‹ Mémoires de Jean Monnet, directeur du Théâtre de la foireChapitre 12 sur 36 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

ou l'on verra que le tonnerre est bon a quelque CHOSE

Je me consolai de ce malheur par la découverte que je fis, quelques jours après, d'une jeune femme mariée, et maîtresse de- ses volontés sous le bon plaisir de son mari. Cette femme était entretenue par un Militaire très avancé dans le Régiment' des Gardes, et à qui elle me présenta comme son cousin. Aidé de cette prétendue parentéK qui ne laissait aucune prise au soupçon, je fis bientôt autant de progrès dans l'esprit de l'Officier que j'en avait fait dans le cœur de sa maîtresse.

J'étais le médiateur de leurs querelles et de leurs raccommodements. La petite femme était coquette et pleine de caprices; le Militaire exigeant, et peu fait pour plaire. Je devins le maitre des volontés de l'un et de l'autre : tout n'allait et ne se faisait que par moi. Mais je ne sais par quel principe, ou par quelle fantaisie, je ne fus vraiment heureux qu'au bout de trois mois ; encore fut-ce à quelques éclairs, et à un grand coup de tonnerre que je dus mon bonheur.

Cet orage lui causa tant d'effroi, qu'elle me pria de passer la nuit dans sa chambre. Pour avoir peur plus à son aise, elle prit le parti de se coucher; et afin que je pusse la rassurer moimême plus commodément, elle crut convenable de me faire aussi coucher à côté d'elle. Sa frayeur était si grande, qu'à chaque éclat qu'elle entendait, elle s'enveloppait de sa couverture et me serrait de toutes ses forces. Elle avait en même temps

122 MFM0IRF.S DE |. MONNF.T

recours à i'eau bénite, aux prières, et à tout ce qu'elle croyait pouvoir calmer le courroux du Ciel; mais elle n'imaginait rien où je pusse trouver mon compte, ni qui justifiât les espérances( qu'en me rapprochant si près d'elle, elle m'avait fait légitime ment concevoir.

Comme elle ne doutait pas que ses péchés n'entrassent pour quelque chose dans cet orage, il eût été fort imprudent à moi de tenter alors aucune entreprise. Rien dans les femmes n'éteint mieux le désir que la peur. Mais quelque long que pût être l'orage, la nuit devait l'être encore plus ; et je restais dans la position la plus heureuse et la plus conforme aux vues secrètes que j'avais conservées.

Vers les deux heures du matin, l'orage effectivement cessa, et malgré toutes les craintes qu'il avait fait naître (je ne sais comment cela se fit; peut-être, si on l'eût interrogée, n'en aurait-elle pas su plus que moi), nous devînmes les meilleurs amis du monde, avec plus de désirs que d'amour. Mais la chose qui m'importait le moins, était que je dusse, comme elle disait, ses bontés à la circonstance plutôt qu'au sentiment.

D'encore en encore, la confiance s'établit. Elle me fit l'aveu de sa naissance, de ses faiblesses, et de tout ce qu'elle avait fait ou n'avait pas fait dans le courant de sa vie.

Elle se disait fille naturelle du Roi de P... (i) et d'une grande dame d'Allemagne. Pour satisfaire sa manie, elle avait le portrait d'un Prince en bracelet, entouré de diamants. Ce portrait, elle l'avait fait faire à ses dépens, quoiqu'elle dit l'avoir reçu de ce Prince pour une légère faveur qu'elle avait bien voulu lui accorder. Elle avait fabriqué plusieurs lettres qu'elle se faisait adresser par des Seigneurs Français ou étrangers. Enfin sa fureur était de vouloir en imposer et de se faire croire en relation avec tous les Grands de l'Europe.

La vanité et le mensonge avaient si bien germé dans la tête de cette femme, qu'un jour, après m'avoir laissé le choix de

(i) Pologne.

pluv

• ente r il n'en • , • »,>n hon- |

j'ap;

tl iihj nu!

-• * :ic devint

rnrt un .ip|>jrtemcnt

Tient, ni que j< lui en rjppeler le ftotivenir.

M. Duclos, de l'Académie des Sciences, y aperçut un sable fort fin qu'il prit pour un sel nitreux dont les eaux se chargent dans les carrières voisines, et jugea que ces eaux n'avaient que peu de vertu. ..

Les nouvelles sources furent découvertes vers l'an 17 19 par l'abbé Ragois (qui avait été confesseur de M»"' de Maintenon et précepteur du duc du Maine) dans un fonds qui lui appartenait : elles sont situées sur le penchant méridional du coteau.

En 1720, la Faculté de médecine chargea quelques-uns de ses membres d'en aller faire l'examen sur les lieux. D'après le rapport, la Faculté assemblée déclara que les nouvelles eaux de Passy étaient minérales et en particulier ferrugineuses; que la première des trois sources était ferrugineuse; la seconde vitriolique, et la troisième sulfureuse et balsamique. L'eau de ces trois sources conserve une limpidité parfaite et égale de tous les temps; elle est fraîche en été, et paraît s'attiédir en hiver; elle est pure et sans mélange d'aucune eau non minérale, ce qui est une qualité rare...

M. Bolduc, premier apothicaire du Roi, et membre de l'Académie Royale des Sciences, après avoir fait une analyse exacte de ces eaux, conclut que, lorsqu'elles sont fraîches et non altérées, elles contiennent un vitriol naturel, du sel marin, un bitume liquide ou huile minérale, de la terre alcaline et de la sélénique, dont le mélange, également étendu dans une eau claire et bien filtrée au travers de la terre, fait un composé merveilleux, travaillé par la nature et inimitable par l'art. Les médecins eur accordent plusieurs propriétés.

On a pratiqué, pour ces eaux, des canaux, par lesquels elles vont se jeter dans la Seine en sortant du réservoir. On trouve, dans le jardin où elles sont, un bosquet, des galeries, des terrasses et des promenades agréables, à l'usage des buveurs d'eau. »

Les eaux de Passy coûtaient alors 24 sols la bouteille de quatre pintes (4 litres environ) et 7 sols la bouteille d'une pinte.

VAhnanach du voyageur à Paris, par Thiéry (1785) nous apprend qu'on les vendait chez le sieur Cadet, apothicaire, rue Saint-Honoré, près de la Croix du Trahoir, et que celles de la dame Calzabigi « qui ont a vertu de resserrer et fortifier les fibres» (on les découvrit en 1754) avaient pour dépositaires le sieur Girard, rue Beaurepaire, et le Café Anglais, rue Jacob, faubourg Saint-Germain.

Le célèbre médecin Tronchin avait remis les eaux de Passy à la mode. 1 y envoyait surtout les femmes qui se plaignaient de vapeurs.

Page 1