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deux heures du matin, et le temps ne me parut pas long. L'espérance que j'avais de revoir Julie qui, sur différents prétextes, quittait la noce pour rire avec moi de mon grotesque équipage, me faisait attendre avec patience le coup de minuit, heure où les pères et les mères se retirent ordinairement pour se coucher : c'était le temps où l'on devait m'introduire dans l'assemblée, sous un habit de masque.
J'entrai dans le bal où, loin d'être reconnu, on me prit pour un Chevalier de l'Ordre du Christ, qui logeait dans le voisinage (i). Je passai le temps agréablement entre Julie et la sœur de la mariée. Celle-ci était une grande dégourdie, vive, enjouée, et de qui j'avais échauffé la tête par des chansons et de petits contes gaillards. Je les débitais singulièrement bien, à ce que l'on disait, et ils me valaient de temps en temps des compliments et des baisers très expressifs de la part de mes deux compagnes.
Cependant il fallut se quitter; je pris congé d'elles, je rejoignis mon fiacre; j'ôtai mon habit de bal et remontai sur mon siège, me flattant bien et avec raison, que le reste de la nuit me procurerait encore quelque aubaine. En effet, la soeur de la mariée se présenta avec un de ses cousins, en me disant : Cocher, êtes-vous loué} Je les fis monter dans mon carrosse, pour les conduire au faubourg Saint-Marceau; mais comme les succès sont assez souvent suivi de quelque accident, il nous en arriva un à la moitié du chemin. Une des roues du carrosse cassa, je tombai par terre, et, sans le secours de mon guide qui me retint par mon habit, je me serais sans doute cassé la tête ou les jambes; grâce à lui, j'en fus quitte ^our une légère blessure à la cuisse, et ceux qui étaient dans mon carrosse pour la peur.
Je laissai le soin de la voiture et des chevaux à mon guide.
(I) Les chevaliers de l'ordre militaire du Christ (fondé en 1317) avaient encore à cette époque un costume distinctif et portaient le grand manteau avec la croix brodée.
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