FEVRIER
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« On avait annoncé cet opéra-comique sur l’affiche de la foire Saint-Laurent, pour le 8 septembre (1733), jour de la Nativité de la Vierge; mais par respect pour cette fête, le sieur De Vienne, juif, qui était alors directeur de ce spectacle, voulut que son théâtre fut fermé ce jour-là, comme aux autres fêtes de la Sainte-Vierge, et fit annoncer par l’acteur, le 7 septembre, Achmet et
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Almanzine, pour le surlendemain, 9 du mois. Depuis ce temps, on n’a pas joué à la foire le jour de la Nativité de la Vierge, non par ordre de la police, mais l’usage a eu force de loi. Il paraîtra bien étrange qu’un juif ait fait cet honneur à la Vierge; mais le fait est que De Vienne avait arrangé une partie avec la plupart des filles de l’Opéra-Comique, et qu’il avait donné ce jour-là relâche à son théâtre, pour n’en point donner à ses plaisirs.
De Vienne était d’une riche famille juive de Metz et ne paraissait point à son spectacle le samedi pour veiller sur la recette et sur les habits des acteurs; aussi le volait-on de tous les côtés; mais il disait à ses amis, qu'il aimait mieux souffrir cette perte que de manquer à son devoir (1). ».
Ce directeur si scrupuleux administrait si mal son théâtre, même les autres jours que le samedi, que Pontau s’estima très heureux, dès 1734, de pouvoir le reprendre.
Il le garda pendant dix ans, jusqu’en 1743, et débuta (à la foire Saint-Laurent) par une pièce de circonstance la Première Représentation, de Lesage. Lesage vieillissait et sa verve vieillissait comme lui (2), mais il allait avoir pour successeur, cette même année 1734, Favart, la gaîté faite homme.
La première pièce de Favart, au théâtre de Pontau, qu'il ne signa pas — et il ne signa pas davantage
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(1) «Anecdotes dramatiques, t. 1, p. 11. Mayer Devienne, pour avoir trop respecté le jour du Sabbat, mourut dans une prison pour dettes. Il est probable que M les actrices de son théâtre y furent pour quelque chose. Elles ne valaient pas M cher mais coûtaient beaucoup.
(2) La dernière pièce de Lesage au Théâtre de la Foire (à la foire Saint-Laurent), le Neveu supposé, opéra-comique en un acte (avec la collaboration de Fromaget), fut jouée le 6 septembre 1738. Lesage avait alors 70 ans. II mourut en 1747, à Boulogne-sur-Mer.
toutes celles qu’il composa pour la foire jusqu’en 1741 avait pour titre les Deux Jumelles. Jouée le 22 mars 1734, elle réussit très bien, et l’auteur, pâtissier comme son père, commença à remplacer la fabrication des
. échaudés par celle des opéras-comiques.
Ce maître du couplet badin eut avec la Chercheuse d’Esprit, jouée à la foire Saint-Laurent le 20 février
1741, Son plus grand succès, et un succès qui dure
encore. Quatre ans plus tard, dans cette pièce, débuta M"*° Duronceray, fille d’un musicien de la Cour du roi de Pologne, et Favart fut si content de son interprète qu’il l’épousa.
Pontau appartenait à cette catégorie de directeurs que les succès n’enrichissent pas plus que les fours. Entre ses mains l’Opéra-Comique allait de mal en pis. L’Opéra-Comique en 1743 était tombé si bas — je parle du théâtre et non du genre — qu’il lui fallait absolument un sauveur, Le sauveur se présenta. Ce fut Monnet.
Pourvu du privilège de Pontau, Monnet ouvrit son théâtre à la foire Saint-Laurent le 8 Juin 1743, avec le Coq du Village de Favart.
La salle avait été remise à neuf, L’orchestre, jadis formé de ménétriers, ne comprenait plus que de très bons musiciens, conduits par Rameau. Costumes et décors avaient été dessinés ou peints par Boucher ou sous sa direction. La troupe n’était pas inférieure à celle des grands théâtres. Enfin le parterre n’était plus rendu inabordable aux honnêtes gens par les laquais qui le traitaient en pays conquis.
Favart — à qui on doit une grande part dans le succès — lisait les pièces et même les retouchait au besoin, surveillait les répétitions, et pour 2.000 livres
par an ajoutés à ses droits d'auteur, faisait en somme office de régisseur.
Pontau n'avait pas assez réussi, Monnet réussissait trop. On le lui fit bien voir.
« Les comédiens français et italiens, dit Favart, voyant déserter de chez eux pour des bagatelles, conjurèrent la ruine de lPOpéra-Comique, et réussirent à le faire supprimer, malgré les représentations et les droits de l’Académie de musique. Cet événement arriva à la fin de la foire Saint-Germain de 1744 (1). >
L'Académie royale de musique, dans la personne de son nouveau directeur Berger, était favorable au maintien de l’Opéra-Comique, mais elle l’état beaucoup moins au maintien de Monnet comme directeur. Elle l’accusait de lui faire, avec des pièces comme Acajou (2) qui étaient, disait-elle, de véritables opéras, une concurrence déloyale.
Or Monnet, simple adjudicataire de Thuret et par conséquent du successeur de Thuret, Berger, pouvait être dépossédé sur le champ et sans la moindre indemnité, Et c’est ce qui eut lieu, au moment où il organisait sa saison de 1744 à la foire Saint-Laurent.
« Sur la requête présentée au roi étant en son conseil par François Berger, contenant que par arrêt du Conseil d’État du 18 mars dernier, il a plu à Sa Majesté de subroger le suppliant au lieu et place du
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(1) Mémoire et Correspondance de Favart, t. I, p. xvu. (2).« Opéra-comique en 3 actes par Favart (avec Bridard de Lagarde et Lesueur). Cette pièce fut d'abord jouée (à la foire Saint-Germain, le 18 mars 1744) en prose, mêlée de couplets, mais après la défense qui fut faite à l'Opéra- Comique de parler, on la donna toute en vaudeville à la foire suivante (à la foire Saint-Laurent, 5 juillet 1744); et au mois d'octobre de la même anrée, on la vit avec plaisir sur le théâtre de l’Académie Royale de Musique. » Anecdotes dramatiques, t. |, pe 4.
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sieur de Thuret auquel Sa Majesté, par arrêt du conseil du 30 mai 1733 avait accordé le privilège de PAcadémie royale de musique... le suppliant s’est mis en possession de l’exploitation dudit privilège, en conséquence dudit arrêt du 18 mars dernier; il a trouvé que le sieur de Thuret, par contrat passé devant Gervais et son confrère, notaires au Châtelet, le 18 mars 1743, avait donné à loyer pour six années à Louis Monnet, bourgeois de Paris, le droit exclusif d’établir dans la ville de Paris aux foires de Saint-Germain et de Saint-Laurent et autres foires qui pourraient s’établir ci-après, le spectacle appelé vulgairement l’opéracomique, composé de vaudevilles, de danses, machines, décorations et symphonies; mais le suppliant a reconnu que ce bail était préjudiciable à ladite Académie royale; 1l a cru qu’il était plus convenable à l'intérêt de l’Académie qu'il fit régir par lui-même ledit opéracomique dont Sa Majesté a accordé le privilège exclusif à l’Académie royale de musique par son arrêt du 1°" juin 1730, et à cet effet demander la résiliation du bail passé audit Monnet. La demande du suppliant est d'autant plus favorable qu’elle a pour objet l'avantage de ladite Académie royale et que d’ailleurs le sieur de Thuret n’a pu aliéner une portion du privilège au delà du temps qu'il en a été revêtu, c’est ce qui a obligé le suppliant de recourir à l’autorité de Sa Majesté. Requérait à ces causes le suppliant qu’il plût à Sa Majesté, ordonner que le bail passé audit Monnet le 28 mars 1743, demeurera nul et résolu du jour de l'arrêt qui interviendra, ensemble tous les autres baux et traités qui auraient pu être faits par ledit sieur de Thuret, à raison du privilège de ladite Académie royale; faire défense audit Monnet de faire représenter à l'avenir aucun spectacle aux foires de Saint-Germain et de Saint-Laurent; ordonner que l’arrêt qui interviendra
sera exécuté nonobstant opposition ou appellation quelconque.
Vu ladite requête, le roi, étant en son conseil, a ordonné et ordonne que le bail passé audit Monnet par le sieur de Thuret, le 28 mars 1743, demeurer a nul et résolu, ensemble tous les baux et traités qui peuvent avoir été faits par ledit sieur de Thuret pour raison du privilège de ladite Académie royale de musique, et ce, à compter de cejourd’hui. Fait défense audit Monnet de faire représenter à l’avenir aucun opéra-comique ou autre spectacle auxdites foires de Saint-Laurent et de Saint-Germain. Ordonne Sa Majesté que le présent arrêt sera exécuté nonobstant opposition ou appellation quelconque, dont, si aucune intervient, Sa Majesté s’est réservée la connaissance. Le 30 mai 1744 (1). »
Favart, se substituant à Monnet, adressa au roi une supplique, en prose et en vers (2), dans laquelle il sollicitait un délai d’un mois, et qui se terminait par ce quatrain :
Que votre bonté nous seconde, Par pitié, Sire, exaucez-nous!
Et vous ferez du bien à tous; Car nous devons à tout le monde.
Le roi eut pitié. Le délai fut accordé. Il fut même prolongé, grâce aux instances de Berger, qui, nommé directeur titulaire, donna pleins pouvoirs à Favart, associé à un certain Mattheus, qui ajouta en cette occasion la profession d’homme de paille à celle de danseur de corde. Et cette situation bizarre dura jus-
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(1) Registre du Conseil d'Etat. E, 2227.
(2) TRÈS HUMBLE SUPPLICATION DES SyNDics ET MARCHANDS DE LA FOIRE SAINT- LAURENT, AU Roi.