‹ Mémoires de Jean Monnet, directeur du Théâtre de la foire (volume 2)Chapitre 50 sur 97 · CRUE AE LS EIRUS V5 GO · texte numérisé non relu

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Quelques années auparavant on avait permis à une Troupe de Bouffons Italiens de jouer sur le Théâtre de l'Opéra des Intermêèdes de Pergoléze, et autres Compositeurs d'Italie (1). C’est à

(1) Cette troupe italienne débuta à l'Opéra le 2 août 1752 avec la Serva Padrona (la Servante maîtresse) de Pergolèse, dont le succès fut très grand.

Elle joua successivement :

22 août 1752 : 1! Giocatore, ossa Serpilla e Bajocco (Le Joueur ou Serpilla et Bajocco), musique de Ristorini et Orlandini (déjà représenté à l'Opéra en 1729).

19 septembre : 1} Maestro di Musica, musique d’Alessandro Scarlatti.

30 novembre : La Finta Cameriera (la Teinte Camerière), musique de Gaetano Latilla.

19 décembre : La Donna Superba.

1° mars 1753 : Le Jaloux corrigé, opéra-bouffon en un acte, parodie (par Flo-

ces deux époques différentes qu'il faut rapporter le goût d’une partie de la Nation pour ces nouveaux Spectacles en musique. On sait combien de partisans leur fit principalement à Paris, le fameux Intermède de la Serva- Padrona : ouvrage immortel d’un

rian et Collé, musique de Blavet) sur des airs de la Serva Padrona, du Giocaiore et du Maestro di Musica. Cette parodie fut chantée par les acteurs italiens en français.

23 mars : La Scaltra Governatrice (la Rusée Gouvernante), musique de Cocchi.

19 juin : {! Cineso rimpatriato (le Chinois rapatrié), musique de Selleti, et la Zingara (la Bohémienne), musique de Rinaldo di Capua.

23 septembre : Gli .Artigiani arrichiti (les Artisans enrichis), musique de Gaetano Latilla.

Les principaux acteurs de la troupe étaient Monelli (basse comique), Guerrieri, Lazarri et les demoiselles Anna Tonelli (soprano), Catarina Tonelli, Lazzari et Rossi.

« Quelque temps avant qu'on donnât le Devin du Village, dit Rousseau dans ses Confessions, il était arrivé à Paris des bouffons italiens (appelés bouffons parce que leur répertoire consistait en opéras-bouffes) qu'on fit jouer sur le théâtre de l'Opéra, sans prévoir l'effet qu'ils y allaient faire. Quoiqu'ils fussent détestables, et que l'orchestre, alors très ignorant, estropiât à plaisir les pièces qu’ils donnèrent, elles ne laissèrent pas de faire à l'Opéra un tort qu'il n’a jamais réparé. La comparaison de ces deux musiques entendues le même jour, sur le même théâtre, déboucha les oreilles françaises ; il n'y eut personne qui put endurer la traînerie de leur musique après l'accent vif et marqué de l'italienne; sitôt que les bouffons avaient fini, tout s’en allait. On fut forcé de changer l’ordre et de mettre les bouffons à la fin, »

La lutte entre les partisans de la musique italienne et ceux qui défendaient la musique française, la Guerre des Bouffons, fit surgir une énorme quantité de brochures plus ou moins spirituelles, parmi lesquelles il y a deux chefs-d’œuvre, le Petit Prophète de Grimm, et la Leftre sur la Musique française, de Rousseau.

L'engouement provoqué par les Bouffons chez beaucoup de Parisiens, dont les connaissances et les aptitudes musicales étaient plutôt médiocres, a été assez bien caractérisé par cette épigramme :

Lully n’est plus à l'Opéra

Le favori de Polymnie :

Rameau bientôt s'éclipsera, Malgré sa profonde harmonie.

Jelyot n’a rien d'étonnant :

Il faut des Bouffons d'Italie.

Aujourd'hui, tout Français galant Ne se montre qu’en fredonnant, E Si, e No, e Piou, e Giou.

C’est à qui sera le plus fou.

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homme plein de génie, de naturel, et de feu (1). Ce chefd'œuvre, presque unique en Italie, parut avoir enthousiasmé, pour ce genre, les Connaisseurs, les gens sensibles, et une foule d’autres qui, fort éloignés d’être rien d’approchant, suivaient par air l'impulsion des premiers. De là on imagina que toutes les productions Italiennes étaient de la même force; et dans cette idée on se hâta de prononcer que les Italiens seuls pouvaient avoir un Spectacle en musique. Telle fut l’origine de cette guerre lyrique appellée 24 Guerre des Bouffons. Les Défenseurs des deux musiques alléguërent, de part et d’autre, en faveur de leur parti, les raisons les plus plausibles; mais on disputait sans être convenu d’aucuns principes, on ne s’entendait pas. Les Partisans de la nouvelle Musique encouragèrent de jeunes Musiciens à faire de petits Intermèdes Français dans le goût Italien. La Nation, facile à plier, se tourna tout d’un coup vers le nouveau genre, et, disons-le, à la louange des Auteurs, tant des Drames que de la Musique : s’ils restèrent tous au-dessous du badinage de Pergolèze, ils surpassèrent, pour le naturel, la variété, la gaîté, le goût (malgré les difficultés de notre langue), presque toutes les compositions du même genre des Italiens leurs rivaux. On peut en juger par le succès de la plupart des Pièces à! Ariettes que l’on donne depuis dix ans sur le Théâtre des Italiens.

L'Opéra, dont on paraît se dégouter depuis longtemps, a beaucoup perdu du côté des Auteurs et des Acteurs. A l'égard des différents Directeurs qui ont été successivement chargés de cette administration, sans vouloir offenser personne, je crois pouvoir avancer qu’il y en a eu peu jusqu'ici qui ayent eu l’intelligence, l’activité, le goût nécessaires, pour la conduite d’un pareil Spectacle. En effet, dans son état actuel, on ne peut

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(1) Pergolèse, né en 1704 à Caseria dans le Royaume de Naples, mourut en 1737, phtisique et non pas empoisonné par un rival, comme on l’a dit,

La Serva Padrona, fut représentée pour la première fois en Italie, en 1731, au Théâtre San Bartolomeo, à Naples, et en Fränce au Théâtre-ltalien, à Paris, le 4 octobre 1746.

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