‹ Mémoires de Jean Monnet, directeur du Théâtre de la foire (volume 2)Chapitre 49 sur 97 · BELLECOURT · texte numérisé non relu

BELLECOURT

(1) Lé Retour favorable, prologue et vaudevilles par Fleury, avocat au parlement de Paris. Avec cette pièce, on joua les Amours de Nanterre, opéra-comique en un acte de Le Sage, d'Orneval et Autreau, arrangé pour la circonstance par le même Fleury.

(2) Vadé avait alors trente-deux ans. Il mourut cinq ans après que Monnet l'eut découvert, en 1757.

(3) Une des filles de Louis XV et de Marie Leczinska.

toute la suite de mes malheurs, ne me donna que plus de courage pour me tirer de l'embarras où je me trouvais.

Je découvris, au Magasin de l’Opéra et ailleurs, quinze à seize enfants, garçons et filles, qui dansèrent le reste de la Foire dans un Ballet qui eût le plus grand succès. Il avait pour ‘titre : l’Atelier de Pigmalion, ou les Petits Sculpteurs (1). Les grâces de la jeunesse, des décorations, des habillements, également bien entendus, et la précision d’un jeune homme qui représentait Pigmalion, contribuèrent beaucoup au mérite de ce Ballet, M. Vadé, dans cette Foire, fit et donna, pour son coup d'essai, la Fileuse (2), Parodie de l'Opéra d’Omphale (3), que l’on donnait alors à l'Opéra; ces deux nouveautés ensemble mirent de niveau la dépense et la recette.

Après ce début, il était question de m'établir à la Foire Saint-Laurent, et d’y faire construire un Théâtre, car l’ancien était démoli. Six personnes qui me voulaient du bien me prêterent généreusement, et sans aucun intérêt, mille louis d’or pour m'aider dans la construction de la Salle que je voulais faire bâtir. Je m'adressai pour cet effet à M. Arnoult, Machiniste-Ingénieur du Roi. Je lui fis part de mes idées sur la forme, sur les embellissements et sur les commodités que je croyais nécessaires dans cette nouvelle Salle. Il se chargea de l’exécution, et ses talents, ses soins, furent bien secondés par l'intelligence de M. de Leuze qu'il avait choisi pour travailler sous ses ordres. Feu M. Boucher, premier Peintre du Roi, se fit

(1) Pygmalion ou le Petit sculpteur, ballet-pantomime par Dourdé (foire Saint-Germain, 18 mars 1752).

(2) La Fileuse, vaudeville en un acte, par Vadé (foire Saint-Germain, 9 mars 1752).

(3) Omphale, opéra en cinq actes par La Motte, musique de Campra. Jouée pour la première fois le 10 novembre 1701, repris le 21 avril 1721 — le 22 janvier 1733 —le 13 janvier 1735 — le 14 janvier 1752.

Il en a paru plusieurs parodies, parmi lesquelles : en 1721, Hercule Filant, par Fuzelier (Théâtre-Italien); en 1733. Polichinelle .Alcide ou le Héros en quenouille, par Carolet (à la foire Saint-Germain joué par les marionnettes de Bienfait); en 1752, Fanfale, par Favart et Marcouville (Théâtre Italien) et la Fileuse, de Vadé.

un plaisir de composer les dessins du plafond, des décorations, des ornements même, et de présider à toutes les parties de la peinture qui fut employée dans cette Salle. Le Théâtre, pour lequel il n’y eut ni dessin ni plan d'arrêté, fut construit dans trente-sept jours. L’agréable effet qu’il produisit sur le Public, à l'appui d’une nouveauté de M. Vadé, et de quelques pièces anciennes qu’on avait rajeunies, fit monter ma recette à 133000 liv. pendant trois mois que dura cette Foire.

Ce même Théâtre, qui a servi en partie de modèle à ceux qu’on a bâtis depuis-à Paris, et dans les Provinces, a été acheté pour le Roï, démoli et |placé à l'Hôtel des Menus (1) pour les répétitions particulières des Spectacles de la Cour.

En 1753, je m'occupai de la Foire Saint-Germain, et je fis de nouvelles acquisitions en Acteurs et en Actrices. M. Vadé donna le Sufisant (2), qui eut le plus grand succès, et où le Sieur le Moine (3) se distingua dans le premier rôle. A la Foire Saint- Laurent suivante, le 30 Juillet, on exécuta, pour la première fois, l’Intermède des Trocqueurs (4), premier ouvrage en musique de ce genre, qui aït été fait et joué en France.

(1) Situé entre la rue Poissonnière et la rue Bergère, sur laquelle il avait sa principale entrée. « A l'Hôtel des Menus-Plaisirs du Roi, on voit une salle de spectacle dans laquelle on fait les représentations des opéras et ballets qui se jouent devant le Roi : c’est aussi l'entrepôt de toutes les machines qui servent aux divertissements destinés pour Sa Majesté. » Le Géographe Parisien (par Lesage), Paris, 1769. T. II, p. 201. C’est dans l'Hôtel des Menus-Plaisirs que fut installée en 1784 l'Ecole royale de Chant et de Déclamation, qui deviendra le Conservatoire de Musique.

(2) Le Suffisant ou le Petit Maître dupé, opéra-comique en un acte en vaudevilles, par Vadé (foire Saint-Germain, 12 mars 1753).

(3) Guillaume Lemoyne, acteur à l'Opéra-Comique. Il jouait dans le Suffsant le rôle du Chevalier. c

« Cette pièce, dit Desboulmiers dans son Histoire du Théâtre de l'Opéra- Comique (Paris, 1769, T. Il, p. 29) est fort bien faite. Elle réunit à son propre mérite celui d’être supérieurement joué par le sieur Lemoine : ce qui procura à l’Auteur et à la Pièce une égale célébrité. »

(4) Intermède en musique en un acte, paroles de Vadé, musique de Dauvergne (joué avec le Suffisant et la Coupe enchantée, opéra-comique en un acte de Rochon de la Vallette et Rochon de Chabannes).

AIR DES TROCQUEURS

Opéra-comique de Vadé. Musique de Dauvergne.

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