NOUVELLE ENTREPRISE, VOYAGE A LONDRES, ACTEUR SINGULIER, ETC
Au mois d'Août 1738, le sieur Rich, Directeur d'un Théâtre Anglais à Londres, m'avait fait proposer, par un de ses amis qui était à Paris, de lui former une troupe de Comédiens Français ; il m'avait fait demander en même temps à combien j'estimais que la dépense pourrait monter. Je lui avais répondu que je ne pouvais pas me charger d'une entreprise de cette nature, sans avoir vu le sieur Ricb, et sans être convenu avec lui de nos faits.
Ayant manqué la direction de l'Opéra de Paris, et voulant pour la troisième fois tenter fortune, je fis donc le voyage de Londres, avec des lettres de recommandations de feu M. le Maréchal de S... (1) et de feu Lord Sta... qui voulut bien me donner une place dans sa chaise. Nous arrivâmes le second jour, assez tard, à Boulogne, pour attendre un vent favorable.
11 y avait dans cette Ville une Comédie qui était à mourir de rire. On jouait dans une espèce de grange, tapissée de nattes de paille. Le Théâtre était construit de planches et de tonneaux ; deux antiques et mauvais paravents en faisaient les décorations. Les Spectateurs étaient placés sur des bancs à douze sols par place ; il y avait quelques chaises de paille pour les personnes distinguées, que l'on payait vingt-quatre sols. Le jour que nous vîmes
(1) Le maréchal de Saxe.