‹ Mémoires de Jean Monnet, directeur du Théâtre de la Foire (volume 3)Chapitre 32 sur 96 · CONNAISSANCE AGREABLE, LETTRES, ETC · texte numérisé non relu

CONNAISSANCE AGREABLE, LETTRES, ETC

Le rendez-vous pour la promenade, et le temps marqué aux malades pour prendre les eaux, était depuis huit heures du matin jusqu'à une heure; et je m'y rendais régulièrement. La compagnie alors, quoique un peu mêlée, était assez bonne. Il y avait surtout deux jolies femmes, une Anglaise, et une Italienne. La première, à ce que j'appris, était la Maîtresse d'un Ambassadeur, et l'autre, celle d'un de ces personnages sacrés qu'on ne nomme pas. Deux jours après que j'eus fait leur connaissance, elles m'invitèrent à une Comédie bourgeoise qui se jouait dans une des meilleures maisons du lieu. J'y allai, et à la seconde représentation, on me chargea d'un rôle dont je me tirai assez bien.

C'est à cette Comédie que je connus Mademoiselle N...(i) qui en était sans contredit la meilleure Actrice. Ma camarade de Théâtre devint bientôt très intéressante pour moi. Elle me faisait répéter mon rôle, et me donnait mes répliques. Son esprit, son caractère original, sa figure, me firent prendre l'intérêt le plus vif à tout ce qui la regardait. Je gagnai de même l'amitié de son père, de sa mère, et d'une sœur qu'elle avait. Peu de temps après, d'un commun accord, ils me forcèrent de

(i) Navarre ou de Navarre.

Page 1