‹ Mémoires de Jaques II (volume 2)Chapitre 8 sur 15 · I. lO · texte numérisé non relu

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Un de ces vagabonds qui gagnent leur vie à dire la bonne aventure lui avait prédit quHl serait pendu 9 c'est-à-dire 9 selon l'expression française^ qu'il mourrait la corde au cou^ genre de mort auquel n'est exposé aucun gentilhomme en ce pays 5 le supplice de la noblesse et des gens de qualité étant la décollation. Cependant ce maKheureux gentilhomme finit ses jours comme on le lui avait prédit. Renversé d'un coup de feu et laissé pour mort contre une des deux maisons qui se trouvaient devantia barricade ^ un de ceux qui se trouvaient dans la maison^ le voyant à terre si près de lui , remarqua la richesse de son habillement , et jugea que ses poches devaient aussi être magnifiquement garnies ; il conçut donc un grand désir de le fouiller et de s'approprier sa dépouille; mais quelques uns des ennemis occupait;nt les maisons voisines et demeuraient postés derrière les murs de la place qui commandait le terrain où gisait le mourant parmi plusieurs autres corps; en sorte que les gens qui étaient dans la maison n'osaient pas en sortir pour le dépouiller. A la fin ^ ils s'avisèrent d'un ex-^ pédient pour attirer à eux M. de Flamarin. Ils firent un nœud coulant au bout d'une corde ^ y firent passer sa tête au moyen d'une pique ^ et le tirèrent de cette manière dans la maison au moment oit il expirait : ainsi la prophétie fut littéralement accomplie.

Mais, pour reTenir à notre récit ^ M. de Turenne, arrive sur le lieu, voyant l'ennemi repoussé et le poste en bon état , retourna aux moulins à vent oii étaient placés ses canons, au haut de la grande rue, et voyant que Tennemi tenait toujours dans les maisons de la gauche devant ]a barricade et sur le mur du jardin de la droite, ordonna à quelques uns de ses cavaliers de descendre de cheval, car toute son infanterie était déjà employée à l'attaque. Il les fit marcher vers les maisons par un sentier détourné qu'on venait de découvrir et qui n'était point gardé. Il leur donna ordre de les emporter de vive force , ce qui fut exécuté avec une si extraordinaire bra- Toure qu'il n'échappa aucun des ennemis logés dans les maisons. Ils furent tous tués ou pris : il y en avait plus de ce»** -

Au moment oii la cavalerie royale commença cette attaque, les deux réginiens d'infanterie qui attaquaient depuis si long-temps le mur du jardin à droite de la barricade commençaient à se rendre maîtres de quelques unes des ouvertures que l'ennemi avait défendues avec tant d'obstination» lis les avaient agrandies avec leurs mains, faute d'autres instrumens. Alors l'ennemi jugeant bien que l'intention des royalistes était d'entrer de force dans le jardin par le passage qu'ils s'occupaient à faire, il abandonna- le mur tout entier, bien qu'il y eût dans le jardin un escadron

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de cavalerie pour le soutenir. Les royalistes^ voyant TenDemi se retirer , firent sur lui un tel feu que la cavalerie suivit l'exemple de l'infanterie , et commença à prendre la fuite. Sa perte en cet endroit fut très-considérable. Comme il n'y avait dans cet endroit qu'une seule issue pour s'échapper 5 et que dans cette effroyable presse d'hommes et de chevaux, chacun s'efforçait de passer le premier , ils s'entassèrent tellement à l'entrée , qu'ils la fermèrent et s'y arrêtèrent comme en un monceau. Alors les royalistes tirant dans cette foule , y firent un ravage terrible, et en ce même moment ayant ouvert le mur ils s'y précipitèrent, ce qui ébranla beaucoup ceux qui gardaient la grande barricade : et comme en même temps les royalistes commencèrent à tirer sur ceux des maisons de gauche , ils furent saisis d'une telle épouvante qu'ils abandonnèrent le poste et prirent la fuite.

Les royalistes prirent aussitôt possession du poste 5 mais sans poursuivre l'ennemi , car on venait de décider une attaque générale sur tous les points. On s'occupa des préparatifs nécessaires, et on donna aux troupes quelques momens pour respirer:et,envérité,ellesen avaientbesoin^ carelles avaient souffert des fatigues presque intolérables, et dans ce combat , qu'elles avaient soutenu avec grande ardeur toute la première moitié du jour , avaient eu à supporter , outre la chaleur de l'ac-

tio», celle du temps le plus ëtoufTant qu'il fôt possible d'imaginer. Tout étant prêt pour l'attaque générale 9 et disposé de telle sorte qu'il était probable que le parti du Roi remporterait totalement la victoire , trois canons donnèrent le signal , et les royalistes commencèrent l'attaque. M. de La Ferté était posté à la droite de la grande rue, et M, de Turenne sur la gauche. Il s'avança avec un corps nombreux de cavalerie et d'infanterie , voulant attaquer par un nouvel endroit un peu plus sur la gauche, où il espérait ne pas trouver de si fortes barricades , parce qu'il se trouvait voisin de la Bastille ; mais , au moment oii il approchait et allait attaquer , le canon de la Bastille commença à tirer sur les royalistes , ce qui ne le surprit pas médiocrement, fis s'étaient flattés d'une tout autre espérance ,* et on les avait assurés , de l'intérieur de la ville , que Paris demeurerait neutre et ne permettrait pas à l'armée des princes de venir se mettre à l'abri dans ses murs* M. de Turenne se douta sur-le- (^amp de ce qu'il apprit bientôt après être véritable , savoir, que Paris avait ouvert ses portes aux princes, et reçu leurs troupes; car, lorsqu'il attaqua les barricades , les ennemis ne firent point mine de les défendre, mais se reti- • rèrent en bon ordre vers leurs difiërens postes , laissant seulement quelques hommes à chaque issue. Le reste des troupes était déjà rentré dans

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la ville ^ et^ lorsque les royalistes s^avançèrent sur ces petits corps laissés en arrière, ils se re^ tirèrent également et furent poursuivis par les royalistes jusqu'à la porte de la ville. Les généraux du Roi , voyant Tennemi hors d'atteinte , pensèrent qu'il ne leur restait rien à faire que d'aller avec l'armée rejoindre les Bagages qu'ils avaient laissés à La Chevrette , tout près de Saint- Denis^ et d'y faire reposer leurs troupes.

On se mit donc en marche, emmenant les blessés , qui se trouvèrent en grand nombre après une affaire si longue et si excessivement chaude. Il resta bien huit ou neuf cents royalistes sur la place, parmi lesquels plusieurs officiers de marque et gens de qualité , comme le marquis de Saint'Maigrin , maréchal de camp, si ce n'est même lieutenant-général , bien que dans cette affaire il n'agît que comme lieutenant des chevau-l^ers ; trois ou quatre lieutenans-co'lonels d'infanterie et plusieurs capitaines, sans compter d'autres officiers inférieurs et des volontaires. Il y eut aussi beaucoup d'officiers et de gens de qualité de blessés, comme M. de Mancini, neveu du cardinal, dont nous avons déjà parlé : il eut un coup de feu dans la cuisse. Fouilloux, enseigne des gardes de la Reine, en eut un au travers du corps. M. deMespas fut blessé au pied: ces trois , et beaucoup d'autres , moururent ensuite de leurs blessures. Le comte d'Eatrées, ma-

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réchal de camp^ Fertuis^ lieutenant des gardes de M. de Turenne, Lisbourg^ lieatenant*colonel du régiment de StrefT^ et le chevalier de Neuville^ ainsi que plusieurs autres^ furent également blesses^ mais guérirent de leurs blessures. M. de Turenne lui-même s'exposa beaucoup dans cette journée^ et par conséquent il en fut de même de Son Altesse royale le duc d'York ^ qui accompagna toujours ce grand général y suivant sa personne dans tous les lieux où il se trouvait; mais si Son Altesse royale eut le bonheur de n'être point blessée dans cette rude affaire , le colonel Worden , un des gentilshommes de sa chambre , et qui était obligé de se tenir toujours près de lai, y reçut une forte blessure-

On tua aux ennemis plus de mille hommes , parmi lesquels se trouvaient un grand nombre d'officiers et gens de qualité. A peine y eut-il un de leurs principaux officiers qui ne fût tué ou blessé , si ce n'est le prince de Condé ^ le prince de Tarente et le duc de Beaufort. Plusieurs personnes en grande relation avec le prince de Condé m'ont assuré que jamais il ne remplit aussi bien que dans cette affaire les fonctions de général et de soldat, et ne se trouva jamais exposé à de plus grands périls. Il est cert£|in que dans le commencement de l'action , sa vigueur seule sauva l'armée d'une ruine totale; et le prince a depuis avoué luiTmêi».e à Son Altesse

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royale , Cfue jamais il ne s'ëtait trouvé si longtemps exposé au danger : et ce qui ajouta beaucoup pour le prince à l'éclat de cette action , c'est qu'il avait à résister h M. de Turenne , qu'on doit généralement reconnaître pour un des plus grands captaînes de cette époque, et l'égal des plus grands des siècles passés. Il est parfaitement évident que dans cette guerre il se montra non-senlement un grand capitaine, mais que, par ses conseils et sa conduite^ il sauva la couronne de France, comme on le verra plus clairement par la suite de ce récit.

Il est naturel de rendre compte ici de la manière dont l'armeVdes prinees obtint l'entrée de Paris, et de ce qui se passait dans la ville pendant que les deux armées se battaient dans le& faubourgs. On a déjà dit que Paris avait refusé le passage à Tarmée des princes , lorsqu'elle s'était présentée à la barrière de la Conférence, bien que le prince et les amis qu'il avait dans la ville fissent les derniers efforts pour l'obtenir; mais les royalistes qui se trouvaient dans l'intérieur des murs représentaient que , bien qu'ils fussent contre le cardinal et désirassent sa ruine , il était indigne des Parisiens , en leur qualité de bons Français, de donner entrée en ces murs à une armée composée en partie de troupes espagnoles, et dont la plupart des officiers étaient sujets du roi d'Espagne, ou du moins h sa solde; qu'on

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ne savait pas quels désordres pouvaient resuU ter d'une si inexcusable action , et que lorsque le peuple verrait flotter dans les rues la croix de Bourgogne , qu'il ne voyait jamais que dans ses églises , on avait tout lieu de craindre l'effet que produirait sur lui un tel spectacle. On croirait presque Paris déjà soumis au roi d'Espagne^ lorsqu'on y verrait toutes ces écharpes rouges qui n'y avaient point paru si nombreuses ni si agressives depuis la rébellion de la sainte Ligue ; enfin qu'il était de l'intérêt de Paris et des autres grandes villes de ne donner entrée à l'armée sous quelque prétexte que ce fût. Cela et plusieurs autres raisons persuadèrent si bien les Parisiens ^ qu'ils demeurèrent fermes dans la résolution de fermer leurs portes à l'armée des Princes. Pendant la bataille^ M. le prince en-voya M. de Beaufort les presser de nouveau. Il n'avait point d'autre retraite et il était infailli* blement perdu s'ils persistaient à lui refuser l'entrée; mais tout ce que put dire M. de Beaufort fut inutile et ne parvint pas à vaincre la vigoureuse opposition du parti royaliste. Quant au duc d'Orléans 9 il était si éloigné de vouloir ha-^ ranguer le peuple ^ qu'il succombait sous ta peur^ et dans son effroi^ avait fait fermer le^ portes de son palais , et avait donné ordre que ses voitures l'attendissent à la porte de derrière de ses jar* dins pour l'emmener à Orléans^ pensant que tout

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était perdu à Paris. Mais sa fille , Mademoiselle ; montra un caractère pins maie; elle vit bien que si l'on n'ouTrait pas les portes aux princes^ et très-promptement^ eux et leurs troupes étaient taillés en pièces 9 et par conséquent le parti entièrement ruiné. Elle se rendit donc à l'hôtel-de»viile^ où étaient assemblés les magistrats de la commune. Elle était suivie d'une grande multitude de peuplé et fit tant par ses argumens^ les clameurs et les menaces de la foule qui l'accompagnait , qu'elle obligea le maréchal de L'Hôpital et le prévôt des marchands à ordonner h ceux des capitaines de la bourgeoisie qui commandaient à la porte Saint-Antoine de laisser entrer l'armée des princes. Elle porta elle-même l'ordre à la porte et le fit exécuter devant elle, puis se rendit aussitôt à la Bastille et en ût tirer du canon contre les troupes du Roi au moment oii elles commençaient l'attaque générale. C'est ainsi que le prince de Coudé et toute son armée furent sauvés par l'habileté et le courage de cette princesse.

Deux jours seulement après lattaque du faubourg y il s'éleva un grand désordre dans la ville : c'était le 4 juillet. On avait assemblé un conseil à l'hôtel-de-ville dans l'intention de faire déclarer le duc d'Orléans lieutenant-général de France. On devait aussi convenir de se tenir inséparablement unis pour obtenir le renvoi et le

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bamiissement du cardinal de Mazarin , et on de* yait nommer le duc de Beaufort gouverneur de Paris ^ à la place du maréchal de L'Hôpital , et ôter à Le Fèvre la place de prévôt des marchands pour y nommer Broussel. Celte assemblée^ qu'on croyait devoir affermir le parti , fut une des principales causes de sa ruine , car el^e fat l'occasion d'un si violent soulèvement y qu'il faillit devenir fatal à tous les membres du conseil, et faire perdre au prince de Condé tout Ta- Tantage de ce qui s'était passéau faubourg Saint- ÂDtoine. On ne pourrait dire quel fut l'auteur d'un si pernicieux dessein; car chacun de ceux à gui on l'a attribué a pris soin de s'en défendre et de le rejeter sur quelque autre. Quoi qu'il en soit 9 ce qu'il y a de certain c'est que , pendant la séance du conseil , il arriva autour de l'hôtelde-ville une multitude en désordre , composée de gens de toutes sortes et de toutes conditions, armés et criant qu'ils voulaient que tout se ré- ^ât par les ordres du prince de Condé* Ils demandaient aussi qu'on leur livrât sur-le-champ ceux que le peuple accusait ou soupçonnait être des amis du cardinal ; et voyant qu'on n'obéissaitpas à leurs clameurs*, ils se mettaient en devoir de forcer l'hôtel-de-viile. Le maréchal de l'Hôpital et quelques autres gens de cœur ayant essayé de le défendre , ils mirent le feu aux portes, tirèrent dans les fenêtres; en sorte qu'il y eut plusieurs

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personnes de tuëes dans F hôtel- de- v il ie même. Quelques uns aimèrent mieux se hasarder au milieu de la populace que de demeurer exposés au danger de Tincendie; mais ils furent cruellement massacres par cette multitude furieuse qui, dans l'aveuglement de sa rage, ne faisait aucune distinction entre les royalistes et ceux de son parti 9 mais les enveloppait dans un massacre général. On a remarqué depuis qu'il avait péri dans ce tumulte plus d'hommes du parti populaire que de Vautre. On jeta sur le prince de -Condé tout le blâme de Fémeute et de ce qui s'ensuivit ; car personne ne soupçonna le duc d'Orléans d'y avoir eu la moindre* part. -

Un autre événement qui suivit de près celui-ci, quoique beaucoup moins considérable'en soi , fut aussi très-dommageable au parti : ce fut la mort •du duc de Nemours , tué en duel par le duc de Beaufort. Quoique beaux-frères, ils se haïssaient mortellement tous deux depuis long-temps.

Pendant que tout cela se passait à Paris, les Espagnols ne laissaient pas échapper une aussi favorable occasion. Ils s'étaient mis en campagne de bonne heure ; et, comme ils ne trouvaient point d'armée pour leur faire tête , ils avaient repris , sans beaucoup de peine, une partie des places qu'ils avaient perdues, tant en Flandre qu'ailleurs. L'archiduc, sollicité à ce qu'on croit par les princes , se préparait à entrer en France, au com-

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mencement de juillet, avec toute sod armée , composée de vingt-cinq mille hommes ou plus. A cette nouvelle, la cour, qui était toujours à Saint-Denis , fut excessivement alarmée , et l'on tint conseil sur ce que le Roi avait à faire , vu la petitesse de son armée. On résolut enfin que la cour et l'armée se mettraient en route pour Lyon deux jours après.

Le soir du jour où fut prise cette résolution , M. de Turenne se rendit à Saint-Denis. Le duc d'York y alla avec lui. Ils passèrent d'abord chez M. de Bouillon pour savoir de lui , avant de voir la cour , le résultat de la délibération. Le duc de Bouillon dit auT maréchal qu'il avait été résolu que la cour et l'armée iraient à Lyon , et ajouta qu'il ne croyait pas qu'on eût un autre parti raisonnable à prendre. Il lui répéta les argumens présentés en faveur de ce projet , et qui avaient déterminé le conseil, savoir, que c'était ta seule ville où la personne du Roi pdt être en sûreté , car il ne serait reçu dans aucune autre grande ville; que l'armée du Roi n'était d'aucune manière en état de résister à l'armée espagnole déjà entrée en France j que si la cour et l'armée restaient où elles étaient , elles se trouveraient renfermées entre les Espagnols et Paris : qu'aussitôt que la personne du Roi serait en sAreté , la situation ne serait pas désespérée , mais que s'il tombait une fois entre les mains des

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Espagnols y il ne restait plus d'espoir au parti royaliste ; qu'on pouvait à Lyon rassembler assez de forces pour faire tête à quelque ennemi que ce fut 9 tout le pays étant éminemment à la disposition du Roi. Far ces raisons et par plusieurs autres il ne croyait pas qu'il y eût une autre marche possible.

M. de Turenne répondit à son tour : « Si cela erse fait 9 nous sommes perdus sans espoir de a nous relever jamais; car si une fois le Roi a s'en va jusqu'à Lyon , il peut tenir pour cer- (c tain que toutes les villes frontières ainsi que « celles de Picardie , de Champagne et de Lor- « raine , et toutes les autres villes de ce côté-ci « qui tiennent maintenant pour lui , voyant qu'il rr les abandonne, formeront un accommodement « soit avec les Espagnols, soit avec les princes, « qui auront ensuite toute facilité pour s'occuper u de lui. Et qui sait quelles pensées dans cette « situation des affaires ne viendront pas à l'esprit « des peuples > si on ne voudra pas partager le i( royaume et si chacun ne prétendra pas garder au (( moins ce qu'il aura en sa possession ? Et quand « les ennemis auront mis les choses en sûreté der- <c rièreeux, il n'estpasdouteuxqu'ils ne viennent u à notre poursuite toujours croissant en force et « en réputation y tandis que nous décroîtrons en (( proportion. Jamais ils ne consentiront à nous « laisser tranquilles ^ et nous rejetteront peut-

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V être en Italie. » Outre ces raisons ^ il en donna plusieurs antres également convaincantes pour s'opposer h cette résolution. Il con(Jut en disant que son opinion était que la cour , au lieu de se retirer à Lyon, allât à Fontoise , ville forte, et s'y rendît accompagnée de sa garde ordinaire; qu'il n'y avait nulle probabilité que les Parisiens , qui semblaient conserver une sorte de respect pour le Roi, fissent aucune entreprise contre lui; que pendant ce temps-là , lui M. de Turenne , s'avancerait avec l'armée vers Compiègne pour observer les mouvemens des Espagnols, et il espérait à la faveur de cette ville etde la rivière qui Tavoislne , pouvoir se retrancher de manière à n'avoir rien à craindre d'eux; et s'il ne déjouait pas entièrement leurs projets, du moins les rendrait-il plus difficiles. D'ailleurs il ne doutait pas que les Espagnols, gens extrêmement méfians et ifiquiets, le voyant s'avancer Terseux, ne cherchassent finesse à ce mouvement, et ne pensassent qu'il ne pouvait s'aventurer ainsi sans de bonnes raisons, comme par exemple quelques négociations secrètes entamées entre le prince et la cour. L'expérience qu'ils avaient faite du caractère français pouvait les autoriser à le soupçonner , et le fait en soi n'aurait rien eu d'extraordinaire.

M. de Turenne ayant convaincu son frère par ses raisonnemens , ils allèrent ensemble trouver

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le cardinal , et discutèrent le projet avec lui^ Après avoir bien pesé leurs objections et y avoir mieux pensée il se rangea à leur avis. Le départ pour Lyon , dont le jour était déjà fixé, fut aussitôt contremandé 9 et le ij juillet la cour partît pour Pontoise. L'armée se mit en marche vers Compiègne, et le troisième jour campa sous les murs de cette yille^ Le duc d'Elbœuf était dans cette place, où il s'était mis imprudemment avec sept à huit cents chevaux qu'il avait rassembles dans son gouvernement de Picardie. Il avait si mal combiné son affaire, que lorsqu'il pensait sortir de la ville pour se retirera la vue de l'armée espagnole , il trouva la retraite coupée par un corps d'Espagnols qui s'était déjà rendu maître d'un passage à peu de distance de la ville. Il fut donc forcé de demeurer où il était à tous risques ; et enfin, n'ayant d'autre infanterie que les bouri;eois , et la ville n^étant pas ass^ forte pour qu'on pût la défendre, il fut obligé de capituler après deux jours de siège. D'après les conditions, ses troupes évacuèrent la place à pied , laissant leurs chevaux à l'ennemi.-

Sans qu'on sache trop pour quelle raison, et âoit que M. de Turenne eût bien deviné, ou tout autre motif, les Espagnols , après ces événemens , n^a^ vancèrent pas plus loin dans le pays; ils ne mirent seulement pas de garnison à Chauny, qu'ils avaient pris , et n'assiégèrent pas d'autre ville dans ces

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environs, où ils n'auraient trouvé aucune résistance; ils se contentèrent de demeurer quelque temps en France, vivant sur le pays. On conjectura qu'ils avaient pensé devoir plutôt chercher à recouvrer ce qu'ils avaient perdu en France qu'à pousser les choses bien loin en ce pays, où ils jugeaient les princes et leur parti assez forts pour résister au Roi, surtout avec l'aide des troupes qu'ils enverraient à leur secours; que s'ils avaient rendu les rebelles tellement supé^ rieurs à l'armée royale que le Roi fàl tombé entièrement dans la dépendance des princes ou tombât entre leurs mains , toutes les forces de la France se trouvant alors réunies, ils seraient bientôt obligés de lâcher prise et perdraient tout ce qu'ils avaient conquis dans l'intérieur du pays , trop éloigné de la Flandre pour qu'on fût à temps de venir à leur secours de ces quartiers-» là. Us craignaient peut-être aussi d'abandonner la proie pour l'ombre, en laissant échapper l'occasion de reprendre les possessions qu'ils avaient perdues.

On ne saurait dire positivement si ce furent là leurs motifs ; mais ce qu'il y a de certain , c'est que leur conduite donna lieu de le penser : car, après avoir dévoré les pays où ils se trouvaient^ ils retournèrent bientôt en Flandre , où ils recouvrèrent plusieurs des villes qui leur avaient etë prises , laissant le duc dé Lorraine sur la I. II

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frontière avec ses troupes prêtes à secourir les princes dans l'occasion avec un détachement de leur armée sous les ordres du duc de Wurtemberg. Quand le gros de l'armée espagnole fut sorti de France, l'armée du Roi retourna vers Paris. Le duc y revint en même temps : il ne l'avait point quittée durant le cours de cette longue , fatigante et périlleuse campagne. L'arnoée des princes demeurait toujours sous les murs de Paris, trop faible pour attaquer l'armée royale/ et craignant d'ailleurs, s'ils quittaient la ville, que le parti du Roi, qui s'y accroissait tous les jours , ne parvint enfin à l'emporter, d'autant que la fureur du peuple commençait à s'apaiser , et que ses yeux s'ouvraient en dépit des efforts de ses jséducteurs. Il commençait à s'apercevoir à quel point on l'avait trompé, et songeait à rentrer dans le devoir. Cette disposition fut augmentée par le départ du cardinal deMazarin, qui, vers cette époque, quitta le royaume. Aussitôt que la cour fut arrivée à Pontoise, il se prépara à la retraite devenue nécessaire pour ses intérêts autant que pour celui des affaires du Roi. Son départ enlevait à la révolte son principal prétexte , et l'objet qui choquait les yeux du peuple était éloigné de sa yue. Cette retraite était loin d'ailleurs d'ôler au cardinal l'espérance de son rétablissement dans le cas où lesaflTaires de Sa Majesté tourneraient favorable-

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ment; car il était [assure qu'il pouvait compter que la Reine ne lui manquerait jamais : et nonseulement le cardinal , mais tout le monde^ était persuadé que quand une fois elle avait donné sa parole , rien ne pouvait ébranler sa constance. C'était ^ en eiTet , une princesse d'une âme si ferme et tellement immuable dans ses résolutions ^ qu'on trouverait difficilement, en quel temps que ce fût, uoe personne qui l'ait égalée en ce point; mais jamaiscertainément on ne l'a surpassée : ellea donné de cette constance des preuves innombrables.

Quelques uns ont pensé que le cardinal aurait couru grand risque de n'être pas rappelé si M. de Bouillon avait vécu. On jugeait qu'habile et capable comme il l'était, ayant son frère, M. de Turenne , à la tête de l'armée du Roi , il aurait pu jouer assez bien sa partie pour sef faire nommer premier ministre. On ne saurait bien déterminer si lui ou te maréchal formèrent de semblables projets ; mais ce qu'il y a de bien certain, c'est qu'ils étaient à la cour les seuls en état d'entreprendre et de conduire une si grande affaire.

Pour revenir à celles de l'armée, lorsque les Espagnols furent rcjtournés en Flandre , M. de Turenne, comme on l'a dit, reprît sa marche vers Paris. Ce fut vers le comnîencement d'août que l'armée arriva à Thiais, à une lieue deGonesse. Elle y demeura jusqu'à la fin du mois. Ce

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poste convenait au maréchal, tant pour observer de là les mouvemens de l'armée des princes toujours stationnée de l'autre côté de Paris, que pour intercepter tous les secours que lui pourraient envoyer les Espagnols. Pendant son séjour en ce lieu, il apprit que le duc de Lorraine s'avançait de nouveau avec toutes ses troupes renforcées de plusieurs corps espagnols, sous la conduite du duc de Wurtemberg , et qu'il prenait sa route par la Champagne et par la Brie, . dans l'intention de joindre l'armée des princes. Cette nouvelle engagea M. deTurenne à marcher vers la Marne, et, dans sa route, ayant reçu avis que le duc de Lorraine approchait, il passa cette rivière à la nuit, et s'avança jusqu'à Saint- Germain, petit village situé à environ trois lieues de cette ville, et près de Cressi en Brie.

Arrivé en ce lieu, il reçut l'ordre de la cour de ne rien tenter contre le duc de Lorraine , et de ne point bouger d'où il était jusqu'à nouveatûL ordres, à moins que le duc de Lorraine ne s'ébranlât pour marcher vers Paris. Dans ce cas il devait faire tous ses efforts pour l'empêcher de rejoindre l'armée des princes. Cet ordre de la cour était fondé sur une négociation qu'avait entamée M. de Lorraine , qui avait envoyé pour cela son secrétaire , promettant de garder sa position sans avancer d'un pas jusqu'à conclusion du traité ou rupture des négociations ; mais , se-

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Ion son usage 9 il ne les avait entamées que pour amuser la cour , espérant gagner du temps par ses artifices et saisir l'occasion d'échapper à M. de Turenne , et de parvenir à gagner Paris ou à se joindre aux princes sur la route sans être obligé d'en venir à une bataille: et, si M. de Turenne, qui le connaissait mieux que ne le faisait la cour, ne s'en fût méfié davantage, il serait certainement venu à bout de son dessein ; car la cour , trompée par ses beaux semblans de négociations de paix , avait permis à spn secrétaire , en revenant de Fontoise , de porter à M. de Turenne Tordre de ne pas quitter sa position , en l'informant de l'état des négociations. Le secrétaire continua ensuite sa route , et il n'eut pas plus tôt averti son maître de ce qu'il avait fait, que le prince, au mépris de ses promesses , commença à se mettre en marche, espérant qu'il pourrait passer près de l'armée du Roi et arriver à Villeneuve- Saint-George avant qu'on fût averti de son mouvement ou en état de l'empêcher. Je ne dois pas oublier ici ce que répondit M. de Turenne AU secrétaire , que les promesses de M. de Lorraine et rien étaient pour lui absolument la même chose. En conséquence, et d'après Topinion qu'il avait de la sincérité de M. de Lorraine, il résolut de marcher le lendemain 5 septembre à Brie -Comte -Robert, pour être plus en mesure de s'opposer aux desseins de M. de

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Lorraine , dans le cas où , comme il n'en doutait pas^ il manquerait de parole comme à l'ordinaire, et continuerait d'avancer. On- entendît dire à M. de Turenne en cette occasion que, bien qu'il eût de la cour des ordres positifs de ne pas quitter sa position , comme il était moralement sûr que M. de Lorraine voulait le tromper, et que les intérêts de son maître exigeaient qu'il marchât , il pensait qu'il valait mieux risquer sa tête en désobéissant à ses ordres que de laisser , en les suivant,. M. de Lorraine le gagner de vitesse et passer près de lui sans qu'il pût l'atteindre.

11 se mit en marche le lendemain ma tin et envoya devant lui ses quartiers-maitres pour marquer ses logemens à Brie-Comte-Robert. Us y rencontrèrent ceux de M. de Lorraine, envoyés dans le même dessein; Il était en marche et comptait loger ce soir même dans la ville. Les quartiersmaitres du maréchal revinrent aussitôt lui rapporter cette nouvelle , et ils le trouvèrent avec l'avant-garde de son armée qui venait de passer un défilé. M. de Turenne , sans perdre un moment, le fit savoir au maréchal de La Ferté dont c'était le tour de commander l'arrière-garde , le priant de venir lui parler afin qu'ils décidassent entre eux ce qu'il y avait à faire dans le moment. M. de La Ferté n'arrivant pas aussi promptement qu'il l'espérait, il passa lui-même à Tarrière-garde ;>

laissant ses troupes rangées en bon ordre aux lieux où elles étaient alors ^ et le trouva au défilé. Après avoir conféré quelque temps ensemble^ ils changèrent de projet ^ et^ au lieu d'aller à Brie-Comte-Robert 9 ils résolurent de marcher directement sur Villeneuve-Saint-George , poste d'une grande importance. M. de Turenne^ pour ne point perdre de temps^ partit bon train avec sa cavalerie , ordonnant à l'infanterie et aux canons de le suivre avec toute la diligence possible. Il pria M. de La Ferté d^en faire autant y craignant beaucoup que le duc de Lorraine^ qui connaissait aussi bien que lui les avantages de cette position , ne s'en rendit maître avant lui; car il ne doutait pas que , diaprés les nouvelles qu'avaieat dû lui apporter ses quartiers-maîtres ^ il n'eût aussi renoncé au projet de coucher à Brie , et ne fit tous ses efforts pour s'emparer de Yilleneuve-Saint- George.

Le maréchal de Turenne ne s'était pas trompé dans ses conjectures; car le duc^ aussitôt qu'il apprit la marche des royalistes^ continua la sienne sur Villeneuve-Saint-George : en sorte que les deux armées marchaient chacune de son côté avec toute la diligence imaginable pour se prévenir et prendre possession de la ville. Quoique les royalistes eussent derrière eux la rivière d'Hyère, et fissent la plus grande diligence ^ l'avant-garde des ennemis était déjà dans la ville

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quand ils y atriverent , et M, de Lorraine se croyait si sûr de ce poste qu'il écrivit au prince de Condé une lettre datée de Villeneuve-Saint- George, pour lui apprendre qu'il y était : ce que *le duc sut ensuite de Tofficier même qui avait porté la lettre^ et qui^ en revenant de Paris 9 fut pris par quelques uns des gens de M. de Turenne. Il fut si surpris d'apprendre que Far mée royale était à Villeneuve-Saint-George , qu'o& put à peine lui persuader qu'il en était prisonnier jusqu'à ce qu'on l'eût conduit à M. de Turenne à qui ^ en présence du dac ^ il avoua le fait de la lettre.

Si M. de Turenne n'avait pas eu l'avantage du terrain ^ M. de Lorraine se serait indubitablement maintenu dans son poster mais quoique celui-ci eût gagné le maréchal de vitçsse et se trouvât déjà entré dans la ville avec son avant-garde; quoique même qyelques unes de ses troupes eussent déjà passé l'Hyère qui se jette en cet endroit dans la Seine, M. de Turenne, en arrivant avec son avantgarde sur la colline qui domine la ville et la rivière, cKassa l'ennemi et s'empara du pont sur l'Hyère par lequel on communique avec.une des extrémités de la ville. L'armée du duc de Lorraine était alors si près que son canon fit feu sur les premiers escadrons de la cavalerie royale qui se montrèrent sur le haut de la ville, et que les royalistes durent la possession de ce poste ,

DOQ-^ulement à la rapidité de leur marche^ mais encore à l'avantage qu'ils eurent de se trouver sur un terrain plus élevé.

L'ennemi voyant les royalistes en possession du poste où il avait compté s'établir ^ campa à environ une demi-lieue de là , près d'un petit château nommé Âblons, situé sur la Seine. Un jour ou deux après le prince de G)ndé marcha de Paris avec. toutes ses troupes et vint le rejoindre. Sa cavalerie et son infanterie avaient passé dans deux ou trois grands bateaux qu'il trouva par hasard sur la rivière.

Les. deux armées ennemies ainsi réunies se crurent sûres de la victoire^ car elles avaient enfermé l'armée du Roi dans un coin resserré entre l'Hyère et la Seine ^ et leur force était double delà sienne. Elles secrurentdoiic assurées que, lorsque les royalistes auraient consommé le pain qu'ils avaient dans leurs caissons, et qui ne pouvait durer tout au plus que quatre ou cinq jours, ils ne seraient pas en état de s'en procurer d'autre , et qu'ainsi on terminerait la guerre sans coup férir. Il y avait d'autant plus de motifs de le croire ainsi^, qu'à raison du passage récent des armées, la ville n'avait rien pu fournir aux troupes du Roi pour les aider à faire durer sa petite provision de pain; et de plus , le fourrage était tellement rare que , dès le premier soir de leur entrée dans la ville, plusieurs cavaliers avaient été forcés de

îyo MÉMOIRES

nourrir leur chevaux de feuilles de vigne. Tel l'ut le triste accueil quMIs reçurent à Villeneuve- Saint-George, et sans le bonheur qu'ils eurent de trouver , le soir de leur arrivée , quatre ou ^ cinq grands bateaux dont ils s'emparèrent pour leur usage, leur perte e'tait inévitable; cat* , sans cela 9 il aurait été impossible de faire des ponts 5ur la Seine , et par conséquent de subsister , cofnme ils le firent, en ce canton pendant un mois entier. Il était d'une très-grande importance pour eux de ne pas perdre de temps pour faire ces ponts. On se mit donc aussitôt à l'ouvrage , et en deux ou trois jours un des ponts fut achevé. Us firent des travaux de l'autre côté de la Seine pour couvrir ce pont et le second qui fut achevé quelques jours après. Pour finir ces ponts, on pourrait même dire pour les commencer, on s'était trouvé sans argent, sans bois de charpente , sans une planche. Les officiers d'artillerie suppléèrent par leur extrême industrie à tous ces inconvéniens et surmontèrent les difficultés d'une pareille entreprise à l'aide de trois cents pistoles qu'on fut forcé d'emprunter aux joueurs , car il n'y avait pas une telle somme dans les mains des intendans de l'armée. On abattit aussi quelques maisons pour en avoir la charpente. On prit les portes de toutes les auberges qui étaient en grand nombre dans la ville, et celles des autres maisons qui se trouvaient assez grandes pour sei>

y\r à cet usage. On les employa en guise de planches; et par ces moyens et quelques autres du même genre ^ on vint à bout de construire les deux ponts sur la Seine ^ et durant quelque temps l'armée du Roi put aller au fourrage de ce côté de la rivière.

Pour pouvoir se maintenir dans le poste où ils étaient , les royalistes travaillèrent à se retrancher du côté de Limay ^ le seul par où l'on pût les attaquer^ car ils étaient couverts à la droite par un bois^ à gauche par la ville et la Seine^ et sur les derrières par THyère; en sorte quHls n'avaient autre chose à faire qu'à fortifier leur front qui se trouvait tourné vers Liniay et Grosbois ; et il leur suffisait pour cela de continuer leurs lignes entre les cinq redoutes demeurées entières depuis que le duc de Lorraine avait campé la première fois à Villeneuve-Saint-George. Us travaillèrent en même temps au pont et aux fortifications.

Tandis que les royalistes étaient occupés de cette manière ^ l'armée ennemie quitta le bord de la rivière, et^ ayant laissé une garnison à Âblons, marcha du côté de Brie , comptant y passer THyère afin de mieux enfernier M. de Turenne de tous les côtés. Tandis qu'ils faisaient ainsi le tour, comme l'un des ponts sur la Seine se trouva fini, on jugea nécessaire de prendre le château d'Âbions, où, comme on l'a dit, l'ennemi avait

laissé quelques soldats. Ce château se trouvant sur la rivière gênait beaucoup la communication par eau avec Corbeil^ qui était le seul point par où l'armée du Roi pût se fournir de vivres de toute espèce.

M. de Renneville fut donc commandé avec un parti de cavalerie et d'infanterie , et deux pièces de canon , pour aller prendre ce château. Il passa sur le pont de bateaux oii M. de Turenne se trouva en peirsonne pour les voir partir et pour hâter l'achèvement de l'autre pont ; màis^ avant que Renneville pût arriver au château^ on vint avertir M. de Turenne qui se trouvait encore sur le pont , que quelques escadrons de cavalerieennemie commençaient à se montrerentre le bois et Limay. Il envoya donc sur-le-champ donner contre -ordre à Renneville ^ lui fit dire de revenir au camp avec ses troupes, et avança lui-même pour observer l'ennemi de plus près ; car, d'après le premier avis qu'il avait reçu, il pcinsait que l'armée tout entière marchait vers lui. Il ne fut pas trompé dans sa conjecture ; car , dès qu'il eut gagné le haut de la colline , il vit commencer à paraître l'infanterie j et, afin de pouvoir mieux juger si leur intention était de l'attaquer sur-le-champ ou s'ils voulaient seulement prendre position à l'endroit oii ils se trouvaient, il se mit lui-nîême parmi les escarmoucheurs. Comme tous ceux qui l'entouraient, au

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nombre desquels était le duc d'York^ étalent bien montés^ ils approchèrent si près de l'ennemi^ qui dans l'escarmouche avait cédé le terrain, qu'ils se trouvèrent à portée de faire leurs observatioiiis ; mais M. de Turenne qui ne voyait pas bien de loin, ne voulant pas s'en fier à sa vue, pria le duc d'observer aussi exactement qu'il lui serait possible et de lui rendre compte de ce que faisait l'ennemi. Son Altesse royale fut la premlèreà l'assurer que les ennemis se retranchaient, ce que confirmèrent bientôt quelques autres personnes de la compagnie. Assuré de cela , il se retira dans son camp , grandement satisfait de ce que l'ennemi ne songeait pas à venir attaquer ses lignés qui , n'étant pas encore achevées , ne pouvaient opposer une grande résistance.

Il ordonna donc que, pour les fortifier, on les garnit de palissades : ce qui fut exécuté dans l'espace de six heures , tous les régimens , tant d'infanterie que de cavalerie, travaillant sans relâche chacun à la portion de la ligne qui se trouvait dans le lieu où il était posté. Cela fait, l'armée commença à se croire passablement en sûreté et s'occupa à ouvrir par derrière les redoutes qu'avait laissées le duc de Lorraine lorsqu'il avait campé en ce lieu. On jugeait plus avantageux de les tenir ouvertes que de les conserver entièrement fermées par derrière; car, ^û cas que l'ennemi en eût emporté quelque

une , il eût été' difficile alors de la recouvrer; En même temps que le prince de Condë arrivait et se campait à Lîmay devant l'armée royale, le duc de Lorraine avec son armée était venu se loger à une lieue environ des royalistes , sur un ruisseau qui coulait entre eux et Brie. Ils étaient donc si entièrement bloqués que l'ennemi se croyait assuré de les tenir^ et pensait qu'en très- peu de temps il les affamerait ou les obligerait à tenter quelque coup désespéré. Le prince de Condé , qui n'était qu'à une portée de canon des lignes de M. de Turenne , s'était retranché très-fortement. Ensuite il s'occupa à faire un pont de bateaux sur la Seine , environ une lieue au-dessous de l'armée royale , et de l'empêcher par ce moyen d'aller au fourrage de ce côté de la rivière ^ ne laissant aux royalistes nul lieu où ils pussent aller sans danger^ ni le moyen de faire venir en sûreté aucun convoi de Corbeil ; car les troupes du duc de Lorraine étaient continuellement aux champs en petites parties^ et empêchaient autant qu'elles le pouvaient toute communication entre les royalistes et cette ville sur la rive de la Seine, du côté de Brie; et les troupes du prince de Condé , lorsque le pont fut fini, apportèrent le même obstacle de l'autre côté. Mais, avant que le prince eût achevé son pont , M. de Turenne envoya un parti de cavalerie et d'infanterie avec deux pièces de canon ,

et prit AbloDS , ce qui assura la communication par eau avec Corbeil, et il fit aller au fourrage avec une telle activité, que son armée se trouva pssablement approvisionnée, ayant fourragé, entre Paris et Juvisy, tout le pays jusqu'à une distance raisonnable du camp ; mais , lorsqu'une fois le pont du prince fut fini , ce fut un grand travail que de mettre en sûreté les fourrageurs , et s'il fut arrivé inalheur à un de ces corps , la situation de l'armée du Roi était désespérée; car on se trouvait alors réduit à de telles extrémités, qu'on était obligé d'envoyer avec les fourrageurs la plus grande partie de la cavalerie , et un peu d'infanterie; et ce qui rendait la chose encore plus difficile , c'est que l'on commençait à être obligé d'envoyer si loin qu'ils ne pouvaient revenir le même jour,

A la fin les généraux du Roi trouvèrent un expédient qui prévint ce mal et fit que l'on put aller au fourrage avec aussi peu de danger que le comportait ce genre d'expédition. Voici comment on s'y prit. Avant de faire sortir les fourrageurs , on envoyait sur les deux bords de la rivière, du côté de Corbeil > des partis de cavalerie pour découvrir s'il n'y avait pas d'ennemis en campagne. En même temps , il en venait d'autres de Corbeil, car on y avait laissé dans cette vue trois cents hommes de cavalerie qui s'y étaient rendus après la prise de Montrond.

Ceux-ci venant donc de Corbeil rencontraient à moitié chemin les fourrageurs; et^ après que les deux troupes s'étaient inforipées mutuellement <le ce qu'elles avaient aperçu , elles revenaient chacune d'où elles étaient venues; et, selon l'état des choses, les fourrageurs s'avançaient ou s'arrêtaient. Alors ils fourrageaient au-delà de Cor- ' beii , en passant la rivière d'Essonne, qui se jette en cet endroit dans la Seine. Une fois de l'autre côté, ils étaient en sûreté et pouvaient rassembler tranquillement leurs provisions. Ils s'y arrêtaient pour faire reposer leurs chevaux pendant la nuit y puis retournaient à Corbeil; de là, avec les mêmes précautions , ils retournaient au camp 9 quelquefois le long d'un des bords de la rivière, quelquefois sur l'autre, selon que l'un ou l'autre avait paru libre d'ennemis. De cette manière, il n'arriva jamais, le moindre accident à aucun de leurs convois de fourrage , et l'on peut dire avec vérité que le sort de la monarchie française dépendait de chacun de ces convois; car, s'il fût arrivé malheur à l'un d'eux , l'armée était perdue , et la ruine du trône devait nécessairement s'en suivre.

Tandis que l'armée royale demeurait bloquée de cette manière , elle n'était pas pourtant entièrement oisive : ses postes parcouraient le pays de ce côté de la rivière qui se trouve vers Orléans,, et poussaient jusqu'aux portes de Paris, non sans

une grande incomittoditë pour cette ville dont ils interceptaient tout le commerce de ce côtë-là ; de Fautre^ les Parisien^ n'étaient pas moins yexes par les troupes de leur propre parti ; en sorte qu'en peu dé temps ils sentirent quels sont les maux inséparables du voisinage de deux armées 5 et les portèrent d'autant plus impatiemment que le prince de Condé les avait assurés positivement qu'ils n'auraient pas été plus de dix jours à Villeneuve-Sainl-George, que la guerre serait finie , parce que l'armée du Roi serait contrainte de se rendre faute de vivres , et que par conséquent Paris serait délivré de la charge de tant de troupes. Us se leurrèrent quelque temps de cette chimère et des assurances qu'on leur donnait chaque jour que les choses tiraient à leur terme; mais quand ils se virent à la fin trompés dans leur attente^ et qu'il n'arrivait rien de ce qui leur avait été promis , ils se trouvèrent beaucoup mieux disposés en faveur de la cour qu'ils ne l'avaient été d'abord , et cette situation commença à leur inspirer la pensée beaucoup plus convenable de retourner à leur devoir. Ils commencèrent à considérer sérieusement la folie qu'ils faisaient de se laisser dévorer par des étrangers sans en pouvoir espérer aucun avantage pour leur ville ou pour la nation ^ mais seulement pour, servir de prétexte à .quelques ambitieux et les aider dans le dessein pernicieux d'usurper à leurs 1. 12

dépens le |30UToir souverain. Une fois que ces idées raisonnables furent entrées dans lipUT esprit ^ il ne fut pas difficile aux partisans du Ho^î^ quiéiàient dans la ville^ de profiter die ces butines dispositions et de fomenter la mésintelligence qui commençait à s'e'lever entre ks Parisiens et le prince. Le cardinal de Retz ne manqua auc^i^ occasion de prendre sa part de ces loyaux efibrts> et les divisions dans le parti s'accroissant chaque jour , il s'éleva à plusieurs reprises dans Paris dé violens désordres , qui augmentèrent le courage du parti du Roi et diminuèrent le crédit des boute-£eux qui jusques alors avaient eu nne grande influence sur le bas peuple. Ces nouveaux troubles rappelèrent ce qui s'était passé à l'hôtel de ville , perdirent les princes dt t^putatioa , et permirent aux Parisiens de discerner claireiitteot les ambitieux projets qu'on avait formés^

Pour revenir à l'armée bloquée à \^illeneave- Saint -George, il ne s'y passa aucune affaire importante; car là circonspection avec laquelle les généraux disposaient les convois de fourrages ne permettait point à Fennemi de les inquiéter , et les retranobemens étaient si forts qu'il n'osa point se Hasarder à une atta<]U«« Cependant il y avait de ftiéquentes^escarmoucbes, inévitables vu la proximité des villes et la sortie journalière de quelque parti de l'armée royale pour aller au fourrage. Un jour entre aulnes il y en eut une fort

consiâérabie à l'occasion d'une visité que fil ie duc d^Otléans à l'artoée des rebelles. Lôt'scju'il arrfvû au quartiel* dti prince de Cottdë, plus'iM'r^ desjeutt'es gens de qualité^ Ttfebtiîs aVec lui de Paris> Wulurent faite parade de leur bravoure et ^rtireât des lignes pour fair^ le coup de hiatii avec tes soldats dhlfloi , 'qui > tes voyant s'avahcer en alliez gtand t)ombre> sortiiiant ^gàlem\ent dès leurs pdur lescèthbattk^e. On Ait au moi^ent d'en Venir à un engagé mekit général conti^ le giié dés ctiêfe; car^ non-^e^iéhiènt la cavalerils était à la picoite'edaûs k plaine^ inàis pliisS^ut^ de^eux dè^ lioldatsde rihfanterie> qui .'il'étai^t pas alors dé garde y étaient occupés de même dahs lés tign^s plàtiVées sur le fiaiic et lé loug dti s^mhîét cte là colline. Lés roldntaiJres royaux > qiii étaient f&tt peu iitotttbt*ettx , et quielqtaés autres éscarint)ucÏÉé^ts égftléttiébt à cheval ^s'engagè)renrt. si âvam <^éM. de Turéùile ftit obligé d'envoyer, pôttlles dégagei^, M. le mafqui^ de Richelieu à la tête dé plusieuiis petitis corps de câVàlerie d'eriviron viîigt h^nïmés chïicun : ce que lé pritiCe ayant reméH{Wé , il eti fit autant de «6h côté , de Icraiiité qti^îl ta'arriVàt quelque malheur à feeâ gens ; en sIMife que chacUh se retit%i dans ses lignes , cai* il iiJBAt dàngèiietit pour la cavalerie d'être loiig^ ietapÈ bôt^s des retrànbheihens : car telle était Ih pirotimité dés lignés que^ comthe elles étaient gârnlèfe tte tàitoiiîs , lôk^qu'on tirait slir qilei(JUe

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cavalier 9 le boulet allait d'ordinaire tomber dans le camp opposé. Il y eut dans cette escarmouche plusieurs personnes tuées ou blessées > tant des royalistes que du parti des ennemis. Les premiers perdirent le marquis de.... ^ tué sur le champ, de bataille; un capitaine du. régiment de. Douglas ^ nommé Tivy , fut fait prisonnier^ P<u de jours après ^ il s'échappa et apprit à M. de Turenne que le prince de Condé ^ malade , avait quitté l'armée et s'était rendu à Paris ^ où les chefs de la faction s'efforçaient de soutenir leur parti en décadence par la &usse espérance de voir bientôt l'armée royale périr faute de vivres. Je ne sais si les meneurs le croyaient ou non 9 mais il est certain qu'en ce cas ils prirent de fausses mesures ; car plus l'armée demeurait à Villeneuve-Saint-George, et mieux elle était apprqvisionnée, la rivière lui apportant facilement de Corbeil tout ce qui lui était nécessaire. Il se fît alors une action si mémorable y qu'on ne saurait se dispenser de la rapporter. Un nommé Seguin y capitaine de cavalerie du régiment de Beaulieu , sortait très^souvent en partisan ; étant im jour en campagne avec une centaine de cavaliers ^ et s'étant mis en embuscade pour tomber plus avantageusement sur les fourrageurs ennemis , lorsqu^U les vit établis et occupés à leur ouvrage 9 ils'élança pour les attaquer; mais au lieu de charger , apercevant un escadron de

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cafalerie posté à quelque distance sur une hauteur^ et qu'il crut être leur seule escorte , il prit la résolution de le combattre. Il marcha donc au grand trot vers cet escadron; roais^ en approchant , il en aperçut quatre autres. Aussitôt, se tournant vers ses gens , il leur dit qu'il était trop tard pour songer k la retraite , et qu^il fal* lait chercher leur salut à la pointe de leur épée; qu'ils n'avaient d'autre moyen de s'en tirer que de se partager en cinq troupes, dont chacune attaquerait un escadron ennemi. Cela se fit ainsi : ils se rangèrent sur deux lignes^ seulement, etattaquèrent l'ennemi si Tigoureusement qu'ils le mirent en déroute^ lui tuèrent soixante hommes sur la place, parmi lesquels se trouvaient quelques officiers, et firent cinquante prisonniers , dont un major et un ou. deux capitaines. Ce fut le vieux régiment de Wurtemberg qu'ils défirent ainsi.

La cour , pendant tout ce temps y était à Pontoise ou à Saint-Germain , entretenant toujours des intelligences avec Paris; bien infermée de l'état des affaires en cette ville et des mécontentemens que causaient aux Parisiens la conduite des princes et la continuation de la guerre à leurs portes mêmes. Voyant donc la disposition du peuple devenir de plus en plus favorable, et cha-r que jour améliorant la situation du parti royaliste , elle fit demander aux deux maréchaux de Tnrenne et de La Ferté s'il leur était pos8U>l€i

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de tkeii teujr armée d'où ils étaient sans étsè insultés' p^r l'ennemi. Dana le csm où ib le ppur* raient^ on lea engageait à en sortir et à s'efforcer de seconder la cour dans Us projets qu'on suivait aloT9 à Paris. Les généraux ayant reçu ces ordres commeucerent à s'occuper- du départ de l'armée^ Ils firent construire douze ponts sur l'Hyère^ sous prétexte dé les faire servir aux f#urrageurs , et en Hkême temps envoyèrent commander aux troupes postées à Çorbeil de construise quelqi;^es redoutes sur unehauteur située devant celte ville ^ aussi sous lé prétexte d'assurer la retraite dies fourrag^irs dans le cas où ils seraieMatt attequés de ce câté.

Ces oydres exfe'cutés^ le 4 octobre^ une heure avayot le cauelier du soleil , on commanda aux tronpes de se pséptarer^ à^as le pkis grand silence ^àr se mettre en marcli«. Gomme il commençait h faire SMMiJN^e ^ le V^gage eat ordre de. sfi> diri^r tera Corbeil^ le long du rivagp le plus bas de kii rivière. Quelques dragons et quelque cava^ lerie« eur-ent ordre dje marcher à leur téte^ et de s'aller plaœr sons les redoutes fvrès de CorbeiK Sitôt que les bagages eurent passé les petits ^ les ta*oùpes se mirent en marche dans l'ordror prèseifit; mais les gardes el les sentinelles demeuré-: re»t sur les lignes jusqu'à ce que l'armée tout entiève eût passé les ponts. Alors on les retijra et Im petits &vent rompus pour ôter aux ennemis les mdj^ns dé poursuivre l'armée en cas qu'ils s'aper-

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çuss^t de la retraite; làais ils étaient si loin de ri6iï soupçonner de semblable ^ qu'ils avaient fait le projet d'attaquer cette nuit même le. régiment de Nettencour ^ posté de l'autre côté de la Seine ^ dans un ouvrage que les royalistes avaient fait pour défendre Icui's deux ponts sur cette rivière, et dans lequel on avait mis aussi quarante chevauz. Afin d'emporter plus aisément ce poste , et d'oter à ceux qui le gardaient tout moyen de secours, ils avaient fait détacher et abandonner au courant plusieurs de ces grands trains de bois qui arrivent d'ordinaire le long de la Seine, à Paris, pour sa consommation, pensant que lorsqu'ils viendraient à frapper sur les pouts , ils les rompraient infailliblemenl. Ces trains , emporta par le courant duranft an espace d'une lieue au-dessus des ponts , eurent l'dQTèt qu'on avait attendu ; car , un moment avant qite les troupes qui étaient retranchées dans l'ouvrage dont on vient de par- 1er reçussent Tordre du départ, le major , qui était allé trouver M. de Tureone pour savoir quand il serait temps de sortir et d'aller rejoindre le reste de 1 armée, étant revenu leur apporter les ordres, trouva le pont rompu; il re-* tourna sur ses pas et rendit compte de la chose au général, qui leur fit passer l'ordre de se rendre à Corbeil le long du bord de ia rivière sur leqi^l ils se tix)uvaient , ne pensant pas devoir retarder sa marche pour attendre qu'il les

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eût fait passer eux et leurs bagages , d'autant que la plupart des troupes avaient déjà passé les autres ponts. Cependant celle-ci eut le bonheur d^ ne rencontrer aucun obstacle dans sa route , et le lendemain rejoignit rariiiée à Corbeil.

Un peuavant le jour, le détachement commande pour emporter cet ouvrage que les royalistes venaient d'abandonner , s'en approcha, et non-seulemen^t trouva le poste désert, mais s'aperçut que toute Parmée avait décampé. Ce fut la première iu)uyelle qu'en eut l'ennemi. On alla avertir les chefs; mais il était déjà trop tard pour tomber sur Tarrière-garde * de l'armée royale* Eussent-ils même été avertis plus tôt , et eusseotils essayé de la poursuivre, il est très-probable qu'ils ne lui auraient pas fait grand mal ; car , après avoir marché une lieue ou quelque peu plus , elle se trouva sur un terrain si favorable , qu'elle n'avait plus à craindre la supériorité de l'ennemi. D'un côté était la rivière , de l'autre la forêt de Senars, en sorte que l'ennemi ne pouvait tomber sur ses flancs , et que la distance de Tun à l'autre n'était pas assez large pour qu'elle ne pût couvris le terrain dans toute son étendue ; en sorte qu'elle n'avait pas à craindre d'être débordée, et, en approchant de Corbeil, l'espace allait toujours se rétrécissant.

L'armée royale arriva de cette manière sans aucun obstacle et sans avoir été attaquée à Cor-*

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beil où ses derniers balaillons entrèrent ayant le lever du soleil. Elle y demeara tout le jour, et, n'étant pa» certaine que rennemi ne TÎnt pas Fy attaquer se mit aussitôt à FouTrage et retrancha son camp , bien que ce ne fôt que pour y passer la nuit. Le lendemain matin 6, on repartit et on alla ce soir»là jusqu'à Chaume, dans l'intention de passer la Marne à Meauz et de là de rejoindre la conr«

Cette première journée de marche pour aller à Chaume fut très - lotogue , d'autant que l'ennemi pouvait venir livrer bataille aux royalistes s'il l'avait voulu. Aussi, durant tout le jour,' l'armée marcha en si bon ordre qu'elle pouvait en un quart-d'heure être rangée en bataille; l'aile qui formait la tête avançait sur deux colonnes à la tétedesqtielles étaient les deux premiers escadrons de chacune des lignis de cette aile, telle qu'elle devait être rangée dans Fordre de bataille. L*escadron de première ligne marchait à gauche, celui de seconde ligne à droite. Les autres venaient ensuite observant entre eux la distance accoutumée et dans le tnême ordre que les premiers. L'infanterie suivait la cavalerie dans le même ordre; la première ligne d'infan* terie marchant derrière la première ligne de cavalerie, et la seconde après la seconde ligne. Les gendarmes marchaient à leur place accoutumée dans l'ordre de bataille entre les deux lignes d'in-

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ianlerie^ et Vautre ailedHafaolerie suÎYait la cavalerie daofi la méoie ordonoance ; en. sarte que si l'eimeini était veou charger^ Ui^'y avait autre chose à faire qu'une éi^lution à gauche poor se trouver ea bataille y comme qd peut aisément k Y^ir par le plau suivant (i).

Le train d'artillerie et les cabsons étaient à la droite de l'inlanterie et le bagage à la droite de l'artillerie. L'armée royale marcha dans cet ordre tout le long du j«ur^ attendant toujours Feunenati qui ne vint point i'inquiéter; et> ce joarlà possé. ^ elle cessa de craindre d'être attaquée^ et Ijes jours suivans elle mavcha plus coinmodément et avec moina de circonspection. Après avoir passé par Presles^ Tournan et Quincj, le premier ootohve^ elle passa la Marne près de Meaux et eatnpa le même soir à Bm^st. De là elle marcha à Mont-rÉvêque^ pais à Courleuil .où eUe.s6 mit à couvert derrière la rivière qui y pasâe^

Taii^dls que l'armée poursuivait sa maroke, Venja«mi était demeuré an grande perplexité et cenfondu que l6$ royalistes lui eussent, échappé d'une manière si inattendue ; ce qui ruinait le crédif du pasti auprès dea Parisiens, car on leur avait assm:é eha<|ue jour qu'on allait prooïpte-

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(i) Ce plan ne s'est point trouvé , lion plus que plusieurs autres également annoncés. ( Note /h i^ Éditeur. )

xncuat teirininer la guerre a^ec l'armée du Roi^ et e^tl^e espérance une fois éyanouie y les yeux du peuple achevèrent de s'ouvrir , et il reconnut qu'on l'avait trompe sur tous les points. £n même temps ^ fatigué de l'intolérable fardeau de la guerre et de tant d'armées continuellement à ses portes , il sentait augmenter le désir* de se délivrer à la fois de toutes ses afilictious par le retour de son Roi. Ces bonnes dispositions étaient ci^Uivéesp3r le cardinal deRet^ et autres du parti du Roi. Comme il s'augmentait chaque jour ^ le priaee et le duc de Lorraine jugèrent qu'il n'était pas de leur intérêt de rester plus long-temps avec liaurs armées daifis les environs de Parb ; car ils voyaient^ par espérimice^ que plus ils demeu* raient près de cette ville ^ plus le nombre de leurs partisans y déeroissait^ et qu'ils n'avaient le moyeu de conserver le peu. qui leur restait encore que d'en éloigner leur armée et de porie^ la guerre plus loin. D'ailleurs l'hiver arrivait et le pay^ ai»x environs de Baris-était piresque entièrement dévoré; en sorte qu'il aurait été trop difficile d'y faire subsister une armée. Ces raisons, et peut-» être d'autres encore^ que Ytm n'a pas sues> les obligèrent à prendre le parti de quitter Paris^ et il leur parut qu'ils u'avaient d'autre ressource que d'aller hiverner en Chaiii|ttgne et eaL^rraiâie. l/ajrm^ espagnole devait les joiudre à Rethel et les aider à prendre dans le poys les

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places nécessaires pour assurer leurs quartiers d'hiver. Quant au duc d'Orléans et à sa fille Mademoiselle 5 on jugea nécessaire qu'ils demeurassent à Paris pour employer tons leurs efforts et toute leur influence à empêcher cette ville de recevoir le Roi.

Ces résolutions^ une fois prises^ furent promptement mises à exécution; car environ le i4 octobre^ Tarmée du Roi étant à Courteuil près de Seniis ^ l'armée du prince passa auprès se rendant en Champagne.

Quand on sut à la cour que l'ennemi avait quitté Paris 9 on jugea que l'intérêt du Roi était d'y rentrer , et M. de Turennequi avait une fois déjà proposé au conseil que la cour se rendît directement à Paris ^ alla à Saint -Germain oii elle était alors ^ pour le proposer une seconde fois. Il exposa la nécessité de cette démarche ^ fit comprendre que c'était le moment le plus favorable pour la hasarder ^ qu'il ne fallait pas laisser au mécontentement des Parisiens contre les princes le temps de s'adoucir par leur absence. Pour fortifier cette opinion il fit voir clairement ^ que si le Roi n'était pas maître de Paris y il n'y avait pas moyen de se procurer des quartiers d'hiver pour ses troupes et que par conséquent il lui serait impossible d'avoir^ pour le printemps suivant , des forces suffisantes à opposer à la puissante armée qu'on aurait alors sur les bras ; car

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si Paris refusait d'admettre le Roi , les autres grandes villes suiYraient infailliblement son exemple. Il conclut en affirmant que tout dépendait des succès de cette affaire. Ces raisons^ que l'on se contente d'exposer ici légèrement^ furent développées si complètement et d'une manière si convaincante au conseil par M. de Turenne , qu'on s'arrêta à la résolution d'aller k Paris coinme absolument nécessaire. La cour partit de Saint-Germain. Il fallut passer par St-^Cloud, car les autres ponts avaient été rompus ; on était déjà dans le bois de Boulogne lorsqu'on vit arriver de Paris quelques uns de ces gens qui^ toujours occupés à ménager la chèvre et le chou^ s'adressèrent à quelques uns des membres du conseil pour leur représenter le danger d'une pareille démarche et combien il était périUeux de hasarder dans Paris la personne du Roi et de son unique frère. Us leur remplirent tellement la tête de méfiances que ceux-ci s'approchèrent aussitôt du carrosse de la Reine oïl était le Iloi pour lui répéter ce qu'on venait de leur dire et les dissuader d'une entreprise désespérée : sur quoi la reine fit arrêter sa voiture, et appeler le reste du conseil ainsi que M. de Turenne y pour délibérer sur ce qu'il y avait à faire.

Après avoir discuté quelque temps la chose , tous furent d'avis que Leurs Majestés retournassent à Saint-Germain , excepté le seul M. de Tu-

rëgimeos de La Ferté et drVork, avec quelque cavalerie de celle de M. de La Ferté, pour se mettre dans Sainte-Menebould et les places du comté de Bar. M* de La Ferté lui-même s'était rendu à Nancy pour défendre , du mifeux qu'il pourrait , son gouveroement de Lorraine , se doutant bien que le. projet de l'ennemi était d'y prendre ses quartiers d'hiver , comme il le fit en effet.

Le duc accompagna M. de Tureone 9 qui marcha à la tête de son armée directement vers la Champagne. Sur la route d'Épernay, ils logèrent le 2 novembre à Baslieux , oii ils furent obligés de s'arrêter un jour entier , pai^ce que les soldats , arrivant après les vendanges d^ns un pays si abondant en vignes, avaient trouvé une telle quantité de vin nouveau, que, de toute l'in&nterie il n'en retint pas assez au quartier pour former la garde ordinaire du duc et de. M. de Turenne; on ne partit donc que le 4» ^^^^^^e M. de Turenne eut rassemblé tout aon monde. On continua la marche par Dizy , près d'^Êpernay, ou Qu passa la Marne le 5 novembre , pour mettre cette rivière entre l'arméç royale et l'arviée ennemie, qui était alors auj^ environs de RetheL L'armée du Roi ne se trouvait pas eu.&ree suffisante pour 3'avenlurer dans ce payç découvert^ plus près de celle d^s princes ; car, outi^ c&<que )e prince de Coudé et le duc ^e Loj^raine avaieat ^mené de Paris, le comte de Fuensaldagne les

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avait rejoints avec une partie considérable de l'armée ^pagoole. Onjagea donc que le mieux était de les suivre à une certaine distance ^ laissant tou^ jours entre eux et Tarmée royale quelques rivières ou de grands défilés, et un intervalle assez considé* rable pour ne pas courir le risque d'être surpris ou forcé d-en venir aux mains à rimproviste.

Le 6 on arriva à Cheppes , un peu avant Vi^ try-le-Françaisj et, après y avoir séjourné trois ou quatre jours , l'armée passa la Marne et se logea à Yitry-le-Brûlé. De là elle arriva le i6 aa faubourg de Yitry-*Ie*Français, dirigeant tou*-* jours ses mouvemens sur ceux de l'ennemi. Pendant que l'armée du Roi se trouvait dans ces Bn-* virons » l'ennemr prit Sainte-Menehould le 1 3 novembre , et de là renvoya ce qu'il avait de troupes du duc d'Orléans , qui eurent permission de re<venir en France j à condition de ne pas servir durant le reste de la campagne , ni en aucune autre dans cette partie du pays. Ces troupes se rendirent dans les quartiers qui leur furent désignés eh Picardie, et l'année suivante on les envoya servir dans les armées employées sur les autres frontières de France. Ensuite l'ennemi alla assiéger Bar-le*Duc, où M. de La Ferté avait mis pour commandant un nommé Roussillon à la tête d'une garnison suffisante pour garder la place plus longtemps qu'il ne le fit. Telle était la folie de cet homme, qu'il re&sa un renfort. L'ennemi étant I. i5

encore à Sainte-Menehauld ^ M. deTurenneaTaU envoyé à Saint-Dizier cinq cents hommes d'inianteriè^ arec ordre.de marcher à Bar-le-Duc si le goavemeur en avait besoin; il repondit qu'il ayait assez de monde , remercia M. de Turenne du soin qu'il prenait de lui y et l'assura qu'il était bien préparé à recevoir l'ennemi quand il oserait s'approcher. LorsquUl fut au moment d'être investi y il le fit savoir à M. de Turenne^ lui pi;omettant de nouveau de lui rendre bon compte de la. place. . ^

. Ce fut lé i& que M. de Turenne reçut la nôn^ vellfe du siège. Il était à Vitry-le-Français, d'où il se mit en route pour ^al 1er soutenir Bs^r-le-Duc le plus promptement possible ; et^ fifin que l'ennemi ne pût avoir avis de son approche > il repassa la Marne à Vitry > et laissant la rivière sur sa gauche > il côtoya ses bords et arriva au point du jour à Saint-Dizier. Là il fit halte pour laisser reposer son armée pendant quelques heures; rpais au moment oii il se préparait ^ se remettre en marche 9 il apprit que la ville et le château s'étaieût rendus à l'ennemi. Il prit donc ses quartiers en et lieu. Cette affligeante nouvelle surprit excessivement les royalistes; et ils y fureqt d'autant plus sensibles qu'ils se voyaient déchus de l'espérance qu'ils avaient eue non-seulement de secourir la place 9. mais encore de défaire l'ennemi^ ou du mpins de l'obliger à uqe retraite

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si précipitée qu'il fût force d'abandonner son Imgagé-et ses canons. Jamais certainement entre-^ prise n'ayâit été mieax conçae^ ni pllus sagenient exécutée; car, bien que Farmée royale fit fort inférieure en nombre à l'ennemi , telle était la disposition du terrain qu'elle ne pouvait courir le moindre risque en marchant à sa rencontre , attendu que cette partie du comté de Bar est couvertedebois* M.deTurenneavaitaTecluisix mille hommes d'infanterie bien discipilnéâ. Son armée avait reçu des renforts d'infanterie et de cavalerie yen u» des garnissons d'Artois et de Picardie, et de quelques autres provinces , qu'on avait pu dégarnir sans crainte , depuis que l'eiïnemi avait ^ qditté la Fram:e et s'était éloigné de ces quartiers-là.

A la faveur des bois dont j'ai parlé , et grâce à la rapidité de sa marche, M. de iTurenne pouvait raisonnablement espérer d'arriver sur l'ennemi avant qu'il pût être averti de son approche; D'ailleurs il n'aurait pas gagné grand'chose k l'être ; xar telle est la dispositidn des lieux et le délsaVantage de ceuï qui attaquent là ville contre celui qui vient pour la secourir de ce côté, qu'il leur est impossible de défendre leurs retranchemens, car les bois s'étendent jusqu'à une lieue de la ville , et entre les bois et le château se trouve une plaine spacieuse. Le château et la ville supérieure sont bâtis sur le plateau, et sur

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le bord d'une descente qui conduit à la \ille basse. Un ruisseau^ ou petite rivière^ cotrle daos le fond; te fond est^troit^et'la mmiteedes deux côtés rude et fècheuàe ; en sorte que M. de Tu<renne n'aurait eu ajQTaire qu'à ceux des «nnemis qui se trouvaient de son coté de la rivière^ et ils auraient mal passé leur tempe entre son armée et le château. Il leur aurait été également impossible en^lte de garder leur position entre 4e bois et le château , et de faire leur retraite en bon ordre. Ainsi donc , selon toute probabilité y il les aurait poussés de -manière à les culbuter les uns sur les autres. Et tel était lé plan de M* de Turenne lorsqu'il pensait trouver toute l'armée réu* nie en un seul corps ; mais il est vraisemblable que les royalistes auraient eu la besogne beaucoup plus facile; car* le comte de Fuensaldagne avait déjà> quitté l'armée et emmené avec lui la plus grande partie <le ses troupes , ne croyant pas M. de Turenne aussi fort qu'il l'était j et s'imagi* nant que ce que le prince de'Condé et le duc de Ijorraine avaient de monde avec eux suffisait pour tcfnir tout le comté de Bar et assui^r leurs quartiers d'hiver.

L'imprudence et la présomption du oommaxidant de B&r-le^Duc firent manquer le plan si bien conçu par M. de Turenne : et certainement on ne s'est jamais montré plus inconséquent que cet écervelé de gouverneur; Car^ bien qu'il eût

fait savoir u IVI. - de Tureone qu'il s'aiteDdait à éère investi , et qae Tianiiemi marchait vers lui y sa stupide négligence dUa jusqa'à laisser sur-* prendre les quatre meilleures compagnies de sa gàrmson dans ta. ville basse ^ défendue par un mur assez fort y et entourée d'un fossé avec de l'eau; en sovtep qu'on - auvait pu la défendre fa* cilement jusqu'à cer qu'il y eût Une brèche de ^te. L'ennemi s'eh rendit -maître dès la première nuit de soR arrivéc^Cependânt il ne jugea pas devorr attaquer de ce côté ; mai»le lendemain il diressa dans l|i plaine une batterie contre le château y et n^oiil'pas plutôt tiré quelques coups ^ ({ne le gouverneur envoya demander à parler HiéBter avant qu'il' y eût à ses murs apparence (le brèche 9 et qU-il convint de sortir de la place le lendemain matiR% A la prise de cette ville M. de Lorraine perdit M. Faug«^ lieutenant-général j et le meilleur officier de son armée. Il fut tué la nuit qui suivit la prise de la ville basse y et cela par le plus bizarre caprice de folie qu'on paisse imaginer; car étant à souper avec le prince de Condé et plusieurs autres dans une des maisons voisines de la ville haute ^ au milieu de leur oi^ie, il s'anima si bien que^ par une brayade insensée;^ il alla se placer à la porte de derrière^ une serviette sur la téte^ afin qu'on le distinguât mieux dans l'obscurité de la nuit et pour attirer les coups de l'ennemi. Le chevalier de-Guise et

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le prince de.Condé lui-^même courarent après lai pour Je ramener; mais^ avant qu^ils eussent pu \ifi £iire rentrer^ il avait été atteint d'unO' balle qui le tu!i.

La* prompte reddition de cette ville rômpit non-seuleiàent les mesuves qu'on. avait, prises pour la secourîr^ et battre les ennemis^ mais elle eut encore de plus fâcheuses conséquences ; car elle leur donna le temps deserendre maîtres de Ligny , Voye et Commercy •: car M. de Tu-^ renne ^ ignor-ant que M. de Fuensaldagne eàt quitté l'armée y n'^osa pas s*appvocher de trop près^ et resta deux ou trois jours à Saint-Disier.. Fendant ce temps > ils prirent les places que je viens de nommer y qui n'avaient point de garni-» sons y et firent peu ou point de défense.

Be Saint-Dizier ^ l'armée royale. s'avança sur les pas de l'ennemi et vint, à Stainvilie^ eii elle; reçut UQ renfort considérable venant de Normandie , et composé du régiment de cavalerie du duc dé Longueyille y consistant en trois cents hommes^ et de son régiment d'infanterie qui étiait d'environ douze cents hommes. Avec eux vint' aussi le régiment du comte, de Bristol et sa compagnie d'ordonnance; et^ quoiqu'ils fussent tous de nouvelles recrues ^ excepté la compagnie d'ordonnance^ et qu'ainsi on ne pût en attendre un grand secours , cependant ils servaient à faire nombre. Ce fut à Stalnville que M^ de Tu^

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rétine ap|)ritque le comte deFueMaldagne avait quitté ayec ses troupe Fartnëe des princes. Ayant reçu cet a^is le ^5^ il marcha le lendemaia pour livrer bataille au prince de Condé et ai^ duc de Lorraine, et, en cas qu'ils Té vitassent ,. les chasser des quartiers obils s'étaient proposé de passer rhiver. Ils croyaient si peu avoir à le craindre qu'ils avaient donné leurs ordres poun hiverner en ce lieu; L'événement prottivaqu'ik s'étaient ti:ompés;;carM^.de Turennes'étant avancé vers eux le lendemain, loin d'imaginer qu'ils pussent s'opposer à ses desseins», ils n'osèrent pas l'attendre et pensèrent- que le parti le. plu» sÂr était de se Fetirer avec toute la diligence possible en passant la Meuse* près de Voye, où était le prince de Condé^ quand il apprit l'approche de M. de Turenne. Après quoi , laissant la rivière sur la gauche , ils marchèrent aussi promptement qu'ils le purent vers Luxembourg ; et M. deTurenne les suivit de si près, que la plus grande partie de son armée arriva vers, midi à Tendrok où ils avaient logé la nuit précédente , et d'où ils étaient partis le matin, hiême. Il les poursuivit de cette manière jusqu'au 3o , qu'il arriva dans la matinée à Saint*Mihie). Là,^ il pensa qu'il n'était plus bon à rien de les sui-^ vrè, car ils étaient si près de leur propre pays , c}u'ils se trouvaient hors de danger. Il s'arrêta donc et ne songea plus qu'au moyen de faire ra-

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