SEJOUR AU COUVENT DE LA TRAPPE. NOUVELLES AVENTURES
J'étais en ce moment dans la ferme résolution de passer le reste de ma vie dans cette maison ; mais, trop jeune pour pouvoir supporter les fatigues et la règle austère du Couvent, le Supérieur, à qui j'avais été obligé de faire ma confession, et de déduire les motifs qui m'amenaient, désapprouva ma conduite, et me reprocha le tort que je faisais à la réputation de la Demoiselle. J'en fus donc quitte pour des sermons, de l'ennui, et un jeûne de huit jours : le neuvième je repris le chemin de Paris.
Pendant dix à douze années de ma vie, je m'appliquai à différentes choses dont je m'acquittai assez heureusement. Je fus Bibliothécaire, Éditeur, même Auteur de plusieurs Ouvrages. Dans cet espace de temps j'eus, en bonne ou en mauvaise fortune, des aventures assez singulières, mais dont je crois devoir faire grâce au Lecteur. Je mécontenterai d'en rapporter une qui aurait pu m'étre avantageuse, si j'eusse eu plus d'expérience, et si la prudence m'eût mieux servi. La voici.
Un jour de printemps, à dix heures du matin, traversant le Jardin du Palais-Royal, je fis la rencontre d'une grande brune de dix-huit à dix-neuf ans, dont la beauté et la modestie me frappèrent. La curiosité, et le goût subit que j'avais pris pour elle, me portèrent à la suivre ; dès le même jour je sus, par une Couturière, son nom, sa demeure, et les personnes à qui elle appartenait. Mon embarras n'était plus que de pouvoir lui parler:
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Pour Julie, elle me suivit sans répugnance et sans efforts dans un petit salon de verdure qui était à l'extrémité du jardin.
La conversation roula d'abord sur le mariage : je lui fis une déclaration en forme, appuyée de plusieurs caresses, pour lui prouver, sinon l'honnêteté, du moins la solidité des vues que j'avais sur elle. Comme elle m'inspirait beaucoup d'amour, et que j'en croyais les désirs, l'expression la plus convaincante, je mis dans ces mêmes caresses plus d'emportement que peut-être elle n'aurait voulu. Je ne sais si c'était un malheur; mais ce qui certainement en était un, ce fut l'arrivée de la Couturière. Julie, soit qu'elle le feignit, ou qu'elle fut réellement offensée des libertés un peu vives que j'avais prises avec elle, m'en fit des reproches, pleura beaucoup, protesta de ne me jamais revoir, et finit par s'apaiser.