‹ Mémoires de l'abbé de Choisy pour servir à l'histoire de Louis XIVChapitre 11 sur 125 · LIVRE VII 2i · texte numérisé non relu

LIVRE VII 2i

Quelques jours après, M. le Duc revint de Fontainebleau ; il fit au roi les complimens de M. le Prince, et lui dit que M. le prince de Conti étoit bien fâché de n'oser lui-même témoigner à Sa Majesté sa joie; le roi lui dit qu'il pouvoit revenir s'il vouloit. Il vint le lendemain de Chantilly, où il étoit dans une espèce d'exil, et salua le roi, qui lui dit: a Mon cousin, quand on est éloigné on croit mon mal plus grand qu'il n'est, mais, dès que l'on me voit, on juge aisément que je ne souffre pas beaucoup. » Le prince s'humilia , parla peu, ne voulut voir personne chez lui, et retourna aussitôt dans sa retraite, ne croyant pas que le roi lui eût rendu tout à fait ses bonnes grâces; mais, peu de jours après, il fut obligé d'aller à Fontainebleau assister M. le Prince mourant. Ce grand prince, aussi bon courtisan qu'habile général, étoit parti de Chantilly, quoique malade, à la première nouvelle de la maladie de sa belle-fille la duchesse de Bourbon; il l'avoit trouvée dans la petite vérole, et, méprisant le mauvais air, il ne l'avoit point quittée pendant tout son mal ; il avoit même, malgré sa foiblesse , empêché le roi d'entrer dans la chambre de la malade, et lui avoit dit sur le pas de la porte des choses si fortes «t si touchantes que le roi s'étoit retiré et étoit parti pour Versailles. La princesse avoit été à la dernière extrémité, jusque-là. que Mm« de Montespan la croyoit

morte et s'en étoit allée à Paris. Sa jeunesse Tavoit sauvée; mais M. le Prince, qui, à son âge, infirme comme il étoit, n'étoit plus en état de soutenir une pareille fatigue, y succomba; il se vit mourir pendant cinq ou six jours, et donna ordre à toutes ses affaires domestiques avec une présence d'esprit admirable. Il avoit mis sa conscience en repos depuis quelques années, et, pour tout dire en un mot, il mourut en héros chrétien ; mais, avant que de mourir, il écrivit au roi une lettre fort belle ', où, protestant de sa fidélité et de son attachement sincère à la personne de Sa Majesté, dans les premières années de sa vie et dans les dernières , il avoue que les années du milieu n'ont pas été de même, et qu'il a eu besoin de toute la clémence du meilleur des rois. Il finit par remercier le roi du retour de M. le prince de Conti, et proteste qu'il meurt content après avoir eu cette consolation.

M. le Duc apporta la lettre au roi, qui dès la veille avoit mandé à M. le Prince que, pour l'amour de lui, il pardonnoit sincèrement au prince de Conti. Le roi régla aussitôt que M. le Duc s'appelleroit à l'avenir M. le Prince; mais

I. Cette lettre a été insérée par Désormeaux dans son Histoire du grand Condé, t. IV, p. 498.

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