CHAPITRE XXI
COMMENT P... FUT TENTE D ACHETER LA CHARGE D ECRAN DES PETITS APPARTEMENTS
Une des tantes de P. . . , qui vint à mourir, lui laissa une petite succession d'environ un millier d'écus. Le petit homme, qui de sa vie n'avait possédé même en espérance, une pareille fortune, ne parlait à tous ses amis que de l'emploi qu'il pouvait faire de cet argent. On lui proposa, comme vacante, la charge d'Ecran des petits appartements. Les fonctions de cette charge consistaient, disait-on, à garantir les jambes du Roi de l'action du feu, en se tenant debout, quand S. M. se chauffait, entre Elle et la cheminée. On lui vanta beaucoup toutes les prérogatives attachées à cette place, outre l'honneur d'approcher de si près de la personne du Roi, et de se trouver souvent tête à tête avec lui. Un homme de son mérite, avec la charge d'Ecran, pouvait se flatter du plus grand crédit, et peut-être de gouverner un jour l'Etat.
Enivré de ces magnifiques espérances, P... aurait voulu traiter sur-le-champ ; mais on lui fit entendre qu'il ne s'était pas encore éprouvé, et qu'avec tout son zèle il pourrait bien ne pas s'acquitter convenablement des fonctions de cette importante charge, s'il n'en faisait auparavant une espèce d'apprentissage. On ne pouvait lui dissimuler, par exemple, que le feu chez le Roi ne fut toujours très ardent, et que pour garantir les jambes de Sa Majesté, il ne courut souvent le risque de brûler les siennes. Il est vrai, pourtant, ajoutait-on, que l'habitude