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(1) Castor et Pollux, tragédie lyrique en cinq actes, avec un prologue, par Bernard, musique de Rameau. Joué pour la première fois à l'Opéra le 24 octobre 1737, repris au mois de décembre 1753 avec des changements et sans prologue.
de Paris, à deux millions six cents mille livres, y compris les Foires et les Boulevards.
Fixé depuis ce temps à Paris, sans emploi, mais sans embarras et sans dettes, j'y vis content de ce qui m'est resté du fruit incertain de mes longs travaux, et à l'abri des vents ora- | geux qui balottent le tourbillon d’où je suis sorti.
C’est pour me secouer un peu dans le loisir que cette situation me laisse, que, pressé d’une part par mon activité naturelle, de l’autre, encouragé par quelques amis, j'ai repassé rapidement tous les événements de ma vie, et que j'ai rassemblé ces Mémoires. Je n’ai pas la vanité de croire qu’ils soient d’ailleurs fort intéressants; mais ils ont fait rire les personnes à qui je les ai communiqués, et j’en ai quelquefois souri moi-même. J'ai cru qu’ils pourraient produire une partie de cet effet sur bien d’autres.
On verra que j'ai eu la plus grande attention à ne rien | laisser échapper qui pût blesser qui que ce soit. Si la critique ou | la satyre, dont je ne me flatte pas d’être exempt, n’épargne | point cette bagatelle, il faudra bien m'en consoler. J'aurai | toujours rempli mon but, pour peu que je trouve de Lecteurs assez indulgents, pour me tenir compte de l'intention que j'ai cue de les amuser quelques moments.
Nous reproduisons, pour que notre réimpression soit complète, l’appendice aux Mémoires de Monnet qui a pour titre Les Myshfications du sieur P... |Poinsinet). La plupart de ces mystifications sont d’un goût assez peu délicat, et à voir comment en ce temps-là se divertissaient les gens d’esprit, on se demande comment devaient s’amuser les autres.
Tel qu’il est cet opuscule à l'avantage de faire mieux connaître Îles mœurs littéraires du xvine siècle, dans ce qu’elles eurent de: moins confraternel et de moins élégant. D'ailleurs le personnage qu’elles mettent en scène présente quelque intérêt et sa comédie du Cercle, évocation heureuse du spirituel et médisant papotage des salons, est une manière de chef-d'œuvre.
Les Poinsinet furent longtemps attachés à la maison du duc d'Orléans.
L'un d’eux, Pierre Poinsinet, premier valet de garde-robe de Monsieur, avait épousé, le 8 février 1718, Madeleine-Victoire Chapard, fille d’un premier valet de garde-robe de Mgr le duc d'Orléans, et qui devint elle-même peu après femme de chambre du futur roi Louis XV.
De ce mariage naquit à Fontainebleau, en 1735, Antoine-Alexis-Henri Poinsinet, notre héros, qu’on appela plus tard, pour le distinguer d’un de ses cousins, littérateur comme lui, Poinsinet le jeune, le petit Poinsinet ou Poinsinet le mystifié.
1! débuta dans la carrière dramatique en 1753, à dix-huit, ans par une pièce intitulée Totinet, jouée le 23 février à la foire Saint-Germain et qu’il écrivit en collaboration avec le sieur de Portelance, un des auteurs les plus sifflés de cette époque (1). Totinet, qui réussit peu, était une
(1) Totinet, parodie de Titon et l'eAurore, par P. et P. (Poinsinet et Portelance). Paris, Ve Delormel, 1753.
parodie d’une « pastorale héroïque » qui
venait d'être représentée à l'Opéra, le 9 janvier 1753, Titon et lAurore, par l’abbé de la Mare, musique de Mondonville,
Ce fut encore une parodie qu’il donna l’année suivante, à la foire Saint-Laurent, le 28 août, les Fra-Maçonnes (1). Les Fra-Maconnes ne furent pas
mieux accueillies par le public que Totinet, et cette fois Poinsinet n'avait pas l’excuse de Portelance.
Ces deux fours diminuèrent l’ardeur du jeune écrivain, et pendant trois ans les théâ-
tres lui furent fermés.
Ne pouvant pas faire
jouer ses pièces il essaya de se consoler en critiquant celles des autres, et
il publia en 1755, sans la signer, une Lettre à un homme du vieux temps sur POrphelin de la Chine (2).
On avait joué à la foire Saint-Laurent, le 26 juin 1757, avec beaucoup
de succès, un opéra-comique d’Anseaume, musique de Duni, Ze Peintre
amoureux de son modèle. Le 2 mars 1750, Poinsinet en donna à la foire
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(1) Parodie de l'acte des Amazones dans l'opéra des Fêtes de l'Hymen et de l'Amour, paroles de Cahusac, musique de Rameau (jouée à l'Opéra le 5 novembre 1748).
(2) Première représentation (au Théâtre-Français) le 20 août 1755. 11 y eut dix-sept représentations de suite, ce qui étaitalors un grand succès.
Saint-Germain une parodie, sous forme de parade et intitulée Gülle garçon peintre, g'amoureux t-et rival. En voici d'après Desboulmiers {1} le scénario.
« Cassandre, peintre subalterne, établi dans un faubourg {de Paris), : devient amoureux d’un modèle qui doit lui servir à peindre une enseigne. Gille, son garçon, est son rival, et il s’entend-avec Colombine, servante et ancien modèle de Cassandre. Ce dernier s’enivre en peignant, et dans son iviesse il se passionne pour le mannequin qui est dans son atelier, croyant y reconnaître les traits de sa déesse. »
Le Borde, valet de chambre du Roi {on trouve beaucoup de valets de chambre dans l’histoire de Poinsinet) avait fait la musique de cette parade un peu naïve. On l’apprécia plus que les paroles, et cette mauvaise chance suivit, comme nous le verrons, le malheureux auteur dramatique dans presque toute sa carrière.
L'Écosseuse (2), parodie de l’Écossais de Voltaire, n’eut er 1760 que quelques représentations devant un public qui semblait s’'ennuyer beaucoup et ne pas être là pour son plaisir, Les Petits Philosophes, parodie des Phrlosophes, de Palissot, jouée au mois -de juillet de la même année, n’eurent pas une destinée plus heureuse que l'Écosseuse.
Sancho Pança dans son île (3), en 1762, ne réussit, à la Comédie- Italienne (8 juillet) que grâce à la musique de Philidor, et l’année suivante, la musique de Vanmalder ne sauva pas la Bagarre 4) (10 février).
L'année 1764 fut, au point de vue dramatique, meilleure pour Poinsinet. Elle marque l’apogée de son talent ou plutôt elle marque l'époque où fut représentée la seule pièce de lui qui ait vraiment de la valeur.
Le Sorcier, comédie lyrique mêlée d’ariettes, en deux actes (musique de Philidor) jouée aux Italiens le 2 janvier, avait assez bien réussi, en dépit de l’anecdote, probablement inventée de toutes pièces, que racontent les Anecdotes dramatiques (5).
« On prétend qu’un spectateur montrant trop d’empressement pour voir celui à qui il était redevable du plaisir qu’il venait d’éprouver, dvait été averti plusieurs fois de modérer ses transports par la sentinelle qui
Histoire du Theatre de l'Opéra:Comique. Paris, 1769, Il, 351.
(1) (2) Poinsinet eut comme collaborateurs Anseaume et Davesnes. (3) Opéra bouflon en un acte.
(4) Opéra bouffon en un acte, joué comme Sancho Pança à la Comédie-Italienne.
n'imaginait pas qu’on pût demander l’auteur, si ce n’était pour s’en moquer. L’enthousiaste, continuant à donner des marques de son impatience, fut pris pour un cabaleur, et comme tel, arrêté par la sentinelle. Il avait beau protester qu’il était de bonne foi, il allait être mis en prison, lorsqu'il dit qu’il s’en consolerait, s’il avait vu M. Philidor.
« Quoi ! reprit le sergent de la garde, c’est l’auteur de la musique que vous demandez. — Assurément. — Oh! je vois bien que Monsieur n'avait point envie de se moquer, reprit le sergent, qu’on le relâche. »
La vérité c'est que les deux auteurs avaient été appelés par le public — ce qui se faisait pour la première fois au Théâtre-ltalien — et ce jour-là Poinsinet eut presque autant de succès que Philidor.
Ceux qui le prenaient pour un imbécile en éprouvèrent quelque surprise, mais ils furent bien plus étonnés encore le jour où le Théâtre- Français donna la première représentation du Cercle où la Soirée à la mode (1).
Cette première représentation eut lieu le 7 septembre 1764, et le succès fut très grand.
Depuis longtemps on n’avait pas joué au Théâtre-Français une pièce aussi fine, aussi pleine de verve, et qui peignit avec autant d’esprit et de vérité en même temps les travers, les ridicules, le papotage médisant et la vanité puérile des gens du monde, réunies dans une soirée à la mode.
Le public apprécia vivement ce malin tableau, dans ses moindres détails, et parmi les personnages qui y figuraient, un de ceux qui amusèrent le plus les spectateurs fut un colonel — représenté par Molé — qui brodait au tambour.
Comme cette comédie du Cercle était très amusante, les ennemis de Poinsinet et surtout ses amis se hâtèrent d'admettre et d’affirmer qu’elle n’était pas de lui. On prétendit qu’il en avait « emprunté » les scènes les mieux réussies à divers auteurs et notamment à Palissot, auteur d’une pièce jouée à Nancy (2) et imprimée dans ses œuvres sous le même titre. À quelqu'un qui lui demandait pourquoi il ne protestait pas contre ce plagiat: « Serait-il décent, aurait répondu Palissot, que Géronte
revendiquât sa robe de chambre sur le corps de Crispin. »
Les plus indulgents parmi les confrères de Poinsinet s’étonnaient ou affectaient de s'étonner que, n’ayant jamais été admis, assuraient-ils,
(1) Comédie en un acte en prose.
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(2) En 1756 (un acte en prose).
dans la bonne société, il ait pu si bien la peindre. « Je ne sais ce qui en est, disait à ce propos l’abbé de Voisenon, mais alors il faut avouer qu’il a bien écouté aux portes (1). »
Quand le Cercle fut imprimé (2), les attaques contre le pauvre Poinsinet prirent une nouvelle forme. On lui reprocha une dédicace un peu servile, dont on aurait pu trouver en ce temps-là bien d’autres exemples, même illustres.
« Cette pièce, écrivait Favart (3), est dédiée à M. Papillon de la Ferté, intendant des Menus {4). L'auteur y prodigue à son Mécène des louanges qui n’ont point été du goût de tout le monde; quoique M. de la Ferté ait tous les talents nécessaires pour conduire un spectacle, et qu'il ait d’ailleurs l’esprit orné de toutes les connaissances utiles et agréables, il n’a pu parvenir à faire taire l’encre et la critique: On lui a envoyé le couplet suivant à l’occasion de l’épître dédicatoire :
C'est à toit que chacun s’irrite
De voir encenser un butor;
Jadis le peuple israélite
A bien adoré le veau d’or.
Un auteur fait, sans être cruche.
Un Mécène d’un La Ferté;
C’est un sculpteur qui, d’une bûche, Sait faire une divinité.
Joué à la Comédie-ltalienne, le 27 février 1365, Tom Jones, comédie
lyrique en trois actes (musique de Philidor\ fut aussi un succès, quoique
les représentations au début aient été assez orageuses, la première sur— tout, où le public assista à une scène imprévue qui se passa dans le parterre.
« Parmi le tumulte qui se fit à la première représentatio, racontent
les «Anecdotes dramatiques (5), on prétend que la garde arrêt: deux
(1) Paris, Versailles et les Provinces au dix-buitième siecle. T. 1, p, 141.
(2) Paris, V° Duchesne, 1764. Il y a eu plusieurs éditoins.
(3) Mémoires et Correspondance de Favart, t, Il, p. 206 (lettre de Favart au comte de Durazzo, le 9 novembre 1764).
(4) Papillon de la Ferté a été intendant des Menus de 1756 à 178c. On a publié son Journal en 1787.
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hommes, dont l’un disait à l’autre de temps en temps : Couperai-je ? Ne couperai-je pas? Ceux qui étaient proches et qui entendirent cette question répétée, crurent qu’il s'agissait de couper la bourse à quelqu’un, et les détérèrent à la sentinelle, qui les conduisit au corps-degarde, d'où ils allaient bientôt être conduits en prison comme des voleurs. — « Eh! s’écria l’un d’eux, nous sommes tailleurs, et c’est moi qui ai l'honneur d’habiller M. Poinsinet, l’auteur de la pièce nouvelle. Comme je dois lui fournir un habit pour paraître devant le public, qui ne manquera pas de le demander à la seconde représentation, et que je connais peu le mérite des ouvrages de théâtre, j’ai amené avec moi mon premier garçon, qui a beaucoup d’esprit, car c’est lui qui fait tous mes mé— moires ; et je lui demandais de temps en temps, s’il me conseillait d’aller couper l’habit en question, qui devait m'être payé sur le produit des représentations de cette comédie. 5 — On tient cette anecdote de Poinsinet lui-même qui la racontait d’une manière très plaisante. »
La même année, il fit jouer, le 15 juillet, à la Comédie-ltalienne, une pièce qu’il s'était contenté de retoucher, la Réconciliation villageoise (1). A la première représentation, le public demanda l’auteur. On vit alors se présenter seul, le musicien Turare, mais pour qu’on ne le confondit pas avec l’auteur des paroles, il portait sous son bras sa partition.
A plusieurs reprises Poinsinet avait essayé de faire jouer des pièces à l'Opéra, où les droits d'auteur pouvaient s'élever à des chiffres respectables. Il y réussit enfin en 1767, et c’est à ce théâtre que furent représentées ses deux dernières œuvres dramatiques — et nous dirons tout à l'heure pourquoi elles furent les dernières — le 13 octobre, une pastorale héroïque en un acte, Théonis ou le Toucher (musique de Berton, Granier et Trial), et, le 24 novembre, une tragédie lyrique en trois actes, Ernelinde, princesse de Norwège (en collaboration avec Sedaine, musique de Philidor).
Ernelinde, tirée d’un ancien opéra italien, Ricimero, n’avait eu au début qu’un très médiocre succès. « La musique ressemble à tout, disait-on, les paroles ne ressemblent à rien. » Mais les connaisseurs ne tardèrent pas à s’apercevoir que si les paroles ne valaient pas grand’chose, la musique était très remarquable.
Un de ces connaisseur‘, le marquis de Senecterre, qui était aveugle, se trouvait un soir au foyer de la Comédie-ltalienne. On y parlait très