‹ Mémoires de Jean Monnet, directeur du Théâtre de la foireChapitre 2 sur 36 · LA TROUPE DE TOUS LES PLAISIRS · texte numérisé non relu

LA TROUPE DE TOUS LES PLAISIRS

Après tant de remises est enfin en état de vous donner présentement pendant le cours de la foire Saint-Germain : Lasne de Lucien ou le Voyageur ridicule, Comédie nouvelle, ornée de quantité de changements de théâtre et machines surprenantes, et pour luy donner ses derniers

(1) Élève de Charles Alard et acteur à son théâtre en 1678. Un procès-verbal de 1688 le qualifie « sauteur et voltigeur ordinaire du Roi ». Il mourut en 1694.

(2) Surnommé Colbiche. Excellent sauteur. La lutte contre la Comédie-Française le ruina et il se reiugia en province en 1710.

(3) Louis Nivellon, danseur pantomime. Il réussit peu comme directeur, et presque toute sa troupe se réunit en 171 I a celle de la dame Baron.

(4) Complètement ruinés en 1718 par leur direction théâtrale.

(5) Ancien officier des galères et chevalier de Saint Louis. 11 joua surtout des parodies et des pièces de circonstance.

charmes, le sieur Languicher, seul danseur de corde des ROYS de France et d'Angleterre, se promet d'y mêler des saults aussi périlleux que ces postures extraordinaires, avec une gigue digne d'admirer l'attention de tout Paris, sans oublier l'incomparable petit GILLES qui tient le premier rolle dans la pièce.

L'on commencera à trois heures et demye précises, et l'on ne prendra que 7 sols au parterre, 15 sols à l'amphithéâtre et dans les galleries, et 30 sols aux loges.

C'est à la foire Saint-Germain, dans le grand Jeu de Paulme du dauphin, rue des Quatre-Vents et des Boucheries ; les billets se distribuent à la porte. »

Un événement qui se produisit en 1697, fut l'origine d'une longue guerre entre les forains et la Comédie-Française. Un roman venait de paraître en Hollande, la Fausse Prude, rempli d'allusions satiriques à Mme de Maintenon. Les comédiens italiens préparaient à ce moment une comédie nouvelle, la Fausse Belle-Mère, d'un de leurs fournisseurs attitrés, Nolant de Fatouville. Pour allécher le public, ils jugèrent bon, le 3 mars, d'annoncer la pièce sous le titre de la Fausse Prude. La réponse de l'autorité ne se fit pas attendre.

Le 4 mai, à onze heures du matin, le lieutenant de police d'Argenson, escorté par une troupe d'exempts et de commissaires, se transporta à l'Hôtel de Bourgogne — où s'étaient installés en 1680 les comédiens italiens — au nom du Roi, déclara le théâtre fermé, et fit apposer les scellés sur toutes les portes. Arlequin, Scaramouche, Pulcinella, Colombine et leurs compagnons furent brutalement expulsés, pour ne pas avoir assez respecté les puissances. Une estampe de Watteau représente leur départ involontaire et précipité (1).

(1) La Comédie-Italienne ne fut rétablie qu'en 1716.

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