marche, quebien que le prinee de Condé fût à la tête de ses escadrons , il lui fat impossible de neus charger ni de mettre le moindre désordre dans notre cavalerie. 11 n'en trouva jamais^ au fait, Toccasion favorable, si ce n'est une fois à ce défilé près de Manbeuge; là , ils pressèrent un peu nos troupes de Tarrière-^garde ; mais voyant nos soldats faire si promptement voflte-face, et en si bon ordre, ils ne jugèreiit pas prudent de les charger; et après les avoir ainsi tâtés, ils les laissèrent passer leur chemin sans les inquiéter: après quoi ils ne jugèrent pas à propos de nous suivre plus long-temps, car ils n'osaient pas risquer de passer le défilé après nous, ce qui les aurait trop exposés. Ils retournèrent donc à leur camp, et nous continuâmes notre marche vers Maubeuge.

11 était nuit noire lorsque nous arrivâmes; et, quoique notre camp eût été marqué entre les bois etla ville, cependant, tant l'ôbscuHté que la confusion qui s'était introduite dans notre bagage ,

34o MÉMOIRES

et y ^ar-dessus tout , le peu d'espace qui se trou- Tait entre les bois et la ville ^ nos troupes ne purent jamais trouver les divers quartiers qui leur étaient assignes. Il s'y mit donc un tel désordre , et nous nous trouvâmes tellement empétre's au milieu des bagages , que M. de Turenne ne put parvenir à en dégager ses soldats, ni à les remettre en ordre. Eofin, voyant le mal sans remède 9 il, rassembla deux ou trois bataillons d'infanterie , les plaça en dehors de tout notre bagage sur le point par où l'ennemi aurait pu arriver, et y demeura en personne avec eux toute la nuit; et aussitôt qu'il fit grand jour , ayant remis son armée en bon ordre, ce jour-là /23 septembre, nous marchâmes sur Bavay.

Pendant cette marche ^ tout le régiment des cravattes ennemis poursuivit un petit parti des nôtres jusque sur Tavant-garde de notre armée, et , sans s'en apercevoir, s'approchèrent tellement de nous, qu'ils furent tous en danger d'être pris ; car nos premiers escadrons se débandèrent après eux et les serrèrent de si près, qu'ils ne purent s'échapper qu'en gagnant le bois. Plusieurs d'entre eux furent obligés, pour se sauver, d'abandonner leurs chevaux ; et je crois qu'ils perdirent eu cette occasion plus d'hommes et de chevaux qu'en aucune autre , soit avant , soit après.

En arrivant à Bavay, nous démolîmes les mUrs de cette petite ville , que ses habitans avaient

DE JACQUES IL 54i

abandonnée la première fois que nous campâmes auprès. Quatre routes romaines s'y rencontraient, et comme elles n'étaient pas à plus de trois ou quatre lieues du Quesnoy , si durlant cet hiver Tennemi y eût mis quelques troupes 9 elles auraient pu être très-incommodes à cette garnison , et la gêner pour la levée des contributions.

De Bavay^ nous marchâmes le lendemain à BaudigDies^ et campâmes tout près du Quesnoy. Nous y demeurâmes jusqu'au 28, et après avoir consommé tout le fourrage des environs , nous marchâmes à Cateau*Cambresis. Pendant notre séjour en ce lieu , les travaux du Quesnoy avancèrent si rapidement^ et la place fut si bien fournie de munitions et autres choses nécessaires que^ comme rhiver arrivait^ nous n'avions pas à craindre que l'ennemi entreprît de l'attaquer lorsque nous serions rentrés dans nos quartiers d'hiver.

Pendant que nous étions à Cateau-Cambresis, un de nos convois faillit être défait ; il en fut si près que le comte de Renel , colonel , qui commandait ce détachement^ fut fait prisonnier à la première charge, où il conduisait l'escadron de la tête , qui fut mis en fuite par l'ennemi ; et si le reste de la cavalerie, composée des vieux régimens de La Valette , Grammont et autres , ne se fussent conduits avec la plus grande bravoure, ils étaient entièrement coupés , et nos fourra-»

geurs demeuraient sans défense; mais^ bien qu'ils vissent leur Gonxmandant prisotmier^ et leur premier escadron en déroute , il» avancèrent sur l'ennemi et le forcèrent à se retirer sans rien tenter de plus. Après quoi, ils revinrent au camp avec les fourrageurs sans avoir perdu un seul homme. Le parti ennemi qui avait attaqué les nôtres était venu de Cambrai , et ^ ainsi qae je l'ai sa depuis, consistait en huit escadrons de cavalerie. Les noires étaient à peu près autant; et si l'ennemi eût profité d^ i^n premier succès^ il aurait certaineûMnt défait t-out le dé^ftchement et pris de nos fourragevirs autant qu'U aurait pu en emmener.

Cette aventure obligea M. de Turenne à pren-* dre plus de précaution pour l«s feùrrages et à les faire soutenir par de plus forts délachemens. Deux ou trois jours après cet accident > ayant f»it sortir les fourrageurs, il y alla avec eux en personne à l'endroit oit avait été pris le comte de Renel , mais avec une escorte beaucoup plus considérable; il avait plus de vingt escadrons ^ deux bataillons d'infaiitede et environ quatre pièces de campagne. Il supposait que rennemi viendrait tomber sur nos fourrageuts plus en force que l'autre fois, et ne fut pas trompé dans sa conjecture; car , quelque temps après qu'il eut postales troupes de la manière la plus propice à ijwrantir ses fourrageurs, nous viraes environ six esca-

droBs ennenils sortir d'un bois tout près de nous et dans leqnel ils s'étaient mis en embuscade, lis avri^èrçnt au grand galop comme pour tomber sur deux ou trois escadrons de nos gendarmes rangés dans un petit fond qui se trouvait entre le bois et un village oii plusieurs de nos fourragemrs étaient occupés à charger leurs chevau:(,.D'un autre côté de ce village ^ était posté M. d^ Turenne avec la plus grande partie de la cavalerie et un bataillon d'infanterie; mais comme U y avait un petit passage entre nous et Tendroit où étaient les gendarmes commandés par M. de Schomberg, si l'ennemi les eût attaqués vivement^ il pouvait les mettre en déroute avant qu'il nous fût possible d'arriver à leur secours.M . de Schomberg, voyant donc le danger dans lequel il se trouvait 5 pensa qa'ii ne se tirerait d'affaire que par une grande hardiesse. Il s'avança vers l'ennemi qui, le voyant arriver pour charger et Be pouvant apercevoir qui il avait avec lui d^ns le fond d'où il sortait , imagina probable«ment ^u'îl avait derrière lui du monde pour le soutenir , car il rentra aussitôt dans le bois. M. de Schomberg fut, comme de raison, trèsaise de cette retraite et s'arrêta tout court sur la petite éminenoè où il était alors sans faire miisie 4e suivre les autres , car U n'âait pas assez iovl et ne savait pas d'ailleurs ce qu'il pouvait y av^ir de troupes dedans ou derrière le bois.-

Il demeura donc au même endreit où on lui* envoya un renfort de cavalerie jusqu'à ce que nos fourrageurs eussent tous charge leuirs chevaux ; ensuite nous nous mîmes en marche pour ie retour et n'aperçûmes plus d'ennemis.

A partir de ce moment ^ nous envoyâmes toujours nos fourrageurs tellement accompagnés que pendant le reste de la campagne l'ennemi ne fit plus aucune tentative. Nous primes le même soin des convois que nous envoyions au Quesnoy avec des provisions. Us étaient tous si biea gardés que les Espagnols ne jugèrent pas qu'il fût de leur avantage^ de les attaquer. Je corn- . mandai le dernier qu'on envoya durant notre séjour à Cateau-Cambresis. Après cela nous nous mîmes en quartier pour faire des fourrages et passâmes quelques semaines sur les frontières. Nous y prîmes deux châteaux à peu de distance de Rocroy^ que nous démolîmes : l'un s'appelait Damvillers et l'autre Girondelle. Le temps était alors venu de rentrer dans nos quartiers d'iiiver , car la saison rigoureuse était si avancée qu'il était trop tard pour que l'ennemi pût rien entreprendre sur le Quesnoy.

Après la campagne de i654, Son Altesse royale retourna comme les autres à la cour de France alors à Paris, oii il arriva vers le milieu de décembre et passa le reste de l'hiver* Comme il approchait de sa fin , le duc de Glocester prit

congé de son frère le duc d'York en partant pour Sologne oit le Roi son frère TenToyait ^ conduit par le Icrrd d'Ormond. L'e'të suivant, Son Altesse royale fit sa quatrième campagne de France dont elle rend, dans ses mémoires, le compte suivant.

Quatrième et dernière campagne du duc en France.

Le commencement de la campagne de i655 fut Féxécution de ce qui avait été projeté Tannée précédente lorsque nous prîmes et fortifiâmes le QuesDoy. Nous rouvrîmes par le siège de Landrecies, et notre armée éprouva alors de quel avantage nous était la possession du Quesnoy ; car aussitôt que le siège eut été mis devant Landreoies, l'ennemi vint se placer entre cette ville et Guise , pour empêcher par là toute communication entre rarmée française et son propre pays. En sorte que si la chose n'eût pas été prévue d'avance et leur projet déjoué par la précaution qu'on avait prise de placer au Quesnoy un magasin de toutes les choses dont nous avions besoin pour la conduite du siège, M. de Turenne se serait trouvé réduit à de grandes extrémités ; mais il avait si bien pris les devants sur les Espagnols que la position dont ils s'emparèrent ne leur servit pas à grand'chose et n'empêcha nullement les Français de poursuivre le siège ; car

chaque jour oos convois venaieot sans peine et sans danger du Quesnoy au camp. Le séjour des ejinemis près de Guise n'eut d^autre inconvénient que d'empêcher quelques .officiers et volontaires, que leurs affaires avaient retenus en arrière^ de rejoindre alors l'armée.

Je fus du nomBre : c'est pourquoi je ne donnerai pas une relation détaillée de ce siège (i). La plupart de ceux qui'partirent trop tard pour rejoindre l'armée avant que U roiUe fût coupée p^r l'armée espagnole , passèrent tout le temps du siège à Guisè ou 4 La Fère* Je me tins dan^ cette dernière place^ attendant quelque convoi qui pût me donner le moyen de lyie rendre au siège comme je le désirais ; mais l'armée espar gnole était campée si près de nous que le passage était trop difficile pour qu'on ^ùt songer à le tenter. IVf . de La Feuillade essaya de passer avec quelques officiers et un petit parti de cavalerie; mais ils furent rencontrés par l'ennemi qui les défit. La Feuillade fut pris et très^daugereusf-' ment blessé. Ce n^auvais succès découragea toi-* lement tous les ajAtres que pofus perdîmes tout» pensée d'une nouvelle tentative et ne nous reo--

(i) Le duc ajoute, dans la relation donnée au cardinal ' èe Bouillon , qif il a perdu un papier contenant beaucoup de fikétails ««cefiStaires pour ai^ar sa mémoire.

{Note 4fi VÉdkeur. )

dîmes à l'armëe qi;ie lors^e les enneniM se furent retires. Ce qui o'eut lieu qu'an jour ou deux avant la reddition 4e la place.

Le siège fut heureui pour nos soldats » la garnison se contenta de se défendre dan9 les règles , mais sans faire de vigoureuses sorties ; en sorte que noos perdîmes aussi peu d'hommes qu'il était possible d'en perdre à la prise d'une telle place. Nous n'eûn^es à regretter aucun officier de marque y que M. de Tracy qui commandait toute la cavalerie allemande comme le plus ancien colonel de cette cavalerie. La garnison se rendit I dèf que la mine eut fait une brèche en face d'un de ses bastions et qu'on y eut pratiqué un logement. Alors elle capitula.

Après la reddition de la ville, notre armée de^ meura quelques jours pour réparer les brèches et les ouvrages extérieurs et démolir notre ligne de cirçonvallation. L'ennemi se retira dans son pays, prit position entre Mons et Valencienoes ^ derrière les rivières, ne se croyant pas assez fort, comme en elFet il ne Tétait pas assez pour hasarder une bataille contre nous. Il ne songta donc qu'à observei* nos mouvemen;» et à tâcher de nous empêcher d'entreprendre aucun siège importante

Comme nous nous trouvions alors prêts à raarcter/le Koiet le cardinal vinrent à l'armée. Nous suivinates la Sambre jusqu'à La Bussière, à une

lieue de Thun, petite ville appartenaûl aii pays de Liège. Cette marche nous prit quelque temps. Nous demeurâmes un jour ou deux à La Bussière ; puis nous retournâmes sur nos pas , et , passant par Avesne,nous investîmes Capelle. Cependant, quoique nous fussions campés à une ou deux lieues de cette ville avec notre armée, en y pensant mieux, nous renonçâmes à Tassiéger, ne jugeant pas la place assez importante pour faire perdre devant à notre armée lé temps nécessaire pour la prendre. Nous la laissâmes donc, passâmes la Sambre , et nous avançâmes dans leHainant jusqu'à Bavay, oîi nous arrivâmes le premier août. Cette ville est entre le Quesnoy et Mons. Notre intention était de continuer d'avancer dans le pays ennemi et de passer la Haisne, petite rivière qui vient de Mons, prend son cours par Saint-Guillain et tombe dans l'Escaut à Condé. Mais , lorsque nous eûmes envoyé reconnaître les passages, nous ^apprîmes que rennemi avait fortifié la rivière depuis Saint-Guillain jusqu'à Condé d'un très-fort parapet avec des redoutes et des plates-formes à tous les deux ou trois cents pas; ce qui, joint à la difficulté d'approcher la rivière parce que le pays est très-bas et rempli de fossés, et qu'on n'y peut arriver que par des digues étroites , rendait le passage trèsdifficile à forcer. Cependant, dans un conseil tenu en présence du Roi , auquel assistèrent le cardinal, les

deux généraux M. de Turenne et M. de La Ferté, les maréchaux de Villeroi , de Grammont, duPlessis et moi , on fut au moment de résoudre que nous essayerions de forcer le passage au pont de Haisne; et^ sans M. de Turenne ^ cette opinion eût pré*, valu , car le cardinal ayant proposé la chose comme une entreprise qui devait faire le -plus grand honneur à l'armée et à l'entreprise , dans le cas où nous réussirions à passer la rivière à la vue d'une armée si formidable^ son avis fut appuyé de la plupart de ceux qui se trouvaient présens. Je ne prétends pas juger si c'est par complaisance ou par conviction; mais ce qu'il y a de certain , c'est que la chose eût passé sans M. de Turenne qui s'y opposa en représentait l'extrême difficulté d'une telle tentative.

« Outre que la rivière , dit-il , est extrêmement (( fortifiée sur toute sa rive, il a'y a pas moyen « d'en approcher autrement que par une digue , « tant, le terrain de notre côté est coupé de fosc( ses. L'ennemi aura donc sur nous un double c( avantage , et bien que nous puissions à la fin , (( je le crois ^ forcer le passage , ce ne sera pas du « moins sans y perdre beaucoup de monde. » 11 ajouta que ce n'était pas là le seul motif qui rengageât à s'opposera cette tentative^ mais qu'il croyait qu'on pouvait obtenir le même résultat avec beaucoup moins de dangers^ et sans hasarder la vie de tant de soldats; que^ sans essayer de

35o MÉMOIRES

forcer le passage de la 'Huisne^ îl fellah alièr traTer«er rEscaiit un peu an-<)ess(ms de Bouctiain ^ et ensuite , laissant Valencicnnes un peu snr la droite^ iBarcher snr Condé et y repasser TEscatit; que, de cette mamière^ nous prendrions l'ennemi en flanc ^ et rendrions inutiles tous ses grands retranchenaens.

Ces raisons, et plusieurs autres encore qu'ajouta M. de Turenne, "convainquirent le cardinal et toutes les personnes du conseil qui avaient partagé son opinion. En conséquence nous-marchâmes immédiatement de fiavay sur Bouchain. L'ennemi en étant a*f^rtt marcha de son côté sur Valenciennes, et se posta très-avantageusement, sa droite couverte par 'les^bois de Saint- Amand, sa gauche pat la ville, et défendu depuis les bois jusqu'à la ville par l-ancien retranchement qu*il avait construit Sur le mont Azîn. Au lieu de wous empêcher de passer la rivière, il s'oc- . cupa à répa^rer ses anciens retrancheraens qui le lendemain furèirt en très-bon état de défense. Pevidant qu'il s'en occupait, nous passâmes la rivèène sur nos portts de fmteaux , et , le lendemain matin 14 àbttit heures du matin, nous la firmes traverser à toute lidtre armée , laissant seulennént en arrière quelques troupes pour défendre noUre 'bagage contre les entreprises delà gaiMison dxi Boilchsin. J'ai depuis appris que ^elquGs vms des bfficiers ennemis qui se trou-

DE JACQUES IL 55i

Talent en cet endroit y étaient venus très-détermmesà défendre ce |»o$te; car^ lorsqu'on avait proposé de marckersarValencienDesyle prince de Gondé s'y était opposé dans le cas où ils n'anraient pas été entièrernent résolus à tenir ferme une fois qu'ils y seraient , letr disant sans détour qu'il ne bougerait point d'où il était s'ils ne lui faisaienrt cette promesse. Ils lui donnèrent là-ciessus toutes les assurances qu'il put désiner. Oepciidant il leur prédit^que, lorsqu'ils seraient là y nous irions certainement les attaquer^ et tfu'il serait alors trop tard pour s'en retirer : ce qui exposerait toute leur armée à être battue» Mais y quelque raison qu'il put leur donner^ il n'y eut pas moyen de le* détourner de leur projet^ jAs vouiarentabsolament marcher; cfpendMit ils lui i^nouveièreut*la promesse de se maintenir dans ce poste ^ et nous les y trcmvàmes..

Nospartis nous ayant appris cemtnent ilsétaient postés y aussitôt que »mbs eiknes nos troupes en bataille nous marchâmes sur eux, et, arrivés à uoe lieue d'eux, les voyant très-bien retranchés dans cette position qui est très«avantageuse, nous fimes halte pour allendre nos munitions et nos calons encore un peu en arrière. Tandis que nous les attendions, M. de Turenne alla avec un ou deux escadrons reooanailre les lignes des etMiemis. Il s'avança jusqu'à portée de canon , et ils tirèrent sur lui plusieurs boulets, ce qui le eotf&rma dans

Topinion qu'ils youlaîent défendre )ear position; Alors il ordonna à M. de Gastelnau de niarcher à la tête de son camp volant compose d'environ douze escadrons et trois bataillons , et de se porter à droite de l'ennemi sur la route qui vient de Saint-Âmand afin de le prendre en flanc en même temps que nous l'attaquerions de front.

M. de Gasteloau'ne fut pas plutôt arrivé qu'il s'aperçut que l'ennemi se retirait vers Conde'. 11 en avertit sur-le-champ M. de Turenne qui lui ordonna d'inquiéter son arrière-garde, et de retarder par ce moyen , s'il était possible , sa marche jusqu'à ce que lui-même fût arrivé avec le corps d'armée. La disposition du terrain n'avait pas permis que nous aperçussions la retraite des ennemis avant que nous n'en reçussions l'avià-par M. de Castelnau; car leur ligne était 5 comme je l'ai dit, sur une hauteul*, en sorte que nous ne pouvions apercevoir de leurs troupes que ce qu'il leur plaisait de nous en montrer.

* Il parait qu'aussitôt que l'archiduc et le comte de Fuensaldagne apprirent que toute notre armée avait passé la rivière , et qu'ils nous virent en marche contre eux, ils se repentirent de s'être engagés si loin , et , comme le prince de Coudé le leur avait prédit , se résolurent de rétrogader sur Gondé et d'y passer la rivière. Us prirent ce parti sans le consulter, en sorte que le premier* avi^ qu'il en eut lui arriva par un adjudant qui vint

lui dire que l'archiduc se retirait , et le priait de prendre Tarrière-garde pour assurer la retraite ^ quoique ce fîàt le tour des Espagnols de le faire; et^ afin de se retirer avec aussi peu de desordre qu'il serait possible ^ ils envoyèrent leurs plus gros canons à Valenciennes^ et ne gardèrent avec eux que leurs petites pièces de campagne.

Si M. de Castelnau eût fait son devoir comme le portaient ses ordres et comme il le pouvait ^ le prince de Condé eût été réduit à de grandes extrémités. Il ne manqua pas de courage^ mais de conduite ; il agit avec une si grande précipitation , qu'arrivé au pont de Beuvrages sur un ruisseau qui 9 sortant des bois ^ va tomber dans l'Escaut de l'autre côlé de Valenciennes, et le trouvant défendu par M. de Marsin ^ à la tête de plusieurs escadrons et de quelques dragons ^ il ne voulut pas attendre son infanterie^ mais essaya de forcer le passage avec sa seule cavalerie. Il chargea sur le pont deux ou trois fois^ mais fut toujours repoussé avec quelquç perte, et fut enfin forcé d'attendre l'approche de son infanterie qui arriva plus tard qu'elle n'aurait dû, parce que la cava-. lerie avait voulu la dépasser en route. Sitôt que l'ennemi vit approcher son infanterie, il se retira et laissa le pont libre. M. de Castelnau le passa aussitôt. M. de. Turenne avec son avant-garde avait alors rejoint la queue des troupes de M. de Castelnau. Il lui envoya plusieurs exprès pour lui I. :^5

ordonaer de presser l'ennemi de manière à retarder sa marche le plus possible , afin que lui , M. de Turenne^ pût l'atteindre dans sa retraite. Mais Castelnau ne fit pas ce qu'on attendait de lui j il se laissa amuser par quelques uns des officiers du prince qui conduisaient l'arrière-garde de l'armée ennemie. Voyant M. de Castelnau s'a- Tancer à la tête de ses troupes , ils demandèrent à pouYoir s'entretenir avec lui sur parole. Il y consentit y parce que c'étaient des gens de connaissance 9 et ordonna en même temps à sesi gens de fi»ire halte pendant qu'ils étaient à se complimenter. Cependant le prince de Coudé hâtait^ autant qu'il le pouvait , la marche des siens^ afin de les pouvoir mettre en sûreté. Les officiers du prince amusèrent ainsi notre lieutenant-général jusqu'à ce qu'un homme à eux qu'ils avaient laissé en arrière sur une éminence leur eût fait un signe dont ils étaient convenus; alors ^ prenant aussitôt congé de Castelnau , ils mirent leurs chevaux au galop et rejoignirent leurs troupes. Far ce moyen ils gagnèrent tant de temps , qu'ils avaient passé la rivière avant que les nôtres pussent les atteindre.

Bientôt après arriva M. de Turenne au lieu oii M. de Castelnau avait rangé ses troupes à portée de canon de la rivière. Il vit l'arnxée ennemie en bataille sur l'autre rive ^ près de Condé. Il rendit compte à M. de Turenne de ce qui s'é-

tait passé y ajoutant que le dernier escadron avait été obligé 9 pour lui échapper ^ de passer la ri«- TÎère à la nage. Cette erreur de M. de Casteinaa produisit entre le prince de Condé et M. de Turenne une aigreur asse^ vive, par suite d'un accident qui arriva quelques jours après , et qu'oo trouvera rapporté dans le cours de ce récit.

L'ennemi n'eut pas plus tôt passé la rivière^ qu'il rompit le pont et se trouva ainsi hors de danger. Il marcha^ autant que je m'ensouTiens^ le même après-midi sur Tournay. Nous cou-* châmes cette nuit à Furaes , tout près de Condé, et le lendemain , nous travaillâmes à établir nos ponts sur la rivière, à une lieue environ au-dessous de la ville. Nous compti#ns , aussitôt qu'ils seraient finb,. attaquer la place; mais l'on avait résolu d'abord qu'on n'y laisserait que M. de Castelnau et M. d'Uxelles avec les troupes sous leur commandement, et que durant ce temps les deux maréchaux occuperaient le reste de l'armée à se mettre à couvert de toute tentative de l'armée espagnole ; mais dès la première nuit ils rencontrèrept une si vigoureuse résistance de la part des assiégés dont les ouvrages étaient peu de chose, mais garnis d'un grand nombre de troupes , qu'ils reconnurent qu'ils n'étaient pas de force à les emporter seuls.

Les deux maréchaux ayant été avertis, vinrent eux-mêmes et se chargèrent de l'une des deux

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attaque^ , laissant la conduite de l'autre aux deux lieutenans-généraux dx>nt j'ai parlé. Nous^ nous ti'ouvâmes couverts d'une manière très-avantageuse par les maisons d'un petit faubourg situé devant le poste. L'ennemiavait brûlé ce faubourgs mais n'avait pas eu le temps d'abattre les murs qui nous furent très-utiles; car nous commençâmes de là nos tranchées presqu'à demi-portée de mousquet de la ville. La nuit de l'ouverture de la tranchée de notre coté ^ la garde fut n^ontée par un bataillon des gardes sous les ordres de Yautourneux^leplus anciendes capitaines de ces compagnies; du côté des lieutenans-généraux^ elle le fut par le régiment àe. , . .

Cette nuit- là, nmis fîmes une vigoureuse attaque sur deux points , mais nous y perdîmes trois ou quatre cents hommes, parmi lesquels plusieurs officiers. Nous perdîmes, du côté oii nous étions, M. de Vautourneux. En approchant des travaux, il rencontra un ingénieur nommé le capitaine Lloyd, homme brave, très -colère, qui avait appris son métier sous le prince d'Orange. Lloyd revenait des tranchées après avoir fini ce qu'il avait à y faire, marqué les travaux et mis les travailleurs à l'ouvrage. Vautourneux, qui n'en savait rien, demanda pourquoi il revenait si tôt, ajoutant qu'il était impossible qu'il «ût fait en si peu de temps tout ce qu'il avait à faire ; après quoi il laissa échapper quelques mots

qui pouvaient donner lieu de croire qu'il doutait de son courage. L'ingénieur^ irrite ^ sentit bouillonner son sang dans ses veines. Il dit à Vautourneux que s'il voulait bien venir et visiter le travail qu'il avait tracé il verrait qu'il n'avait en rien manqué à son devoir. Ils s'y rendirent ensemble^ et le feu de l'ennemi était si vif sur ce point que Vautourneux fut tué avant d'avoir pu arriver aux travailleurs les plus avancés, et que le capitaijbe Lloyd eut aussi une balle dans la tête.

La nuit suivante ce fut un bataillon de Suif^es qui monta la garde aux tranchées^ sur un des points^ et le régiment de^... sur l'autre. Des deux côtés les tranchées furent poussées jusqu'à portée de pistolet delà ville. Nous perdîmes cette nuit-là au moins autant d'hommes que la précédente. La troisième nuit^ lea Suisses, sur le point oii nous étions, furent relevés par un bataillon des Gardes- Françaises et le régiment de. . . . Cette nui t*là , une méprise eut lieu de notre côté , et nous fit perdre beaucoup de monde. C'était le tour de M. de La Ferté de commencer les tranchées : étant venu le soir voir ce qu'il y avait^^e fait , et déterminer ce qu'il y avait à faire , il supposa qu'on était assez près pour tâcher de pratiquer un logement contre les palissades , que lui et ses officiers croyaient être placées sur le bord extérieur du fossé ; en çon* séquence il ordonna à ses gens de se loger au pied de ces palissades* Aussitôt qu'il fît nuit ^ ils entre-:

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prirent de faire ce quMI avait ordonné; mais , en arrivant au fossé , ils trouvèrent que la palissade n'était pas en dehors > mais sur la berme. Cependant , pour obéir aux ordres qu'ils avaient reçus , ils passèrent le fossé, qui n'était ni large, ni profond, et s'efforcèrent d'aller se loger de l'autre côté, au pied des palissades. Ils perdirent beaucoup de monde, tant soldats qu'officiers , et furent enfin contraints de se retirer et de se contenter de conduire leurs tranchées jus- Cftf«u bord du ruisseau. Cette méprisé n'a rien d'étonnj^nt; car le fossé était étroit, comme je l'ai dit , et Visage étant de placer les palissades en dehors, on se tint pour assuré qu'elles l'étaient ainsi, d autant qu'il était extrêmement difficile de distinguer à l'œil, d'une certaine distance, de quelle manière elles étaient placées. Le lendemain , le comte de Henning , gouverneur de la place , fit demander à traiter , et on lui accorda de sortir de la ville avec armes et bagages ; ce qu'il fit le jour suivant 19 août. Il sortit à la tête de plus de deux mille hommes d'infanterie et de quelque cavalerie.

Pendant que nous étions devant celte place, M. de Bussy-Rabutin , mestre-de-camp de la cavalerie , fut envoyé un jour avec sept ou huit escadrons pour soutenir nos fourrageurs : tandis qu'ils étaient occupés à leur besogne de l'autre côté de l'Escaut, entre Saint-Crépin et Valen-

DE JACQUES II. tSg

ciennes^ il s'était place avec ses geod au-devant des villages dans lesquels les nôtres étaient aux fourrages. Vers le soir^ ils avaient presque fini ^ la plupart s'en étaient même i^etournés avec leur charge 5 lorsque voyant paraître dans la plaine, entre lui et ValedGtennes , deux escadrons de ca<- Talerie ennemie, il eut envie de tomber sur eux; il en était aussi pressé par plusieurs volontaires et gens de qualité qui se trouvaient avec lui, entre autres le prince de Marsillac et le comte de Guiche. Il marcha donc sur l'ennemi avec tout ce monde. Alors les volontaires mirent leurs chevaux au grand trot et ils le suivirent. Il les avait presque rejoints, lorsque que tout-à-coup ils firent volteface , et en même temps douîze ou treize escadrond sortirent d'un petit fond , oh iU avaient été tout ce temps en embuscade; ce qui surprit tellement M. de Rabutin et toute sa compagnie, que, dans Id moment , ils ne surent quel parti prendre. Dans la situation où il s'était mis , il n'avait d'autre chose à faire que de charger ou de se retirer jusqu'à un petit défilé qui était derrière eux , et y tenir ferme. M. de Rabutin allait prendre le premier parti , lorsqu'il en fut décidé autrement par tes s(vidats qui, sans attendre son commandement^ choisirent le dernier , et avec raison , âe voyant si inférieurs en nombre. Us firent done ▼olte-face et coururent le plus vile qu'ils pttrent au défilé, criant, nu moment oii Hs rompirent

36o MÉMOIRES

les raDgs pour s'enfuir : au défilé I indiquant par là qu'ils allaient s'y rallier. Us tinrent parole : aussitôt qu'ils y furent arrives^ ils se reformèrent en très-bon ordre, et l'ennemi ^ content dé ce qu'il avait pris dans la poursuite ^ ne les pressa pas davantage. Ces régimens étaient les meilleurs de l'armée y et la plupart vieux officiers et vieux cavaliers. S'ils ne se fussent pas conduits de la sorte , la perte eût été bien plus considérable. .

Nous perdîmes dans cette rencontre beaucoup de cavaliers. Quelques uns des gens du prince de Condé prirent aussi un ou deux cornettes du régiment royal. Le prince les renvoya au Roi par un de ses trompettes; mais Sa Majesté refusa de les recevoir, ,et les cavaliers qui les avaient perdus marchèrent sans cornettes le reste de la cam^ pagne.

Il arriva, vers ce temps un accident qui occasionna , entre le prince de Condé et M. de Turenne, une querelle plus aigre que n'ont coutume d'en avoir des hommes de cette qualité , commandant l'un contre l'autre. Une lettre de M. de Turenne au cardinal , où il rendait compte à cette Éminence de ce qui s'était passé dans la retraite des Espagnols,, lorsqu'ils quittèrent leur position de Valenciennes, fut interceptée . et tomba entre les mains du prince. Après l'avoir lue , il envoya un trompette chargé d'une lettre pour

DE JACQUES IL 56i

M. de Turenne, remplie d'aigreur et d'expressions de colère. Il lui disait entre autres choses que , s'il n'avait pas reconnu la main de M. de Tarenne^ il aurait cru cette relation rëdigée par quelque gaz^tier plutôt que par un général, et terminait sa lettre en disant que^ si M. de Turenne eût été à la tête de son armée comme il était à Tarrière^garde de la sienne, M. de Turenne aurait TU qu'il n'y avait pas un mot de vrai dans tout ce qu'il écrivait , et qu'aucun de ses cavaliers n'avait été obligé de passer la rivière à la nage pour se sauver. M. de Tupenne , en lisant cette lettre , entra dans une grande cplère et dit an trompette qu'il eût soin, pour son bien, de ne plus apporter d'écrit pareil, et qu'il l'avertissait que, s'il tombait dans la même faute, ni son caractère , ni les couleurs qu'il portait ne le pourraient tirer d'ajQTaire ; qu^il voulait bien le laisser partir pour cette fois, quoiqu'il eût bien mérite d'être puni pour avoir été porteur d'une lettre si injurieuse. Le prince sut bientôt que M. de Turenne n'avait mandé que ce que lui avait dit M. de Çastelnau , et fut fâché en conséquence d'avoir écrit sur un ton si irrité et si offensant. Cepeiidant ils ne se réconcilièrent pas sincèrement jusqu'à la fin de la guerre , je veux dire qu'ils ne vécurent pas ensemble dans ces rapports de civilité qu'ont coutume de conserver

l'un envers l'autre , en ce pays , des gens de leur

qualité placés en de telles situations.

Après la prise de Condé , où nous laissâmes une garnison suffisante pour la défendre y notre armée marcha le lendemain 20 aQÛt à Saint- Guillain , et l'assiégea. Les quartiers de M. de Turenne étaient à un village appelé Horn, et ceux de M. de La Ferté de Taute côté èe la rivière. En ce lieu , le roi de France et le cardinal se rendirent à l'armée et logèrent au château de Bossus , sur la même rivière, un peu au*~dessous de la ville. La situation deSaint^Guillaiin est très** forte. Cette ville est bâtie sur un terrain très-bas et traversé par la rivière de Haisne ; en sorte que les gens de la ville peuvent , quand il leur plaît, inonder la plus grande partie des terres qui l'environnent : ce qu'ils firent cette fois, nous rendant par là très-difficiles les travaux de nos tranchées* Il 1 était beaucoup aussi de faire une ligne de circonvallation , parce que nous ne pouvions , sans de grands embarras , établir des ponts de communication. Malgré nos efforts , nos tranchées étaient toujours remplies d'eau, surtout lorsque nous approchâmes de la ville; en sorte que nos travaux n'étaient , à proprement parler , que des blindes , des fascines y car Veau se trouvant toujours de niveau avec le terrain y nous ne poo^ vions ni le creuser, ni faire usage de la terre qui

en sortait pour nous mettre à couvert. Cependant nous surmontâmes toutes ces difficultés , et empoi^Âmes la ville après trois jours de tranchée ouverte.

Lorsque nous arrivâmes pour la première fois à nos quartiers de Horn , la nuit était fort sombre ; en sorte que plusieurs de nos officiers-généraux se logèrent dans des maisons situées à moins de portée de canon de la ville, et ne s'en aperçurent que le lendemain matin, lorsque l'artillerie des remparts vint les réveiller en les foudroyant. Comme c'était des maisons de boue et de crachat, ils eurent bientôt délogé, en particulier M. Du Passage, qui, avec quelques autres, furent oblige's de chercher des logemens hors de la portée du canon. Je demeurai hardiment dans le mien, bien qu'il ne fût guère qu'à une portée de canon de la ville. On supposa si bien que personne n'y pouvait loger , qu'on ne tira pas dessus ; en sorte que j'y demeurai fort en sûreté tout le temps du

siège.

Les Gardes Françaises avaient eu , suivant Tusage, la première nuit la garde des tranchées. Il est, dans ce pays , de droit reconnu que, quel que soit, dans la campagne, le nombre des sièges et leur peu de durée, c'est toujours le plus ancieu régiment qui a l'honneur chaque fois d'ouvrir la tranchée. 11 survînt cette nuit-là une dispute entre M. de Montpe?:at, le plus ancien lieutenant-gé-

néral , et le grand-maitre de Tartillerie , à l'occasion de l'ordre envoyé par le premier à l'autre de lui fournir plusieurs choses dont il avait besoin pour ouvrir la tranchée. Le graud-maître refusa d'obéir , prétendant n'avoir d'ordre à recevoir que du général. M. de Montpezat s'en plaignit le lendemain^ et on décida^ en faveur des lieutenans-généraux, que le grand-maître était obligé de recevoir leurs ordres. En conséquence de quoi, tant qu'il demeura à l'armée, il n'agit plus comme grand-maître , mais eut un brevet de lieutenant-général, et servit en cette qualité.

Nous ne perdîmes pas beaucoup de soldats à ce siège , et je ne me rappelle pas qu'il y ait eu aucun officier de marque de tué. Il y eut seulement de blessé le chevalier de Créqui et M. de Varennes , et quelques autres dfficiers, comme M. de Chavigny, aide-major du régiment des Gardes, et depuis père de l'Oratoire. M. de Créqui fut blessé sur le point qu'attaquait M. de La Ferté. Sa blessure fut à la tête et très-dangereuae. Ce-^ pendant il en guérit. M. de Varennes reçut un coup de feu dans la cuisse, du côté où nous étions, et au moment où il causait avec moi.

En trois nuits nous conduisîmes nos travaux jusqu'aux bords du fossé, et le jour qui suivit la troisième , le gouverneur don Pedro Savali eur voya demander à capituler , et sortit de la ville le lendemain :25.

Pendant -que nous étions occapës à ce siège ^ l'ennemi partagea son arme'é en difiërens corps. L'archiduc et le comte de Fuensaldagne y avec la pins grande partie de l'infanterie espagnole et quelque cavalerie^ prirent leurs quartiers à Notre- Dame-de-Halle 9 le prince deConde' avec la plupart des siens à Tournai , les Lorrains à Ath^ et le prince de Ligne avec environ quatre ou cinq mille hommes à Mons.

L'année était si avancée qu'on ne pensa pas que nous pussions entreprendre un autre siège. Nous passâmes donc plusieurs jours dans les quartiers que nous avions pris devant Saint-Guillaih^ d'où la cour s'en retourna après la prise de la ville. Durant le temps de notre séjour, nous travaillâmes sans relâche à augmenter les fortifications de cette ville et de Condé; mais notre soin principal fut de mettre à couvert nos fourrageurs et de consommer tous les fourrages du pays aux environs de ces deux villes , afin qu'il fût impossible à l'ennemi de les assiéger durant l'hiver. Ce fut pour cela que nous demeurâmes à notre camp de Saint-Guillain jusqu'à ce que nos gens eussent achevé de fourrager tous les environs. Nous eûmes toujours soin de les faire soutenir par des escortes considérables , afin d'éviter qu'ils ne fussent battus et pris par les Espagnols. M. de Turenne y allait quelquefois en personne, et quand ce n'était pas lui, il y avait toujours

un lieutenant-général h la tête de ces détacheniens, qui n'étaient jamais composés de moins de deux mille hommes.

Au moyen de ces précautions , nous ne reçûmes jamais d'affront et ne fîmes pas de pertes considérables à l'occasion de nos fourrages. Cependant, malgré tout le soin possible .i. il y avait toujours en campagne quelque petit parti ennemi qui enlevait çà et là un homme ou deux, car il était impossible d'empêcher nos vedettes de s'écarter au-delà des postes des troupes ennemies : aucun ne nous a autant fait de mal que les Cravates. Us étaient toujours par petits détachemens , harcelant nos fourrageurs; mais pour les en empêcher autant qu'il était possible y M. de Turenne ordonna que chaque escadron de cavalerie en* verrait avec ses fourrageurs trois ou quatre officiers bien montés, en sorte que , lorsque quelques Cravates tomberaient sur leurs gens, ils en pussent réunir vingt ou trente, ce qui suffirait pour mettre en fuite un de ces petits partis. Par ce moyen nos fourrageurs furent mieux protégés, et l'on prit plusieurs Cravates.

Le dernier fourrage que nous finies durant notre dernier séjour en ces quartiers fut le plus considérable de tous et le plus périlleux , car il fallait aller jusqu'à Chièvres et à l'abbaye de Cambron. Le premier de ces endroits est à une grande lieue d'Ath. C'était moi qui commandais

le convoi. Comme j'avais à m'éioigner beaucoup du camp^ et à passer entre les quartiers des troupes ennemies^ on me donna cinq bataillons et quarante escadrons avec deux pièces de canon. Ayant rendu compte en détail d'un fourrage considérable qui avait eu lieu une année précédente, j'en ferai autant de celui-ci.

Ayant à m'engager si loin dans le pays ennemi, je jugeai nécessaire de prendre autant de précautions qu'il me serait possible, et en conséquence j'envoyai dans le jour un parti de cavalerie dans un grand bois par lequel je devais nécessairement passer , avec ordrjB de retenir tous lesfourrageurs et de ne permettre à aucun d'aller plus loin jusqu^à ce que je fusse arrivé à la tête des troupes que je commandais. Mes ordres ayant été exécutés, je traversai le bois et ressortis sur la plaine avant qu'aucun fourragenr^y fût arrivé. Je laissai dans le bois un bataillon de peur que des détachemens d'infanterie partis de Mons n'enlevassent nos fourrâgeurs quand ils s'en retourneraient chargés. Je défendis d'abord qu'aucun d'entre eux prit la liberté de se débander ou de marcher plus vite que le convoi , et j'ordonoaiqu'ils .marchassent sur le mémefrontque moij^ de chaque côté des escadrons. J'avançai de cette manière jusqu'à près d'une lieue de Chièvres. C'était quelque chose de singulier à voir que dix mille fourrâgeurs presque tous avec des faucilles

568 MÉMOIUES

à la main , leurs officiers marchant à leur tête , sur un front de près d'un demi-mille d'e'tendue; mais lorsqu'ils arrivèrent à la vue de cette portion du pays qui n'avait pas encore e'ié fourragee, il nous fat absolument impossible^ à moi et à leurs officiers, de les retenir plus long-temps en ordre et d'empêcher qu'ils n'allassent en toute hâte faire les fourrages. Voyant cela , je laissai le reste de mon infanterie, quelque cavalerie et les canons près d'un village situé sur la hauteur où j'étais alors , et avec la plus grande partie de ce qui restait de cavalerie^ je me mis au grand trot après les fourrageurs , et lorsqu'ils furent à l'ouvrage, je me plaçai devant eux entre Chièvres et Brugelet pour les mettre à couvert de toute attaque du côté d'Ath. En même temps j'envoyai sur l'autre route le comte de Grandpré avec le reste de la cavalerie et lui ordonnai de se porter près d'un village appelé Leuse^ pour y garantir nos fourrageurs contre tout ce qui pourrait sortir de Mons.

En cette occasion, je ne pus manquer de remarquer ici l'ordre et la justice qui s'observent parmi les fourrageurs. Le premier qui entre dans un champ de blé ou dans un pré en prend possession^ et aucun de ses camarades ne songe à s'approcher de lui plus près que l'espace dont il a besoin pour fournir la charge de son cheval; et lorsqu'un d'entre eux arrive le premier dans

une^aoge ou grenier à foin^ personne ne songie à le troubler ni à rien prendre qu'il n'ait fait sa provi^on. Ainsi le premier arrive ^ le premier seryi.

Vers midi j'eus une alerte; mais il se trouva que c'était M. de Rocliepaire qui y après être sorti à la iéte d'un parti de mille cheiraux^ s'en retournait au camp sans avoir rien fait. Je le priai de demeurer avec moi , ne sachant pas si nous n'aurions pas besoin de plus de monde. Nous res? tàmes en ce lieu jusqu'à ce que les fburrageurs eassent chargé leurs chevaux et fuss^it partis. Je retoufviai ensuite a:u camp, sans autre perfe que celle d'une dixaine d'hommes qui, contre les ordres, avaient passé le ruisseau près de Cambron, et furent pris par un petit parti ennemi. Le prince de Ligne et d'autres officiers de Farmée espagnole m'ont dit depuis qu^lls^i^^aient eu ce jour le projet de tomber sur nos fourrageurs , et avaient donne rendez-vous, dans cette intention, à la plus- gi^ande partie de la cavalerie qxi'ils avaient dans Tournai, Mons et Ath; mais Lorsque je sortis du camp avec mes fourrageurs, il se fît un tel bruit dans le camp , que quelques uns des petits partis du prince de Ligne allèrent à Mons lui porter la nouvelle que toute notre armée otait eu marche. Il en fit aussitôt passer avis au-rendèz^vous où toutes les troupes étaient déjà rassemblées; en sorte que, craignant d'à- I. 2i

voir affaire à notre avant-garde, elles retournèrent dans leurs difierens quartiers^ Il y a lieu de croire que cette me'prise nous sauva d'un grand danger^ car il nous aurait été très-difficile de nous tirer sains et saufs des mains d'un corps de cavalerie aussi considérable.

Quelques jours après, tout le pays autour de nou9 e'tant presqu'entièrement consumé^ nous passâmes la rivière et campâmes à Outrage le 4 septembre. Le 19 nous marchâmes à Leuse, bourg à moitié chemin entre Tournai et Âth, oîi nous nous arrêtâmes quelques jours jusqu'à ce que nous pussions consumé la plus grande partie du fourrage des ennemis. Durant notre séjour en cet endroit , nous prîmes le château de Briffeil , dans lequel l'ennemi avait une garnison qui ne voulut pas nous le rendre qu'il n'eût vu nos batteries dressées. Après être demeurés dans ces quartiers aussi long-temps que cela nous convint, nous jugeâmes qu'il fallait sortir du pays ennemi; et le 26 septembre nous marchâmes à Pommereuil^ près de Pont de Haisne. Le lendemain nous passâmes cette rivière et campâmes à Anirt-surl'Haisneau, à environ une lieue de Quiévrain, sur le même ruisseau. Ces quartiers et tous les environs avaient été tellement mangés , que, la première nuit de notre arrivée, les fourrageurs furent forcés d'aller jusqu'à deux lieues, et ne trouvèrent que de la paille. Si quelqu'un eût

proposé de demeurer là trois ou quatre jours, la chose aurait élë jugée impraticable; cependant M. de Turenne nous y inaintint sans manquer de rien pendant plus de quinze jours, ce qui aurait été impossible s^il ne nous eût donné l'ordre, en partant de Leuse , de nous approvisionner de grains : aussi en avait-on non-seulement rempli les fourgons tant qu'ils en pouvaient tenir, mais chaque cavalier en portait derrière lui un sac; ce qui nous mit en état de subsister comme nous fîmes dans ce misérable quartier. Il y avait si peu de fourrages dans les environs, que je ne me rappelle pas qu'on y ait envoyé plus de trois fois durant notre séjour.

Je commandai aussi le dernier fourrage que nous fîmes durant cet intervalle , et je fus forcé d'aller presque jusqu'à Bouchain avant de pouvoir rien trouver : encore la pktpart de nos gens revenaient-ils chargés seulement de paille. Ce qui nous fit rester si long-temps en ce lieu , ce fut la nécessité d'approvisionner de tout les deux villes que nous venions de prendre, et de terminer quelques travaux absolument nécessaires pour leur sûreté.

Cela fait, nous marchâmes le premier octobre vers Barlaimont, et le 22 à l'abbaye deMarolles : nous pensions y demeurer quelque temps; mais apprenant que quelques troupes de l'ennemi se réunissaient sur cette route, nous jugeâmes à

Sya MÉMOIRES

propos 4^ 1^0113 retirer 5ur Vandegies-au-Bois; où noire génénal reçut Tordr^ de marcher vers La père , parce que la cour Ten^iit d'être avertie que le maréchal d'IJocquiocourt ^tait en traité avec le prince de Condé pour lui livreur Ham etPé- Tpnne, dont il e'tçiit gouve;rneur. M. de ^ur^nne se rendit donc le 4 novcti^bre avec ^on arm^e à Mouy> villagesur ji'Qise^ eoviro^ d^^ix lieues àu-de$;&us de La Fère. Sitqt.qu'il y fut arrive', il reç^t vpe lettre du cardinal pour Te^gager à lai&se;r s<fn arj:i;iëeott elle était, et à aller à Compiègnç, où sç trouvait alors la cour, pour qu'ils pussent conférer ensemble sur le parti à prendrç dans le cas où le maréchal d'Hocquincourt ne voudrait pas entendre aux çQres qui lui étaieut faites d.^ 1^ P^^^ ^^ Roi, et recevrait Tenneiçii dans ces ^exxx places i^i i^poiportantes.

En conséquence M. d^ Tmrenne se rendit à la cour, laissant l'armée sous me^ ordres, atteudu c^ue j'éla^is a,loi;3 l,e ^ciul lieuteuajQt-généi:al présent. Tpusjles autres, voya,nt qu'il n'é(a,it pas probable qu'on fit rien pour le i;u.o<i?^eut, avaient 4emandé et obtenu la pe^mis&iou de quitter l'armée. Il en résulta que je me trouvai en avoir le commandement a,u moment où Ton venait de conclure et de publier le traité de paix de la France avec Çromwell , traité par lequel j'étai$ nominativement bfinni de France. L'armée demeura quelques jourg à Mouy.;. après q,uoije rCLÇu? Tordre

de marcher le lO novembre à Mondescourt, ville sitaée entre Noyon et Chauny. J'y demeurai jusqu'au retour de M. de Tûrenne. tl eut lieu vers le 14, lorsque l'affaire avec M. d'HocquincourÉ fut comple'tement arrangée , et que la cour n'eut plus^ à craindre de perdre les deux places dont il disposait. Comme l'arri^éie allait entrer dans ses qiiàrifîérs d'hivet*, e1? qu'il n'était pas probable <^^on fit rieri le rèôtè de Fanne'e, j'obtins' de M. de Turénhe là pei^niîssiori dé me rendre à la coui*; cat', tfussî long-temps qu'on avait pu penser qu'il se fei^ait encore quelque chose, je' m'e'taîs cru, en honneur, obligé à né pas quitter rarnlëe, quoique jy susse bieii' que le traité entl^e k Frabce et Gromwell , qui m'obligeait à quitter le pays , était déjà signé des deux pai^ts.

La cour dé Pranicfi était alors à Compiègtie; j*y fus reçu aussi obligeamment que de coutume. Là i^eîiië-ifaèré de France et le cardinal s'excusèrent à moi du traité qu'ils avaient conclu, et më dîi*ent combien ils étaient fâchés que la situation dans' laquelle ilsr se trouvaient les eût obligés' à utie alliance si contraire à leurs inclinations. Ils^ m'assurèrent qiié je né trouverais pas la moindre diminution dans leur bienveillance à m6n égard, et qtrtls auraient toujours de moi les même? soins' c(u'ils araient eus jusqu'alors. Le cardinal me fit connaître les raisôhë qui l'avaient engagea conclure cette paix, s'eri excusant comme

d'une chose à laquelle il avait été forcé de toute nécessité pour le service de la couronne ; car s'il ne se fût pas allié à Gromwell les Espagnols l'auraient prévenu^ et auraient formé une alliance avec cet usurpateur, à qui ils avaient déjà offert de prendre Calais , qu'ils auraient remis entre ses mains. Prévoyant donc les dangereuses conséquences d'un tel traité , il en avait conclu un avec Cromwell sur les mêmes bases. 11 m'assura que malgré tous les articles qui s'y pouvaient trouver à mon préjudice , je recevrais toujours les mêmes marques de l'estime et de la bienveillance de son maître : et je ne puis, en cette occasion , m'empêcher de rendre,, à la mémoire du cardinal, la justice de dire qu'il eût été d'un très-mauvais ministre, dans la situation où se trouvaient les affaires, de ne pas conclure ce traité avec Gromwell , et que le * «i de France aurait eu tout lieu d'être mécontent de lui s'il en eût manqué l'oc-casion.

Je demeurai quelques jours à Compiègne, et de là je me rendis à Paris, où j'arrivai le 25 novembre; la cour y revint aussi bientôt après. Et quoique par le dernier traité je ne dusse pas rester en France, le cardinal , qui répugnait à traiter avec cette dureté un aussi proche parent du roi de France, et un petit-fils de Henri IV, et qui craignait d'ailleurs, si je quittais le pays, de ne pouvoir retenir long-temps les Irlandais qui ser-

DE JACQUES IL SyS

vaient dans l'armée frauçaise, me proposa, si cela me cooTenaît, d'employer tous ses efforts pour obtenir de Cromwell qu'il consentit à ce que je restasse en France , et continuasse à servir dans les armées. Il m'asçura en même temps que^ s'il n'y pouvait réussir, ma pension du moins me serait assurée et exactement payée en quelque pays que j'allasse , pourvu que je n'entrasse point au service d'une puissance actuellement en guerre contre la France.

Le cardinal reçut bientôt la réponse de Cromwell : il consentait à ce que je demeurasse en France et servisse dans les armées de cette couronne , excepté celle de Flandre , ne pensant pas qu'il fût de son intérêt de permettre mon séjour dans cette armée, on les traités l'obligeaient d'en* voyer un corps de troupes considérabfe au secours de la France. Le cardinal m^ofijci^de servir en qualité de capitaine-général sous les ordres du duc de Modène , généralissime de toutes les forces de France et de Modène en Piémont; j'acceptai volontiers jcette proposition. Je désirais de continuer à servir pour me perfectionner dans Fart de la guerre; et j'étais aussi bien aise de servir dans ce pays , où ma tante y la duchesse de Savoie, désirait m'ayoir près d'elle : elle avait écrit à ce sujet à la Reine sa sœur, et me montrait, en toute occasion, un intérêt particulier. La chose fut donc résolue pour lors^ mais cela changea

avant l'entrée en campagne. On en verra la raison dans k partie suivante de ees Mémoires.

Ici finit la relation donnée par Son Altesse royale de la campagne de i655^ la derrière qu'il fit au service de France.

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