‹ Mémoires de Jean Monnet, directeur du Théâtre de la Foire (volume 3)Chapitre 79 sur 96 · DONT IL ÉTAIT MENACÉ PAR UNE SALAMANDRE · texte numérisé non relu

DONT IL ÉTAIT MENACÉ PAR UNE SALAMANDRE

T a recette fut de se frotter les sourcils avec les cendres d'un 1^ Billet qu'il avait reçu le matin de son Négromant et qu'il avait dû faire brûlera une bougie vierge; ensuite de prendre trois forts clysteres, et de s'abstenir de tout aliment jusqu'au coucher du Soleil, qui se couchait alors fort tard, puisqu'on était au mois de Juin. Il devait aussi mettre son pouce droit sur son œil gauche, et son pouce gauche dans son oreille droite, jusqu'au moment où il lui serait permis de manger. Tout cela lui était prescrit sous les peines les plus sévères; aussi se garda-t-il bien de changer un moment d'attitude dans toute la journée, quelque longue qu'elle dût lui paraître. Quelques personnes de la société, prévenues du singulier régime imposé par le Cabaliste a son crédule disciple, le vinrent voir, et, feignant d'ignorer la cause de ce régime extraordinaire, firent l'impossible pour l'engager a quelques parties de plaisir. Elles ne purent lui faire enfreindre un seul point du rit ordonné; seulement il voulut bien consentir à se promener avec elles. On voulut le faire dîner; il s'en excusa sur une indigestion qu'il avait eue la veille. On lui demanda ce qu'il avait à l'œil, pour le couvrir ainsi de son pouce; il répondit qu'il y avait mal, et qu'il ne trouvait de soulagement que dans cette position. On lui présenta du tabac,

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il ne put jamais se résoudre à en prendre, pour ne pas changer d'attitude. Enfin on le promena sans pitié, toute la journée, dans les Tuileries, quoique la diète et les trois lavements ne dussent pas lui laisser beaucoup de force. Le jour commençait a baisser, lorsque le Cabaliste parut : celui-ci, après lui avoir permis de se remettre dans son état naturel, l'emmena souper dans une maison où ils étaient attendus.

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