‹ Mémoires de Jean Monnet, directeur du Théâtre de la foire (volume 2)Chapitre 35 sur 97 · OÙ LE TONNERRE EST BON A QUEIQUE CHOSE · texte numérisé non relu

OÙ LE TONNERRE EST BON A QUEIQUE CHOSE

plusieurs places considérables, dont elle croyait pouvoir disposer par son crédit, elle me proposa, du plus grand sang-froid, de me faire donner une Ambassade dans une Cour du Levant. Pour servir sa folie et m'en divertir, j'acceptai l'Ambassade en lui témoignant la plus vive reconnaissance, et en lui faisant sentir cependant combien j'étais peu fait pour une place de cette importance.

Elle n’avait garde de débiter ses rêveries devant le vieux Militaire ; il n’était ni assez doux ni assez complaisant pour les entendre ; mais comme il n’en coûtait rien à mon honneur, j'approuvais, j'applaudissais à tout. Ses idées chimériques continuerent tout le temps que je la connus. Elle tomba malade; l'Officier mourut; je ne fus point Ambassadeur, et le mari rentra dans ses droits.

Sa maladie devint sérieuse, et les Médecins lui ordonnèerent les eaux de Passy (1). Nous primes un appartement où nous vivions à frais communs, mais sans qu’elle se souvint davantage de la façon dont elle m'avait traité précédemment, ni sans que je songeasse moi-même à lui en rappeler le souvenir.

Les EAUX DE PASSY

« Les eaux minérales de Passy, écrivait Dulaure en 1786 (Nouvelle Description des Curiosités de Paris) sont célèbres dans les fastes de la médecine; on les divise en anciennes et nouvelles. Les anciennes eaux restaient ignorées dans un puits, avant qu’on eût découvert qu’elles fussent minérales : on ne sait pas l’époque et la cause de cette découverte et de leur célébrité; on sait seulement qu’un médecin nommé Le Givre, connaissait cette eau en 1638, qu’il parlait deses singuliers effets, qui produisirent, parmi les médecins, une infinité d'opinions differentes.

(1) V. Appendice,

M. Duclos, de l’Académie des Sciences, y aperçut un sable fort fin qu’il prit pour un sel nitreux dont les eaux se chargent dans les carrières voisines, et jugea que ces eaux n’avaient que peu de vertu...

Les nouvelles sources furent découvertes vers l’an 1719 par l'abbé Ragois {qui avait été confesseur de Mme de Maintenon et précepteur du duc du Maine) dans un fonds qui lui appartenait : elles sont situées sur le penchant méridional du coteau.

En 1720, la Faculté de médecine chargea quelques-uns de ses membres d’en aller faire l’examen sur les lieux. D’après le rapport, la Faculté assemblée déclara que les nouvelles eaux de Passy étaient minérales et en particulier ferrugineuses ; que la première des trois sources était ferrugineuse; la seconde vitriolique, et la troisième sulfureuse et balsamique. L'eau de ces trois sources conserve une limpidité parfaite et égale de tous les temps; elle est fraîche en été, et paraît s’attiédir en hiver; elle est pure et sans mélange d’aucuise eau non minérale, ce qui est une qualité rare...

M. Bolduc, premier apothicaire du Roi, et membre de l’Académie Royale des Sciences, après avoir fait une analyse exacte de ces eaux, conclut que, lorsqu'elles sont fraîches et non altérées, elles contiennent un vitriol naturel, du sel marin, un bitume liquide ou huile minérale, de la terre alcalineet de la sélénique, dont le mélange, également étendu dans une eau claire et bien filtrée au travers de la terre, fait un composé merveilleux, travaillé par la nature et inimitable par l’art. Les médecins eur accordent plusieurs propriétés.

On a pratiqué, pour ces eaux, des canaux, par lesquels elles vont se jeter dans la Seine en sortant du réservoir. On trouve, dans le jardin où elles sont, un bosquet, des galeries, des terrasses et des promenades agréables, à l’usage des buveurs d’eau. »

Les eaux de Passy coûtaient alors 24 sols la bouteille de quatre pintes (4 litres environ) et 7 sols la bouteille d’une pinte.

L’Almanach du voyageur à Paris, par Thiéry (1785) nous apprend qu’on les vendait chez le sieur Cadet, apothicaire, rue Saint-Honoré, près de la Croix du Trahoir, et que celles de la dame Calzabigi « qui ont

a vertu de resserrer et fortifier les fibres» (on les découvrit en 1754) avaient pour dépositaires le sieur Girard, rue Beaurepaire, et le Café Anglais, rue Jacob, faubourg Saint-Germain.

Le célèbre médecin Tronchin avait remis les eaux de Passy à la mode. l y envoyait surtout les femmes qui se plaignaient de vapeurs.

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