‹ Mémoires de Jaques II (volume 2)Chapitre 7 sur 15 · I02 MÉMOIRES · texte numérisé non relu

I02 MÉMOIRES

que Son Altesse royale , bien qu'elle ne parle pas des dangers qu'elle a courus personnellement, était présente au lieu où Faction fut la plus chaude; ce qui le prouve, c'est qu'il reconnut M. Dûment lorsqu'il le vit prisonnier, pour le même qu'il avait vu se comporter avec tant d'intrépidité sous le dernier mur à l'attaque dçs faubourgs d'Etampes.

Cette affaire si audacieuse. fut aussi singulièrement heureuse , et peut-être si les deux généraux avaient connu, avant de s'engager dans l'action, la faiblesse de leur infanterie , ils ne s'y seraient pas hasardés; car ils n'avaient pas présens plus de deux mille hommes. 11 est vrai qu'il devait y en ^voir en tout cinq mille; mais dans cette marche si rapide, et durant la nuit, un grand nombre des corps d'infanterie sortis en petits pelotons n'arrivèrent que quand 'l'action fut tout-à-fait finie. Les ennemis avaient dans les faubourgs plus de trois mille hommes d'infanterie , sans compter quatre ou cinq cents chevaux, et dans la ville autant d'infanterie et une cavalerie aussi nombreuse que celle du Roi. Mai« ce qui détermina les deux généraux à attaquer, ce fut d'abord le désordre qu'ils remarquèrent dans l'armée ennemie, lorsque les troupes du Roi se firent voir sur le sommet de la colline qui domine les faubourgs; en second lieu, la connaissance des généraux auxquels ils allaient

DE JACQUES II. io3

a?oir affaire; car^ bien que braves de leur personne y ils n'ëtuîent pas, comme on l'a déjà dit^ de force à 4^ot)daire l'opération dont ils étaient ckargés ; d'ailleurs se trouvant égaux en autorité^ il 6e pouvait faire que l'un contredit ce que ftiisfiit l'autre 9 ou donnât du moins à une portion des soldats des ordres capables de perdre les autres. L'armée royale eut elle-même à subir ^ dans cette entreprise, un inconvénient de ce geni'e; car, lorsque dans la soirée on se retira des faubourgs 5 M. d'Hocquincourt qui avait Ta- Taot-^arde , se mit en route pour Etrechy sans faire halte ni s'occuper le moins du monde de M. deTurenne, qui faisait l'arrière-garde , et avait^ réunir les soldats changés de défendre la barricade devant la porte , et ceux qui se trou- Yaient hors des faubourgs , oii beaucoup étaient encore octup^ à piller , de manière que si l'ennemi eût saisi l'avantage qu'on lui livrait , il ancrait aisément défait toute l'armée du Roi; car l'avant-^garde avait presque gagné ses logemens avant que tous les postes de l'arrière - garde eussent été retirés et réunis pour le départ ; et les troupes de la ville, en sortant par la porte de Paris , pouvaient se placer entre les deux corps des royalistes , et défaire à leur choix d^bord celui qu'ils auraient voulu , et ensuite l'autre ; au lieu de cela^ ils dirigèrent tons leurs efforts contre les gens de M. de Turenne, qui

io4 MÉMOIRES .

commençaient à se mettre en marche ^ et les pressèrent tellement que M. de Turenne en personne et lé duc avec lui furent forcés de s'ayancer à la tête de la cavalerie pour dégager Tinfanterie et la faire passer. Quand ils eurent gagné le sommet de la colline , milord Berkley j qui accompagnait le duc 9 dit au maréchal de Turenne que l'ayant-garde était partie , à quai il répondit en haussant les épaules, qu'il était trop tard pour y porter remède. Ils firent donc retraite le plus vite qu'il leur fut possible, encombrés comme ils l'étaient de tous les prisonniers qu'ils emmenaienty et ils ne furent pasmédiocrement satisfaits lorsqu'ils eurent atteint leurs quartiers à Ëtrechy , à deux lieues d'Étampes , sur la route de Paris. Le lendemain, ils allèrent retrouver leurs bagages qu'ils avaient laissés à Châtre.

Ce succès fut très-avanl^geux aux affaires du Roi , et mit son parti en réputation. Il éleva tellement le courage de la cour, que le cardinal décida que M. de Turenne bloquerait les ennemis dans Étampes , oii l'on savait que le fourrage commençait à leur manquer. Il fit en conséquence passer ses ordres à M. de Turenne, et en même temps rassembla ce qu'il put d'artillerie, particulièrement de canons de siège et autres choses nécessaires pour l'attaque et le blocus ; mais , avant que ces préparatifs fussent achevée , l'armée, qui avait consommé tous les fourrages aux

DE JACQUES II. lo5

,environs de Châtre , fut obligée d'en partir le 6 de mai çt de marcher à Falaiseau^ où elle de-* meura jusqu'au 26 , qu'elle partit pour Etrechy; le lendemain elle campa très*près d'Etampes^sur cette même hauteur qui l'aYoisine.

Là^ on s'occupa à faire sur la.croupe de la colline, et à une portée de mousquet d'£tampes> une ligne de contreyallation. Dès que nos gens eurent commencé ce travail , les troupes de la garnison firent sureux.de fréquentes sorties pour les empêcher de continuer. Dans une de ces sorties, ils coupèrent plus de cent des travailleurs avant que la garde fut montée à cheval ; mais ils fuirent ensuite yi-* goureusement repoussés par le marquis de Richelieu à la tête des gardes, et le reste des travailleurs fut sauvé. Le lendemain , les lignes furent finies. Elles étaient assez mal faites; car, outre la dureté de ce sol pierreux, l'armée royale manquait d'oulils, et il n'y avait pas dans tout le pays un seul brin dé bois pour faire des fascines. Une partie de l'in&ntérie fut logée dans les ruines des faubourgs oh Pon avait battu l'ennemi quelque temps auparavant, et que les gens de la garnison avaient brûlés depuis lorsqu'ils avaient été avertis de l'approche de M. de Turenne. Quoique l'armée du Roi fût campée k moins de portée de canon de la ville , Etampes est placé si bas que le canon des remparts ne pouvait faire aucun mal aux assiégeans* Cepen-

io6 MÉMOIRES

dant de leur grande tour , qui est très-haute ^ les assiégés pouvaient voir tout ce qui se passait dans le camp, ce qui leur était très -avantageux. Les assîégeans firent un pont sur la rivière , qui coule au-dessous de la ville, afin d'empêcher les assiégés d'aller au fourrage ; et ils, se préparaient à faire également des ponts sur la rivière et le ruisseau qui passent au-dessus : cela aurait tellement resserré la ville qu'elle se serait trouvée affamée, ou que du moins les assiégés auraient été forcés de sortir et de combattre avec grand cjé^vantage; raais^ au milieu de ces préparatifs et de ces projets, arriva inopinément le duc de Lorraine, qui rompit toutes les mesures.

Ce prince avait tellement persuadé au cardinal qu'il était dans ses intérêts, que le cardinal avait envoyé au maréchal de La Ferté , alors gouverneur de Lorraine, Tordre de permettre au duc de rassembler ses troupes- dispersées. Il ne les eut pas plus tôt .r,éuoîes en un seul corps , qu'il entra en France , et se déclara pqur les princes avec lesquels il avait entretenu sous main des intelligences pendant tout le temps de ses négociations avec le cardinal. M. de Turenne, ayant eu avis de son arrivée, changea de plan , et, au lieu d'appliquer tous ses efibrts à affamer Etampes , il résolut de remporter de vive force ; car il savait bien que s'il ne pouvait promptement s'en rendre maitre, le duc de Lorraine arriverait

bientôt el le forcerait à le.ver le siège. Il pressa donc Tigoureusemeot l'ouvrage et ëléva ses batteries , quelques unes sur ses lignes , les autres dans le creux, tout contre la porte d'Orléans. Il commeDca à faire tirer sur cette porte et sur le mur qui va de là à la grande tour, résolu d'emporter d'assaut un ouvrage extérieur que l'ennemi avait fait entre la porte et la tour, mais un peu plus du côté de la porte que de la to^r. M. de Gadagne eut ordre de l'attaquer à la tête d'un détachement de mille hommes. 11 s'en acquitta si bien , qu'après quelques momens de combat, il se rendit maître de Touvrage, et s'y logea sans beaucoup de perte , bien qu'il ne fût qu'à une portée de pistolet de la ville. Durant cette attaque , on avait placé plusieurs corps de cavalerie entre la ville et les lignes du côté de la colline pour empêcher l'ennemi de faire une sortie , et de prendre les assaillans par derrière; mais la cavalerie qui avait été placée à demi-portée de mousquet de la ville eu fut retirée au point du jour. Le soleil ne fut pas plutôt levé , que l'ennemi fit une sortie. Quel* ques uns arrivèrent le long des fossés dé la ville pour prendre Gadagne par derrière , tandis que les autres l'attaquaient de front; et, quoique Gadagne fît tout ce que pouvait faire un bon officier, il fut chassé de l'ouvrage avec perte d'un assez grand nombre de ses gens , et ce fut avec beaucoup de peine qu'il parvint à s'échapper en

lo8 MÉMOIRES

faisant sa retraite le long des fossés de la yilie , vers une barricade que les assiégèaos avaient faite devant la porte d'Orlëans. On le crut me me perdu, parce qu'on ne le vit pas revenir avec les autres ; et, dans le fait, il ne s'en sauva que par un singulier bonheur, car il se trouvait au milieu de la cavalerie ennemie; mais deux ou trois gendarmes et autant de mousquetaires ayant tenu ferme autour de lui , il jse dégagea avec beaucoup de difficultés , mais arriva sans blessures , quoiqu'il eût reçu plus de vingt coups d'épée et quelques coups de pique dans son buffle , dont Textrême bonté le sauva.

En ce moment, M. de Turenne, après avoir passé toute la- nuit sur toutes les lignes, venait de rentrer 'dans ses quartiers. Il ne fut pas plutôt averti , qu'il se rendit sur le lieu de l'affaire, et ordonna à tout ce qu'il avait d'infanterie auprès de lui de descendre la colline et, de marcher vers l'ouvrage qu'on venait de perdre.' Son régiment passa le premier, avec ordre de le reprendre. Il s'avança en présence des deux armées, tout entières spectatrices de l'action ou engagées dans le cdmbat , et, s^ns aucune diversion pQur le soutenir , sans même qu'il y eût un coup de canqn tiré pour favoriser son attaque, il alla droit aux fortifications, précédé seulement d'un faible détachement commandé par un capitaine du régiment de Picardie, et qui

fat bientôt dkpersé; car ce capitaine ayant été tué en avançant ^ ses gens s'enfuirent et entrai-^ nèrent avec eux 'une petite partie de Taiie droite des mousquetaires du régiment de M. deTurenne ; mais malgré cela^ et malgré le feu continuel qu'on faisait sur eux^ tant de ce petit fort que du mur de la ville 9 les nôtres avancèrent sains ti« rer un seul coup* Les capitaines marchaient k la tète, portant eux-mêmes leurs enseignes. Us avancèrent jusques sur l'ouvrage^ qu'on avait rempli d'hommes autant qu'il en pouvait tenir; alors ils firent feu presque au même instant dans cette troupe^ et en vinrent aussitôt à Tarme blanche avec tant de bravoure et d'intrépidité^ qu'ils chassèrent l'ennemi et se logèrent sur l'ouvrage* Ils ne perdirent qu'un des capitaines du régiment, un ou deux sous -officiers^ et très-^peu de soldats; et ^ au fait > il y a lieu de s'étonner qu'il en f&t tombé si peu tandis qu'ils s'avançaient^ car il ne se tira pas pendant ce temps un seul coup du côté des assiégeans > pour obliger les ennemis à baisser une fois la tête. Ainsi ils avaient tout loisir pour ajuster; e.t comme il faisait trèssec ^ on voyait des ligçjes leurs balles rebondir à terre épais comme sréle^ au milieu du régiment en n^arche. Tous ceux qui étaient présent avouèrent qu'ils n'avaient jamais vu une action si audacieuse ; M. de Turenne et les officiers de l'armée les plus expérimentés pensèrent qu'il eût

été impossible de les faire aller de la sorte s'ils iL^eusseDt pas eu constamment leurs enseigfies devant leurs yeux. Ce fut en partie h cette oc-^ casion que les régimens se firent ensuite des enseignes neuves ; car les vieul régimens et les autres avaient mis jusqu'alors une sorte d'orgueil mal placé à porter des enseignes déchirées et tel-^ lementusées^ qu'il n'en restait presque plus que le bâton. Le régiment de Turenne était ^ sans en excepter le régiment des Gardes Françaises ^ le seul dont les . enseignes fussent encore en état d'être aperçues durant l'action.

Il y avait lieu de penser qu'après cela on se tiendrait tranquille des deux côtés le reste de la journée; mais il en arriva autrement , car l'ennemi se rappelant avec quelle facilité il avait le matin chassé les royalistes de l'ouvrage avancé^ et sentant de quelle importance il était pour lui de le conserver y résolut de faire une tentative pour le recouvrer. Ainsi donc, vers deux ou trois heures de l'après-midi les'assiégeans firent une sortie avec vingt escadrons de cavalerie et cinq régimensd'infanterie, résolus d'attaquer en même temps les lignes et les troupes du Roi logées sur l'ouvrage. M. de Turenne, qui se trouvait en ce moment sur les lignes , les voyant arriver avec de la cavalerie et de l'infanterie , enyoya l'ordre à toutes les troupes de se tenir à leur poste , et commanda que tout ce qui se trouverait d'in£in-

DE JACQUES II. m

terie au quartier se rendit sur-le-champ auprès de lui; de plus^ pour gagner du temps^ il ordonna à un des escadrons alors de garde de sortir des lignes et de charger le premier corps des ennemis , ce qui fut exécuté avec beaucoup de brav^oure par le comte de Renel^ à la tête de cet escadron; mais, accablés par le nombre ^ ses gen^ furent repoussés dans les lignes 9 quelques uns d'entre eux furent tués avec leurs chevaux dans les fossés , et quelques autres dans les lignes mêmes , qui, comme on Ta dit 9 étaient si basses, que ceux qui ne purent entrer par Tavenue , car cela ne saui'ait s'appeler une barrière, puisqu'on n'avait pas trouvé assez de bois dans le pays pour en faire une , sautèrent par-dessus les retranchemens , et il y en eut très-peu qui , en sautant, tombassent dans le fossé. Le comte de Schomberg , qui n^était alors que volontaire , ainsi que le duc d'York , comme il tenait ferme à Ventrée des retranchemens, reçut d'un (officier ennemi un coup de feu dans le bras droit.

Au moment où le maréchal de Turenne avait envoyé à la charge son corps de cavalerie , il s'était avancé à Ventrée des lignes avec les deux escadrons restons et le duc avec lui. Il pensait que les ecmemis viendmient les attaquer de ce côté. Le maréchal et ceux qui raccompagnaient se trouvaient alors en mauvaise posture. Le corps

de cavalerie qu'on avait envoyé en avant avait été dé&ity comme on la dit; personne ne venait lés soutenir^ et Fennemi avançait contre eux avec trois bataillons d'infanterie et plusieurs escadrons de cavalerie ^ dont quelques uns étaient déjà à portée de pistolet de la ligne y attendant seulement l'arrivée de l'infanterie déjà à demi-portée de mousquet 9 et avançant toujours. Pour résister à tout celà^ M. de Turenne n'avait dans* cet instant que deux escadrons def cavalerie , et ^ d'espace en espace, une sentinelle d'infanterie sur les retranchemens; ce qui servait plutôt à montrer à l'ennemi la faiblesse de ceux à qui il avait affaire y qu'à lui opposer une véritable résistance. Il n'y avait pas un seul canonnier placé aux batteries sur la ligne , en sorte que les canons de siège ne tirèrent pas un seul coup sur l'ennemi. Outre cela , ceux qui environnaient M. de Turenne ne pouvaient avoir l'espérance qu'il vînt à leur secours aucun corps d'infanterie un peu considéi*ablè; car l'affaire du matin en avait attiré une grande partie dans le faubourg d'Orléans. Cependant l'ennemi qui avançait toujours se trouvait si proche que le duc n'eut pas le temps de mettre pied à terre pour prendre son arnrare. Il fut obligé de la faire attacher sans descendre de sa haquenéey qu'il montait alors et qu'il ne put quitter quoique son cheval de bataille fût alors près de lui. Gommé ils étaient dans cette situation y arrr-^

DE JACQUES IL Ii5

Tèrent à leur secours environ deux cents mousquetaires du régiment des Gardes. Cëtait tout ce qu'on avait pu rassembler dans le quartier. M. de Turenne , lorsqu'ils furent arrive's au retranchement ^ leur ordonna de s'occuper beau-* coup moins de tirer bien ensemble que de bien ajuster : ce qu'ils firent avec tant de bonheur que jamais , à ce qu'on a pensé ^ si petite troupe n'avait fait un tel ravage dans les rangs ennemis. A la première décharge ^ ils éclaircirent tellement les troi^ escadrons de l'ennemi^ et firent tomber UD grand nombre d'officiers et de simples cavaliers, que la seconde les obligea de reculer. Us étaient déjà à une portée de pistolet des lignes. Alors les mousquetaires de M. de Turenne travaillèrent de leur feu l'infanterie ennemie qui continuait à s'avancer; mais, très -heureusement pour les royalistes^ cette troupe rencontra une élévation de terrain derrière laquelle elle était, sauf la tête, à couvert du feu. Une fois qu'elle eut trouvé cet abri, il fut impossible à ses officiers de la faire avancer un pas de plus. On voyait de la ligne ceux-ci employer les derniers efforts pour faire marcher leurs soldats^ soit à coups de sabre , soit en marchant euxmêmes en avant pour les encourager par Itur exemple ; mais tout fut inutile. Us s'arrêtèrent en ce lieu et se contentèrent de faire feu de là sur les royalistes. S'ils n'eussent pas trouvé cet I. 8

Il4 MÉMOIRES

abri^ il est probable qù'ilsfussent Yeaus de bonne grâce jusques sar les retrancberneiiset en eussent chassé ia petite troupe de M. de Turenne: mais comme pendant ce temps la cavalerie de l'autre quartier arrivait à son secours > Teanemi com-* mériça à penser à la retraite.

Pendant que l'affaire marchait ainsi sur le point oii M. de Turenne se trouvait en personne, le corps qui était venu pour attaquer l'ouvrage avancé n'avait pas obtenu plus de succès» Comme il avait plus de chemin à faire que cqux qui étaient destinés à l'attaque des.retranchemens^ les Tojralistes, de ce c6té> avaient eu plys.de temps pour se mettre en position (Je le recevoir. M. de Traqy^ qui commandait la cavalerie allemande au service du rbi de France # ayant appris de son quaf*tier ce qui se passait j et informé que l'ennemi attaquait IVft de Tu*^ renne 9 pensa qu'au Heu d'entrer dsips la lign^ il valait mieux se placer entris le camp et la ville > ce qui Lui réussit à merveille ; car par ce moyeri il rencontra le corps ennemi qui venait attaquer l'ouvrage y et , quoiqu'il n'eût avec lui que quatre escadrons, et fût par conséi|uent fort inférieur en nombre > il chargea si vigoureusement qu'il foi*ça Tennemi de s'arrêter; cela donna le temps au marquis de Richelieu d'arriver à son sepours avec un renfort de cavalerie. Alors ils firent >une seconde charge et forcèrent l'ennemi de se re-

DE JACQUES II. ïi5

tirer en gi^and de'sordre; niais, se trouvant alors sous lé feu de la tille, ils jugèrent quMl y aurait trop grand péril à le poursuivre.

Le corps ennemi qui était venu aux mains avec M, de Turenne , et commençait, comme on Ta dit, à faire retraite, lorsqu'il vit Tautre carps battu, s'en alla plus vite qu'il n'était venu. Les assiégeans avaient alors réuni aux retranchemens la plus grande partie de leurs forces , et plusieurs des officiers pressaient M. de Turenne d*en sortir pour aller à la poursuite de l'ennemi ; mais il ne jugea pas que cela fût à propos , et dit à ceux qui l'en pressaient' qu'une pareille poursuite ne pourrait pas avoir de grands avantages^ attendu que l'ennemi était tout près de là ville, où il trouverait son refuge, et que cela ne servirait qu'à exfJbser les troupes au feu du rempart , qui les obligerait à se retirer en désordre. L'ennemi rentra donc dans la ville avec une perte considérable, principalement en officiers. Il en demeura environ soixante sur la place.

Après le mauvais succès de cette tentative, les assiégés se tinrent plus tranquilles et ne vinrent plus déranger les assiégeans par aucune grande sortie ; mais ceux-ci les plissaient vivement du côté de la porte d'Orléans et de l'ouvrage avancé dont ils s^étaient emparés. Les travaux étaient tourne si avancés qu'oh avait logé des minieurs dans les murs de la ville, lorsqu'on reçut avis

Il6 MÉMOIRES

que M. de Lorraine marchait vers Paris avec toute la diligence imaginable^ et qu'on lui préparait un pont de bateaux pour passer la Seine. un peu au-dessus de Charenton , ce qui contraignit M. de Turenne à songer à lever le siège pour ne pas se trouver enfermé entre les deux armées ennemies.

L'armée royale commença donc à retirer son gros canon des batteries les plus voisines; mais on était si mal fourni d'attelages pour traîner le canon et les munitions , que la cour fut obligée d'envoyer ses chevaux de carrosse pour être employés à ce service , saris en excepter ceux du Roi et de la Reine. Avec tout cela , il fallut encore faire partir la moitié de l'artillerie la veillé du jour où l'on quitta le siège , et renvoyer le lendemain les mêmes chevaux pour emmener le reste.

Le 7 juin 5 dans la matinée, l'armée royale étant rangée en bataille ^ on commença à retirer les troupes logées dans l'ouvrage qu'on avait pris. Cela fut exécuté avec beaucoup d'ordre par M. de Navailles^ qui commandait ce poste^ quoique l'ennemi le pressât vivement. Sitôt qu'il fut réuni au reste de l'armée, elle commença à marcher, mettant en même temps le feu aux huttes* Cela se fit avec tant de régularité que cela formait un coup d'oeil très-agréable. Pendant que la première ligne tenait ferme sur le terrain , la

seconde marchait environ quatre ou cinq cents pas, puis s'arrêtait, se remettait en bataille la face vers la ville. Alors la première ligne partait à son tour à pas lents , tandis que l'ennemi venait en grand nombre escarmoucher et faire feu sur elle, jusqu'à ce qu'elle arrivât à l'endroit où s'était arrêtée la seconde ligne. Elle passait eotre' les intervalles de cette seconde ligne, et, après s'être éloignée à la même distance que l'autre l'avait fait d'abord, s'arrêtait, faisait Tolte-face , et la ligne demeurée en arrière recommençait à marcher. Ce fut ainsi qu'otl se retira lentement, mais en bon ordre, pendant environ l'espace d'une lieue. Alors voyant que l'ennemi n'avait tenté aucune attaque importante, on marcha sur Etrechy , oii l'armée séjourna deux ou trois jours; puis s'éloignant toujours d'Etampes, g^g"^ ^^ village nommé Ytterville, du côté de Corbeil , et de là marcha à Balancour. On y apprit que le duc de Lorraine était à Villeneuve-Saint-George avec son armée. M. de Turenne résolut de tomber sur lui par une marche rapide avant qu'il pût faire sa jonction avec l'armée d'Etampes; cela n'était pas impraticable, car il était aisé à M. de Turenne de passer la Seine à Corbeil , où se trouvait une garnison de troupes royales, et où son armée pouvait laisser ses bagages en toute sûretés Il se mit donc en marche le î4 au matin de

Ii8 MEM04RE5

bonne heure. M passa la rivière, comme il TaTait projeté 9 à Çorbeil, d'où il marcha directement vers VilleneuYe-Saint-George, et cette marche fut si bien ordonnée et si rapidement exécutée ^ que lennemi n^eut vent de soo approche que lorsqu'il le vit paraître avec toute son armée.

Ce fut au commencement de l'après-midi q&e les deux armées se trouvèrent en présence ; mais M, de Turenne pensa qu'il ne pouvait pas attaquer rennemi de ce càité, où il était couvert par un ruisseau qui venait de Brie , et tombait en ce lieu dans la Seine^ Il marcha donc sans perdre de temps le long du ruisseau jusqu'à ce qu'il trou-' vàt un passage pour le traverser, puis il contU nua sa marche toute la nuit, laissant à sa gauche fie grands bois. Vers le point du jour, l'avant-* garde de son armée se trouvait àGrosbois, c'est- ^«-dire à ^n peu plus d'une lieue de Villeneuve^ S^int-George.

Alors M* de Turenne reçut un message du duc de Lorraine, apporté par M. de Beaujeu , que le car4inal avait employé près du duc dans la négociation qui continuait toujours entre eux. M. d'Âgecourt, capitaine des gardes du duc de Lorraine, accompagnait l'envoyé du cardinal , et lipportait des propositions de la part du duc. Il demandait d'abord à M. de Turenne de ne pas approcher davantage ; puis il apprit au di|C d?'York et à M, de ïurenne que le roi d'Angleterre était

DE JACQUES îl.* 1*9

avec le duc de Lorraine qu'il e'Iait venu trouver la veille au soir , ëgalement dans l'intention de travailler à un accommodement* M. de Turenne^ après y avoir réfléchi , pria le duc d'York de «e rendis sur-le-champ à Villeneuve-Saint-Geofge , ce qu'il fit Volontiers, car leRoi son frère lui atait fait dire qu'il désirait s'entretenir avec luii Le duc y alla donc , et M* * le duc de Lorraine s'eiigagea d'honueur à le laisser repartir; maisi malgré ce comiïiencenientde négociation ^ l'armée de M. de Turenne continua d'avancer sans se laisse)' arrêter par les artificieux délais du duc' de Lorraine. On ne s'étonnera point que le roï d'Aûgleterre se trouvât chargé de cette médiation et fôt venu dans ce but trouver le duc '^e Lorraine , lorsqu'on 'saura que Su Majesté se trouvant à Pa-« ris, y avait reçu une lettre du duc de Lorraine, dans iaqtiélleil lui disait qu'il était en négociation avec la cour de Franôe , et que l'affaire était si près de se conclure de bon accord, qu'il la regardait presque comme faite. Il priait donc Sa Majesté de vouloir bien le venir trouver pour tout terminer , lui servir de caution et le Conduire à la cour alors à Melun. Le Roi, au reçu de cette lettre , se rendit sur-le-champ à Chaillot, oii était alors la Reine sa mère, pour lui faire part de la Chose et se consulter avec elle sur ce (|u'il avait à ^aî^'C en cette occasion. La Reine l'alcravis que le Roi ne devait pas y aller, di-

sant qu'elle était sûre que le duc de Lorraine n'était pas de bonne foi et n'avait d'autre intention que d'employer une de ses ruses ordinaires; qu'il ne serait donc pas prudent au Roi de devenir la caution d'un honoime fort peu accoutumé à tenir sa. parole; mais le penchant qui portait le Roi à se. rendre l'intermédiaire d'une affaire si avantageuse à la cour^ l'emporta sur toutes les autres considérations. U prit donc son parti , et, sans perdre de temps ni s'arrêter même à changer de vêtemeus , il se rendit à Villeneuve- SaÎDt-George , menant avec lui lord Rochester, lord Jermyn et lord Crofts^ Arrivé à Charenton^ il y apprit que les deux armées étaient en présence et y reçut en même temps un nouveau message du duc de Lorraine pour le prier de venir le trouver en diligence. A Villeneuve -Saint- George y il trouva M. de Beaujeu , que la cour employait à négocier avec le duc dç Lorraine* Il ren^arqua aussi que le duc était extrêmement troublé du voisinage de l'armée de M. de Turenne.

Aussitôt après l'arrivée du Roi, M. de Beaujeu et lecapitaine^des gardes furent envoyés pour porter à M. de Turenne les pi'opositions du duc. Ils le trouvèrent, comme on l'a dit, près de Grosboi$. Cependant, incertain du résultat de la négociation, le duc se prépara , en cas d'attaque, à recevoir l'armée royale, saisissant tous les avantages que pouvait lui offrir le terrain. 11 fit

DE JACQUES II. lai

travailler toute la nuit très-vigoureusement à la construction de cinq redoutes dont il voulait couvrir son front de bataille , et qui furent termioëes dès le matin.

Son armée se composait d'environ cinq mille chevaux -et trois mille hommes d'infanterie, accompagnés d'un petit train d'artillerie. Il rangea ses troupes de la manière suivante : il plaça la plus grande partie de son infanterie dans les redoutes, et mit derrière celle du milieu un fort bataillon pour lui servir de réserve* U avait placé la plus grande partie de son canon sur une hauteur^ près des fourches , au-dessus de la ville. Toute sa cavalerie était rangée en deux lignes derrière les redoutes* Sa droite était couverte par un grand bois y et sa gauche par la ville et par la côte au pied de laquelle elle se trouve^ et qui est si extrêmement roide qu'il était impossible de l'approcher de ce côté^ ou de lui faire aucun mal; en sorte qu'on ne pouvait l'attaquer que de front.

Pour lui rendre justice^ cette disposition manifestait un grand et habile capitaine : ainsi préparé , il attendit ce qui devait arriver , soit l'attaque de l'armée royale > soit l'accommodement^ Le duc, en arrivant à Villeneu ve- Saint- George ^ se rendit directement auprès du Roi son frère , qui apprit à Son Altesse royale par quel motif il se trouvait en ce lieu, et la pria

cUeinpIoyer tous ses efforts à faire reassir Ja uë* gociatîon ^ ce qui déliTrerait Sa Majesté d'une situation fort embarrassaùte ; car^ en supposant que le traite n'eût pas lieu, et que les deux armées en Tinssent aux niains, le Roi était fort entrq^risà savoir comment se conduire. H ne con- Tteaaît pas à sa réputation de se retirer au moment d'une bataille, sans prendre sa part de l'honneur; mais ce n'était ()as ]ieift de chose que de décider de quel côté il se fîiettrait. Le duc de Lorl-iaine l'avait envoyé bhefcher pour l'aider à faire «on accommodement avec la cour; il lui avait particulièrement obligation et se trouvait alors <lat]0 seÈ quartiers , oii il avait passé la nuit. De 1 axitre côté, il était en même temps sous la protection du roi de France , et résidait, par sa permission, dans son pays : il recevait de phis de iuî ^ne pension qui était alors son unique moyen de subsistance; mais, ce qui le touchait le plus, ic'esft qu'en combattant pour le duc de Lorraine^ il prenait, manifestement le parti des rebelles conti^ leur légitime souverain* Cela n'avait pas même trop bon air de demeurer si long-temps dans ses quartiers ; et cependant il ne savait comknent le quitter saiis manquer de procédés.

Sa Majesté demanda donc au duc quelles étaient les propositions qu'il apportait de la part de M. dé Tufcnne. Son Altesi^ royale- lui ré j^on-dit qu^eltes se réduiisaient en Somme à ceci : que

le duc de Lorraioe fît sar-lenchamp cesser les tra<vaux du pont de bateaux que Ton construisait sur la Seine i qu'il s'engageât à sortir de France dans l'espace de quinze jours ^ et en même temps qu'il donnât sa parole de ne p{us secourir les princes; et relativement au premier article concernant le pont^ le duc avait amené avec lui un officier nommé M. de Vareoney chargé de se rendre sur les Imn-^ et de veiller à 'son eaiécution» Sans ce préliminaire > M. de Turenne était déeidé à ûe pas aller plus loin dans la négociation. Quand le duc*ejat rendu compte au Roi de sa mission ^ Sa Majesté lui dit que d'après ce que le duc de Lor* raine avait promis aux princes à Paris y elle crai->- ^ait fort qu'on ne pût jamais l'engager à signeit de pareilles propositions. Âquoi le duc répondit que lepée ejQ déaiderait donc; car il était très-assuré que M» de Turénnene se relâcherait point. En ce moment ]VI> de Lorraine entra dans |a chambre^ et le duc lui rendit son* message! 'Il le reçut sur le ton de plaisanterie qui lui était ordinaire; mais Son Altesse royale s'aperçut sans peine que cette manière railleuse^ qui lui était naturelle eo d'autres temps , était dans ce moment extrêmeinent forcée. Quant à la première proposition de faire cesser les travauxdu pont, il répondit qu'il y consentait > et envoya sur--le-champ un de ses officiers >àvec M. de Varenne pour défendre qu'on allât plus loin; tnais ^ quant aux autres^ il'pro^

124 M1ÈM0IRES

testa que jamais on ne pourrait Fobliger à signer des conditions aussi déshonorantes. Son Altesse royale lui demanda si elle devait emporter cette réponse. Le duc de Lorraine répondit qu'il n'en pouvait faire une autre; mais pensant que le duc d'York était plus porté à désirer le combat que l'issue pacifique des négociations , il pria le Roi d'envoyer lord Jermyn avec Son Altesse royale pour essayer s'il pourrait obtenir de M. de Turenne des conditions plus modérées.

Tandis qu'on négociait , M. de Turenne ne perdait pas de temps. Il continuait d'av^cer avec toute la diligence imaginable , tellement que lorsque le duc et lord Jermyn vinrent le retrouver, l'armée était tout entière rangée en bataille à moins d'une lieue des postes ennemis, et s'avançait aussi rapidement que le pouvait permettre alors sa situation. Le duc rendit à M. de Turenne la réponse de M. de Lorraine , et lord Jermyn employa 'fbus les raisonnemens et toutes les instances dont il put s'aviser pour engager M. de Turenne à ne pas insister si rigoureusement sur ses propositions; mais il ne put obtenir qu'il s'en relâchât le moins du monde. Il retourna donc rendre compte au duc de Lorraine du résultat de son message.

Lord Jermyn aurait fort désiré que le duc d'York revînt avec lui , espérant par là gagner un peu de temps, parce qu'il supposait que

M. de Turenne né commencerait pas son attaque avant que le duc ne fî&t revenu avec une réponse définitive; mais Son Altesse royale s'y refusa absolument, l'assurant que M. de Turenne ne serait jamais capable d'une imprudence, telle que le serait la perte d'un temps si précieux { car il savait bien que l'armée d'Etampes devait être en marche et allait infailliblement paraître bientôt de l'autre côté de la rivière, et d'a-^ près cela le duc était certain que les deux armées seraient aux mains avant qu'il pût être de retour. Son Altesse royale ajouta d'ailleui's que sa présence ne servirait de rien pour engager le duc de Lorraine à terminer; mais que l'approche de l'armée royale serait uto motif qui pourrait avoir plus de puissance. Sur cette réponse , Iprd Jermyn prit son parti de s'en aller , et l'armée continua d'avancer. On était déjà à portée de canon de l'ennemi, lorsque le Roi lui-même vint trouver M. de Turenne pour faire un dernier effort auprès de lui ; mais M. de Turenne lui demanda pardon d'insister sur les conditions qu'il avait demandées d'abord, et ajouta qu'il savait Sa Majesté assez disposée à s'intéresser aux; affaires du Roi pour ne le pas presser davantage sur ce point.

Les armées étaient si proches que chaque minute devenait précieuse. Le Roi pria donc M. de Turenne d'envoyer pour la dernière fois vers le

sur la demande du duc de Lorraine^ qui l'avait pressé de l'aider à s'accommoder. Cependant les insinuations du duc de Beaufort agirent si fort sur la multitude, que les suites en auraient pu devenir dangereuses pour le Roi. Lui et la Reine sa mère Airent donc obliges, pour leur sûreté , de quitter Paris aussi secrètement qu'ils le purent, et de se refii^r à Saint-Germain , jusqu'à ce que la fureur de la multitude fût un peu apaisée.

Lorsque le roi d'Angleterre eut quitté Villeneuve-Saint-George, les deux généraux se virent , et , après quelques complimens assez froids, chacun retourna à son armée. M. de Lorraine se mit en marche pour s'en retourner 5 et pendant ce temps. Tai^mée de M. de Turenne demeurait en bataille. M. de Lorraine, en s'en allant, traversa à la vue des royalistes , et très-près d'eux, un long et étroit défilé ; en sorte que si M. de Turenne n'eût pas été plus fidèle à sa parole que né l'était d'ordinaire M. de Lorraine , les troupes de celui-ci eussent été entièrement à sa merci. Elles n'étaient pas plus tôt entrées dans le défilé que l'armée des princes, venant d'Étampes , commença à se montrer sur l'autre rive de la Seine; mais, avertie de ce qui venait de se passer, au lieu d'approcher de l'armée de M. de Turenne , elle continua sa route vers Paris.

M. de Turenne demeura quelques jours à Villeneuve-Saint-George. Il en partit le 21 juin,

se rendit à petites journées à Lagoy^ y passa la Marne le 2 juillet , campa dans un village près de la Seine , appelé la Chevrette, situé h environ une lieue de Saint-Denis, où était aWs la cour. Durant çe!Uem9.rche, M. de Turenne fut rejoint à un endroit nommé Garges , par le ma« réchal de La Ferté> qui lui amenait ^ pouv renforcer Tarmée du Roi, les troupes àt son gouvernement de Ijorraine 9 con&istaut en trob ou quatre régi mens de cavalerie et deux d'iufanterîe. Cependant l'armée des princes sortit d'Étampes^ dans l'espoir de faire sa jonction avec M. de Lor^ raine. Se voyant frustrée de cette espérance > et hors d'état de tenir la campagne contre M* de Torenne ,: elle s'arrêta près de Saint^Cioud> de l'autre côté de la Seine,* en sorte que M- de Turenne ne se trouvant plus d'autre ennemi sur les bras,, résolut, à quelque prix que ce fût, de l'obliger à se battre En conséquence , le jour même de son arrivée à la Chevrette avec l'armée du Roi, il commença à faire jeter des ponts sur la Seine, ce qui ne put être fait sur-le*H^bamp , parce que la rivière est fort large en cet eo-< droit. He peur que l'ennemi n'interrompît let travaux, ou ordou^na aux deux régimei^s d'infan-* tçrie de La Ferté de se poster dans une ile k la pointe de laquelle on coustruisait le pont sur lequel devait passer l'armée. La position était si favorable aux royalistes et si défavorable aux en-

l3o MÉMOIRES

nemisquise trouvaient places du côte delà rivière, où le terrain est le plus bas , qu'ils n'osèrent pas s'avancer pour disputer le passage et arrêter, les travaux du pont,

A la vérité , ils firent mine d'abord de vouloir attaqueriez royalistes. Ils avaient logé dans cette intention un corps d'infanterie derrière une élévation de terrain à environ cent pas de la rivière, et à quelque distance derrière cette infanterie ils avaient rangé en bataille plusieurs escadrons de cavalerie; mais la cavalerie fut bientôt délogée par l'artillerie du Roi qui faisait sur elle un si terrible feu qu'elle fut forcée de se retirer hors de la portée du canon. L'infanterie garda son poste s'y croyant en sûreté, mais l'événement fit voir qu'elle se trompait; car un nommé Lafittè , officiei* actif et brave, ayant trouvé un endroit de la rivière oil l'on pouvait tenir pied à l'entrée, et d'où il voyait qu'on pouvait sortir de l'autre côté avec la même sécurité , proposa de traverser, e;p passant le milieu à la nage^ à la tête de cinquante chevauï , et d'aller enlever cette infanterie qui était là tiraillant sur lés travailleurs. Sa proposition fut acceptée et «son entreprise réussit; car, avant que la cavalerie ennemie qui is'étâit retirée à quelque distance pût arriver au siecours des cent fantassins, il les enleva, emmena datis un bateau ceux qui ne furent pas tués, et revint sain et sauf à la nage avec

DE JACQUES IL i3i

sa cavalerie sains avoir perdu un seul homme dans cette affaire. Après cela , les travailleurs achevèrent le pont sans être troublés davantage; mais de peur que l'ennemi ne tentât le lendemain un effort plus vigoureux pour empêcher le passage de l'armée , on envoya quelques unes des plus petites pièces de campagne et un renfort de troupes dans Tile où étaient déjà les deux régimens d'infanterie de La Ferté^ et on leur ordonna de s'y retrancher pour plus grande sûreté.

Cependant le'|)rince de Condé, qui était alors campé à Saint-Clôud avec le gros de son armée, voyant combien il serait difficile à ses gens, placés comme \h l'étaient, sur un terrain plus bas, d'empêcher le passage des troupes du Roi en possession du terrain le plus élevé; voyant aussi que le pont serait probablement fini le lendemain , il pensa que le mieux à faire était de quitter le poste cil il se trouvait et de laisser le passage libre ; et, doutaùt très-fort que la ville de Paris le voulût recevoir avec ses troupes dans le cas où la nécessité le forcerait d'y chercher un refuge , il profita de Pobscurité de la soirée pour marcher vers Charenton et fit passer ses troupes sur le pont de Saint-Cloud dans le dessein de se placer derrière la Marne où il aurait été fort dificile àl'armée royale de rien tenter contre lui. Pour traverser plus promplement la rivière à Saint-Cloud, il . avait préparé un pont de bateaux sur lequel il iii

l52 MÉMOIRES

passer son inf$interie pendant que sa da^alerie passait sur le pont de la ville; de sorte qu'en très* peu de temps toute son armée , canons ^ bagages et munitionsfurenten sûreté de Tautre côtë.Alors^ prenant sa rout« à travers le bois de Boulogne , il arriva à cette porte de Paris connue sous le nom de barrière de la Conférenee.Les Parisiens lui ayant refusé l'entrée^ il fît le tour comme il en avait formé le projet dans le cas où il ne serait pas reçu , comptant toujours gagner Charenton et y passer la Marne. Alors posté eiAre la Seine et la Marne, il aurait eu beaucou^p plus de facilité à se défendre que sur son premier terrain. Quel* ques partisans du Roi envoyèrent aussitôt de Paris avertir M. de Turenne de la marche du prince. Comme les portes étaient fermées , on ' avait fait sortir le messager dans \m panier q^'on avait descendu le long des murailles. A la ré* ception de cette nouvelle^ les troupes eurent ordre de se mettre en maçche, et M. de Tunçnne lui-même galopa en avant jusqu'à Saint^Dënis , où Tarmée du Roi devait passer, p^ur s'?n tendre avec le.cardinal sur ce qu'on allait faire. Il fut conclu entre eux qa'on avancerait avec toute la diligence possible pour tâcher d'attaquer le prince de Condé avant qu'il eût pu mettre ses troupes 0n sûreté à Charenton. La chose résolue, le mare* chai rejoignit son avant-garde précisément au moment où elle arrivait à SaintrDenis et fît hâter

DE JACQUES II. l55

ia marche sans s'arrêter pour attendre ni le ca-^ lion ni l'infanterie du maréchal de La Fertë qui^ ce soii'-là , Avaient passe dans File en deux bacs ; en sorte que si Tarniée avait fait halte jusqu'à ce que cette infanterie eût pu la joindre , on eût infâilliblement laisse échapper roccasion.

Comme on marchait le plus vite qu'on pouvait ^ en arrivant à la Chapelle » on aperçut l'ar* rière-garde des ennemis. M. de Turenne poussa un peu en ^ avant de ses troupes pour observer leur position^ et, voyant que pour favoriser leur retraite ils avaient place quelques tirailleurs dans certains moulins à vent et dans d'autres petites habitations placées à l'entrée du faubourg Saint-Denis, il envoya contre eux un détachement d'infanterie qui, en un moment, les balaya (le ces dtfférens postes, et ouvrit le passage k la cavalerie pour charger l'arrière-garde ennemie dans ia rue même du faubourg. L'ennemi reçut cette chargé avec assez d'intrépidité; mais à la fin il lâcha le pied après avoir eu plusieurs de ses officiers tués ou pris. De ces derniers fut le commandant de la troupe , M. Desmarais ^ maréchal de camp. Après avoir reçu quelques blessures, il fut fait prisonnier, ainsi que le comte de Ghoiseul, capitaine de cavalerie. Du côté du Roi , on n'eût pas un officier de blessé , excepté M. de Lisbourg, lieutenant-colonel du régiment

:i34 MÉMOIRES

de StrefF, qui a^ait chargé; il reçut un coup dé

feu dans le corps. .

Après ce premier succès, les royalistes s'a- Tancèrent et pressèrent si vivement les gens du prince, qu'ils leur firent subir une seconde charge tout contre l'hôpital Saint-Louis, et défirent le reste de leur arrière-garde, composée de trois cents cavaliers , qu'ils poursuivirent pendaAt assez long - temps , prenant et tuant la plupart de leurs officiers et soldats avant qu'ils pussent atteindre le gros de l'armée qui se retirait dans le faubourg Saint -Antoine. M. le prince de Condé, si rudement pressé par M. de Turenne, voyant qu'il lui était impossible de gagner Charenton, avait résolu de tirer d'un mauvais jeu le meilleur parti qu'il lui serait possible : dans cette intention , il se retirait vers le faubourg, où les habitans avaient fait de forts retranchemens pour se garantir durant la guerre civile. Sans ce hasard, le prince et son armée étaient infailliblement perdus , car ce fut tout ce qu'il put faire que d'avoir le temps de distribuer ses gens à leurs différens postes ayant qu'ils fussent attaqués; en sorte que, si la rue. n'eût pas été déjà barricadée, il eût été surpris dans une situation où il ne pouvait se défendre. Aussitôt que M. de.Turenne fut arrivé au gros de l'armée ennemie qui , comme on l'a dit , se rangeait en ba-

DE JACQUES II. l55

taille dans la grande rue du faubourg Saint-Antoioe^ il fut forcé de faire halte; car il n'avait avec lui que son avant -garde y et il ne pouvait charger de nouveau Tennemi sans son infanterie , (fui n'était pas encore arrivée. Il vit donc le prince ranger ses troupes devant lui sans pouvoir l'en empêcher^ faute dMnfanterie.

Pendant ce temps, le Roi, le cardinal et toute sa cour s'étaient rendus à Charonne , sur une colline qui domine les faubourgs, pour y être spectateurs de la fin de TafFaire.

Sitôt que Tinfanterie fut arrivée, la cour envoya à M. de Turenne Tordre d'attaquer , quoiqu'il n'eût encore ni son canon , ni l'infanterie de M. de La Ferté , et que ses gens n'eussent d'autres outils que leurs mains pour enfoncer les murs des jardins et les barricades. M. de Turenne fit dire , pr l'exprès qu'on lui avait envoyé, qu'il priait qu'on eût patience encore quelque temps, qu'il était impossible à l'ennemi d'échapper , à moins que les Parisiens ne lui ouvrissent leurs portes , ce que la cour ne croyait pas , car les hommes bien intentionnés de cette ville lui avaient donné l'assurance du contraire. M. de Turenne faisait observer que le prince de Condé ne pouvait ajouter de nouvaux retranchemens à ceu^L qu'il avait déjà faits., et que sa position n'en deviendrs^it pas meilleure quand l'armée du Roi tarderait i;n peu à l'attaquer pour attendre le canon et les outils.

l56 MÉMOIliES

sans lejsqueis il sentit ti^s*diffîcile de le forcer, ou même de lui faire aucun mal ^ vu la j^orcè des Larrici^des et des murs de jardin qui le couvraient. Il disait encore que, s'il «tait repoussé , tout le but de son expédition était manqué, au lieu que la réut^it^ était infaillible lorsque ses tiM)upes se^ raient pourvues des choses qui leur étaient nécessaires, et soutenues de leur cavalerie. Mais tel était Tempressement, ou plutôt Vaveugle précipitation de la cour , qu'elle envoya de nouveaux messagers pour presser le maréchal de commencer Tattâque. M^ de Bouillon lui-même, récemment racC6tnmodé au commencement de la campagne avec le cardinal Ma^arin , était plus vif que, personne à presser son frère. Le maréchal deTurenn© pensait qu'il valait mieux obéir à cet ordre im-« prudent que de s'exposer aux propos de quelques uns de ceux qui entouraient le Roi, et qui ne manqueraient pas de dire qu'il différait Tatlaque , pour obliger le prince de Condé, Cependant, assurément , si l'on^eût réfléchi h ce qui s'était passé entre le prince et le maréchal , on aurait reconnu que le prince avait désobligé M. de Turenne de manière à rendre toute réconciliation im|>ossible : mais M. de Turenne n'était pas encore assez bien établi dans l'opinion de la cour , et sa loyauté n'était pas encore suffisamment reconnue pour qu'il en osât hasarder la réputation en infusant d'exécuter les ordres qu'on lui donnait,' bien que

DE JACQUES II. l37

contre son propre jugement. Il n'osa donc' pas prendre alors sur lui ^ autant qu'il le 6t depuis dans d'autres occasions.

Contraint de cette manière 5 il se prépara & attaquer les barricades. Les Gardes Françaises et le regimieînt de la marine^ soutenus par les gendarmes et les cheyaù-légers du Roi , attaquèrent sur la droite la première* barricade d'une rué étroite qui tombe dans la grande rue du faubourg Saint-Antoine 9 précisément à la place du marché. Le succès répondit à la vigueur de l'attaque; car, bien que les maisons et les murailles des deux côtés de la rue fussent défendues par une multitude de gens , les ennemis furi^it chassés de la barricade , et les soldats les poussèrent devant eux de maison en maison ; mais ce commencement si prospère fut rendu inutile par l'ardeur et l'imprudente ainbition du marquis de Saint-Maigrin, qui commandaient les gendarmes et les chevaulégersj car voyant le suc(iès de l'infanterie , qu'il était chargé de soutenir, et désirant partagerl'honneur de cette action , il s'élança avec une grande précipitation dans cette rufe étroite au travers de rinfanterie, sans avoir la patience dé lui laisser finir l'œuvre dont elle était chargée, qui était de déloger, en avançant, l'ennemi de toutes les maisons; en poursuivant les fuyards, il arriva presque à la place du marché , et se trouva en présence du prince de Condé en personne. Le

l58 MÉMOIRES

prince, voyant la faute commise par la cavalerie du Roi, résolut de nepas. perdre une occasion si favorable : il s'avança lui-même à la tête de vingt-cinq officiers et volontaires qui se trouvaient près de lui, et chargea vigoureusement la cavalerie royale dans cette rue étroite, tandis que cette portion de son infanterie, qu'on n'avait pas pu chasser des maisons placées près de lui, tirait des fenêtres des deux côtés de la rue; de manière que la tête de ceux que conduisait Saint-Maigrin se trouvant exposée de front à une si furieuse charge , et sur les flancs au feu^des maisons, ils furent tous en un moment tués ou blessés. Alors le reste de la cavîilerie ij^rit aussitôt la fuite , et entraîna avec elle tout ce qu'il y avait d'infanterie dans la rue. Ceux des soldats du Roi qui étaient déjà entrés dans les maisons, voyant ce qui arrivait dans la rue à leurs camarades, en sortirent aussi vite qu'il leur fut possible , et chacun chercha son salut dans la fuite. A cette vue , l'infanterie ennemie reprenant courage, se mit ardemment à la poursuite des royalistes, et regagna non-seulement toute la rue , mais encore tout le terrein qu'elle avait perdu jusqu'à la dernière barricadé. On en dut la conservation à M. .de Turenne qui s'y était rendu en personne , sans quoi elle eût été enlevée comme les autres.

Le parti du Roi perdit , dans cette malheureuse affaire , non-seulement plusieurs officiers et gens

DE JACQUES II. iSg

de qualité 9 comxne Saint-Maigrîn , le marquis de Nantouillet et plusieurs autres qui furent tues sur la place 9 mais plusieurs autres encore qui moururent ensuite de leurs blessures : entre autres M. de Mancini , neveu du cardinal ^ vaillant jeune homme, et de très-grande espérance, et Fouilloux , enseigne des gardes de la Reine, et plusieurs autres. Ce qu'il y eut encore de plus fâcheux , c'est que les deux régimens d'infanterie employés à cette attaque avaient été si maltraités, que pendant plusieurs heures on n'en put tirer aucun parti , si ce n'est pour garder la barricade qu'ils avaient emportée^ et qui devint leur poste.

Au moment où on avait commencé cette attaque, le régiment de Turenne en faisait une autre sur quelques maisons et jardins occupés sur la gauche par l'ennemi^ et plus à gauche encore deux régimens d'infanterie , ceux d'Uxelles et de Garignan , réunis en un seul corps, emportaient un mur de jardin joignant à la grande rue du faubourg. Le régiment de Turenne alla d'abord très-chaudement, et se rendit maître de plusieurs jardins et maisons occupés par l'ennemi; mais voyant ce qui arrivait à la droite , il n'osa s'aventurer davantage, et se contenta de garder ce qu'il avait pris.

On ne doit pas omettre un fait qui fut alors fort remarqué. Un corps de cavalerie, composé du régiment de Clare et du régiment de Ri-

l4<^ MÉMOIHES

chelieu, avait i^çu ordre de soutenir un bataillon de Tu renne. Comme elle marchait derrière l'infanterie, cette cavalerie reçut en flanc une rude décharge de mousqueterîe tirée d'un mur -Voisin. Celle de'charge tua beaucoup de monde > et mit le reste en un tel désordre que 4ous prirent la fuite. Les officiers gagnèrent alors la tête des fuyards, les arrêtèrent, les rallièrent en uo moment, marchèrent avec eux au poste désigiié , et, ainsi qu'on en fit l'observation, ces hommes se conduisirent alors avec le plus gratid courage qu'on ait jamais vu, et continuèrent ainsi tout le reste du jour : chose d'autant plus remaixjuable qu'il est très -rare que des solds^lâ une fois assez effrayés pour prendre là fuile puissent t\en faire de bon dans la même journée. L'action ftit si chaude que , de tous ces €Scadix>ns, il li^y eut pas un capitaine qui ne fût ttté ou dangereusement blessé. Du régiment de Richelieu, il n'en resta pas un seul , excepté le 4:à]>itaine-lieutenant Laloge, très-brave officier; il reçut bien un laoup de mousquet dans le corps, mais il en guérit.

Pendant que ces deux régimens de cavalerie commençaient leur attaque, les régimens d'Uxel les et de Carignan entamaient aussi la leur contre le mur dont j'ai parlé. Comme ils étaient en marche, les deux lieutenans-coloncls furent tues, ce qui n'arrêta point la troupe. Elle marcha droit

DE JACQUES IL l4i

au mur, les balles de l'enneiui tombant épais comme grêle, et ne s'arrêta point jusqu'à ce qu'elle se fût mise à l'abri sous le inur entre les trous qui y avaient été pratiqués par Tennen^i. Alors commença une nouvelle espèce de combat, où il n'y avait, entre les deux partis, que l'épaisseur du mur; mais comme ils ne pouvaient se faire graoxl mal avec leurs mousquets, ils se jetaient par-dessus le mur de grosses pierrçs, se tiraient des coups de pistolet au travers des ouvertures, passaient leurs épées au travers des fendes , les uqs s'eSbrçant à demeurer les jnaaîtres du mur, les autres à les oblig/er de le. quitter.

Cette bizarre espèce de combat dura long<^ temps, parce que les royalistes manquaient d'outils et de crocs de fer pour abattre le muir* La Câvaleriechargée de souteQir cette infanteri^était rangée près de la grande rue, tout just^ hors de la portée di^ mousquet, pour empêçber l'ennemi de faire une S0:rtie par sa barricade , et de venir taml^eiT ^^^ l'infanterie occupée è attaquer le mur. Quant à la barrica^de^, ou i>e pexiisait pas qu'il fallût l'attaquer, car oa jugeaitt impossible de leniporterf vu qu'elle était tellement cornmandée par les maisoos en face, dosnt l'ennemi était le maître, qu'il n'y avait pas moyei^ de s'emparer de la barricade sans avoir d. abord pris ks maisons.

Le resta def riufanterie, commandé par M. de

l44 MÉMOHIES

étaient logés , et qui n'ea cootinuareot pas moins à tirer sur eux par les fenêtres, et même par les trous des boulets.

Pendant qu'on se battait sur ce point , on entendit 1V1 feu de mousqueterie terrible à la barricade où commandait M. deNavaiiles.M. dç Turenne galoppa vers le lieu où l'appelait le bruit; mais, avant qu'il arrivât, le combat avait cessé. Après avoir été un moment très-chaud, voici, d'après ce que le duc a su dépuis de quelques personnes de l'armée du prince qui ^'y étaient trouvées, quelle en avait été l'occasion. M. de Beaufort, qui avait passé pjresque tourte la; ea^linée à haranguer le peuple de F^iris pour l'engager à ouvrir ses portes au prince de Condç. et à ses troupes, voyant qu'il n'en pouvait venir à bout, sortit de la ville , et sachant avec quel acharnement on s'y était battu, et quelle bravoure; avaient montrée le prince et les gens de qualité qui l'entouraient (Saint-Maigrin venait d'êtrfe tw) , il prit feu, et, tourmepté du désir de faire aussi pour son compte quelque chose de reo^arcfuable, il proposa à M. de Nemours , avec lequel i\ était alors en querelle, de s'efforcer de ireprendre la barricade emportée par M. de Na vailles, ce qui serait d'un grand ^vantag^ au parti. La proposition fut acceptée aussitôt que faite , et ils se mirent sur-le-champ a l'oeuvre, suivis de tous les gens de qualité <|ài demeuraient encore en état

de servir; car plusieurs plus braves avaient été tués oi| mis hors de combat dès le commencement de l'affaire*

Us se mirent donc tous deux à la tête d'un as-» sez gros corps d'infanterie et marchèrent avec beaucoup de bravoure à l'attaque de la barricade 9 qui était fortement gardée i car le régi-* ment de Picardie était posté derrière y et l'en* Demi^ pour y arriver, était obligé de passer edtre deux maisons dans une desquelles était le i^gimeut de du Plessis-Praslin , et dans l'autre ce* lui de Douglas. Ils passèrent malgré le feu le mieux nourri de la part des royalistes , et vin* rent sans s'arrêter jusqu'à la barricade; mais là^ ils trouvèrent une si vigoureuse résistance qu'il leur fut impossible de s'en rendre maîtres; ils furent repou(;séft avec .ixnA perte considérable. Plusieurs gens de qualité furent blessés» ou tués. M. de Nemours reçut plusieurs blessures; il eut un doigt emporté comme il mettait sa main sur la barricade. M. de La Rochefoucauld reçut au coin de l'un de ses yeux une balle qui ressortit au-dessous de l'autre ; en sorte qu'il fut en danger de les perdre tous deux. M. de Guitaud reçut un coup de feu dans le corps; plusieurs autres furent également maltraités.

Dans le nombre des morts fut M. de Flamarin, d<^nt on ne peut s'empêcher de faii*e mention à cause d'une singularité qui accompagna sa mort.

Page 1