DÉPART DE LONDRES. ENTREPRISE DE L'OPÉRA-COMIQUE A PARIS
PRÈS le compte exact et fidèle que j'ai rendu de mes trois
directions précédentes, ainsi que des injustices et des peines qu’elles m'ont fait essuyer, on voit qu'il me fallait bien du courage, et la plus grande envie de payer mes dettes, pour oser entreprendre une quatrième fois la ‘direction d’un Spectacle. Il n’y avait alors que le rétablissement de l’Opéra-Comique à Paris qui pût me convenir; j'écrivis à quelques personnes qui me voulaient du bien et qui avaient du crédit, tant auprès de Mr la Marquise de P... (1), que sur M. de B... (2) alors Prévôt des Marchands, de qui ce rétablissement dépendait. J'eus des réponses satisfaisantes, qui me déterminèrent à finir promptement mes affaires à Londres, pour suivre celles qui m'appellaient à Paris. Nous étions toujours, ma compagne et moi, elle dans la plus haute faveur auprès du Roi Théodore, moi dans sa plus grande intimité. Nous avions l'honneur de diner presque tous les jours avec lui. Il paraissait prendre la plus grande part à tout ce qui nous intéressait, mais des intérêts plus pressants 4 nous obligèrent de le quitter, et de renoncer à toutes les belles ; espérances dont il nous avait flattés (3).
) La Marquise de Pompadour.
(2) Louis-Basile de Bernage qui succéda, le 26 juillet 1743, à Félix Aubery, 4 mort le 20 juillet, et qui fut prévôt des marchands jusqu'en 1758. (3) Le prétendu Roi Théodore était né à Cologne en 1686, où il fut tenu sur 4 les Fonds de Baptême par M. de Bilderbeck, Résident des Etats-Généraux. Son M
Nous essuyâmes, dans cette maison, deux tremblements de terre, ou deux fortes commotions qui mirent toute la nation en alarmes. La première secousse se fit sentir à six heures du matin : la seconde bien plus violente, fut prédite par un Soldat, et annoncée dans tous les Papiers publics. Sur cette prédiction, plusieurs particuliers firent porter des lits pour coucher en pleine campagne. La dernière me surprit dans le mien; mais
nous en fümes quittes pour la peur, ainsi que toute l’Angleterre,
Nous restèmes encore un mois à Londres pour finir mes affaires, et pour marquer ma reconnaissance à mes Protecteurs, dont j'avais tant éprouvé la générosité naturelle. J'avais beaucoup de peine à m'en séparer, et ce fut avec les plus vifs regrets que je quittai, nommément M. le Duc de Graffton et M. Garrick,
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père fut tué au Siège de Namur à l’âge de vingt-huit ans, au dernier assaut, où il se trouva comme Capitaine au service de Brandebourg, quoique la veille il eut été nommé Colonel au Service de Charles II, Roi d'Espagne, à la recommandation du Roi Guillaume II!. Sa mère était fille d’un Inspecteur général des Fortifications des Pays-Bas pour le Roi d’Espagne. Le Baron de Neuhoff avait été élevé à Duffeldorp sous la protection de l’Electeur Palatin. Sa mère, s'étant remariée à Trèves, emmena son fils en France, et le mit à l'Académie de Longpré, d’où feu S. A. R. le fit sortir, le mît parmi ses Pages, et le combla de bienfaits. En sortant de chez S. A. R. il fut placé d’abord dans le Régiment de Navarre, d'où il passa dans le Régiment de Cavalerie de Furstemberg, qui prit dans la suite le nom de Courcillon. Le Baron de Neuhoff, étant en Espagne, épousa Mlle de Kilmansek, nièce du Duc d’'Ormond et Camérière de la Reine, Il se rendit avec elle en Italie, puis en Angleterre, ensuite à Paris, où elle est morte. C’est à l'époque de son veuvage que commencent les aventures du Baron. Dès le premier voyage qu'il fit par mer, il fut pris par les Algériens, et conduit à Alger, où il fut trois ans et demi prisonnier dans un Château. Il ne fut délivré qu'en payant 10 000 sequins de rançon. Il passa tout de suite en Bretagne et fut mélé dans les troubles de cette Province sous la Régence. De Bretagne il alla en Suède, de Suède en Angleterre, où il eut quelques entrevues secrètes avec le Roi Georges l; puis en Moscovie, et de Moscovie à Rome, où il fut empoisonné trois fois, disait-il. C’est à Livourne qu’il forma le dessein de se faire roi de Corse. Son secrétaire à dit depuis qu’il n’avait jamais été en Corse, mais qu’il avait imaginé ce voyage et cette Royauté chimérique pour duper les Hollandais. De Livourne il vint à Turin, où le Marquis d'Ormea le découvrit, et de Turin il se rendit à Paris chez le Comte de Polignac; il y vit le Cardinal de Fleury. De Paris il alla à Rouen; de là passa en Hollande, et vint à Amsterdam. Etant descendu au Cerf rouge, il
dont le premier m'avait gratifié de cent louis, et le second d'un bénéfice sur son théâtre à mon profit.
Nous arrivâmes à Paris, vers la fin d'Octobre 1751. Je fis agir si chaudement mes protections et mes amis auprès de Mae la Marquise de P..., et de M. de B..., que, le 20 Décembre suivant, j'eus l'agrément du Roi pour le rétablissement de l'Opéra-Comique. Le 25 du même mois, je passai un bail pour six années avec le Bureau de la Ville, à 12000 liv. pour chacune des trois premières années, et à 15000 liv. pour chacune des trois dernières. J'étais alors sans argent, sans Auteurs, sans Acteurs, sans Théâtre; et je n'avais que cinq semaines pour disposer l'ouverture de mon Spectacle, fixée au 3 Février suivant. Au moyen de 12 000 liv. que deux amis me prêtèrent, je fis venir, à grands frais, de la Province, plusieurs Sujets de l'ancien Opéra-Comique. Le Théâtre du Faubourg- Saint-Germain (1) était sous le scellé depuis 18 ans, et dans la possession des Créanciers de feu Ponteau. Je le tirai des
fut trahi par son Laquais, arrêté par d'anciens Créanciers et mis en prison. Îl en sortit huit jours après par le crédit de M. Ledieu, Président, Echevin, qui avait été Ambassadeur en Russie, et qui était son ancien ami. Le Baron se réfugia le 22 juin 1737 dans la Campagne du Président, au Bevernik, et il en partit le 20, pour se rendre au Texel, dans le dessein de s'y embarquer. Il y trouva un vaisseau frété pour le conduire en Corse, à ce qu'il disait, Ce vaisseau, richement chargé par deux Négociants d'Amsterdam, était aux ordres du Baron, qui le conduisit à Naples. Il fut encore arrêté là, par le Consul Hollandais, qui fit vendre la cargaison du vaisseau, pour le compte des deux Marchands. Le Baron s'échappa des prisons de Naples, et à la faveur d’un déguisement il revint en Angleterre pour la troisième fois. Il y fut mis en prison pour ses dettes, et il y est mort le 11 décembre 1756. 11 est inhumé dans le Cimetière de Sainte-Anne de la Ville de Westminster. On lit sur sa tombe cette inscription laconique, qui a tout l'air d’une ironie à l’Anglaise : Jci repose Théodore, Roi de Corse. Il paraît que son but n’était que de se faire assez de réputation pour gagner la confiance de ces bons Hollandais, qui sur l'appas du gain frétèrent le vaisseau, dont il aurait fait un argent considérable à Naples, si lé Consul ne l'eût pas fait arrêter : car à la hauteur de l'Isle de Corse il abandonna l’Amiral l'Inflagen, qui l'escortait par amitié. Tous ces détails m'ont été confiés par M. le Chevalier de Jaucourt, qui passa huit jours avec le Baron au Bevernik, chez M. Ledieu. (M.)
(1) A la foire Saint-Germain. Il ne faut pas la confondre avec le théâtre situé au faubourg Saint-Germain et où jouait la Comédie-Française. Sur l'emplacement de cette dernière salle s'élève aujourd’hui l'Odéon.
mains de la Justice, je le fis réparer et j'en fis l’ouverture, le 3 Février 1752, par un petit Prologue (1) qui roulait :
sur le rétablissement de ce Spectacle. J'avais fait la découverte de M. Vadé (2), dont le hasard m'avait procuré la connaissance. Le jugement que je portai d'abord sur le tour de son génie, et sur sa gaieté, m’enhardit à lui faire des offres honnêtes qui le déterminèrent à me consacrer ses talents.
Sept jours après l'ouverture de mon Spectacle, le 10 Février, il vint un ordre du Roi, à l’occasion de la mort de M"° Henriette (3), qui fit fermer mon Théâtre jusqu’au 23 suivant. Cet événement, joint au peu de durée de la Foire, qui cette année fut très courte, et à
PHILOCTECTE
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