‹ Mémoires de l'abbé de Choisy pour servir à l'histoire de Louis XIVChapitre 14 sur 125 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

de Mons, ne vouloit pas, ou n*osa fâcher le ministre de la guerre, qui faisoit tout mouvoir; il écrivit un billet à M. de Pontchartrain qui portoit un ordre précis de supprimer Tarrêt; mais il sentit vivement Tinsolence du ministre qui se servoit de l'occasion. Cela n'étoit rien au prix de deux traités, apostilles de la main de M. de Louvois, que Mme de Maintenon remit entre les mains du roi ; par Tun il faisoit le projet de maltraiter M. de Savoie par tant de manières qu'il seroit enfin obligé de se déclarer contre la France, ce qui rendoit la paix plus difficile, et, par l'autre, il vouloit forcer les Suisses à faire la même chose, en manquant à toutes les capitulations faites avec eux. M^e de Maintenon avoit eu ces deux traités par d'Augicourt, gentilhomme de M. de Louvois^ qui trahissoit son maître. On sera bien aise de voir ici la première cause de leur haine, qui ne s'est point démentie jusqu'à la mort.

Le roi, après la mort de M"^« de Fontanges, qui a été la dernière de ses maîtresses, résolut tout de bon de songer à son salut. La reine mourut; il ne vouloit point se remarier par tendresse pour son peuple; il se voyoit trois petits-fils, et jugeoit prudemment que des princes d'un second lit pourroient, dans la suite des temps, causer des guerres civiles ; d'autre côté, il ne pouvoit se passer de femme. Mn»« de Maintenon, qui avoit eu soin de

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Téducation de M. le duc du Maine, lui plaisoit fort ; son esprit doux et insinuant lui promettoit une conversation agréable et capable de le délasser des soins de la royauté ; sa personne étoit encore aimable, ses yeux étoient vifs et perçans, et son âge la mettoit hors d'état d^avoir des enfans. Il s'étoit accoutumé à elle , car dans le commencement il ne pou voit pas la souffrir; il ne consentit à la mettre auprès de M. le duc du Maine qu'à la prière et aux importunités de M^^^ de Montespan qui connoissoit son esprit et toute sa capacité. Elle y avoit été six ans, sans que le roi l'eût vue quatre fois; et, quand on amenoit l'enfant au roi, elle avoit la prudence de se retirer. La persévérance vient à bout de tout, et à tant de répugnance succéda une passion violente : il résolut de l'épouser secrètement, bien déterminé à ne jamais déclarer ce mariage. Il en fit un jour la confidence à M. de Louvois, comme d'une chose qui n'étoit pas encore résolue, et lui en demanda son avis. Louvois n'en avoit jamais eu la moindre idée. <c Ah I Sire» s'écria-t-il. Votre Majesté songe-t-elle bien à ce qu'elle me dit ? Le plus grand roi du monde, couvert de gloire, épouser la veuve Scarron ! Voulezvous vous déshonorer? » Il se jeta aussitôt aux pieds du roi, fondant en larmes. « Pardonnez-moi, Sire, lui dit-il, la liberté que je prends : ôtez-moi toutes mes charges ; mettez-moi dans une prison.

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