LIVRE VII
armée ennemie deux fois plus forte que la sienne, il a repris la route de son pays, et a remis son entreprise à une autre année. Le pape avoit donné huit cent mille francs, qui ont été perdus.
Les Vénitiens ont été plus heureux dans la Morée, où ils ont pris plusieurs places, entre autres Napoli-de-Romanie. Le prince de Turenne, fils aîné du duc de Bouillon, s'y est fort bien distingué, autant par capacité que par bravoure; sa disgrâce lui a beaucoup servi, en lui donnant le moyen de se corriger de ses défauts, et de faire valoir ses bonnes qualités.
Il semble que le roi d'Angleterre prenne le dessus ; il a cassé le Parlement d!Écosse, parce qu'il n'a pas voulu accorder aux catholiques la liberté de conscience : il n'a pas laissé de faire ouvrir une chapelle publique dans le château d'Edimbourg ; mais, ce qui est plus important, il a établi à Londres une Chambre ecclésiastique, composée de l'archevêque de Cantorbéry, du chancelier, du comte de Sunderland, président du Conseil privé, des évêques de Durhametde Rochester, et de Herbert, chef de justice du banc du roi; il leur donne, par ses lettres patentes, une entière autorité sur tous les ecclésiastiques du royaume, de quelque dignité qu'ils soient, qui auront fait quelques fautes, avec pouvoir de les interdire, de les priver de leurs bénéfices, et même de les excommunier.
lis ont commencé par suspendre de ses fonctions Tévêque de Londres, dont le roi n'étoît pas content; ils ont fait le procès à un ministre nommé Johnson, pour avoir tenu des discours séditieux; il a été dégradé, dépouillé de ses habits ecclésiastiques, fustigé et mis au pilori : le peuple murmure; mais il souffre. Le roi d'Anglererre a sur pied trente mille hommes qu'il paye tous les mois.
M. de Louvois mourut en ce temps-là ' d'une manière assez brusque. Sa famille fut persuadée qu'on l'avoit empoisonné, je n'en crois rien; ces manières ne sont point du roi, qui commençoit depuis plusieurs années à songer à son salut : il est vrai qu'il étoit fort mal content de son ministre, sa patience avoit été poussée à bout en vingt occasions. M. de Ponchartrain, dans le désespoir de trouver de l'argent, avoit proposé d'ôter à M. de Louvois les postes étrangères qui lui valoient deux millions de rente. L'arrêt étoit donné et signé, on devoit le vérifier à la Cour des aides le lendemain, lorsqu'à minuit, le roi étant près de se mettre au lit, M. de Louvois vint tout effaré dire à Sa Majesté qu'il étoit perdu s'il lui ôtoit les postes dans la conjoncture présente; que cela lui ôteroit tout son crédit. On ne sait pas qui l'avoit averti. Le roi, qui alloit faire le siège