LIVRE VII
Luxembourg, il avoit en récompense un fonds de probité à toute épreuve , une application infinie, un attachement tendre et sincère à la personne du roi, et ces qualités solides en valoient bien de plus brillantes.
Au commencement du mois de juillet, le roi alla faire un petit voyage à Maintenon; il voulut être presque seul, et ne mena que les officiers absolument nécessaires. Les princesses, les dames, tout en fut exclu, hors la seule M^^ de Maintenon, accompagnée de M™e de Monchevreuil.
M«ie de Montespan sentoit aussi vivement que jamais tous les dégoûts qu'on lui donnoit. Cela servit pourtant à lui faire souffrir le marquis d* Antin, son fils légitime. On ne Tavoit point vu dans son enfance ; soit politique, soit aversion, elle Tavoit tenu éloigné de la cour. Ce n^étoit que depuis que de lui-même il s'étoit fourré partout. Il étoit beau, Tesprit vif, et gascon sur le tout : on n'est pas honteux avec ces qualités-là. Monseigneur i'aimoit assez. M. le duc du Maine et M"^® de Bourbon avoient pour lui les égards que le sang ieurprescrivoit; il plut même au misanthrope Montausier, qui lui donna en mariage M^^ d'Uzès, sa petite-fille'. Les mauvais plaisans disoient que
1 . Julie-Françoise de Crussol d'Uzès fut mariée au marquis d'Antin (duc en 171 1), le 21 août 1686.
c*étoit la faire poissonnière la veille de Pâques. Il lui donna vingt mille écus comptant et la lieutenance de roi d'Alsace qui en vaut huit mille de rente. Le duc et la duchesse d'Uzès lui assurèrent cinquante mille écus après leur mort. Le marquis d'Antin avait douze mille livres de rente, que sa mère lui avoit abandonnées quand elle s'étoit séparée de biens d'avec M. de Moniespan ; elle lui assura encore, en le mariant, deux mille écus de pension, fit meubler aux nouveaux mariés leurs appartemens de Versailles, et leur fit pour plus de quarante mille francs de présens en pierreries et en bijoux. D'Antin avoit été menin de Monseigneur; et personne, en y voyant le fils peu après son apparition à la cour, n'avoit douté de la décadence de la mère.
Le roi, dans son voyage, visita les travaux immenses qu'on faisoit pour conduire la rivière d'Eure à Versailles, et, quoiqu'il fût bien aise de les voir en bon état, il fut fort fâché d'apprendre que les maladies populaires s'étoient mises dans les troupes (les terres remuées rendent l'air mauvais), et qu'il ,y étoit mort beaucoup d'officiers et de soldats. Il donna ses ordres pour travailler à la maison et au jardin de Maintenon; il fut si content de son voyage qu'il résolut d'y retourner souvent, mais il n'en eut pas le temps : les grandes affaires qui lui survinrent l'occupèrent enlière-