CONNAISSANCE AGREABLE I
« prendre ce caractère à la veille de partir pour Londres ? C'est « bien mal choisir son temps pour devenir petit maître. 11 me « semble qu'il faut se plier aux mœurs des nations chez lesi< quelles on veut réussir, et que c'est le seul moyen de leur « plaire. Vous trouverez là des Jacques Rosbifs qui ne sentiront « point le prix de vos gentillesses.
« Mais je quitte le ton de la plaisanterie ; je veux vous parler « sérieusement de votre projet. Je commence à le goûter par « réflexion. La nouveauté a des attraits partout : celle de votre « Spectacle attirera sûrement les Anglais. Les progrès que notre « langue a faits chez eux depuis la guerre doivent encore vous « servir ; et la supériorité des talents peuvent les fixer à votre « Comédie. En choisissant dans no? Théâtres, les pièces qui « sont le plus dans leur genre, insensiblement on les accoutu- « mera au nôtre; les nuances s'éclairciront par gradation, et « nos mœurs leurs deviendront familières. Elles ne sont que « trop séduisantes; il est bien difficile de se garantir de leur « poison. Les femmes ont toutes le germe de la coquetterie « dans le cœur. On dit que les Anglaises sont tendres, et les « hommes de bonne foi. Je vous les livre tous, dans un an, « aussi faux, aussi légers que nous. L'image de nos mœurs les « corrompra ; ils s'applaudiront de ne nous pas ressembler, et « bientôt ils prendront nos couleurs, sans s'en apercevoir. Voilà « ce que je pense de vous et de la Nation Anglaise : faites-en « votre profit »